LA PREMIÈRE ÉDITION
Donnée à Lyon
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Copie sur l'exfiiiplaiie de M. Cailliava de 1.
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Les iii]iulachres&
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pourtraictes, que artifi ciellement imaginées.
Ici esl place
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Mil liei nics à trois tûtes sur un socle où sont écrits ccs mots ;
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Kl d’où parlent deux chuiiics qui lient les dent mondes, avec celte le'gemle:
L'siis me geniiit.
Soiibz l’cscv de COLOIGISE
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A MOULT REVERENDE
abbesse du religieux couvent S'~Pierre (le Lyon, madame Jéhanne de Touszelle, salut d’un vray zélé.
J’ay bon espoir, Madame et mère très religieuse, que de ces espovenlables simulacbres de mort aurez moins d’ébaïssement que vivante. Et que ne prendrez a maulvais augure, si a vous, plus que a nulle austre sont dirigez. Car de tout temps par mortification, et austère vie, en tant de divers cloistres transmuée par autborité royalle, estant la l’exemplaire de religieuse religion et réformée réfoi malion , avez eu avec la mort telle habitude, qu'en sa mesme fosse et sepulchrale dormilion ne vous scauroit plus estroitement enclorre, qu’en la sépulture du cloistre, en la quelle n’avez seulement en-
.'•(‘jively I(j corps : mais cueur et esprit (piand et (|uaiul , voire une si liberale et entière dévotion (lu’ils n’en veulent j ainais sortir, fors comme saint bol, pour aller a Jésus-Christ. Lequel bon Jésus, non sans divine providence, vous a baptisée du nom et surnom au mien unisonantement consonnant, excepté en la seule lettre de T , lettre , par fatal secret , capitale de votre surnom : pour autant que c’est ce caractère de thau , tant célèbre vers les Hebreux et vers les Latins, pris a triste mort. Aussi par sainct lliérome appelé lettre de croix et de salut : merveilleusement convenant aux salutaires croix supportées de tous voz zèles en saiucte religion. Lesquels zèles la .Mort n’a osé approcli 'r, quel- (jucs visitations que Dieu vousayt faictes par ipiasi continuelles maladies , pour non contrevenir a ce fourrier Lzècbiel, qui vous auroit marquée de son thau, signe detfensable de toute maulvaise mort, qui me faict croire que vous serez de ceulx , desquels est escript, quilz ne gousteronl la mürlitère amertume. El que tant .s’en faudi a que ne rejétiez ces funèbres histoires de mondaine mortalité , comme maulsades et mélancoliques, que mesme admonestée de sainct Jaques, considererc's le visaige de votre
nalivilé en ces mortels miroirs, desquels les mortels sont dénnomez comme touts subjects a la mort, et a tant de misérables misères, en soi te que déplaisant à vous mêmes, étudierez (le complaire à Dieu , jouxte la figure raeonptée en exode , disant, qu’à l’entrée du tabernacle avoit ut»e ordonnance de miroirs , aün que les entrants se pussent en iceulx contempler : Et aujourd’huy sont telz spirituelz miroirs mis à l'entrée des églises et cymitieres, jadis par Diogénes révisitéz pour venir si entre les ossements des mortz pourroit trouver aucune dilTérence des riebes et des pouvres. Et si aussi les payens pour se refréner de mal faire, aux entrées de leurs maisons, ordonnoient fosses et tombeaux en mémoire de la mortalité a tous préparée , doivent lesebrestiens avoir horreur d’y penser? L(?s images de mort seront elles à leurs yeulx tant eflVayeuses, quilz ne les veulent venir n’en ouyr parlementer? C’est le vray et propre miioir auquel on doibt corriger les difformitéz du péché et cmbéllir l’aine. Car, comme sainct Crégoire dit, (pii considère comment il sera a la mort , deviendra craintif en toutes ses opérations, et quasy ne se osera monstrer à ses propres yeulx : Et se considère pour la mort.
qui ne se iffnore devoir mourir. Pour ce que la parfaicle vie est riinitalion de la mort, laquelle soliciteusement parachevée des justes, les conduicl à salut. Par ainsi a tous fideles seront ces spectacles de mort en lieu de serpent d’airain , lequel advisé jfuérissoit les Israélites des moi' sures serpentines moins venimeuses que les eguillons des concupiscences, desquelles sommes continuellement assailliz. Ici dira ung curieux questionnaire : quelle ligure de mort peult estre par vivant représentée? Ou, comment en peuvent déviser ceulx, qui oneques les inéxorables forces n’expérimentérent? Il est bien vray que l'invisible ne se peult par chose visible proprement représenter ; mais tout aussi que par les choses créez et visibles , comme est dit en VEpistre aux Ilomains^ on peult voir et contempler l’invisible Dieu et incréé. Paréillement par les choses, lesquelles la mort a faict irrevocables passages, c’est a sçavoir par les corps es sépulchres cadaveriséz et déchaînés sus leurs monumentz, on peult extraire quelques simulachres de mort (simulachi es h's dis je vrayement, pour ce que le simulachre vient de simuler et faindre ce qui n’est point). Et pourtant qu'on n’a peu trouver chose plus ap-
procbante à la similitude de mort, que la personne morte, on a d’icelle effigie, simiilachres, et faces de mort , pour en nos pensées imprimer la mémoire de mort plus au vif, que ne pourroient toutes les réthoriques descriptions des orateurs. A cette cause l’ancienne philosophie etoit en simiilachres , et images effigiées. Et qui bien la considérera , toutes les histoires de la Bible ne sont que figures a notre plus ténace instruction. Jésus Christ même ne figuroit il sa doctrine en paraboles, et similitudes, pour mieuLx l’imprimer a ceulx auxquels il la preschoit? Et noz sainetz peres, n’ont ilz par devotes histoires figuré la plus part de la Bible, encores apparoissantes en plusieurs églises, comme encor on les voit au cheur de ceste tant vénérable église de Lyon? Vrayment en cela . et en autres antiques cérémonies admirablement constante observatrice, autour duquel les images là elégantement en relief ordonnées, servent aux illitéréz de très utile et contemplative littérature. Que voulut Dieu , quoi qu’en dé barrer ces furieux iconomachiens, qui de telles ou semblables images fussent tapissées touto.s noz églises , mais que nos yeulx ne se délectassent a autres plus pernicieux spectacles. Donc
rctoiirnanl a noz (iguros faces de mori , liés grandomenl vient a regréter la mort de celuy, qui nous en a icy imaginé de si oléganles figures, avançantes autant toutes les patronées jusqu’icy, comme les painlures de Appelles ou de Zeusis, surmonti'iit les modernes. Car ses histoires funèbres, avec leurs descriptions sévèrement riméos, aux advisants donnent telle admiration , qu'ilz en jugent les mortz y apparoistre très vivement, et les vifs très mortement représenter. Qui me faiet penser, que la mort craignant que cet excellent painclre ne la paignist tant vifve, qu’elle ne fut plus crainte pour mort , et que pour cela luy même n’en devint immortel, que a celle cause elle lui accéléra si fort ses jours, qu’il ne peull parachever [ilusieurs austres figures, ja par luy tracées : mesme colle du charretier froissé, et espaulti souhsson ruiné charriot , les rocs, et chevaulx duquel, sont là si épouvantablement Irezbuchèz, qu’il y a autant d’horreur a venir leur prèciiiitation . que de gaie a contempler la friandise d’une mort, qui furtivement succc avec un chalumeau le vin du tonneau efTondré. Auxquelles imparfaictes histoires comme a rinimitahle arc celesle appelé iris, nul n’a osé imposer rexlrcine
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main, par It's andarieiix (railz, porspoclives, ol umbrages en ce chef d'œuvre coniprises, si tant gracieusement déliniées que l’on y peut prendre une déléctable tristesse et une triste déléclation , comme chose tristement joyeuse. Cessent hardyment les antiquailleurs et amateurs des anciennes images de chercher plus antique antiquité que la pourtraiclure de ces niortz. Car en elle voiront l imperalrice tons vivants invictissinie des le commencement du monde rognant. C’est celle qui a triomphé de touls les Césars, empereurs et rois. C’est vrayment l’herculée fortilude qui, non avec sa massue, mais d’une faulx, a fauché et extirpé tous les monstrueux et tyranniques couraiges de, la terre. Les regardées Gorgonnes, ni la leste de Meduse ne féirent oncques si (dranges métamorphosés ne si diverses transformations, que peust faire l'intenlive conteniplation de ces faces de mortalité. Or si Sévére empereur romain tenoit en son cabinet, lesnu)ing Lampridius, les images de Virgile, de Cicero , d’Acliilles, et du grand Alexandre, pour a icelles se inciter a vertu, je ne voy point pour quoy nous devons ahliominer celles, par lesquelles on est refréné de pocher, et stimu'é a toutes bonnes
opérations. Dont le petit , mais nul pcnsemenl , (lu’on met anjouid’huy a la mort, me faict désirer un" autre llégésias, non pour nous inciter, comme il faisoit on preschant les biens de la mort , a mettre en nous noz violentes mains , mais pour mieulx désirer de parvenir a cette immortalité, pour laquelle ce déséspéré Cbobronle, se précipita en la mer ; depuis (pie sommes plus asseuréz de celle béatitude à nous, et non aux payens cl incrédules, promise. A laquelle, puisque n’y pouvons parvenir, que passant par la mort, ne devons nous embrasser, aymer, contempler la figure et représentation de celle, par laquelle on va de peine a repoz , de mort a vie éternelle, et de ce inonde fallacieux a Dieu véritable et infaillible qui nous a forméz a sa semblance, afin que si ne nous difTormons, le puissions contempler face a face quand lui plaira nous faire passer par celte mort , qui est aux justes la plus précieuse chose qu’il eut sceu donner. Par quoy, Madame , prendrez en bonne part ce triste mais salutaire présent. Et persuaderez a vos devoles rédigieuses la tenir non seulement en leurs petites cellules, ou dortouers, mais au cabinet de leur mémoire , ainsi que le con.seille saincl llie-
romc en une opislrc , disant : Conslilue devant tes yeulx eetlc image de mort, au jour de la- (luelle le juste ne craindra mai, et pour cela ne le craindre il car il n’entendra , va au feu éternel : mais viens bénist de mon pere, recoys le royaulme a toy préparé des la création du monde. Par quoy qui fort sera , conlémne la mort, et l’imbécille la fuye : mais nul peult fuyr la mort, fors celuy, qui fut la vie. Nostre vie est Jésus Christ , et est la vie qui ne sçait mourir. Car il a triumphé de la mort, pour nous en faire triumpher éternellement. .\men.