‹ La danse des tables: phénoménes physologiques démontrésChapitre 8 sur 12 · EXPÉRIENCES DIVERSES ET CURIEUSES · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES DIVERSES ET CURIEUSES

Jusqu'à présent je u'ai rapporté que les exliériences foodamentales, celles qui ont servi a constater la réalité et Taction du tluide nouveau sur les corps inanimés; mais, le principe une fois reconnu, et les conditions de succès bien établies, on peut varier \k l'infini les expériences, ou dans un but scientifique, ou dans un simple but d'amusement. Pour cela faire, il suffit soit de changer le corps a mouvoir, soit de le mettre dans les positions les moins ordinaires, soit d augmenter ou de diminuer le nombre des expérimentateurs.

Ce chapitre sera consacré à la revue de quel* ques-uns de ces différents procédés .

Uaus l'expérieoce du peDiiule, le cor|ië susl>endu peut être un pantin, une poupée, un moine, en un mot l'objet le plus bizarre, le plus gracieux ou le plus informe. Elle convient aux enfante que Ion admet à la chaîne et qui lieuyent commander eux-mêmes les mouvements. — Le manuel opératoire étant toujours le même et ayant été exposé plus haut, je ne reproduirai pas ici sa description et je renverrai le lecteur au chapitre précédent.

On fait avec une clef ordinaire, dont le poids est augmenté par Taddition d'un livre, d'un jeu de cartes ou de tout autre objet, une expérience qui, isolée, n'aurait a côufi sûr aucune valeur pour les gens sérieux, et qui ne serait jamais parvenue k solliciter l'attention publique. — Mais je dois la consigner ici, pour ne laisser dans l'ombre aucune partie de mon sujet*

Deux personnes, placées vi8*k-vis l'une de l'autre, étendent, la face palmaire tournée en haut, l'indicateur de la main droite et les opposent par leur extrémité libre, en laissant entre elles un espace qui doit être rempli par la clef. Celle-ci, armée k sa partie dentelée du poids surnuméraift, est suspendue aux indicateurs,

qoi occupent chacun une moitié de Tanse qui termine son extrémité supérieure. Le mouve-> ment que cette dernière peut exécuter est ex* cessivement restreint ; il équivaut au quart d'un cercle dont le ravon serait la corde de la moitié inférieure de Tanse.

Toute rexpérience consiste à ordonner, le mouvement soit à droite, soit à gauche.

On comprend que des etTets aussi fugaces et * aussi bornés ne fixent pas plus longtemps notre attention .

Je ne connais ^ Texpérience de la table qu'une variante, assez ingénieuse d*ailleurs, indiquée par M . le docteur Eissen, de Strasbourg. Voici comment notre confrère s'exprime dans une lettre adressée au rédacteur en chef de y Union médicale :

« On a construit des appareils qui fournissent déjà des résultats pins concluants. Ainsi, on a établi une table sur pivot supportant en même temps les sièges des expérimentateurs ; OQ a placé sur ces sièges des enfants, et, au bout de fort peu de temps, la chaîne établie, table et enfiints ont été entraînés dans la même rotation. »

De semblables appareils, s'ils sodI jamais importés m\ Champs-Elysées et dans les bals publics, compromettront sérieusement Tinduslric si lucrative des chevaux de bois et des fauteuils tournant autour d'un pivot. prc^rès ! ô civilisation ! 6 science ! où donc s'arrêteront vos prodiges?...

Une des expériences les plus récréatives que j'aie faites, et dont j'ai puisé l'idée dans les bureaux de rédaction de la Gazette des Hôpitaux {i\ faut rendre à César ce qui appartient à César), a été pratiquée sur un tabouret à piano.

Ce tabouret, comme tout le monde le sait, est surtout constitué par une vis qui permet de monter ou de baisser le siège selon la rotation de droite à gauche ou de gauche a droite.

Deux, trois personnes au plus, suffisent pour l'expérience. Elles imposent leurs mains comme sur une table ordinaire; et, lorsque le mouvement est produit, elles font descendre et monter le siège en lui ordonnant tour k tour de changer le sens de sa rotation . Il faut avoir soin de donner ses ordres avant que le siège n'ait atteint les extrémités de la vis ; si l'on s oublie h fexlrémité inférieure, tout l'appareil sera mis

en niouvemeol, siège el pivot; et, si Tinadvertance a lieu poùrl'extrémilé supérieure, le siège, abandonnant le pas de la vis, peut blesser un des expérimentateurs.

Pour obvier a ces inconvénients et ne pas éprouver du retard dans le mouvement ascendant ou descendant, il suffit, avant de commencer; de compter les spirales de la vis et les tours de cercle que peut décrire le siège dans un temps déterminé et avec une vitesse voulue.

On règle ses ordres sur toutes ces données du problème; et, quand rien n'entrave rexpérienco, on reste étonné devant ce mouvement magi(|ue, (|ue Ton pe4]t prolonger jusqu'à l'exlinction do ses forces, et non du fluide, qui, lui, ne meurt qn*âvec la vie.

Tous ces faits s'amoindrissent considérablement devant celui que rapporte M. Eissefi, dans la correspondance que j'ai déjà citée. Mon confrère de Strasbourg assure , et Ton peut ^ l'en croire, que lobjel de l'expérimentation étant un homme, celui-ci est entraîné, comme ' la table, dans un mouvement rotatoire : je cite ' encore textuellement . « J*ajoute de plus, dit

M. Eissen, et je garantis le fait, qui a été répété

trois fois 8tir trois personnes différents, qa'nne personne placée au centre de la chaîne, h la place de la table* et k laquelle les mains forent imposées de la manière prescrite, finit par tourner involontairement et machinalement sur elle* même. »

La même expérience a été faite k Paris par M. Mayer. rédacteur en chef de la Presse médicale.

Ce jeune et intelligent confrère, qui, k mon instigation, s'était livré k des essais sur le nouveau fluide, m'a adressé une lettre pleine de fiiits intéressants, et qui trouve ici naturellement sa place.

C'est par elle que je terminerai ce chapitre.

Le réducteur en chef, directeur de la Presse médicale , à M. le docteur Félix RoubawL

« Mon cher confrère,

« Après les expériences que nous avons faites ensemble, samedi dernier, sur le phénomène qu'on esl convenu d'appeler la danse des tables, je me suis mis k Tcenvre pour varier les

résultats, et étudier ceux-ci dans les conditions requises pour établir ma conviction sur des hases véritablement scientitiques.

« Je ne suis pas de ceux qui, a priori, se re^ fusent à l'examen d'un fait, par cela seul qu'il se présente avec le caractère de Télrangeté et qu'il heurte les notions acquises. Mon esprit accueille volontiers toutes les nouveautés, comme des éléments de progrès et des manifestations de la perfectibilité humaine; mais, si je suis prompt k me laisser séduire par cette tendance invincible vers les régions de Tinconnu, les preuves que j'exige pour asseoir mon jugement et me mettre en garde contre de faciles erreurs sont de nature k ne me laisser aucune inquiétude, tant sont grandes et multipliées les précautions dont j*ai Thabitude de m 'entourer avant de dire : Je crois.

« Je sais bien qu'il est plus commode de nier tout d'abord. Cela dispense de la peine de cher- ^ cher: et d'ailleurs le scepticisme est de bon \ goût k l'époque où nous sommes. Les savants, / et surtout les corporations savantes, ont adopté^ cette règle de conduite, qui non-sëulement blesse tout sentiment d'équité, mais encore re*

tarde la promulgation de plus d'une vérité importante. Quand la négation systématique émane de simples individus, rinconvénienl est moins grand assurément, en ce que, la lumière se faisant malgré eux, ils ne lardent pas a venir à résipiscence et k confesser leur foi tardive. Mais pourquoi s'exposer par tant d'orgueil à Tlinmiliation d'accepter, le lendemain, ce qn*on a conspué la veille, sous le fallacieux prétexte que la raison y répugne? Pour moi, si le merveilleux se présente sous la garantie d'un nom honorable et avec l'affirmation d'un observateur compétent , je me fais un devoir de le soumettre à l'expérimentation, sans prévention d*aucune espèce , avec l'ardent désir de m'édiiier moimême et le parti pris de me dévouer corps e( âme à ce que je croirai vrai et utile.

« C'est dans ces dispositions d'esprit que m*a trouvé la lettre par laquelle M. le docteur Eissen (de Strasbourg) a lancé dans le monde médical la découverte de la danse des tables tout fraîchement importée d'Allemagne. Un confrère de Paris, d'une haute intelligence et (fune probité à l'abri du moindre soupçon, m'avait confirmé les assertions du rédacteur en chef de la

Gaxelte médieale de Strasbourg, par la narralion des prodiges dont il avait été le témoin ot l'auteur. Dès lors, le doute philosophique, que je ne pouvais encore abjurer, me pesa et me devint insupportable. Je vous vis, en ce moment, encore surexcité par les expériences toutes récentes auxquelles vous veniez de vous livrer, et vous fûtes mon premier initiateur. En vous .quittant, je ne pus m'eropécher de rêver aux horizons nouveaux que la constatation de cette force inconnue ouvre h Thumanilé. Pourtant, en y réfléchissant un peu, ma stupéfaction ne tarda pas à se dissiper sans que pour cela mon enthousiasme fut moins grand. En effet, peu* saisrje, depuis lon;::lemps on connaît les singuliers phénomènes de cet agent, auquel on a donné le nom de magnétisme animal; rinlluence qu'exerce, h l'aide de cette puissance, Thomme sur son semblable, sur les animaux et sur certaines plantes. Aujourd'hui, une circonstance, fortuite peut-être, a démontré que cette action s'étendait au deik de la sphère restreinte que nous Jui avions arbitrairement assignée; et nous acquérons la preuve que tous les corps, même ceux qui ne sont pas orgs^nisés, sont également

tribulaires de cette inflaence. Yoilk toat. En Homme, cela revient li dire que rhamme est le roi de la création, el que tout est soumis à son empire. Gela veut dire bien des choses encore, sur lesquelles je reviendrai tout à Tbeure ; car j'ai bàle de terminer cette digression, qui m'éloigne de mon sujet.

«Vous vous souvenez, mon clier confrère, que je voulais vous raconter quelques faits bien dignes d'être notés , et que j'ai produits dans mon intérieur ou dans des réunions d'amis.

« l'Aline jeune femme et moi nous avons imposé les mains d'un petit garçon de six ans, el en moins de cinq minutes l'enfant, qui n'était pas prévenu, a tourné sur lui-même d*une manière irrésistible.

« ^ Avec trois de mes amis, âgés de trenle k quarante-cinq ans, j'ai formé la chaîne sur un disque de bois de trenle à trente-cinq centimètres de diamètre, placé sur un vase de métal retourné de façon à ce que le pied fât en haut. An bout de sept k huit minutes, le mouvement de rotation avait acquis une telle \U tesse, que nous ne pAmes plus le suivre. '

« S^'Une montre en or, suspendue par sa chaîne

du même inétal, tenue dans une maiti perpendiculairement, le coude appuyé sur un plan solide, décriait, sous Tempire de ma volonté, des oscillations dans tous les sens, en ligne drmte et circulairement, tantôt ralentissant, et tantôt accélérant son mouvement. Les mêmes effets étaient obtenus avec une plus grande promptitude lorsque je donnais ma main demeurée libre a une autre personne qui joignait son commandement au mien. Pour rendre cette expérience, des pins curieuses, a la fois plus exacte et plus concluante, je fais a cette heure construire un appareil trè&-simple, sur lequel il suffira d*appliquer la main pour déterminer les mouvements d'un pendule dans une direction quelconque, et sans pouvoir, même involon»

tairement, lui imprimer aucune secousse par la contraction fibrillaire des muscles.

« 4^ Une bague en or» attachée a un til et tenue k la main comme la montre dans Texpé*rience précédente» est reçue dans un verre dont elle ne touche pas le fond» et avec la précaution de la faire passer a peu près par l'axe du vase. Sur mon commandement tacite ou articulé, je lui ai fait toucher tel point des parois

— Hi —

<|iie je voulais et le nombre de fois que j*iiidt* (|uais ;

« 5** Une clef en fer» dont rextrémîlé oppor sée k l'anneau est 6xée à un volume, dans le but d'augmenter son poids, tenue par deux personnes qui appliquent chacune un doigt autour de Tanneau, décrit en un clin d'ceil un mouvement de rotation dans le sens que loi enjoint la volonté combinée des expérimealateurs;

a (i*" Des chapeaux , des assiettes et diflërents autres objets se meuvent dans toutes les directions, par le seul etTort de la volonté. Mais je m'arrête dans cette énumération, atin de ne pas tombei* dans des redites et dans le récit de faits aujourd'hui connus de tout le monde.

« Est-ce bien une force nouvelle qui vient do nous être révélée? Je croîs plutôt, pour mon

, compte, que c'est une manifestation particulière de l'électricité vitale, déjà et depuis longtemps étudiée sous le nom de magnétisme animuL

/ Quelle que soit la destinée de cette découverte, elle mérite assurément de fixer l'attention des savants; cdr nul ne saurait prévoir les applica-

lions dont elle est susceptible. C'est tout un inonde b explorer, et e*est peut-être la clef d'une science nouvelle qui nous dévoilera les mystères jusqu'à présent intpénétrables de la psychologie.

« Saluons donc avec bonheur cette ère de ^ l'égéuération qui s annonce, et dont la mission sera de purifier l'humanité des doctrines matérialistes qui la détournent de sa vt>ie! Et puis, suivons, sans nous laisser rebuter par les obst; des, ce filon que le hasard nous a montré !

Hui sait s*il n'y a pas au bout de quoi illustrer toute une génération !

« Tout a vous,

c< d' allx. mayu;. »

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