‹ La danse devant l'archeChapitre 39 sur 61 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

Sur la place où bougeaient, où vivaient les personnes, Sur les pavés tout chauds d'avoir tantôt connu Le passage du dieu qui naît entre les hommes, Sur la place où je suis rien de vivant n'est plus Hors le vent soulevant les feuilles des platanes Et ma flamme obstinée dans le grand hiver nu.

On ne passe plus sur le carrefour

La neige s'abat en rafales ;

L'auberge où l'on loge à pied, à cheval

De nuit et de jour

A fermé sa porte et éteint son four.

Plus de cris d'écoliers sur le mail des remparts, Dans le ciel sans couleur plus de cris d'hirondelles; On n'entend plus la voix des enfants qui épèlent Et il fait bien trop froid pour qu'ils j ouent sur le port.

no LA DANSE DEVANT L'ARCHE

Les soldats sont partis pour la guerre au Maroc, Les marins sont partis pour la pêche en Islande, Et ma flamme esseulée et vainement vivante Cependant, n'attend pas la mort.

Et pourquoi l'espérer puisque sur l'hiver même Tu peux, quand il te plaît, projeter ta ferveur ; Résigne-toi enfin à donner chaque jour Un amour successif à ce qui se succède ; Veuille ne pas traîner ton passé de prières Comme un manteau trop lourd dans ton voyage

heureux ; Ne pcux-tu donc régler ton amour sur la vie Et ne perdras-tu pas le goût de l'Eternel ?

Ah ! sache franchement saisir de tout moment La fuyante bonté et le suc éphémère Sans vouloir que s'y fixe à jamais ton désir. Chaque instant que tu vis est un instant du monde. Dis, pourquoi ta piété choisirait-elle entre eux ?

Mendiant affamé qui quête au seuil des fermes (Les chiens ont beau gronder, la porte s'ouvrira) Ne jette pas le pain nourrissant qu'on te donne

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