‹ La dame aux camélias (volume 2)Chapitre 50 sur 68 · MIS D'ABORD A COURIR · texte numérisé non relu

MIS D'ABORD A COURIR

passait devant moi, l'espoir me vint SU Marguerite était dedans.

Je m'arrêtai en criant :

— Marguerite! Marguerite!

Mais personne ne me répondit et la calèche continua sa route. Je la regardai -s'éloigner, et je repartis.

» Je mis deux heures pour arriver à la barrière de l'Étoile.

” La vue de Paris me rendit des forces, et je descendis en courant la longue allée

que j'avais parcourue tant de fois.

Cette nuit-là personne n'y passait.

On eût dit la promenade d'une ville morte.

Le jour commençait à pondre.

Quand j'arrivai à la rue d’Antin, la grande ville se remuait déjà un peu avant de se réveiller tout à fait

Cinq heures sonnaient à l’église Saint- Roch au moment où j'entrais dans la maison de Marguerite.

Je jetai mon nom au portier, lequel “avait reçu de moi assez de pièces de vingt francs pour savoir que j'avais le | droit de venir à cinq heures chez mademoisçlle Gautier.

Je passai donc sans obstacle.

J'aurais pu lui demander si Marguerite était chez elle, mais ileût pu me répondre que non, et j'aimais mieux douter deux minutes de plus, car en doutant j'espérais encore.

Je prêtai l'oreille à la porte, tàchant de surprendre un bruit, un mouvement.

Rien. Le silence de la campagne semblait se continuer jusque-là.

J'ouvris la porte, et j'entrai.

Tous les rideaux étaient hermétiquement fermés.

Je tirai ceux de la salle à manger, eme me dirigeai vers la chambre à coucher dont je poussai la porte.

Je sautai sur le cordon des rideaux et je le tirai violemment.

Les rideaux s’écartèrent, un faible jour pénétra, je courus au lit.

Il était vide!

J'ouvris les portes les unes après les autres, Je visitai toutes les chambres.

Personne.

C'était à devenir fou.

Je passai dans le cabinet de toilette, dont J'ouvris la fenêtre, et j'appelai Pru-

dence à plusieurs reprises.

La fenêtre de madame Duvernoy resta fermée.

Alors je descendis chez le portier, à qui je demandai si mademoiselle Gautier était venue chez elle pendant le jour.

— Oui, me répondit cet homme, avec madame Duvernoy.

— Elle n’a rien dit pour moi?

— Rien.

— Savez-vous ce qu'ellesont fait ensuite?

— Elles sont montées en voiture.

— Quel genre de voiture?

— Un coupé de maître.

Qu'est-ce que tout cela voulait dire?

Je sonnai à la porte voisine.

— Oùallez-vous, monsieur? me demanda le concierge après m'avoir ouvert.

— Chez madame Duvernoy.

— Elle n’est pas rentrée.

— Vous en êtes sûr?

— Qui, monsieur; voilà même une lettre qu'on a apportée pour elle hier au soir et que je ne lui ai pas encore remise.

Et le portier me montrait une lettre sur laquelle je etai machinalement les yeux.

Je reconnus l'écriture de Marguerite.

Je pris la lettre.

L'adresse portait ces mots :

« À madame Duvernoy, pour remettre à M. Duval. »

— Cette lettre est pour moi, dis-je au portier, et je lui montrai l'adresse

— C'est vous monsieur Duv ‘al? me

répondit cet homme.

— Oui.

— Ah! je vous reconnais, vous venez souvent chez madame Duvernoy.

Une fois dans la rue, je brisai le cachet de cette lettre.

La foudre fût tombée à mes pieds que je n'eusse pas été plus épouvanté que je le fus par cette lecture.

« À l'heure où vous lirez cette lettre, Armand, je serai déjà la maîtresse d'un autre homme. Tout est donc fini entre nous.

» Retournez auprès de votre père, mon ami, allez revoir votre sœur, jeune fille chaste, ignorante de toutes nos misères, et auprès de laquelle vous oublierez bien vite ce que vous aura fait souffrir cette fille perdue que l'on nomme Marguerite Gautier, que vous avez bien voulu aimer un instant, et qui vous doit les seuls moments heureux d'une vie qui, elle l’espère, ne sera pas longue maintenant. »

Quand j'eus lu le dernier mot, je crus que j'allais devenir fou.

Un moment j'eus réellement peur de

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