LE CHAPEAU
Après répreuve de la montre ou plutôt du pendule, j'estime que les débutants devront s^exereer sur an chapeau d'homme, parce que cet objet» facile à se procurer, n'oppose qu'une insignifiante résistance, grâce h la légèreté qui le \ caractérise, tout en offrant une surface assez ! large pour permettre l'imposition de quatre ou ' de six mains.
Le support dont ou fera de préférence usage au début sera de bois, n'importe sa nature^
comme une table de salle à manger, un guéridon de travail sans marbre et sans tapis : sans marbre, parce que ce corps n*est que très-lentement perméable au fluide; sans tapis, h cause des inégalités résultant de Tentre-croisement des (ils de laine ou de soie et qui constituent de véritables obstacles physiques.
Sur la surface de la table, aussi lisse et polie que possible, le chapeau sera placé dans n'importe quelle position ; toutefois, pour que les expérimentateurs puissent facilement suivre les mouvements divers qui leur seront imprimés, il convient de mettre le chapeau dans la position perpendiculaire, reposant sur la face externe de son fond.
Deux personnes sufiisent ordinairement pour produire le phénomène.
Placées en face Tune de l'autre, elles embrassent avec leurs deux mains les bords du chapeau et ne communiquent entre elles que par leurs petits doigts respectifs; celte communication s'obtient en alternant la position des petits doigts, c'est-k-dire en les plaçant de manière k ce que l'un soit le couvrant et l'autre le couvert. ' La pression exercée par les mains sur le cha-
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peau doil être nulle; il sullit d'un simple contact. De plus, les volontés des expérimentateurs ne se doivent point contredire ; elles se peuvent taire ou tendre au même mouvement. Cette dernière condition m'a toujours paru hâter l'émission du fluide; mais, comme elle n'est pas d'une absolue nécessité, les expérimentateurs peuvent causer et rire, sans rien c^iànger toutefois a la position de leurs mains.
Les choses ainsi disposées, il ne faut plus que de la patience.
Après un temps plus ou moins long, et qui varie depuis quelques minutes jusqu'à Irois quarts d'heure et une heure même, une sensation étrange de chaleur et de fourmillement se fait sentir dans les articulations du coude, du poignet et des doigts, et tout le long des troncs nerveux qui parcourent les avant-bras et les mains.
Cette sensation est toujours un symptôme de favorable augure, et, après un long temps d'attente, elle ranime l'espoir des expérimentateurs.
On a prétendu que cette sensation était plus marquée d'un côté que de Tautre ; cela est vrai;
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mais il n'est pas vrai de (lire qu'elle est toujours plus vive au bras droit qu'au bras gauche , car j'ai noté la prédominance de la chaleur et du fourmillement aussi souvent a droite qu'à gauche ; seulement, sur le même individu elle occupe presque toujours le même cAté : ainsi, chez moi, pendant les nombreuses expériences que j'ai faites, j'ai constamment éprouvé la sensation à gauche, et il m'est même arrivé souvent de ne pas la constater du côté droit.
Presque immédiatement après que le fourmillement s'est fait sentir une ou deux fois, quelques oscillations se produisent ; imperceptibles d'abord , elles deviennent bientôt assez appréciables pour surexciter l'attention des expérimentateurs. Ce surcroit d'application de l'esprit produirait instantanément le phénomène , si les mains des expérimentateurs, par une contraction organique, indépendante de la volonté, ne pressaient plus fortement le chapeau et n'opposaient ainsi à son mouvement une résistance qu'il ne peut vaincre. Cette espèce de convulsion spasmodique delà pulpe des doigts ne se produit pas chez les personnes qui en sont averties, et il faut que les débutants y arrêtent leur
peosée, et n'ooblienl jamais que le contact le plus léger est seul nécessaire.
Les mains, les bras et le corps des expérimentateurs doivent être dans le relâchement le plus absolu, afin qu'ils puissent être entraînés par le mouvement du chapeau, comme l'est un morceau de liège par le courant d'une rivière. Bientôt les bras qui étaient rapprochés du tronc s'en éloignent, et le corps lui-même est forcé d'obéir à l'attraction qui le sollicite, à moins qu'il ne sorte de son inaction et n'oppose une résistance a la force qui Tentraine.
Lorsque aucune volonté n'impose sa loi au chapeau, le mouvement qui se produit est toujours rotatoire; la rotation se dirige de droite à gauche, c'esl-k-dire du nord au sud, avec une rapidité jariable, selon les circonstances physiques ou individuelles qui agissent sur le fluide. Toutefois, quand le mouvement est trop lent, on peut toujours augmenter sa vitesse par la seule force de la volonté. j
La volonté peut également altérer la direction !
du mouvement rotatoire, et faire que le chapeau se dirige de gauche a droite, c'est-a-dire du sud au nord ; elle peut aussi en changer le carac-
tère, et faire avancer le chapeau, sans rotation, soit en avant, soit en arrière, soit h droite, soit à gauche.
Lorsque le chapeau est arrivé aux bords de la table, et qu'une partie déjà ne repose plus sur elle, il s'arrête et nriéconnait la volonté qui le pousse encore en avant; si la volonté insiste* il manifeste des espèces de trépignements, comme si, doué d'une raison, il résistait aux eiïorts qui veulent le précipiter dans Tabime.
Si, après cette lutte, on lui ordonne de revenir sur ses pas, le mouvement rétrograde s'opère avec une vitesse plus grande qu'à Tordinaire, comme un homme pressé de fuir un danger qui le menace.
La rotation et la marche en tous sens sont les seuls mouvements que j'aie pu faire exécuter au chapeau. Malgré la plus énergique volonté, je ne suis pas encore parvenu à le faire incliner et a le faire se soulever; aussi, en raison de cette impossibilité et de Tindocilité du chapeau dépassant les bords de la table, je crois que la communication entre l'objet h mouvoir et la terre est une condition indispensable pour la manifestation du phénomène : ce qui engage-
rait à penser que le magnétisme terrestre joue un rôle dans ces faits étranges et merveilleux, surtout si Ton fait attention que le mouvement des objets, al(H*s qu'aucune volonté ne le dirige, est toujours rotatoire et dans le sens du . mouvement de la terre.