Scène XX. N° 27* Le Ciel. (Chœur). Z,a«5.' Z,^w5.' /fo5a/ma
N° 27^ Apothéose de Marguerite. (Chœur).
Remonte au ciel 284
Note Biographique
1803. Dimanche 11 décembre, à cinq heures du soir. — Naissance a la Côte Saint- Andiî (Isère) de Louis-Hector Berlioz, fils de Louis-Joseph Berlioz, officier de santé, et de Marie- Antoinette-Joséphine Marmion.
— Premières notions littéraires et musicales données par son père. 18 18-21. — Premières études médicales sous la direction paternelle.
1821-25. Arrivée à Paris. Premières leçons musicales de Le Sueur, et essais de composition en partie détruits depuis ou utilisés ailleurs. Premier échec à l'épreuve préparatoire pour le concours de l'histitut.
1825. 10 juillet. — Première exécution en public d'une œuvre avec orchestre: Messe
solennelle, à l'église Saint-Roch, sous la direction de Valentino.
1826. 26 août. — Inscription comme élève sur les registres du Conservatoire. — Il
donne des leçons de flûte, de guitare, de solfège, et s'engage comme choriste au Théâtre des Nouveautés.
1827. Juillet. — Deuxième échec au concours de l'Institut, où il est admis, mais n'ob-
tient aucune récompense avec la cantate : Orphée déchiré par les Bacchantes,
— 6 septembre. — Première représentation donnée à l'Odéon par la troupe an-
glaise dont faisait partie miss Henriette Smithson, future femme de Berlioz. — - 22 novembre. — Pour la première fois, il fait acte de chef d'orchestre, en dirigeant sa Messe solenuelle, corrigée et remaniée, à l'église Saint-Eustache, le jour de la sainte Cécile.
1828. 26 mai. — Première exécution des ouvrages suivants : Ouvertures de Waverley
(op. I bis) et des Francs Juges (op. 3). la Révolution grecque, Marche religieuse des Mages, dans un concert au Conservatoire, sous la direction de Bloc, chef d'orchestre du Théâtre des Nouveautés.
— Juillet. — Troisième concours de l'Institut, où il obtient le premier second
grand prix avec la cantate : Heriitinie.
1829. Mars. — Publication des Huit scènes de Faust (op. i), traduites de Goethe, par
Gérard de Nerval, remaniées plus tard et utilisées dans la Damnation de Faust.
— Juillet. — Quatrième concours de l'Institut et troisième échec avec la cantate:
la Mort de Cléopdlre.
— ■ 10 mars. — Publication de son premier article de critique musicale : Considérations sur la Musique religieuse, dans le journal le Correspondant.
1830. Février. — Publication des Neuf mélodies irlandaises (op. 2 bis) et du Ballet des
Ombres, ronde nocturne pour choeur et piano (op. 2).
— Juillet. — Cinquième concours de l'Institut, où il obtient le grand prix avec
la cantate : Sardanapale.
- jo octobre. — Exécution à l'Institut de la cantate couronnée, sous la direction de Grasset, ancien chef d'orchestre du Théâtre Italien.
" 7 novembre. — Première exécution de la Tempête, fantaisie dramatique pour chœur, orchestre et piano, donuée à l'Opéra dans une représentation au bénéfice de la caisse des Pensions de retraite, sous la direction de Girard. ,
— 5 décembre. — Première exécution dans un concert au Conservatoire, et sous
la direction de Habeneck, de h Symphonie fantastique (op. 14), commencée ;uin 1829.
ii>3i. (février) i 1832 (mars). — Séjour i la Villa Médicis et voyages en Italie.
1832. 9 décembre. - fVemièrc cxtîcution de L/ii'o, joint à la Symphonie fantastique, «... le titre général à' Épisode di la Vie d'un Artiste, dans un concert au Conservatoire, sous la direction de Habeneck.
1853. 14 avril. — Première exécution de l'ouverture de Rob-Roy, à la Société <les Concerts du Conservatoire, sous la direction de Habeneck.
— 3 octobre. — Mariage avec miss Henriette Smithson.
1834. Fondation de la Gaietle musicale à laquelle Berlioz collabore dès l'origine.
— Août. — Naissance de son fils Louis.
— 6 novembre. — Première exécution de deux grands chœurs pour voix
d'hommes et orchestre : Sarah la Baigneuse (op. 11) et la Belle Voyaoeuse, avec l'ouverture du Roi Lear (op. 4), dans un concert au Conservatoire, sous la direction de Girard.
— 23 novembre. — Concert au Conservatoire où sont entendus pour la première
fois : la Captive (op. 12) et le Jeune Pâtre breton, chantés par M"» Falcon. un trio avec orchestre et chœurs (premier état de la scène I de l'opéra sur chantier Benvenulo Cellini) et Haiold en Italie (op. 16), sous la direction de Girard.
1835. 25 janvier. — Il entre à poste fixe comme critique musical au Journal des Débats.
où il remplace Castil-Blaze.
•-- 22 novembre. — Première exécution d'un chant sur la niort de Napok^on. pour voix de basse avec chœur, leCniq mai, paroles de Déranger (op. 6), dans » un concert sous la direction de Girard.
1836. Exécution de l'ouverture des Francs Juges, à Leipzig, sous la direction de Schu-
mann, premier succès d'un ouvrage de Berlioz à l'étranger.
1837. 5 décembre. — Première exécution de la Grande Messe des Morts (Requiem)
(op. 5), aux Invalides, sous la direction de Habeneck, lors d'un service funèbre pour la mémoire du général Danrémont, tué au siège de Constantine.
1838. 10 septembre. — Première représentation à l'Académie royale de musique, de
Benvemito Cellini, opéra en deux actes, de Léon de Wailly et Auguste Barbier, composé de 1835 à avril 1837 (op. 23). ]onisept fois. Directeur: Duponchel; chef d'orchestre : Habeneck.
— 16 décembre. — Concert donné sous sa direction au Conservatoire, séance
mémorable qui lui valut les hommages de Paganini venant s'incliner devant lui, et lui faisant remettre le surhndemain un chèque de vingt mille francs Nomination comme sous-bibliothécaire du Conservatoire dont le biblioih"'*caire en chef était Bottée de Toulmon.
1839. II mai. — Berlioz est fait chevalier de la Légion d'honneur.
— 24 novembre. — Première exécution de Roméo et Juliette (op. 17), dans un
concert au Conservatoire sous sa direction.
1840. 28 juillet. — Première exécution de la Symphonie funèbre et triomphale (op. 15),
d'abord en plein air, puis les 6 et 14 août aux concerts Vi vienne, sous sa direction.
1841. Juin. — Publication de six mélodies avec piano sur des poésies de Théophile
Gautier, les Nuits d'été (op. 7). composées dès 1854.
— 7 juin. — Première représentation, à l'Opéra, du Freyschûti, pour lequel il avait
écrit des récitatifs et instrumenté V Invitation à la Valse.
1842. i*' février. — Première exécution, par Alard et sous sa direction, aux concerts
Vivienne, d'un morceau : Rêverie et Caprice pour violon et orchestre (op. 8), composé en 1S59.
— Septembre. — Premier voyage à Bruxelles, pour y donner des concerts
— Novembre à fin mai 1843. — Premier voyage en Allemagne (Mayence,
Francfort, Stuttgart, Carisruhe, Mannheim, Weimar, Leipzig, Dresde, Brunswick. Hambourg, Berlin. Hanovre, Darmstadt). Concerts dans chacune de ces villes.
1845. Arrangements pour quadruple chœur (seize parties) de plains chants de l'Église grecque, travail commandé par l'Empereur de Russie.
1844. 3 février. — Première exécution à la salle Herz, et sous sa direction, de VOuverture du Carnaval romain (op. 9) et d'Hélène, pièce tirée des neuf mélodies irlandaises et nouvellement instrumentée.
i844- Publication du Traité d'insirumeniattûn (op. lo) ei de sou premier livre •. Voyage musical en Alkmapie et en Italie, qu'il a refondu dans ses ouvrages postérieurs.
- i" août. — Première exécution, au Festival de l'Industrie (Champs-Elysées), ei
sous sa direction, de VHymne à la France, composée sur des paroles d'Auguste Barbier, et publiée comme n° i de Vox popidi (oj^. 20). rS^j. 6 avril. — Première exécution, au Cirque Olympique des Champs-Elysées, et sous sa direction, d'une Marche marocaine, de Léopold de Meyer, qu'il avait instrumentée.
— Juin. — Tournée musicale à Marseille et Lyon.
- Août. — Voyage en Allemagne, à Bonn, lors des fêtes organisées par Liszt
pour l'inauguration de la statue de Beethoven.
— Novembre. — Arrivée à Vienne. Voyage musical en Autriche, Bohème et
Hongrie.
1846. Janvier. — Première exécution dans un concert, à Pesth, et sous sa direction, de la Marche hongrois:, composée récemment à Vienne. ■"- Avril. — Retour à Paris, par Prague, Breslau et Brunswick, avec concerts dans chacune de ces villes.
— 14 juin. — Première exécution, à Lille, et sous sa direction, du Chant des
Chemins de fer, choeur avec solo de ténor, improvisé sur des paroles de Jules Janin, pour l'inauguration de la voie ferrée à Lille, et publié plus tard dans les Feuillets d'album (op. 19).
— 6 décembre. — Première exécution, à l'Opéra-Comique, et sous sa direction, de
h Damnation de Faust (op. 24), commencée en Allemagne et terminée à Paris, au cours de la même année.
'847. 14 février. — Départ pour son premier voyage en Russie. Concerts à Saint- Pétersbourg, Riga, Berlin, et retour à Paris en juin.
— Novembre. — Premier voyage à Londres pour cause de concerts et retour i
Paris le 16 juillet 1848.
1848. Composition à Londres (4 juillet) de la Mort d'Ophélie, et à Paris (22 septembre)
de la Marche funèbre pour la dernière scène d'Hamkt, n°^ 2 et 3 de Tristia (op. 18).
— 26 juillet. — Mort de son père.
1849. 'S avril. — La Société des Concerts du Conservatoire inscrit, pour la première
fois, à ses programmes des fragments de la Damnation de Faust. 1850 12 novembre. — Première exécution, et sous sa direction, du Chœur des Bergers, point de départ de l'oratorio VEnfance du Christ, à la salle Sainte-Cécile (Concert de la Société Philharmonique), morceau attribué à Pierre Ducré, dont il avait pris le nom pour dissimuler sa personnalité et mystifier ses auditeurs.
— Publication de deux recueils de mélodies , l'un de cinq : Fleurs des landes
(op. 13) ; l'autre de six : Feuillets d'album (op. 19).
— Berlioz succède à Bottée de Toulmon comme bibliothécaire du Conservatoire.
185 1. 2) mars. — Première exécution, à la salle Sainte-Cécile (Concert de la Société
Philharmonique), d'un double chœur avec orchestre, la Marche des Frams, devenu plus tard la Menace des Francs, et publié comme n^ 2 de Vox populi (op. 20).
1852. 20 mai. — Représentation de Benvenuto Cellini, à Weimar, par les soins et sous
la direction de Liszt.
— Mai à juin. — Deuxième séjour à Londres pour cause de concerts qu'il y
dirige.
— Octobre. — Publication des Soirées de l'Orchestre, et départ pour Weimar, où il
ne reste que quelques jours.
1S53. î^l<irs. — Troisième séjour à Londres, où il dirige des concerts.
— Août à décembre. — Nouveau voyage en Allemagne, seconde grande tournée
musicale par Bade, Francfort, Brmiswick, Hai.ovre, Brêne et Leipzig, où le 16 décembre est donnée pour la première fois la Fuite en Egypte. 18^4. } mai». — Mort i Paris, de sa femme, miss Henriette Smithson.
— TIII —
i834- ^à mars â mai. — froisièmc grand voyage en Allemagne, avec sé)Our l Hanovre et à Dresde.
— Octobre. — Second mariage avec M"* Marie Marin-Recio.
— Échec à l'Institut, où Clapisson est nommé contre lui.
— 10 décembre. — Première cxécuiion complète de V Enfance du Christ (op. 25),
à la salle Herz, et sous sa direction.
1855. Février. — Séjour à Gotha et Weimar.
— Mars. — Séjour i Bruxelles.
— i*r avril. — Première exécution de l'ouverture du Corsaire (op. 21), au concert
de la Société Sainte-Cécile.
— 30 avril. — Première audition, à Saint-Eustache, du Te Denm pour trois
chœurs, orchestre et orgue (op. 22), commencé dès 1849.
— Juin à juillet. — Nouveau séjour à Londres pour y donner des concerts.
— 15 novembre. — Première exécution de V Impériale (op. 26), cantate à deu^
chœurs et orchestre, au Palais de l'Industrie, et sous sa direction, lors de 1,^ distribution des récompenses pour l'Exposition universelle.
1856. Février. — Nouveau séjour à Gotha et Weimar.
— 21 juin. — Élection à Tlnstitut, en remplacement d'Adolphe Adam, par 19 voix
sur 37 votants. Au mois d'août, chaque année, de 1856 à 1864, voyage â Bade, où ses œuvres sont exécutées.
1859. Janvier. — Publication de son livre : Les Grotesques de la Musique.
— 18 novembre. — Reprise de YOrphce de Gluck au Théâtre-Lyrique, avec une
révision du texte musical faite par ses soins.
1860. 9 février. — Lettre à Wagner, publiée dans le journal des Débats, au sujet de la
« musique de l'avenir ».
— Juin. — Première exécution d'un double chœur avec orgue, en deux langues
(anglais et français), le Temple universel, chanté dans un festival international au Palais de Cristal à Londres.
1861. 21 octobre. — Reprise, à l'Opéra, de VAlceste de Gluck, reprise préparée par ses
soins et avec sa collaboration artistique.
1862. 14 juin. — Mort à Saint-Germain de sa seconde femme, née Marin-Recio.
— 6 août. — Première représentation, au Théâtre de Bade, de Béatrice et Bénédici,
opéra-comique en deux actes, imité par lui de Shakespeare et composé de 1860 à 1862. Joué deux fois, et sous la direction de l'auteur.
1863. Court déplacement à Weimar et à Lœwenberg (Silésie), chez le prince de
HohenzoUern-Hechingen.
1864. 4 novembre. — Première représentation, au Théâtre-Lyrique, des Troyens à
Carthage, opéra en cinq actes et prologue, dont il avait écrit paroles et musique, de 1856 à 1865. Joué vingt et une fois. Carvalho, directeur; Deloffre, chef d'orchestre.
— En cette même année, il est promu officier de la Légion d'honneur, et il cesse
d'écrire au Journal des Débats, où il est remplacé par d'Ortigue.
1865. Achèvement de ses Mémoires, qui ne devaient paraître qu'un an après sa
mort.
1866. Avril. — Nomination comme conservateur du Musée instrumental du Conser-
vatoire, en remplacement de Clapisson.
— Décembre. — Voyage à Vienne pour assister notamment à une audition inté-
grale de la Damnation de Faust.
1867. Février. — Voyage à Cologne.
— Juillet. — Mort à La Havane de son fils Louis, âgé de trente-trois ans.
— 12 novembre. — Départ pour le second voyage en Russie, où il était appelé
par la grande- duchesse Hélène, afin de donner six concerts à Pétersbourg et un à Moscou. Retour à Paris en février 1868.
1868. Mars. — Congestion cérébrale, dout les attaques se manifestent deux fois, à
Monaco et à Nice.
1869. Lundi 8 mars. — Mort de Berlioz, à midi et demi, dans son appartement d:
la rue de Calais.
— II mars. — Obsèques à la Trinité et inhuniatioD au cimetière Montmartre.
— tt
Note Historique
ir't 'histoire de la Diivirtaticn de Fausi est assez connvic de tous pou3 qu'il suffise ici d'en retracer les principaux traits.
C'est en 1828, l'année même où parut la traduction de Gérard de Nerval, que Berlioz conçut tout d'abord le projet de donner un commentaire musical au poème de Gœthe. Il avait alors vingt-cinq ans ei comptait encore parmi les élèves du Conservatoire. Ce premier essai aboutit en mars 1829 à la publication d'une partition intitulée : Huit scènes de Faust et comprenant, en effet, huit épisodes m.usicaux qui, plus tard, ont pris place dans la version définitive.
Sous cette forme primitive, l'œuvre ne plut pas longtemps à son auteur qui rêvait d'en agrandir le cadre. Le prix de Rome obtenu en 1830, le séjour obligatoire en Italie, la crise passionnelle qu'il i qualifiée dans ses Mémoires de « distraction violente », la composition d'importants ouvrages comme la Symphonie fantastique, Lelio, Roméo et Juliette, Harold, détournèrent ses pensées, et c'est plus de quinze ans après, en 1845-46, au cours d'un voyage à travers l'Autriche, la Hongrie, la Bohème et la Silésie, qu'il revint à la légende de Fatist et put enfin mener son entreprise jusqu'au bout.
Sur ce point, le texte de ses Mémoires vaut d'être cité :
« Je dus, raconte Berlioz, me résoudre à écrire moi-même presque tout le livret; les fragments de la traduction française du Faust de Gœthe, par Gérard de Nerval, que j'avais déjà mis en musique vingt ans auparavant et que je complais faire entrer, en les retouchant, dans une nouvelle partition, et deux ou trois autres scènes écrites sur mes indications par M. Gandonnière, avant mon départ de Paris, ne formaient p.is dans leur ensemble la sixième partie de Tœuvre. J'essayai donc, tout en roulant dans une vieille chaise de poste allemande, de faire les vers destinés à ma musique. Je débutai par l'-nvocation de Faust à la nature, ne cherchant ni à traduire ni même à imiter le chef-d'œuvre, mais à m'en inspirer seulement et à en extraire I.i substance musicale qui y est contenue. Et je fis ce morceau qui me donna l'espoir de parvenir à écrire le reste : Nature immense, impénttrable et fière ! — Une fois lancé, je fis les vers qui me manquaient au fur et à mesure que me venaient les idées musicales, et je composai ma partition avec une facilité que j'ai bien rarement éprouvce pour mes autres ouvrages. Je l'écrivais quand je pouvais et où je pouvais : en voiture, en chemin de fer sur les bateaux â vapeur, et même dans les villes, malgré les soin?
auxquels m'obligeaient les concerts que j'avais i y donner. Ainsi dans une auberge de Passau, sur les frontières de la Bavière, j'ai écrit l'introduction : Le vieil hiver a fait plac(. au printemps. — A Vienne, j'ai fait la scène des bords de l'Elbe, l'air de Méphistbphélès : Voici des roses et le ballet des byiphes. J'ai dit à quelle o^ciision et comment je fis en une nuit, à Vienne également, la marche sur un thème hongrois, de Rakoczy. L'effet extraordinaire qu'elle produisit â Pesth m'engagea à l'introduire dans ma partition de Faust, en prenant la liberté de placer mon héros en Hongrie au début de l'action et en le faisant assister au passage d'une armée hongroise à travers la plaine où il promène ses rêveries. — A Pesth, à la lueur du bec de gaz d'une boutique, un soir que je m'étais égaré dans la ville, j'ai écrit le refrain en choeur de la Ronde des Paysans. — A Prague, je me levai au milieu de la nuit pour écrire un chant que je tremblais d'oublier, le choeur d'anges de l'apothéose de Marguerite : Remonte au ciel, dme naïve que l'amour égara. — A Breslau, j'ai fait les paroles et la musique de la chanson latine des étudiants : Jam nox stellata velamina pandit. — De retour en France, étant allé passer que qucs jours près de Rouen, à la campagne de M. le baron de Montville, j'y composai le grand trio : An^^ adoré dont la céleste image... — Le reste a été écrit à Paris, mais toujours à l'improviste : chez moi, au café, au jardin des Tuileries et jusque sur une borne du boulevard du Temple. Je ne cherchais pas les idées, je les laissais venir, et elles se présentaient dans l'ordre le plus imprévu. Quand, enfin, l'esquisse entière de la partition fut tracée, je me mis à retravailler le tout, â en polir les diverses parties, à les unir, à les fondre ensemble avec tout l'acharnement et toute la patience dont je suis capable, et à terminer l'instrumentation qui n'était qu'indiquée. »
Achevé en septembre 1846, l'ouvrage fut exécuté le 6 décembre de la même année, en matinée, au théâtre de l'Opéra-Comique, sous la diret^ion de Berlioz — et à ses frais, bien entendu — avec les interprètes suivants : Roger (Faust), Hermann-Léon (Méphistophélès) , Henri (Brander), madame Duflot-Maillard (Marguerite). Une seconde audition eut lieu le 20 décembre sans plus de succès que la première. Il y avait aussi peu de monde à la salie Favart, écrivait Berlioz, « que si Ton y eût donné le plus mesquin des opéras de son répertoire ». L'accueil de la presse et du puWic fut plus que réservé. On ne comprenait pas et l'on se désintéressait d'une œuvre où l'on ne voulait rien voir précisément de ce que l'auteur y avait mis. Aussi ajoutait-il, avec une tristesse non dissimulée : « Rien d.ms ma carrière d'artiste ne m'a plus profondément blessé que cette indifférence inattendue. » Chez la plupart des critiques, l'indifférence s'était môme transformée en véritable hostilité. Les feuilletons de ceux qui menaient alors l'opinion abondent en jugements où l'ignorance le dispute à la partialité. C'est dans la Revue des Deux Mondes que Scudo déclarait gravement : « Si, d'un côté, M. Berlioz ne trouve presque toujours, au lieu d'idées, que des chants inintelligibles, de l'autre, il ne s'est pas donné la peine d'étudier suffisamment les procédés de l'art d'écrire... Non seulement M. Berhoz ignore l'art d'écrire potir la voix humaine, mais son orchestration même n'est qu'un amas de curiosités sonores, sans corps et sans développement. »
Hn dépit des attaques de la première heure, l'œuvre a fait son chemin; elle a pris d'abord la route de l'exil, et les succès de l'étranger l'ont ramenée, comme tant d'autres, au point de départ, à Paris, où elle a trouvé son triomphe définitif. Peut-être ne lira-t-on pas sans intérêt la liste de ses principales étapes :
1847. — Pétersbourg, Moscou, Riga, Berlin, sous la direction de Berhoz.
1848. Londres, sous la direction de Berlioz (les deux premières parties)
1849. — Paris, au Conservatoire (Marche hongroise, chœur et ballet des Sylphes).
1850. — Paris, salle Sainte-Cécile (les deux premières parties).
1852. — Londres, sous la direction de Berlioz; Weimar, sous la direction de Liszt (les deux premières parties).
1853. — Leipzig, Bade, Francfort, Brunswick, Hanovre, sous la direction de Berlioz (presque toujours les deux premières parties).
1854. — Dresde, sous la direction de Berlioz, et 1856, Weimar.
1861. — Paris, au Conservatoire (cinq morceaux formant la fin de la deuxième partie). «,
1864., 1866 et i8é8. — Vienne (tantôt fragmentairement, tantôt intégralement).
En 1869, Berlioz meurt sans avoir eu la joie supiême d'assister dans sa patrie à une reprise complète de l'œuvre dont il disait : « Je regarde cet ouvrage comme l'un des meilleurs que j'aie produits. » Mais, en cette même année 1869, pour honorer la mémoire du maître disparu, LitolfF profite d'un concert qu'il donne à l'Opéra pour y diriger le ballet des Sylphes et le menuet des Follets. Ces deux morceaux, joints à la Marche hongroise, sont exécutés en 1870 au Conservatoire et au Cirque d'hiver.
La guerre interrompt pour un temps la vie musicale en notre pays ; mais, dès 1872, la Damnation reparaît sous forme de fragments chez Pasdeloup et au Conservatoire, en 1873, ^^74 ^^ 1^75 ^" Concert national de l'Odéon, puis au Châtéht et au Cirque d'hiver. En 187^, le Conservatoire inscrivait sur son programme les deux premières parties.
En 1877, enfin, l'œuvre retrouvait son intégrité primitive et le
i8 février, plus de trente ans après sa première apparition, la Damnation de Faust était applaudie sinmlianémcnt au Cirque d'hiver et au Châtelet. Bientôt, elle fut admise aux Concerts Lamoureux (14 lois) et, plus tard, à ceux de l'Opéra. Mais dès cette époque, le chef-d'œuvre de Berlioz avait droit de cité partout, et il ne se passe plus d'année sans qu'il devienne l'objet d'une ou de plusieurs auditions, soit à Paris, soit en Province ou à l'étranger.
Ajoutons que la centième audition aux Concerts Colonne a eu lieu solennellement le 11 décembre 1898, jour anniversaire de la naissance du maître, lorsque l'Association artistique fêtait le vingt-cinquième anniversaire de sa fondation.
Aujourd'hui, non seulement l'œuvre ne rencontre plus de détracteurs, mais elle a conquis tous les suffrages; elle n'est plus l'objet de l'admiration de quelques-uns, d'une école ou d'un groupe, elle est devenue populaire. C'est que Berlioz a mis là une part, et non la moindre, de son génie. Dans ce cadre qui plaisait à son romantisme inquiet et fiévreux, il a jeté les mélodies les plus diverses, tantôt douces et pénétrantes, tantôt larges et fortes, musique expressive et pittoresque, habilement contrastée, riche de sève intense et de couleur personnelle, musique d'un maître qui a marqué sa place dans l'histoire musicale du xix* siècle. En effet, il a enrichi le domaine symphonique, ou plutôt instrumental, d'une note qui lui appartient bien en propre. Il a trouvé des associations de timbres^ des groupements sonores dont Wagner lui-même devait plus tard profiter. Il écrivait la Symphonie fantastique ei les Huit scènes de Faust, en 1828, c'est-à-dire à une époque où le futur auteur de Tannhàuser, âgé alors de quinze ans, ne s'occupait guère de composition. Berlioz fut donc un précurseur; il est et demeure un poète et un peintre musical. Or, si l'on songe que, par droit de naissance, il appartient à la France, c'est avec une fierté toute patriotique qu'on peu; honorer sa mémoire et saluer son nom glorieux.
Note Bibliographique
(j 'est seulement en 1854, c'est-à-dire huit années après la première
audition à Paris, que parut chez Richault la première édition de la Damnation de Faust. Le succès de l'ouvrage à l'étranger pourrait bien avoir été la cause plus ou moins indirecte de cette publication, en somme assez tardive, et qui justement, chose très rare pour l'époque, comportait à côté du texte original une traduction allemande, signée Minslaff. Bien plus, le volume était précédé d'une sorte d'avis "ou avantpropos en allemand et en français. L'auteur n'avait pas signé; mais il était facile de reconnaître le tour d'esprit et la forme littéraire de Berlioz. A ce titre doit trouver place ici, dans son intégrité primitive. cette curieuse et intéressante préface.
Le titre seul de cet ouvrage indique qu'il n'est pas basé sur l'idée prinapaie uu Fausf de Goethe, puisque, dans l'illustre poème, Faust est sauvé. L'auteur de la Damnation de Faust a seulement emprunté à Gœthe un certain nombre de scènes qui pouvaient entrer dans le plan qu'il s'était tracé, scènes dont la séduction sur son esprit était irrésistible. Mais fût-il resté fidèle à la pensée de Goethe, il n'en eût pas moins encouru le reproche, que plusieurs personnes lui ont déjà adressé (quelques-unes avec amertume), d'avoir mutilé un monument.
En fffet, on sait qu'il est absolument impraticable de mettre en musique un poème de quelque étendue, qui ne fut pas écrit pour être chanté, sans lui faire subir une foule de modifications. Et de tous les poèmes dramatiques existants, Faust, sans aucun doute, est le plus impossible à chanter intégralement d'un bout à l'autre. Or si, tout en conservant la donnée du Faust de Gœihe, il faut, pour en faire le sujet d'une composition musicale, modifier le chef-d'œuvre de cent façons diverses, le crime de lèse-majesté du génie est tout aussi évident dans ce cas que dans l'autre et mérite une égale réprobation.
Il s'ensuit alors qu'il devrait être interdit aux musiciens de choisir pour thèmes de leurs compositions des poèmes illustres. Nous serions ainsi privés de l'opéra de Don Juan, de Mozart, pour le livret duquel Da Ponte a modifié le Don Juan de Molière, nous ne posséderions pas non plus son Mariage de Figaro, pour lequel le texte de la comédie de Beaumarchais n'a certes pas été respecté; ni celui du Barbier de Séville, de Rossini, par la môme raison; ni VAlcesle de Gluck, qui n'est qu'une paraphrase informe de la tragédie d'Euripide; ni son Iphigénie en Aulide, pour laquelle on a inutilement (et ceci est vraiment coupabl**) gâté des vers de Racine, qui pouvaient parfaitement entrer avec leur pure beauté dans les récitatifs; on n'eût écrit aucun lies nombreux opéras qui existent sur des drames de Shakespeare; enfin, M. Spolir serait peut-être condamnable d'avoir produit une œuvre qui porte aussi le nom de Faust, où l'on trouve les personnages de Faust, de Méphistophélès, de Marguerite, une scène de sorcières, et qui pourtant ne ressemble point au poème de Gœihe.
Maintenant, aux observations de détail qui ont été aites sur le livret de la Damnalion de Faust, il sera également facile de répondre.
Pourquoi l'auteur, dit-on, a-t-il fait aller son personnage en Hongrie ?
Parce qu'il avait eavie de faire eiiteodie uo morceau de musique iu&trumenta)« doit» le thème est hongrois. Il l'avoue siocèretnent. Il l'eût meué partout ailleurs, s'il eût trouvé la moindre raison musicale de le faire. Gathe, lui-même, dans le second Fautt. o'a-t-il pas conduit son héros à Sparte, dans le palais de Ménélas ?
La légende du docteur Faust peut être traitée de toutes manières : elle est i< domaine public; elle avait été dramatisée avant Goethe; elle circulait depuis longtem; •. sous diverses formes dans le monde littéraire du nord de l'Hurope, quand il s'en empara; le Faust de Marlow jouissait même, en Angleterre, d'une sorte de célébrité, d'une gloire réelle que Gœthe a fait pâlir et disparaître.
Quant à ceux des vers allemands, chantés dans la Damnation de Faust, qui sont àa vers de Gœthe altérés, ils doivent évidemment choquer les oreilles allemandes, comme les vers de Racine, altérés sans raison dans VIphigénie, de Gluck, choquent les oreilles françaises. Seulement, on ne doit pas oublier que la partition de cet ouvrage fut écrite sur un texte français, qui, dans certaines parties, est lui-même une traduction de l'allemand, et que, pour satisfaire ensuite au désir du compositeur de soumettre son oeuvre au jugement du public le plus musical de l'Europe, il a fallu écrire en allemand une traduction de la traduction.
Peut-être ces observations paraîtront-elles puériles à d'excellents esprits qui voient tout de suite le fond des choses et n'aiment pas qu'on s'évertue à leur prouver qu'on est incapable de vouloir mettre à sec la mer Caspienne ou faire sauter le mont Blanc. M. H. Berlioz n'a pas cru pouvoir s'en dispenser, néanmoins, tant il lui est pénible de se voir accuser d'infidélité à la religion de toute sa vie, et de manquer, même indirectement, de respect au génie.
Qui, le premier, réduisit pour piano et chant la Damnation de Faust ? Nul ne le sait. On connaît le nom du traducteur ; on ignore celui de l'arrangeur. Nos recherches sur ce point n'ont pas abouti; aucune trace ne s'en est retrouvée dans les archives mêmes de la maison Richault. On a parlé de Théodore Ritter, qui, en effet, s'est chargé de ce travail pour certaines partitions de Berlioz. L'attribution au maître lui-même est plus fantaisiste encore : Berlioz ne pratiquait pas l'art du piano, et la grossièreté de certaines fautes ne pouvait émaner de l'auteur.
L'hypothèse la plus vraisemblable est que Berlioz a dû recourir à la bonne volonté d'un ami complaisant; mais son travail était malheureusement très inexact.
Lorsque la maison Richault passa aux mains de M. Costallat, celui-ci comprit la nécessité d'une autre édition et me fit l'honneur de m'en confier le soin. La tâche était délicate; l'ayant assumée, je tiens du moins à indiquer les principes qui mont guidé et la part de nouveai' que comporte une telle réfection.
Transcrire une partition de l'orchestre au piano, c'est substituer un langage à un autre, c'est modifier, transformer, traduire, en un mot : et toute traduction, suivant le proverbe italien, ressemble plus ou moins
à une trahison. La difficulté est d'autant plus grande qu'une langue diffère plus de l'autre. Or, la musique de Berlioz n'a rien de pianistique : de là peut-être une partie de sa puissance à l'orchestre. Il ne fallait donc point songer à faciliter quand même et à tout prix la transcription, sous peine de rendre incomplètement la pensée de l'auteur et, par conséquent, de le trahir. Certaines pages étaient déjà précédemment et sont demeurées presque injouables : telle la Course à Vabîme, dont seuls pourront jamais se tirer les virtuoses de profession. Mais l'on s'est appliqué à reproduire autant que possible la couleur de l'orchestre, c'est-à-dire donner au moins pour les j/eux une idée exacte du groupement instrumental. Partout où la précédente réduction a pu être maintenue, nous l'avons respectée ; mais en maints endroits il a fallu adopter une version nouvelle, collationner le texte musical sur la grande partition, rectifier bien des détails, compléter bien des lacunes, et se rapprocher du modèle sans pour cela négliger les côtés pratiques de l'exécution.
Entre autres changements matériels, je signalerai la disparition du texte allemand, devenu inutile, depuis qu'on a publié séparément une édition allemande de la Damnation de Faust. On observera aussi que la partie chorale a été gravée en notes plus petites que la partie vocale des solistes et l'accompagnement. Cette différence de caractères facilite plutôt la lecture au piano ; elle a, d'ailleurs, permettant de graver sur la page un plus grand nombre de portées, l'avantage d'obliger à tourner moins souvent les feuillets.
Le texte Uttéraire a été, lui aussi, l'objet d'une révision minutieuse.
Enfin les indications scéniques mieux réparties et plus exactes, une table des matières plus explicitement détaillée, la gravure et l'impression plus soignées, tout a été mis en œuvre pour donner à la partition nouvelle un aspect plus élégant et une valeur plus réelle. C'est l'honneur et l'hommage que méritaient depuis longtemps un ouvrage consacré par le succès et un compositeur de génie.
Charles Malherbe,
Archivisle-Àdjoini dt l'Opéru
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