LIVRE DEUXIÈME
Je n'ai pas vu ce feu briller dans tes nuées, O France languissante, âme diminuée !
Mais je sais ta constance et ta grâce éternelle, Et j'ai la foi que tu pourras ressusciter. Ta voix dominera le trouble et les querelles, Et tes fils s'uniront dans ta claire unité.
La triste République au pâlissant visage, Ta fille et ton amour
Qui de la force encor ne sait pas faire usage Sera très belle un jour.
O France, il renaîtra l'ancien éclat des fêtes, Où tout ton peuple s'unissait, Le temps où, quand l'idée jaillissait de ta tête, La force auguste l'étayait.
Le temps des beaux pamphlets et des belles fanfares, Le temps du libre esprit, de l'ordre et des victoires, Le temps du rire et du clairon, Lorsque la liberté s'alliait à l'audace,
Quand la raison portant l'épée et la cuirasse, S'appuyait sur des bataillons.
Le Quatorze Juillet redeviendra splendide ; Du peuple endimanché la joie incoercible Emplira tout Paris ;
Les canons rouleront sur les quais de la ville, Les soldats auront l'air vivant et juvénile Des vainqueurs de Valmy !
Je verrai les lampions allumés dans les arbres Et de grands bals publics à tous les carrefours ; On ira déjeuner dans le bois de Boulogne Et la rumeur du peuple emplira tout le jour.
Je verrai le reflet des chandelles romaines Sur la Seine et sur le visage des enfants... Des fusées partiront dans les Champs-Elysées, Et les républicains suivront les régiments.
En attendant ces jours de splendeur et de joie, Plus courageux que toi, je vais chercher mon Dieu ; Quand je l'aurai trouvé, je te reviendrai, France, Car c'est dans ta clarté qu'aiment vivre les dieux.