LIVRE TROISIEME ni
Dans l'espoir d'on ne sait quelle divine obole Qui dans tes mains tendues jamais ne descendra — Mais sois l'homme aux yeux clairs qui revit chaque
jour, Qui chaque soir oublie ce que chaque aube apporte Et s'éveille au matin quand meurent les étoiles, Et que les oiseaux neufs dans les arbres qui
poussent Pour la première fois chantent vers le ciel vierge Qui naît pour contempler le naissant univers.
Tu veux que ce qui vit soit aussi ce qui dure, Insensé ; de là vient ton trouble et ton vertige Tout ce qui vit est ce qui meurt pour être né La rose est plus vivante et frêle que sa tige Le fruit plus excellent que l'arbre enraciné
Ne cherche pas à unir entre eux Les instants du monde ; Chacun se suffit, chacun est divin Et chacun s'écoule
Soupèse en chacun tout le poids des choses
ii2 LA DANSE DEVANT L'ARCHE
Chacun est très lourd L'Univers revit à chaque minute Avec ton amour.
Et dans le présent l'Univers s'étale Absolu, complet ;
Regarde dans l'eau toutes les étoiles Sens dans ce sapin toute la forêt.
Et sois sans passé Et sois sans mémoire Oublie, et renais.
Feu de joie dans la solitude
... Et puisque c'est en vain que j'ai fait ce voyage Où le sol sous mes pas brûlants se dérobait, Laissez-moi m'enfoncer dans l'ardeur sans images Dans le plaisir abstrait
Le feu a dévoré l'univers et mon âme Et il a consumé ce qu'il transfigurait ;