‹ La dance macabre des Saints Innocents de Paris :Chapitre 4 sur 12 · III. Dans Y Université (au midi · texte numérisé non relu

III. Dans Y Université (au midi

Saint-Benoît, Saint-Côme, Saint-Sulpice, Saint- André des Arcs, l'hôpital de la Charité.

Total trente et une paroisses et généralement toutes les églises qui n'avaient pas de cimetière. Les corps étaient amenés dans l'église des Saints-Innocents ; après l'office des Morts on acquittait les droits de fabrique entre les mains du fossoyeur du chapitre de Saint-Germain, puis on procédait à l'inhumation.

Avant de parler du fossoyeur, représen-

tant de messieurs les doyen et chapitre de Saint-Germain, un mot sur les droits dont il vient d'être question.

Les concessions à perpétuité, monuments ou inhumations, ne se faisaient jamais sans Tautorisation du chapitre propriétaire de toute ancienneté, on trouve même parfois la formule : En la terre de MM. de Saint- Germain. Beaucoup d'épitaphes portaient : Par la permission de MM. de Saint-Germain.

Ils percevaient le droit d'obsèques dans tout le cimetière et les chapelles, aussi bien sur les paroissiens que sur les personnes décédées sur toute autre paroisse. Ce droit, perçu sur place par le fossoyeur, était évalué, au xvnc siècle, à 1,600 livres de revenu, dont le quart dut être employé à l'élargissement de la rue de la Ferronnerie (i).

Par arrêt des 12 février 1 534 et 7 avril 1543, le Chapitre fut maintenu dans la possession de choisir et de renvoyer les fossoyeurs, même pour les fosses des fidèles, autres que les paroissiens de Saint-Germain, Saint-Eustache et Saint-Sauveur. Mais si le

(1) Arch. liât., Ord. de Louis XIV (S. 33y4).

Chapitre maintenait ses privilèges, il connaissait ses devoirs; vers iy5o , il avait acquis un terrain neuf aux Porcherons, pour y mettre les ossements des corps morts., Malgré cette précaution , dit un rapport du temps, mais postérieur de vingt ans, tous les charniers en sont remplis depuis deux ou trois cents ans (i).

Pour être inhumé dans les chapelles d'Orgemont et de Villeroy, on payait 28 livres; sous le petit charnier, à cause des trop fréquentes sépultures que l'on demandait en ce lieu, où les corps ne pouvaient être vite consumés, et pour éviter l'infection qui en pouvait résulter : pour toute tombe à lever , 25 livres; sans tombe à lever, 20 livres. Sous les grands charniers, pour une tombe à lever , 1 8 livres, et 1 5 livres pour une tombe levée.

Partout ailleurs, il est dû au fossoyeur pour une tombe levée, 5 livres ; non levée, 3 livres; pour les petits enfants, dans le premier cas, 3 livres; dans le second, 1 livre. Le fossoyeur devait recevoir pour les convois de charité de la paroisse, 1 5 sous, et pour

(1) Arch. de l'État-Civil (G. 636).

les mêmes convois venant d'autres paroisses, 20 sous.

Pour les enterrements sans coffre (bière), il recevait de la dame de charité, trésorière de la paroisse du défunt, suivant la coutume, pour les grands corps, 26 sous, dont 16 sous revenaient aux quatre porteurs et 10 sous à lui et à ses garçons, et pour les petits corps, 16 sous seulement; enfin 10 sous pour les enterrements de charité des autres paroisses.

Ce règlement qu'on voulut imposer au xvnc siècle , modifiait, dans certaines de ses parties, celui qui existait déjà, il fut critiqué amèrement, peut-être ne fut-il pas mis à exécution ; le factum d'où sont tirés ces détails, demandait, non sans raison, pourquoi cette différence entre les tombes levées ou non, les convois avec ou sans coffres, cette distinction entre paroissiens et étrangers (1) ?

Les concessions à perpétuité subsistaient plus longtemps que de nos jours, la jouissance n'en était troublée que dans des cas tout à fait exceptionnels. La destruction du charnier des Lingères pour l'élargissement

(1) Arch. nat., Saints-Innocents (L. 567).

de la rue de la Féronnerie, fat un événement qui dut avoir son contre-coup dans les familles en possession du droit de sépulture sous cette galerie.

On trouve à la date des 14, 1 6, 19, 20 'et 22 septembre 1669, un accord par lequel :

« Louis de Lille et Gabrielle Gille , sa « femme; Charles de Brie et Françoise Gille, « sa femme; François Lebret; Henri Go- « dart; Antoine Alexandre; Marie Pujot; « Pierre de la Blanche ; Louis Faure et Nice colas Fronteau, agissant ès noms et comme « titulaires du droit de sépulture sous le « charnier delà Féronnerie, consentent que « les ossements, sépultures, épitaphes, ins- « criptions et tombes de leurs parents inhu- « més sous ce charnier, soient transportés « sous celui de la rue de la Lingerie et de la « rue aux Fèvres (sic), se réservant le même « droit de sépulture qu'ils y avaient (1). »

Il y avait dans le cimetière un personnage secondaire, mais qui tirait de la nature de ses fonctions une importance relative, le mandataire du chapitre de Saint-Germain, le fossoyeur, que, par euphonie , on appela

(1) Arch. nat. (ibid.)

depuis commis des convois } chargé de la perception des droits de sépulture, il devait s'opposer aux empiétements. Préposé à la police intérieure, il était dépositaire des clefs, il devait présider à l'ouverture et à la fermeture des portes, ce qui ne se faisait pas toujours régulièrement, s'il faut en croire les plaintes qui s'élevèrent à plusieurs époques, et les arrêts qui réglèrent les prétentions des parties.

Son logement, augmenté plus tard d'un jardin, ainsi que la loge où ses garçons déposaient leurs outils, étaient dans le cimetière, auprès du passage contigu à l'église et indépendant de l'un comme de l'autre.

Si l'office des morts n'avait pas été chanté à la paroisse du défunt, on portait le corps à l'église; après le service, on faisait Y absoute qui le termine, au Prêchoir dans le cimetière. De là on se rendait au lieu de la sépulture : pour les riches, un monument en plein air ou sous les charniers ; pour le vulgaire , on descendait les corps par une échelle, dans une cave de cinq à six mètres de profondeur, où on les alignait après les avoir couverts d'un peu de poussière ; certaines de ces tranchées avaient reçu de douze

à quinze cents cadavres. Il y avait toujours deux ou trois de ces puits ouverts, à une certaine distance l'un de l'autre; on se contentait de jeter sur leur orifice une ou deux planches qu'on supposait suffisantes pour la boucher. Quand ils étaient comblés, on en creusait d'autres, ce qui explique pourquoi le terrain avait pu s'exhausser de huit pieds au-dessus du niveau des voies publiques qui l'environnaient.

En prenant une fosse à part, on n'avait droit qu'à cinq pieds de haut (long?) sur deux et demi de large; il n'y avait guère que cent cinquante à deux cents sépultures par an.

Philosophe sans le savoir, le fossoyeur des Saints-Innocents enterrait indifféremment tous les morts grands et petits, il en avait tant vu ! On a dit qu'il se faisait, en temps ordinaire, deux et même trois mille inhumations par an, dans le principal cimetière de Paris; la statistique citée plus haut est incomplète , mais ne saurait atteindre ce chiffre (i). Le dernier fossoyeur en titre, François Poutrain , accusait quatre-vingtdix mille enterrements en moins de trente

(i) Voir p. 24.

ans d'exercice ; il était, selon nous, au-dessous de la vérité [était-ce par modestie?), comme aussi M. Héricart deThury (i.) , qui portait à 1.200,000 le nombre des personnes inhumées aux Innocents, dans l'espace de sept siècles, de 1 187, époque de la clôture sous Philippe-Auguste, jusqu'à sa fermeture en 1786. En adoptant par année moyenne le chiffre de 3, 000 décès par an, sans compter les famines, pestes, épidémies, guerres, on arrive à un total de 2,100,000 cadavres inhumés dans un espace relativement trèsrestreint, puisqu'il ne présentait qu'une superficie de 1,775 toises.

La question du déplacement du cimetière préoccupait depuis longtemps l'autorité civile, et on a vu (2) que le chapitre de Saint- Germain avait pris des mesures pour remédier à l'encombrement des charniers ; mais alors, comme aujourd'hui, la question était grosse de difficultés; la routine, des préjugés respectables, l'embarras de trouver un emplacement convenable , faisaient ajourner une mesure reconnue nécessaire.

(1) Description des catacombes, p. 164.

(2) Voir p. 29.

Le commissaire Laumônier ayant été, à plusieurs reprises, chargé d'enquêtes sur ce sujet, avait, dans un dernier rapport (17 juin 1780), émis l'avis d'établir un cimetière provisoire "aux Capucins, et d'en confier la surveillance à ces religieux : « Mieux vault, disait-il, des religieux , pour gardiens , qiùun ivrogne comme celui des Innocents, »

Poutrain n'était pas de. cet avis ; ayant entendu parier de la suppression de son cimetière, il fit des démarches pour conserver sa place dans le nouveau cimetière (1781). Le Lieutenant de police appuya sa demande, et une apostille signée : Servaux, marque : il mérite la bonté et la protection du magistrat.

Il serait aussi long que fastidieux, quand l'espace le permettrait ici, de citer toutes les ordonnances, arrêts et mesures administratives quij à diverses époques, ont visé la police du cimetière des Innocents; on trouve les principales dans Delamare et ses continuateurs (1) ; Félibien (2) ; Isambert (3) ;

(1) Traité de la police. Paris, 1722.

(2) Histoire de la ville de Paris, 1725.

(3) Recueil général des lois françaises (420-1789). Paris, 1822.

E. de Laurière et Pardessus (i); les registres du Parlement (2) ; les Archives nationales (3); Dr Chéreau (4) ; Franklin (5), etc., etc. — Le mémoire suivant les résume toutes et fait connaître comment nos pères entendaient encore, au siècle dernier, les lois de la salubrité et de l'hygiène publique et privée.

Les Archives de l'Hôtel de Ville (C. 636), aujourd'hui détruites, renfermaient un grand nombre de documents, et en particulier la pièce suivante, intitulée :

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