DEUXIÈME COUPLET
Le- mariage est ma marotte...
Sans ca, l’amour n’est que zéro !
ENSEMBLE
Zéro!
CORADiN.
Commençons par fair’ not’ pelotte...
Puis noos song’rons an conjungo...
ENSEMBLE
Jungo!
On rompt parfois pour un’ vétille!...
Nous pouvons, par un contretemps.
Rester, moi garçon, et toi fille...
Mais nous marierons nos enfants I
ENSEMBLE
Oui, toujours, sans rougir.
Il faut savoir nous arrondir!...
Et qui peut s’enrichir Sur le reste doit s’étourdir!
SYLVIE
Combien nous manque- t-il pour acheter le fonds de restaurant que nous avons en vue?
CORADIN
Mille francs.
Ce n’est pas le diable !
CORAOIN.
Encore faut-il les gagner ! Dis-moi : .Madame a-t-elle des amants?
SYLVIE, comme avec regret.
Je ne lui en connais pas encore.
CORADIN
Cherche bien !
, . SYLVIE
Oh! j’ai déjà cherché... et je n’ai rien vu!
CORADIN
Et monsieur donne-t-il des coups de canif dans le contrat ?
SYLVIE
Lui! 11 n’a pas de canif! ça m’a l’air d’un bon ménage!
CORADIN
Un bon ménage! C’est avoir du gùignon!
SYLVIE
Et pas moins que Madame est d’un caractère coléreux, pointu, hérissé... Elle s’oublie quelquefois jusqu’à...
CORADIN
• Jusqu’à quoi?
SYLVIE
Jusqu’à donner des soufflets!
Ah! bahl elle donne des giroflées à cinq feuilles?
SYLVIE
Les trois derniers domestiques ne sont sortis qu’à causa de ces giroflées-là!
CORADIN
Hs ont bien fait... et je donne ma démission...
SYLVIE
Il est vrai qu’elle s’en repent tout de suite... cl que, pour racheter ses torts, elle finance !
CORADIN
Ah! elle finance?
SYLVIE
Elle a peur que les domestiques ne clabaudent trop fort... et elle tâche d’enchaîner leur langue... en dénouant les cordons do sa bourse.
D’après ça... je retire ma démission! Combien donnet-elle ?
SYLVIE
Au premier, elle a compté cent francs 1
CORADIN
C’est maigre! Etau second?
SYLVIE
Celui-là criait plus fort... et il en a reçu deux cent cinquante!
CORADIN
S’il ne s’agit que de crier...
SYLVIE
Quant au troisième, qui menaçait d’aller en Justice... il a touché le billet do cinq cents!
CORADIN
Cinq cents! c’est un beau chiffre! Et, à ce prix-là, j’accepterais volontiers des gifles I
SYLVIE
Oui, mais des gifles... n’en a pas qui veut! Saurais-tu en attraper?
CORADIN
Je dois le savoir... j’ai pris des leçons...
SYLVIE
Le fait est que tu es bien le plus détestable valet...
CORADIN
C’est vrai... Je ne suis bon qu’à faire un Bourgeois... et tu ne vaux guère mieux!... Combien ta maîtresse, te donnet-elle par soufflet?
SYLVIE
• Madame ne m’a jamais frappée !... aussi, je n’ai aucun profit !
CARODIN.
C’est dommage ! tu as des joues qu’on aurait pu mettre en plein rapport I
SYLVIE
J’aime mieux que tu y mettes les tiennes!
CARODIN^
Oh! sois tranquille!... dès ce soir, pif! pafl poufl j’aurai fait ma récolte I
SYLVIE, remontant.
Bonne chance 1
CORADIN, cherchant h lui prendre la taille .
Avant que j’entreprenne le salon... un petit baiser pour me donner du cœur?
Finis donc!... si on nous voyait!
CORADIN
Bah! je me risque! (il veut l’embrasser.)
SYLVIE
Et, moi je me sauve! (Elle lui échappe et sort.)