LIVRE DEUXIEME
De peur d'être soldats leurs garçons se mutilent Et ils deviendront fous d'avoir bu trop de cidre. On tracasse les gens quand ils vont à la messe Et les instituteurs étroits et dogmatiques Violentent les enfants qui saluent le curé : Les fidèles, contents de décrier la France Et de vanter les monarchies des étrangers Crainte de desserrer les cordons de leur bourse Et de sceller l'entente avec la République, Laissent, sans s'assembler pour sauver leur Eglise Les clochers sans étai, les prêtres sans ressources, Regardent, sans produire aucune remontrance, Le Pape qu'on élut sur l'ordre de l'Autriche Parce qu'il ignorait le clair parler de France Humilier chaque jour le clergé gallican, Et forcer les enfants d'un peuple raisonnable A s'approcher, pour communier, des Saintes Tables Avant d'avoir encore percé toutes leurs dents. Maltraités par les sous-préfets et par les maires, Les prêtres, par surcroît, sont tenus d'obéir Aux cagots des châteaux dont la foi les appointe Pour bénir l'équipage avant la chasse à courre, Au journaliste athée et pourtant catholique, Qui a dévotion expresse au Sacré-Cœur, Qui voudrait procurer le salut de la France, Par le Pape infaillible et le roi absolu,
Qui se réjouit de voir, arrosée par sa verve, Pousser la rieur de lys sur le fumier des Halles, Jean Racine acclamé par les garçons bouchers, Et les jockeys des bars, recrutés pour des sommes Interrompre en braillant les cours de la Sorbonne Les magistrats n'ont plus la gravité qu'il faut Pour bien porter la robe et bien juger les causes La richesse inactive, endormie dans les coffres, Ne sert ni grand dessein, ni chanceuse entreprise Les banquiers ont l'esprit étroit, mesquin, cupide Et par leur gestion, avare et sans noblesse, Contrecarrent souvent l'intérêt du pays.
Le théâtre est stérile en pièces pathétiques, Et les acteurs y ont le pas sur l'écrivain. Les professeurs ne sont plus clairs, libres, modestes, Mais pleins de cuistrerie et pleins de vanité, Brouillons ambitieux, factieux politiques, Qui s'ennuient d'enseigner dans les lycées français, Aux garçons dégourdis les éléments des choses, Préférant publier après longues recherches, De gros livres sans choix, sans intérêt, sans ordre, Et toujours consacrés à de petits sujets ; Le pays n'accroît plus et n'étend plus sa vie ; On n'a depuis longtemps construit aucun bourg
neuf, Un large bourg avec la mairie et l'église,