SCÈNE D0UZ1ÈM E MADAME DE BLANGY part vivement
Uue dit-il ?...
LUNIÈRES, toujours avec amertume.
11 aimait une femme... il l'aimait d’un amour aussi vif
que respectueux. (Après avoir passé {a main sur sou front, avec tristesse.)
Malheureusement cet amour on l’a dédaigné... et c’est alors
que cet homme est allé... (Montrant la fenêtre et cachant sa tète dans ses mains.) est allé... OÙ VOUS Savez. .. (Se levant avec force-.) Non , IlOO.. .
il ne s’est pas jeté dans cet amourindigne .. on l’y a poussé...
MADAME DE BLANGY, d’un ton plus avec intention .
Et il est devenu amoureux fou de celte femme... chez laquelle on l’a... on l’a poussé... (vivement.) à ce que vous prétendez du moins.
, LUNIÈRES, avoc feu.
Amoureux fou!., entre nous... croyez-vous qu'il ne soit pas bien dur pour un homme qui se respecte d’aimer une femme qui n’u rien pour elle.T. (Montrant la fenêtre.) absolument rien.
MADAME DE BL A NGY, affectant l 'indifférence.
Mais elle m’a paru assez... jolie...
L U N I È R E S , haussant les épaules.
Jolie ! jolie ! une poupée de coiffeur... Tenez... au coin de la rue Saint-Honoré il y en a une qui lui ressemble... oh ! c’est frappant. Et vous ne l’avez probablement pas regardée de près... Elle met du blanc...
MADAME DE BLANGY
Et du rouge.
LUNIÈRES.
• Et du noir.
MADAME DE BLANGY
Et du bleu.
• LUNIÈRES.
(La comtesse ne peut s’empêcher de rire.) Elle Se badigeonne...
madame, elle se badigeonne... Et les cheveux!.. Ob! les cheveux? tous ceux du devant sont faux... comme ceux de derrière, du reste...
MADAME DE BLANGY. riant.
Alors, elle est complètement chauve.
LUNIÈRES, vivement.
Un genou, madame, un genou.
MADAME DE BLANGY, riant.
N’est-elle pas musicienne?..
LUNIÈRES, avec accablement.
Oui, oui, oui, elle joue la pensée de Weber... (Furieux..) Ah! si jamais je rencontre l’homme qui la lui a apprise... je l’étranglerai avec bonheur celui-là.
LA DAME D’EN FACE
MADAME DE BLANGY, moqueuse.
En attendant, vous allez tous les jours chez cette dame.
LUNIÈRES.
Madame... si l’amour vrai que je*ressentais pour. . pour
Une personne... (Avec intention regardent la comtesse.) que VOUS connaissez bien... (Elle détourne la tète.) avait été partagé., je ne serais pas allé chez cette créature stupide...
Cinq heures sonnent & la pendule.
MADAME DE BLANGY, se levant.
Mais vousoubliez que cette créature... stupide... (vivement.) comme vous l’appelez... vous attend sans doute pour aller au bois...
LUNIÈRES, assis avec embarras.
Ah! vous croyez que... qu’elle... m’attend..', et si je n’y allais pas? c’est-à-dire, si j’allais au bois avec vous?
MADAME DE BLANGY, vivement.
Avec moi... jamais, par exemple.
LUNIÈRES, suppliant la comtesse.
Madame deBlangy... ma chère madame deBlangy... mais vous ne voyez donc pas que c’est un sauvetage qu’il s’agit d’opérer là... mais j’ai de l’eau jusqu’ici madame... (n montre la ceinture. ) Demain, j’en aurai jusque là... (il montre le cou.) Après demain... (Avec effroi.) Brrr.. . tendez-moi la perche, madame. . . je me noie, je me noie... au secours, ma petite madame de Blangy, au secours.
Mais enfin, monsieur...
LUNIÈRES, tranquillement .
Mais, madame, c’est simplement votre devoir que vous remplirez là... rien que votre devoir... lorsqu’une personne se promène tranquillement sur la rive et qu’elle aperçoit un malheureux noyé qui sedébat... elle doit lui porter secours... c’est un cas de conscience... consultez votre confesseur, madame... il vous dira que vous devez me porter secours.
MADAME DE BLANGY, ébranlée.
Cependant...
LUNIÈRES, embrassant avec effusion la main de la comtesse.
Ah! merci!... mille fois merci!... (Avec volubilité et ao lui laissant pas le temps de placer uu mot.) Ainsi, c’est entendu... (Protestation de madame de Blangy.) Je fais amende honorable... vous me pardonnez... Oh ! j’y arriverai à force de tendresseetdedévouement... (Mémo jeu.) Je vous renouvelle la demande faite il y a quelques mois... (Même jeu.) Vous acceptez... nous...
MADAME DE BLANGY, qui n’ a cessé de protester .
En vérité, monsieur, vous allez avec rapidité...