UN NUAGE ME PASSAIT SUR LES YEUX
tomber sur le pavé de la rue. Un nuage me passait sur les yeux et le sang me batlait dans les tempes.
Enfin je me remis un peu, je regardai
autour de moi, tout étonné de voir la vie des autres se continuer sans s'arrêter à mon malheur.
Je n'étais pas assez fort pour supporter seul le coup que Marguerite me portait.
Alors je me souvins que mon père était dans la même ville que moi, que dans dix minutes je pourrais étre auprès dé lui, et que, quelle que fût la cause de ma douleur, il la partagerait.
Je courus comme un fou, comme un voleur, jusqu'à l'hôtel de Paris : jetrouvai la clef sur la porte de l'appartement de mon père. J’entrai.
Il lisait.
Au peu d’étonnement qu'il montra en mé voyant paraître on eût dit qu’il m'attendait.
Je me précipitai dans ses bras sans lui dire un mot, je lui donnai la lettre de Marguerite, et me laissant tomber devant son lit, je pleurai à chaudes larmes.
XXTIII
Quand toutes les choses de la vie eurent repris leur Cours, je ne pus croire que le jour qui se levait ne serait pas semblable pour moi à ceux qui l'avaient précédé. Il y avait des moments où je me fligurais qu'une circonstance, que je ne me rappelais pas, m'avait fait passer la nuit hors de chez Marguerite, mais que, si je retournais à Bougival, j'allais la retrouver inquiète, comme je l'avais été, et qu'elle me demanderait qui m'avait ainsi retenu loin d'elle
Quand l'existence a contracté une habitude comme celle de cet amour, il semble impossible que cette habitude se rompe sans briser en même temps tous les autres ressorts de la vie.
J'étais donc forcé de temps en temps de relire la lettre de Marguerite, pour bien!
me convaincre que je n'avais pas rêvé.
Mon corps, succombant sous la secousse :
morale, était incapable d’un mouvement.
L'inquiétude, la marche de la nuit, la nou-!
velle du matin m'avaient épuisé. Mon père!
profita de cette prostration totale de mes À forces pour me demander la promesse!
formelle de partir avec lui.
. Je promis tout ce qu'il voulut. J'étais incapable de soutenir une discussion, et
La Dame aux Camiélias.
J'avais besoin d'une affection réelle pour m'aider à vivre après ce qui venait de se passer.
J'étais trop heureux que mon
père
voulût bien me consoler d'un pareil chagrin.
Tout ce que je me rappelle, c'est que ce ce jour-là, vers cinq heures, il me fit monter avec lui dans une chaise de poste.
Sans me rien dire, il avait fait préparer mes mailles, les avait fait attacher avec les siennes derrière la voiture, et ii m'emmcnait.
Je ne sentis ce que je faisais que lorsque la ville eut disparu, et que la solitude de la route me rappela le vide de mon cœur.
Alors les larmes me reprirent.
Mon père avait compris que des paroles, méme de lui, ne me consoleraient pas, et il me laissait pleurer sans me dire un mot, se contentant parfois de me serrer la main, comme pour me rappeler que j'avais un ami à côté de moi.
La nuit, je dormis un peu. Je rêvai de Marguerite.
Je me réveillai en sursaut, ne comprenant pas pourquoi j'étais dans une voiture.
Puis la réalité me revint à l'esprit et je laissai tomber ma lête sur ma poitrine.
IOI
De es , : : :
Je nosais entretenir mon père, je crai-
gnais toujours qu'il ne me dit :
« Tu vois que j'avais raison quand je
niais l'amour de cette femme. »