LIVRE PREMIER
Oui, je te prie, ô Dieu, puisque ma jeune tête Dès l'aube de mes jours fut vouée à tes autels, Que tu brûles ma lèvre au charbon des prophètes, Et que je participe à ton verbe éternel.
Car, si mon enthousiasme et ma foi te sont dus Je pense avec envie au temps des anciens rois A ceux qui d'épouvante et d'amour confondus Dans les buissons ardents ont écouté ta voix.
Je voudrais, moi aussi, m'éveiller sur ta face, Savoir, quand je te prie, au moins que tu m'entends. Le cœur le plus fidèle et le plus pieux se lasse D'un roi toujours distrait, d'un dieu toujours absent.
Je suis né, j'ai grandi, Seigneur, pour votre gloire, Je n'ai d'autre intérêt ni d'autre amour que vous, De ma dévotion n'avez-vous plus mémoire, N'aimez-vous pas l'enfant qui pleure à vos genoux?
Manifestez enfin, mon Dieu, votre présence A celui qui vécut toujours dans votre loi : Cessez de m'opposer un pénible silence.
Mon Dieu, approchez-vous de moi.
Jérusalem, Jérusalem,
La désolation t'habite,
Ni la plainte des lévites,
Ni le soupir de la foi,
De Dieu n'ont fléchi la colère : —
Et tes enfants vaincus, ville jadis altière,
Tes enfants se désespèrent
Sans leur Temple et sans leur roi.
Que de nuits ont passé sur ma vaine prière ;
Que de fois, dans le Temple, aux douteuses lueurs
Dont l'aurore est précédée,
J'ai cru que descendait sur moi
Le Dieu fort à qui ma vie est dédiée —
O le mortel silence, ô la croissante gënc !
Pour allumer l'encens, pour orner le Saint-Lieu
Je n'ai plus tant de zèle ;
Vous qui saviez jadis transfigurer mes jours,
Que vous languissez, vives flammes !
La maison de mon Dieu m'est un morne séjour,
Et du Temple n'est plus la patrie de mon âme.