‹ La dame aux camélias; pièce en cinq actes, mêlée de chant. Représentée pour la première fois, à Paris, sur le théâtre du Vaudeville, le 2 février 1852Chapitre 11 sur 71 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

les mêmes, GASTON, ARMAND, PRUDENCE, un domestique.

le domestique, annonçant.

M. Gaston Rieux, M. Armand Du val, Mme Duvernoy.

olympe.

Quel genre ! Voilà comme on annonce ici.

prudence.

Je croyais qu'il y avait du monde.

Voilà madame Duvernoy qui commence ses politesses.

GASTON

Comment allez-vous, madame?

MARGUERITE

Bien, et vous, monsieur?

PRUDENCE

Ah ! comme on se parle ici !

MARGUERITE

Gaston est devenu un homme comme il faut; et d'ailleurs, Eugénie m'arracherait les yeux, si nous nous parlions autrement.

GASTON

Les mains d'Eugénie sont trop petites et vos yeux sont trop grands.

Assez de marivaudage. Ma chère Marguerite, permettez-moi de vous présenter M. Armand Duval.

MARGUERITE

Faut-il que je me lève?

ARMAND

Non, madame, c'est inutile.

PRUDENCE

L'homme de Paris, qui est le plus amoureux de vous.

marguerite, à Prudence.

Dites qu'on mette deux couverts de plus, alors; car je crois que cet amour-là n'empêchera pas monsieur de souper. (Elle tend sa main à Armand qui baise cette main et s'incline.)

saint-gaudens, à Gaston qui est venu au-devant de lui. Ah ! ce cher Gaston I que je suis aise de le voir !

GASTON

Toujours jeune, mon vieux Saint-Gaudens.

Mais oui.

GASTON

Et les amours ?

saint -gaudens, montrant Olympe.

Vous voyez.

GASTON

Je vous fais mon compliment.

J'avais une peur affreuse de trouver Amanda ici.

GASTON

Cette pauvre Amanda ! Elle vous aimait bien.

Elle m'aimait trop. Il y avait un jeune homme qu'elle ne pouvait cesser de voir, c'était le banquier. (Ilrit.) C'était là une position que je ne pouvais lui faire perdre. J'étais l'amant de cœur. C'était charmant, mais il fallait se cacher dans les armoires, rôder dans les escaliers, attendre dans la rue.

GASTON

Cela yous donnait des rhumatismes.

Non, mais le temps change. Il faut que jeunesse se passe. Ce pauvre Varville qui ne soupe pas avec nous, cela me fait une \ peine affreuse.

gaston, se rapprochant de Marguerite.

Il est superbe ! il a dix-huit ans.

MARGUERITE

ïln'y a que les vieux qui ne vieillissent pas, Il est superbe.

AtilK I, SCÈNE VII. 21

saint-gaudens, à Armand qu'Olympe lui présente. Est-ce que vous êtes parent, monsieur, de M. Duval , rr^coveur général?

ARMAND

Oui, monsieur, c'est mon père. Le connaîtriez-vous?

Je l'ai connu autrefois, chez la baronne de Nersay, ainsi que Mme Duval, votre mère, qui était une bien belle et bien charmante personne.

ARMAND

Elle est morte il y a trois ans.

Pardonnez-moi, monsieur, d'avoir rappelé ce souvenir.

ARMAND

On peut toujours me rappeler ma mère ; les grandes et pures affections ont cela de beau , qu'après le bonheur de les avoir éprouvées, il reste le bonheur de s'en souvenir.

Vous êtes fils unique ?

ARMAND

J'ai une sœur... (7/5 s'en vont causer en se promenant dans le fond du théâtre.)

marguerite, bas, à Gaston.

Il est charmant, votre ami.

GASTON

Je le crois bien. Et de plus, il a pour vous un amour extravagant; n'est-ce pas, Prudence?

PRUDENCE

Quoi?

GASTON

Je disais à Marguerite qu'Armand est fou d'elle.

Il ne ment pas; vous ne pouvez pas vous faire une idée de ce que c'est.

GASTON

Il vous aime, ma chère, à ne pas oser vous le dire.

marguerite, à Varville, qui joue du piano. Taisez-vous donc, Varville.

VARVILLE

Vous me dites toujours déjouer du piano.

MARGUERITE

Quand je suis seule avec vous ; mais quand il y a du mondi, non.

OLYMPE

Qu'est-ce qu'on dit là, tout bas?

MARGUERITE

Kcoute, et tu le sauras.

prudence, bas.

Et cet amour dure depuis deux ans.

MARGUERITE

C'est déjà un vieillard que cet amour-là.

PRUDENCE

Armand passe sa vie chez Gustave et chez Nichette pour entendre parler de vous.

Quand vous avez été malade, il y a un an, avant de partir

Ï)our Bagnères, pendant les trois mois que vous êtes restée au it, on vous a dit que tous les jours un jeune homme venait savoir de vos nouvelles , sans dire son nom.

MARGUERITE

Je me rappelle...

GASTON

C'était lui.

MARGUERITE

C'est très-gentil, cela. (Appelant.) M. Duval ?

ARMAND

Madame...

MARGUERITE

Savez-vous ce qu'on me dit ? On me dit qtîe pendant que j'étais malade , vous êtes venu tous les jours savoir de mes nouvelles.

ARMAND

C'est la vérité, madame.

MARGUERITE

C'est bien le moins alors que je vous remercie. Entendezvous, Varville, vous n'en avez pas fait autant.

varville.

Il n'y a pas un an que je vous connais.,,

MARGUERITE

Et monsieur qui ne me connaît que depuis cinq minutes... Vous dites toujours des bêtises. (Nanine entre, précédant les domestiques qui portent la table.)

PRUDENCE

A table ! Je meurs de faim.

VARVILLE

Adieu, Marguerite.

MARGUERITE

Adieu, mon cher ami, quand vous verra-t-on ?

VARVILLE

Quand vous voudrez !

MARGUERITE

Adieu, alors.

varville, saluant.

Messieurs...

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