FIN
La Dame de S^-Leu n'a pas de « prétentions historiques ».,
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Pourtant ce qui — dans La Dame de S^-Leu — touche directement à l'assassinat du Prince de Gondé, est de l'histoire. Là, je n'ai rien modifié, non plus qu'à ce qui concerne la captation de l'héritage au profit du Duc d'Aumale.
Tous les documents : lettres de Louis-Philippe, de Madame de Feuchères, du Duc de Bourbon, de Marie-Amélie, etc., etc., écrits en italique dans le texte, sont authentiques. On les peut trouver dans la collection de La Gazette des Tribunaux,
Il ne faut pas les chercher en 1830, date de la mort du Prince. A ce moment-là, l'enquête menée — très honnêtement d'abord par le Parquet de Pontoise — fut étouffée, et les magistrats qui l'avaient commencée mis à la retraite ou envoyés au loin. Le ministre de la Justice était alors M. Dupont de l'Eure, et le Président de la Chambre des Pairs, le Baron Pasquier. (Pas encore Duc.)
C'est à la date du procès intenté par les princes de Rohan-Guéménée en qualité d'héritiers du sang, que les documents furent livrés au public.
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Les princes attaquèrent le testament de leur oncle pour captation, suggestion et violences. La Cour Royale de Paris jugea, cette fois, par un arrêt
rendule21 juin 1831, qu'il n'était pas « ETABLI » que la mort du Prince de Condé fut le résultat d'un crime.
M. Persil — Procureur général au moment de l'assassinat, et qui avait déployé un grand zèle pour l'étouffement de l'instruction — était devenu en 1831 ministre de la Justice. Le Président de la Chambre des Pairs était toujours le Baron Pasquier. (Pas encore Duc, ni Chancelier de France, ni Académicien.)
L'assassinat du Prince de Condé ; la vie intime de sa petite Cour à Chantilly et à S*-Leu ; l'accent anglais de « Sophie » ; ses surnoms ; sa manie de jouer la comédie, ou de réciter des vers en les écorchant, tout cela m'a été conté, dans ma toute petite enfance, par mon Grandpère le Colonel de Gonneville.
Pendant les longues promenades que je faisais avec lui dès l'âge de cinq ans, il avait coutume de me raconter des histoires. Et j'aimais
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surtout « les histoires de brigands ». C'est ainsi qu'un jour, ayant épuisé le fonds des Ali-Baba, des Cartouche et des Mandrin, et absolument à
Ibout d'invention, il en vint, par une association très naturelle d'idées, à me raconter l'histoire du testament du Prince de Condé. Cette histoire qu'il ne croyait pas devoir m'amuser, me passionna singulièrement. Cela tint, je pense, à la supériorité du récit vécu sur les ( récits fictifs. Mon Grand-père avait connu monsieur de Feuchères à l'armée, et il avait été lié avec des officiers de la Maison du Prince de Condé.
Et comme à mesure qu'il revivait cette histoire de sa jeunesse, les détails tragiques ou drôles revenaient en foule à son esprit et donnaient à son récit une saveur inaccoutumée, cette nouvelle histoire de brigands devint ma préférée et je la lui redemandai sans cesse.
Comme presque tous les enfants, j'aimais pardessus tout les histoires déjà entendues, où l'on attend anxieusement « ce que l'on sait qui va arriver ».
Bien entendu, le personnage de madame de Feuchères manquait un peu de corps et de précision. Il demeurait flou, mais précisément ce flou, cet (( inexpliqué », m'emballaient par leur air mystérieux. « L'Anglaise » était une méchante femme, très jolie au commencement, vilaine à la fin, qui convoitait la fortune du vieillard faible et isolé. Et c'était tout.
Cette histoire de l'assassinat du dernier Gondé, devint la compagne presque continuelle de nos promenades. Durant les dix kilomètres que nous faisions chaque jour ensemble, je harcelais Grand-père de questions sur le vieux Prince, et sur madame de Feuchères, et sur Le Tampon, et sur les jeunes femmes des officiers qui rigolaient de (( Sophie ». Alors, il me « reprenait » ^OMT rigoler i mais il répondait à mes questions et, chaque fois, quelque nouveau détail ressuscitait qui me comblait de joie.
Je me souviens que je voulais faire partager ma curiosité passionnée à la bonne qui m'avait élevée et que j'aimais énormément. Je lui racontais, avec force commentaires de mon cru, les
aventures de S^-Leu et la mort du Prince de Condé. Ça ne Tamusait pas beaucoup. Et je vois encore la figure de Jeannette Thouvenin — une charmante fille de Lorraine — lorsqu'elle me disait, embêtée et gentille quand même : « Mais ne pensez donc pas toujours à la mort de ce monsieur que nous ne connaissions pas ! »
J'ai fait un anachronisme volontaire à propos du Comte et de la Comtesse de Puymaigre. Le refus de madame de Puymaigre de venir à Chantilly fut — paraît-il — un des grands sujets de fureur de « Sophie ». Et je voulais raconter ce détail. Mais en 1829 la Comtesse de Puymaigre était morte, et son mari n'était plus Préfet de rOise depuis un an déjà. Madame de Feuchères avait — dit-on — dénoncé à M. Thiers la circulaire de monsieur de Puymaigre, afin qu'elle fût rendue publique par Le National et que le ministère de l'intérieur fût obligé de déplacer un de ses meilleurs préfets. J'ai retardé d'un an ce déplacement.
A part cela, je ne crois pas avoir « triché ».
Gomme « La Dame de S^-Leu » finit à l'instant où Ton constate la mort du Prince, je n'ai pas pu « sortir » deux documents curieux que je demande la permission de donner ici :
D'abord une lettre du Baron Pasquier, Président de la Chambre des Pairs, envoyé par Louis- Philippe à S*-Leu pour constater le suicide , et qui s'aperçoit que ça ne va pas tout seul.
Je donne cette lettre exactement telle qu'elle figure aux archives du procès, en respectant l'orthographe et le style de celui qui fut élu en 1842 membre de l'Académie Française, de préférence à Alfred de Vigny qui se présentait en même temps que lui :
« Sire,
» En arrivant à St. Leii je trouve la fin ira- )) gique de Monseigneur le Prince de Condé connue )) de tout le pays avec ses plus affreuses circons- )) tances, je trouve un procès verbal dressé par le )) maire avec toute /'autenticité possible. Le juge )) d'instruction etun substitut du procureur du roi y> sont deja arrivés et se disposent à instrumenter.
» les circonstances de la mort sont trop extraordi- )) naires pour qu'elles ne motivent pas une instruc- » tion très-approfondie, et je pense qu'il pourrait )) être utile que le Roi fit partir sur le champ deux )) médecins comme les docteurs marc et Majolin, » lesquels ont ïhahitude des vérifications que ce )) fatal QYQnQm^ni commande.
» Je vais en attendant dresser l'acte de dces )) suivant les forme prescrites, puis je procéderai )) à /'opposition des scelles et aurai l'honneur )) avant la fin de la journée de rendre compte au » Roi de la fin de V opération.
)) De votre Majesté le très humble et très obéissant serviteur et sujet,