LIVRE DEUXIEME
Comme une fille saoule, une folle ribaude Que marque le bourreau avec la fleur de lys ?
Et les autres, vont-ils assassiner ta force ? Ne se sont-ils unis que pour te déchirer, Les ouvriers brutaux que tu as libérés Qui te renient et qui te huent ?...
Ils ont les poings très lourds et un barbare esprit, Ils ne dominent pas leur force dangereuse Et ne mesurent pas la portée de leurs coups ; Leur noir attroupement épouvante la ville, Leur lâche reniement réjouit tes ennemis. Ainsi que le chauffeur qui conduit la machine, N'aperçoit qu'à travers la vapeur des chaudières Le constant paysage immobile et charmant Toujours patient, toujours vivant, toujours fidèle Qui porte quand il faut ou la neige ou les fruits, Eux sont emplis d'un grand espoir fumeux et rouge Qui cache à leur esprit ta raisonnable audace Et cache à leurs regards ton visage éternel.
Que ce visage est pâle où brillait tant de flamme, République aux cheveux défaits,
Où donc est la candeur de ton jeune courage Et la joie que tu propageais ?
Ta démarche jadis si libre est lente et lasse, Une fatigue est à ton front.
N'as-tu plus foi dans ta vertu et dans ta grâce, Douterais-tu de ta raison ?
Discours sur les misères du temps présent
La discorde est assise au centre de la ville Et souffle avec fureur dans un clairon faussé ; Le Parlement est sans vertu et sans pensée ; Les propos y sont bas, les mains y sont avides Et l'on n'y connaît plus Tacite et Cicéron ; Les blêmes hobereaux mutilent les statues Et jettent des cailloux sur les vieux magistrats ; Les bourgeois ont des fils sans courage et sans livres ; Us n'ont pas d'enthousiasme et pas d'austérité, Pas de forte culture et pas de goût solide Et ne sont plus nourris dans les humanités. Les paysans n'ont pas beaucoup d'enfants robustes Pour fournir les dragons, la ligne et les chasseurs,