‹ La danse devant l'archeChapitre 5 sur 61 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Les mots que tu as dits sur le mont Sinaï, Us ne vont plus à moi : je suis sOurd à leur sens, Je crois, quand je les lis au peuple des fidèles, Que je suis un crieur sur une place vide ; Et, quand je les entends, je suis tout affligé Comme le messager d'une grande défaite Qui entend que l'on danse en chantant, au village, Où le deuil et la peur vont entrer sous ses pas. Intolérable ennui, ô peine sans seconde ! Mon esprit révolté n'entend plus l'Eternel : Ecoute, Israël L'Eternel est notre Dieu L'Eternel est un Ce n'est pas vrai, tu n'es pas un, ô Dieu changeant Dieu des armées, comment serais-tu le Dieu juste ? O Dieu vaincu, comment serais-tu le Dieu fort ? Tu n'es pas un, le monde est bien plus grand que toi. Beaucoup de dieux puissants ont beaucoup de fidèles, Beaucoup de dieux réels se montrent tous les

jours : — Le dieu des jeunes gens, qui tient un livre neuf, Et le dieu des vieillards, qui s'assied avec eux Sur le banc communal de la Place aux Tilleuls ; Le dieu des paysans qui vit dans les marchés Entre l'auberge pleine et les bœufs qu'on va vendre Et le dieu des pêcheurs qui naît quand le filet

— Le ruisselant filet plein d'algues et d'étoiles — Est lourd de beaux poissons qu'on porte à la criée. Le dieu des écoliers, du dimanche et des billes : Et le dieu des soldats, qui est après l'étape Un gros village, avec du foin dans les hangars. Le dieu du Nord, qui glisse en traîneau sur les pentes Et qui rêve à l'abri des vitres grésiilées, Et le dieu du Midi, qui se nourrit de figues Dans la clarté des journées vides de l'été. — Le dieu des conquérants qui ressemble à l'orage ; Le dieu des moribonds qui ressemble au soleil. —

Le monde est bien plus fort que toi, Dieu des armées 11 lutte pour monter plus haut que ton esprit, Pour faire sa raison plus large que la tienne. Dieu tout-puissant,comment lui permets-tu l'audace De son croissant effort pour dépasser ta gloire Et pour aller plus loin que l'œuvre de sept jours ? Pourquoi le laisses-tu chanter quand tu te tais ? Pourquoi tes bras croisés lorsque ses bras travaillent? Pourquoi la créature a-t-elle un plus haut zèle, Un plus constant vouloir, un plus brûlant amour, Pourquoi de soi fait-elle un don plus généreux, Pourquoi a-t-elle un abandon plus magnanime Que toi, mon Dieu, son créateur ?

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