CONFÉRENCE DE
M. Heinry BiDoiJ
avec I eminent concours de M'"« RITTER-CIAMPI et de M. VILLIER, de l'Opéra-Comique faite le 27 novembre 1930 — "— *— ^''— ^—^Bg
, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
ON DIRAIT que la vie des grands artistes est écrite d'avance, tant le ciel, qui se complaît à la parfaire, y multiplie les présages, les avertissements, les messages secrets. Le plus souvent, ils ne sont compris qu'après coup. Mais l'histoire les recueille et ils émeuvent la postérité. Que Gœthe, à seize ans, îeune étudiant à Leipzig, aille dans la taverne d'Auerbach rêver sous le vieux tableau qui représente le docteur Faust faisant ripaille avec ïes écoliers, cela n'a-t-il pas un air de coïncidence, de prédestination et de maléfice qui touche au plus secret les cœurs i=ijprrstilieux ?
« L'antique et naïve peinture, dit Jean-Marie Carré, exerçait sur Gœthe un mystérieux attrait
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et il se trouvait bien là, isolé dans le brouhaha, contemplant, à travers les volutes bleues des longues pipes, l'étrange magicien à bonnet rond et à fraise godronnée qui sortait de la cave, à cheval sur un tonneau. »
Dès lors, le docteur va devenir le compagnon de toute sa vie et son histoire se confondra avec la sienne. Entre vingt et vingt-cinq ans, il en composera une première esquisse, qui ne sera retrouvée et publiée qu'après plus d'un siècle A trente ans, il imprimera un premier fragment. En 1808, tout proche de la soixantaine, il donnera enfin la -première partie achevée, Faust, eine tragœdie. Mais il a formé le plan du second Faust dès sa jeunesse ; la vie le modifie, sans doute, et modèle l'œuvre sur elle-même. Comme Gœthe lui-même, le docteur devient homme d'Etat et ministre. L'œuvre
n'est achevée qu'au moment où le poète luimême va mourir, ayant passé quatre-vingts ans. Et elle est publiée après sa mort.
Qu'est-ce donc que ce Faust, où le poète a mis toute l'idée qu'il se faisait de l'homme? C'est une âme inquiète et qui s'efforce vers quelque chose de plus beau, vers un but inaccessible qu'elle ne connaît pas elle-même. En
au cœur de la nature, dans la régioir profonde où vivent les causes premières, et, de ce voyage surnaturel, il ramène l'ombre d'Hélène. Enfin, il en vient au goût de l'action. Il assamit une province, il fonde un port. Il est devenu trè» vieux et aveugle. Il va mourir. Déjà on cloue son cercueil ; mais il croit entendre les ouvriers qui travaillent au chantier de sa ville, et, fondateur d'un pays libre, heureux de l'œuvre accomplie, il rêve à cette minute qu'il pout-
Liszt. Schumann. Berlioz.
Gounod. Wagner. BoUo.
Gœihe.
GOETHE ET QUELQUES-UNS DES GÉ.MES MUSICAUX QU 'iL A INSPIMÉS
quoi, Faust est un serviteur de Dieu. Ecoutez le diable parler de lui :
« Il ne boit ni ne mange nourriture ni boisson terrestre ; son élan l'entraîne au loin ; il est à demi conscient de sa folie ; il demande au ciel ses plus belles étoiles, à la terre ses plus hauts plaisirs, et tout ce qui est proche et tout ce qui est loin n'apaisent pas la profonde agitation de son cœur. »
Dieu permet au diable de le tenter. Et le diable parie avec Faust qu'il réussira à lui faire dire à la minute qui passe : « Attarde-toi, tu es si belle. » C'est là-dessus que le cycle des épreuves, ou plutôt des tentations, commence. Ce sont, mais transfigurée?, celles que les hommes ont coutume de subir. Et la première est la tentation de l'amour. Vous savez que la simple fille qui en est la victime retient si peu Faust qu'elle en devient criminelle et folle. Il est déjà à explorer d'autres régions de l'univers, mais toujours avec le même dégoût. Le voilà tantôt à la cour de l'empereur, auquel il apprend le secret de la richesse, qui est le crédit ; car le diable est économiste, — tantôt
rait soupirer la parole qui le perd : « Minute, arrête-toi ! » C'en est fait. Il appartient ani diable. Mais non. Il y avait en lui une étincelle qui ne peut être jserdue. (( Celui qui toute sa vie a fait effort, celui-là nous pouvons le sauver. » Ainsi chantent les anges. Que l'enfer prenne sa dépouille ! Ce qu'il y a d'immortel en lui va dans le ciel. {Vifs applaudissements.)
Le 12 février 1829, Goethe causait comme à l'ordinaire avec Eckermann. Il avait reçu une lettre de son ami Zelter, et il déplorait la décadence de l'art allemand.
— Je ne renonce pourtant point, dit Eckermann, à l'espoir de voir écrire pour Fausi une musique digne de lui.
— C'est tout à fait impossible, dit Goethe. Tout ce qu'une pareille musique devrait nécessairement contenir -de choquant et de terrible et qui heurtât le SF>ectateur, est contraire à l'esprit du temps.
Il pensait que cette musique devrait ê»rr dan» le même esprit que le Don Juan de Mozart :
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