‹ La dame aux camélias; pièce en cinq actes, mêlée de chant. Représentée pour la première fois, à Paris, sur le théâtre du Vaudeville, le 2 février 1852Chapitre 57 sur 71 · ACTE IV, SCENE · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE

PRUDENCE

Oui!

(En ce moment Armand, qui s'est mis à la table de jeu, aperçoit, Marguerite; elle lui sourit timidement. Il la salue avec froideur.)

MARGUERITE

J'ai eu tort de venir à ce bal.

PRUDENCE

Pourquoi cela ?

MARGUERITE

Vous me le demandez ?

PRUDENCE

Au contraire ; il faut qu'un jour ou l'autre vous vous retrouviez avec Armand, mieux vaut plus tôt que plus tard.

MARGUERITE

Il vous a parlé ?

Oui.

De moi ?

Naturellement.

Et il vous a dit?,

PRUDENCE

MARGUERITE

PRUDENCE

MARGUERITE

PRUDENCE

Qu'il ne vous en voulait pas, et que vous aviez bien fait.

MARGUERITE

Tant mieux, si cela est; mais il est impossible que cela soit: il m'a salué trop froidement, et il est trop pâle. varville, bas à Marguerite.

M. Duval est là, Marguerite.

marguerite.

*e le sais.

varville.

Vous me jurez que vous ignoriez sa présence ici quand vous y êtes venue ?

marguerite.

Je vous le jure.

VARVILLE

Alors, promettez-moi de ne pas lui parler.

marguerite.

Je vous le promets ; mais je ne puis pas vous promettre de ne pas lui répondre, s'il me parle. Prudence, reste auprès de moi.

le docteur, à Marguerite.

Bonsoir, madame.

MARGUERITE

Ah! c'est vous, docteur. Comme vous me regardez!

LE DOCTEUR

Je crois que c'est ce que j'ai de mieux à faire, quand je suis en face de vous.

MARGUERITE

Vous me trouvez changée, n'est-ce pas?

LE DOCTEUR

Soignez-vous, madame, soignez-vous, je vous en prie. J'irai vous voir demain, pour vous gronder à mon aise.

MARGUERITE

C'est cela! grondez-moi, je vous aimerai bien. Est-ce que vous vous en allez déjà?

LE DOCTEUR

Non, mais cela ne tardera pas ; j'ai le même malade à voir tous les jours à la même heure, depuis six mois.

MARGUERITE

Quelle fidélité !

(Il lui serre la main et s'éloigne,)

GUSTAVE

Bonjour, Marguerite.

Oh! que je suis heureuse de vous voir, mon bon Gustave j! Est-ce que Nichette est là?

GUSTAVE

Non.

MARGUERITE

Pardon! Nichette ne doit pas venir ici. — Aimez-la bien, Gustave; c'est si doux d'être aimé ! (Elle essuie ses yeux.)

GUSTAVE

Qu'avez-vous donc, Marguerite ?

MARGUERITE

Oh ! mon bon Gustave, je suis bien malheureuse, allez !

GUSTAVE

Voyons, ne pleurez pas ! Pourquoi êtes-vous venue?

MARGUERITE

Est-ce que je suis ma maîtresse? et, d'ailleurs, est-ce qu'il ne faut pas que je m'étourdisse ?

GUSTAVE

Eh bien! si vous m'en croyez, quittez ce bal bientôt.

MARGUERITE

pourquoi?

GUSTAVE

Parce qu'on ne sait pas ce qui peut arriver... Armand...

MARGUERITE

Armand me hait et me méprise, n'est-ce pas?

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