‹ La danse des tables: phénoménes physologiques démontrésChapitre 3 sur 12 · CONDITIONS DE SUCCÈS · texte numérisé non relu

CONDITIONS DE SUCCÈS

Je suis parvenu à imprimer le mouvement h des corps de toute nature et dans les circonstances physiques, météorologiques, physiologiques et morales les plus diverses ; cependant il est des corps plus sensibles ou plus réfractaires que les autres à l'action de l'agent inconnu dont je parle» et des circonstances qui accélèrent ou qui retardent Timpressionnabilité des corps soumis aux expériences.

Je vais essayer de faire connaître, d'après mes observations personnelles, ces cliiïérentes conditions.

§ I. CIIICONSTANCES HELATIVES AUX ODJRTS.

Ni l'électricité, Di la chaleur, ni le magnétisme terrestre, ne peuvent être pris comme types de comparaison pour le nouveau fluide.

Celui-ci ne pénètre que faiblement et après un long temps d'attente des corps bons ou mauvais conducteurs de l'électricité ou du calorique; ainsi, les métaux, excellents conducteurs de ces deux fluides, sont aussi réfractaires kTagent inconnu que le verre et la résine, ces mauvais conducteurs de l'électricité et du calorique. En conséquence, sous le rapport de la nature des corps à mouvoir, on ne peut à présent établir aucune règle générale ; c'est par des essais et le tâtonnement que l'on parvient k établir la plus ou moins grande facilité de perméabilité des corps.

La forme de ceux-ci paraît n'avoir aucune action sur la manifestation du phénomène : j'ai mis en mouvement des corps ronds, carrés, ovales, etc.

Leur profondeur, quand ils sont vides, n*a également aucune influence : une caisse en

acajou, supportée par un pivot mobile et ayant cinquante centimètres de profondeur, a tourné avec la même facilité qu'une table de trois k cinq centimètres d'épaisseur.

La superficie ou largeur, abstraction faite du poids, n*exige pas un surcroit de fluide : une planche de chêne d'un mètre de superficie se meut dans les mêmes conditions de temps et de personnes qu'une table de vingt centimètres dont le poids est égal à celui de la planche.

Le poids de l'objet h mouvoir joue au coniraire le plus grand rôle dans la manifestation du phénomène. Plus le corps est lourd, plus la quantité du fluide doit être considérable; je ne dis pas le nombre des personnes qui forment la chaîne, car nous verrons tout à l'heure combien l'émission et la puissance de Tageut varient avec les individus et les circonstances dans lesquelles ils se trouvent placés. Cependant, au milieu des conditions ordinaire», ou peut évaluer à cent vingt grammes le poids qu'un seul individu peut mouvoir, ce qui revient à peu près à Testimation de huit a dix personnes pour une table de bois d'un mètre de superficie et de quatre centimètres d'épaisseur.

La ^eule circonstance physique qui empêche la production du phénomène est une résistance opposée aux mouvements du corps. Souvent les mains, appliquées sur un chapeau ou sur une table, les pressent trop fortement et les collent, qu'on me passe le mol, sur leur support naturel ; souvent aussi les pieds de la table, dépourvus de roulettes, sont soumis k un frottement trop considérable, ou rencontrent une rainure du parquet qu'il leur est impossible de vaincre. Il faut donc avoir soin d'expérimenter sur des objets reposant sur des surfaces bien unies ou sur des tables h pivot, et se souvenir que l'énergie du phénomène est constamment en proportion inverse du frottement et des résistances.

On a prétendu, d'après le docteur Andrée, que les expérimentateurs ne devaient se trouver en relation avec le corps qu*au moyen des doigts, et que leur contact avec les pieds de la table rendait l'expérience négative. Je crois ces précautions inutiles : il est vrai que dans ces circonstances le phénomène est plus lent h se manifester ; mais, je le répète, l'isolement de la chaîne ne me parait pas une condition absolue de succès, et j'ai fait mouvoir des chapeaux sur

^ ..»iiii^Wi"""^VnHHpMi«9«BPSHg

des fables que je touchais avec mes pieds, ma poitrine ou ma tête.

Au point de vue de la météorologie, je n'ai noté qu'une seule condition capable de hâler le mouvement des corps -.c'est l'exposition au riord de l'appartement dans lequel on opère ; constiamment, j'ai trouvé celte exposition préférable à celle du midi ; et l'on peut dire que, toutes choses égales d'ailleurs, si dix minutes sont nécessaires dans un appartement regardant le nord, il faudra attendre quinze minutes dans un appartement situé au midi.

Les vents, la pluie et le beau temps, la lumière solaire ou artificielle, ne me paraissent avoir aucune influence sur l'émission ou l'énergie du fluide. La température n*a pas davantage donné lieu k des observations particulières, bien que j'aie opéré durant les alternatives de froid et de chaud qui ont marqué la première semaine du mois de mai.

§n. CIRCONSTANCES RELATIVES AUX EXPÉmMEKTÂTEUriS.

Les considérations qui se rapportent aux expérimentateurs sont incontestablement les plus

essentielles et les plus curieuses ^ noter ; je les partagerai en deux séries : les premières , que j'appelle physiologiques, concernent lesqualités physiques on corporelles des individus, telles que le tempérament, Tâge, le sexe, I elat de santé ou de maladie, une prédisposition acquise; les secondes, que je nomme morales, embrassent les caractères, les antipathies, les sentiments affectueux ou de haine, l'éducation, etc.

1° Circonstances physiques.

Tempérament. — On appelle tempérament un état de santé dans lequel un système de l'économie prédomine et influe sur tout le reste de l'organisme. Cette prédominance d'un système n'entraine pas la mort des autres; seulement les fonctions de ceux-ci sont languissantes et toujours sous l'empire de celui qui les prime. Bieii évidemment, Tagent, le fluide, la force que j'examine, comme on voudra l'appeler, a sa source et son siège dans le système nerveux ; par conséquent, k ne raisonner que par théorie, les personnes chez qui ce système dominera devront fournir le fluide et plus énergique et plus

abondant que les individus porleurs d'un aulre tempérament.

C'est ce que constate, en effet, robservalion.

Mais il ne faut pas confondre, comme on le fait généralement dans le monde, les personnes (louées d'un tempérament nerveux et celles qui sont affectées de maladies nerveuses. Cette jeune lille dont les pâles couleurs s'accompagnent d'atlaques d'hystérie, de bâillements nombreux, de pandiculaljons fatigantes, devra-telle rapporter ces accidents à son tempérament? Et cette jeune mère, hier encore si rosée et si fraîche, si rieuse et si enjouée, dont la vie aujourd'hui, ^près des hémorragies abondantes , n'est plus qu'une suite non interrompue de syncopes et d'attaques de nerfs, la direz-vous aussi victime du tempérament nerveux? S'il en était ainsi pour ce système, il en devrait être de même pour tous les autres, et il faudrait alors reconnaître que Fanévrisme ou Tanémie, par exemple, sont des manifestations du tempérament sanguin; ce qui serait tout* simplement absurde.

Si j'insiste à bien établir la ligne de démarcation qui sépare le tempérament nerveux et

les maladies nerveuses, c'est que Ton verra lout k l'heure que, si le premier favorise rémission et Ténergie du fluide que j'examine, les secondes sont loin de jouir de ce privilège et rentrent, sinon dans les conditions qui retardent ou aiïaiblissent le phénomène, du moins dans les circonstances qui n'ont aucune action sur lui.

Le tempérament nerveux coïncidant avec un état parfait de santé est donc celui de tous le plus favorable a la danse des tables ; après lui et agissant avec une énergie k peu près égale, vient le tempérament mélancolique, caractérisé, comme on sait, par des passions plus profondes et plus tenaces que déréglées; le tempérament bilieux suit de près le mélancolique ; le sanguin arrive ensuite, et en dernière ligne se place le tempérament lymphatique, le moins apte k communiquer le mouvement aux corps inanimés.

Je considère comme impossible une échelle de gradation, même approximative, entre tous les tempéraments. L'établissement de celte échelle serait peut-être réalisable si Taction des tempéranients pouvait s'exercer en dehors

des milles choses qui agissent sur la danse des tables ; mais, comme dans l'état actuel des choses on ne peut faire la part exacte de ce qui revient à toutes ces causes, j'estime illusoire et superflue toute proportion établie entre les actions diverses des tempéraments, et qu'il est téméraire de vouloir démontrer que le sanguin, par exemple, influence comme 5, alors que le uerveux influence comme 5, etc., etc. La classification que j'ai dressée est le seul résultai raisonnable que doivent admettre les gens sérieux, tout en faisant des réserves pour des expériences ultérieures.

Age. — L'influence que Tâge des expéri* mentateurs peut exercer sur la danse des tables sera facilement comprise, si l'on considère que le fluide que nous communiquons aux objets extérieurs est le produit du jeu de certains de nos organes, et que l'énergie de ce produit doit nécessairement être en rapport direct avec le développement et les fonctions de ces mêmes oignes. Les deux extrêmes de la vie, Tenfance et la vieillesse, n'ont pas dans leurs fondions l'énergie qui caractérise celles de l'homme fait, l'on pour cause de développement non achevé

de ses organes, et l'autre par l'usure dont les siens sont atteints. En conséquence, renfanl et le vieillard exerceront dans la danse des tables une action tout k la fois moins marquée et moins manifeste que Thomme parvenu au sommet de récbelle de la vie humaine. D'après mes expériences, l'âge le plus favorable à la manifestation du phénomène varie en général de vingt-cinq k« quarante ans. Mais, je le répète, cette conclusion, pas plus que toutes les autres, ne saurait être absolue en l'état présent des choses, car l'influence bonne ou mauvaise de Tàge peut être contre-balancée et même détruite par une autre cause, soit physique, soit morale.

Sexe. — Les premiers expérimentateurs* ayant sans doute égard k l'organisation plus délicate et nerveuse de la femme, en ont probablement conclu, sans épreuve directe; que le sexe féminin était plus apte que le masculin a produire la danse des tables.

J'estime que cette opinion doit être modifiée.

Sans aucun doute le fluide dont j'écris l'histoire a, comme je le disais tout à l'heure, son origine et son siège dans le système nerveux ;

mais» et c'est là assurément le merveilleux du phénomène, il est entièrement sous la dépendance de la volonté. Quand je ferai connaître les nombreuses expériences auxquelles je me suis livré sur des objets de toute nature et dans des positions diverses, on verra, par exemple, qu'un chapeau mis en mouvement tourne a droite, tourne à gauche, marche en avant, recule, s'arrête, précipite sa course selon les ordres de ma volonté; de plus, on verra que, si deux personnes, participant au mouvement du chapeau, expriment une volonté opposée, le chapeau, indécis un instant, finira par obéir à la volonté la plus ferme, au caractère le mieux trempé.

L'énergie du caractère et la ténacité de la volonté ont, sur la danse des tables, une action incontestablement plus prononcéeque celledu tempérament nerveux ; par conséquent, la femme, ooo moins remarquable par l'impressionnabilité de s(m organisation que par la mobilité de son caractère et surtout de sa volonté, devra céder le pas à l'homme, dont la sensibilité est plus émoussée, il est vrai, mais dont la fermeté dans le vouloir est l'un de ses plus beaux privilèges.

L'expérience m*a d'ailleurs démontré ce que m'avait fait entrevoir la théorie; je tentai le premier essai de ce genre dans la rue de Londres : au milieu de circonstances que je m'étudiais à rendre le plus complètement identiques, je plaçai autour de deux tables en acajou ég^\es par le poids et le diamètre, d'un côté six jeunes femmes, prises au hasard dans une réunion assez nombreuse, et de l'autre six jeunes hommes, dont le hasard avait seul également dé* terminé le choix. A cause d'un état particulier que j'appelle prédisposition acquise, et dont je vais parler tout à l'heure, je n'étais k aucune chaîne, car je tenais k vider loyalement cette question de la suprématie fluidique des sexes. Au bout de douze minutes, la table entourée par les hommes commença son balancement, et elle tournait déjU depuis quelque temps, que la table des femmes n'avait pas encore bougé ; elle n'exécuta ses premières oscillations que six k sept minutes environ après l'agitation de la table des hommes. Cette expérience, répétée plusieurs fois dans différents quartiers de Paris, et toujours suivie des mêmes résultats, m'autorise b penser que, contrairement k l'opinion reçue,

le sexe masculin émet le fluide soit plus abondamment, soit plus énergiquemcnt que le sexe féminin.

Cependant Talliance de Texquise sensibilité de la femme et de la ferme volonté de l'homme constitue, ainsi que l'ont noté les premiers expérimentateurs, une des circonstances les plus favorables pour la rapide manifestation du phénomène; ainsi de trois 'tables, armées les unes a côté des autres, celle-ci par des femmes, celle-là par des hommes, et la troisième par un mélange d'hommes et de femmes, toutes les trois comptant le même nombre d'individus, ce sera toujours la dernière qui manifestera les premières oscillations.

Il est difficile de concilier ce fait avec les prémisses que j'ai établies; mais, conlme nous ^mmes encore enveloppés d'épaisses ténèbres, contentons-nous de recueillir les furtifs rayons de lumière qui frappent notre vue, sans essayer de découvrir la source d'où ces rayons s'échappent et nous arrivent.

État de santé ou de maladie. — Ce paragraphe serait peut-être un des plus curieux de ce petit livre si je m'adressais exclusivement a des

médecins. Il est chez les femmes de» étals physiologiques ou morbides qui e&ercent sur la danse des tables Tinfluence la plus manifeste, et je ne crains pas d'avancer qu'un observateur expérimenté et attentif a toutes les circonstances environnantes ne parvienne k les constater facilement. Les raisons de cette influence sont moins difiiciles k trouver qu'on ne pense, et celle observation, dont il m'a été donné deux fois de constater la vérité, ouvre peut-être k la physiologie un champ nouveau d'investigation.

Je ne puis m'étendre davantage sur ce sujet ; j'en ai dit assez pour être compris par les médecins, et pour me dispenser de parler de ces états nerveux qui accompagnent la chlorose, les hémorragies, etc. L'innocence et la pudeur, entre les mains desquelles cet opuscule peut tomber, m'imposent le respect et des con^ venances auxquels je dois et auxquels je saurai obéir.

Prédisposition agqdise. — Tout individu qui a émis le fluide se trouve, pendant un laps de temps plus ou moins long, admirablement disposé pour en émettre de nouveau ; j'appelle cet état pi^édispasiimi acquise^ parce qu'elle n'a sa

source ni dans le tempérament, ni dans Tâge, ni dans le sexe, ni dans aucune circonstance de la vie morale. Cette prédisposition s*acquiert par la pratique, et elle s*exagère d'autant plus que le système nerveux a été plus souvent soumis à l'expérience du phénomène. Je me rappelle qu'un jour, ayant expérimenté le matin a la rédaction de la Gazette des hôpitaux, dans la journée à la rédaction de la Presse médicale^ et le soir, à six heures, k Y Illustration, sans compter quelques tours de valse imprimés, en passant, k quelques chapeaux et k quelques tables, je me trouvais le soir dans une telle prédisposition, qu'k moi seul je mouvais des objets qui, en temps ordinaire, eussent exigé l'intervention de plusieurs personnes. Cette faculté exagérée ne s'affaiblit que par le repos : ni le 'manger, ce calmant du système nerveux, ni les distractions, cette panacée des affections vaporeuses, ni le tabac, ce narcotique énergique, n'ont une action sur elle.

D'ailleurs, Tbomme n'est pas seul k présenter ce caractère : les objets une première fois influencés par le tluide entrent en mouvement dans un temps infiniment plus court que tout

autre corps. Cette propriété se conserve même assez longtemps ; il m'est arrivé de la constater sur des montres, des clefs et des cbapeaux, après un intervalle de quarante-huit heures.

La prédisposition acquise est incontestablement la condition la plus favorable pour produire le phénomène promptement et avec toute Ténergie que Ton désire; elle remporte sur toutes les circonstances physiques et morales, et c'est grâce k elle que je suis parvenu a mouvoir les corps les plus réfractaires, tels que les métaux, la porcelaine, le verre, etc., etc.

2** Circonstances morales.

Caractère. — D*après ce que j'ai dit tout a rheure de la puissance de la volonté sur l'énergie et la direction du fluide, on comprendra facilement combien un caractère ferme et résolu doit être une condition favorable pour la manifestation du phénomène. Cette proposition est aujourd'hui pour moi un véritable axiome; il m'est arrivé de hâter le mouvement d'une table par la seule force de ma volonté, et le symptôme qui, en ces occasions, me sert de guide, est le

fourmillement que Ton éprouve dans les avanlbras et les mains quelques instants avant les premières oscillations. Ainsi, après un temps plus ou moins long d'attente infructueuse, et ne ressentant pas dans les membres supérieurs le symptôme avant-coureur du phénomène, j'ordonnais au fluide de se hâter et à la (able de tourner, et aussitôt, presque instantanément, je sentais le fourmillement bien connu de moi, et les balancements de la table commençaient.

Pour les personnes encore étrangères ^ cet étrange commandement, je leur conseille de prendre leurs premières leçons dans Texpérience de la montre, que je rapporterai dans un autre chapitre, expérience facile, promptement réalisable, et où elles trouveront un esclave soumis ïk leurs moindres caprices.

Skntiments de l'ame. — Les facultés de la vie affective se peuvent et se doivent grouper autour de deux types principaux : facultés attractives et facultés répulsives, qui, en passant par lés degrés variés de Texaltation, expriment les nuances infinies de la sonsibililé de Tâme. La sympathie, cet attrait inexplicable qui nous attire, comme h noire insu, vers une aulre per-

sonne, devient tourktonrde l'amitié, del'amour, de la passion, du délire, quelquefois même de la folie ; de même que l'antipathie se change, sous rinfluence de la même excitation, en répulsion, dédain, mépris, haine, fureur et folie.

Mais ces nuances, en partant des deux états extrêmes de notre âme, la folie attractive et la folie répulsive, vont s'aflaiblissant peu k peu et finissent par nous laisser dans un état neutre, en quelque sorte bâtard, que l'on appelle indifférence. L'indifférence n'est pas un sentiment, c'est, au contraire, l'absence de tout sentiment; chez les uns, c'est un état de repos de l'âme; chez les autres, elle indique la mort de la vie affective.

Ces rapides considérations sur les facultés de Tâme m'ont paru nécessaires k établir, pour bien déterminer rinfluence qu'exercent sur le nouveau fluide les facultés soit attractives, soit répulsives, soit négatives, c'est-k-dire rindifTérence.

Cette influence est diverse selon que l'on examine les facultés agissant seules, dégagées de toute relation, ou qu'on les étudie dans leurs rapports sociaux, dans leur contact avec d'autres facultés contraires ou amies.

Étudiées a part, en dehors de toute intluence étraugère, on peut dire, d'une manière générale, que les facultés affectivesrtonsdtuent une disposition heureuse pour l'émission du fluide; qu'après elles viennent les facultés répulsives, et que Tindifférence se place la dernière sur cette échelle de gradation. Ainsi, une femme dont Tamour maternel sera surexcité par quelque menace de mort suspendue sur le berceau de son fils, ou une amante dont le cœur battra fortement dans l'attente de son bien-aimé; imprimeront le mouvement aux corps inanimés dans un temps plus court et avec une plus grande énei^ie, toutes choses égales d'ailleurs, qu'une personne haineuse ou veuve de tout sentiment.

J'ai pris pour exemple Tamour maternel et Tamour d'un sexe pour l'autre, parce que mes expériences ont été faites soit avec une jeune mère, soit avec, une fiancée^ auxquelles il était permis d'avouer les émotions de leurs âmes.

Ainsi, une jeune fille, dont le fiancé était yivement attendu , a mû seule mon chapeau dans moins de trois minutes, tandis qu'une de ses amies de pension, momentanément en visite ches elle^ n'a pu obtenir la manifestation du

pliénomèDe qu*en se metlanleu communication avec moi .

Mais c'est surtout dans ses rapports sociaux que Tàme joue un rôle important dans l'émission et Ténergie du lluide. La première observation que j'ai faite k ce sujet m'a été suggérée par les circonstances suivantes.

Dans un de ces ménages si communs k Paris, dont l'origine des infortunes est si admirable* nient peinte dans la pièce de M. Ponsard, V Honneur et l'Argent, la répulsion la plus prononcée s'était introduite, et les époux, retenus l'un a l'autre par la présence d'un enfant dont ils voulaient sauvegarder l'avenir, avaient l'un pour l'autre plus que de l'indiiïérence, je dirai presque de la haine.

Mis en communication avec chacun d'eu^ séparément, j'animais sans peine l'objet de notre expérience ; mais le mouvement ne put se produire qu'après une longue attente et avec une énei^ie très-faible lorsque j'étais absent de la chaîne, et que celle ci n'était formée que par les mains des deux époux ; si j'intervenais et prenais part k l'expérience, l'objet manifestait un peu plus rapidement ses oscillations, il est

\rai, mais le mouvement avait quelque chose de gêné et d'indécis, comme si un obstacle physique se fût opposé a son développement.

Pendant la même séance, et alors que la triple expérience, plusieurs fois répétée, donnait constamment les mêmes résultats, arriva une personne que la dame aimait profondément et avec toute Texaltation delà reconnaissance vivement sentie : c'était son frère, qui avait soutenu son courage pendant les mauvais jours du ménage, et qui alors entretenait son cœur dans Tespérance de temps meilleurs.

L'arrivant, engagé k prendre part a rexpérimentation, forma un nouvel anneau de la chaîne, dont les autres étaient constitués par les deux époux et par moi. Oh! alors, les choses changèrent : les oscillations, d'indécises et d'embarrassées qu'elles étaient, devinrent franches et nettes, et les mouvements du guéridon retombèrent dans l'obéissance passive de l'esclave le plus docile et le plus soumis.

La jeune fille dont je parlais tout a l'heure, mise en communication avec son fiancé, a constamment hâté de quelques minutes l'apparition du phénomène; ainsi, mon chapeau, objet de

— rio —

rexpéritMicc, soumis a rinlluence des deux futurs époux, n'exigeait, après deux premiers essais, qu'une ou deux secondes au plus pour décrire sa première courbe, tandis que cinq ou six minutes étaient nécessaires, toujours après deux premiers essais, pour produire le même mouvement, lorsqu'un des deux fiancés se retirait et faisait place k une autre personne.

Le même retard dans les oscillations du chapeau, an milieu des mêmes circonstances, se faisait aussi remarquer lorsque la chaîne était composée de deux individus indifférents l'un a Tautre et en dehors des deux fiancés.

D'après les quelques expériences dont je viens de donner l'analyse, suis-je en droit de me croire autorisé k conclure d'une manière défini* tive et de poser des règles absolues? Je ne le pense pas: en pareille matière, les expérimen'* tations ne sauraient être trop nombreuses et trop variées* En engageant les physiologistes à diriger leurs investigations \evs ce but, je ne saurais trop leur recommander de se mettre en garde contre les apparences; le cœur de la femme est un labyrinthe où il est donné k peu d'hommes de pénétrer^et qui cache souvent

la vérité sous un masque admirablemenl déguisé. Les sentimeuls qui ont intérêt à se caclier connaissent dans l'âme des retraites inaccessibles aux regards les plus pénétrants, et font miroiter à leur place les fantômes d'autres affections, farfadets menteurs qui se jouent de notre crédulité.

Gepeùdant, dans Tétat actuel des choses, on peut admettre comme possible Tinfluence heureuse de l'alliance des facultés attractives les unes pour les autres sur la danse des tables, et l'influence contraire, pour la manifestation du même phénomène, de TalUance des facultés répulsives les unes pour les autres ; en d'autres termes, le fluide sera émis plus rapidement et avec plus d'énergie sous l'action d'une chaîne composée de deux ou de plusieurs personnes sympathiques les unes aux autres, que sous l'action d'une chaîne formée par des individus ne se connaissant pas ou parmi lesquels se trouveront des personnes antipathiques ou nourrissant les unes contre les autres quelque sujet de mépris ou de haine.

Mais, je le répète en flnissant ce chapitre, ces propositions n'ont rien d'absolu; je les in-

scris ici c(»inme des soupçons, commes des données expérimentales que des expérimentations nouvelles, nombreuses et variées, devront con< iirmer ou faire rejeter.

Page 1