CHAPITRE W
COSTIJIE DE BALLET D'après une gravure Au xviii* -.iècle
LIS GRANDS BALI.ETS SOUS LOl'IS XIV. — LES BALS MASQUts. LA PAVANE. LA GAVOTTE. — LES CHACONES. — LA SARA- BANDE. — l'aLLE.MANDE. — LE PASSEPIED. — LA PASSACAILLE.
\TiiERi\E de Mcdicis, Henri IV, le cardinal de Richelieu, issionnés pour les spectacles choré-graphiqucs, les avaient soutenus et mis en honneur. Louis Xl\' lit plus encore : la continuité des spectacles de ce genre donnés, sous .son règne, à la v.our et à la ville fit entrer définitivement la danse dans les habitudes de la société française. Cette influence s'étendit sur tout le .wiii" siècle et persiste encore de nos jours. On dansa beaucoup à cette époque, et un poète put dire :
.... On n'a de plaisir que d'exercer des violons, Dancer un peu de chaque dancc Et les tricotets d'importance.
Les spectacles chorégraphiques s'étaient généralement bornés ju.squ'alors à l'amusement des cours. .Maintenant Louis XIV s'occupe des plai-
on /. I n.wsi: a tk.wick.s i.i:s .\r,t:s.
sirs tic ses sujets, il monte en personne sur b sc6ne, les pones du th61tre s'ouvrent devant la fuule qui se passionne aussitôt :
Au »iiclc ilci beaux-4il», lonquc le chef (upr^mc Vo.
Diii. ... ; . -, Jiiiir ili
lùllouré de M cour, lut-ni&iiv il fi{;uriil.
On a vu ce htros, i Ij fleur de son igc,
D'un nu- \ lubillam son vivigc,
Sou« les i dieu, djnscr m.uI j Veruilles
l-Iii pas nujestueux la grave Passacaille.
Sous l'impulsion venue de si haut, la danse, comme les autres arts, brille d'un tclat sans pareil. I-e ballet poursuit des con)binaisons nouvelles, il a des hardiesses heureu-scs et arrive i de grands effets; c'est en s'adonnaiu .\ ce j^enre que poi-tes et musiciens conquièrent le plus sûrement les faveurs du roi. Le grand ballet d'action, qui doiUK- un développement considérable à la danse théâtrale, domine donc toute la chort-graphie du siècle de Louis Xl\'. Toutefois, .\ la cour même, en dehors de ces fêtes, on se livrait au Menuet, à la Gavotte, à la Courante, à la Pavane, à la Passacaille et au Pas.sepied. Li bourgeoisie dansait la Pavane et les Brandons; le peuple s'adonnait aux Branles, aux Rondes et aux vieux pas champêtres.
En 16O1, une ordonnance royale cré.iit l'Académie de danse ; mais les personnages qui furent nommés membres de cet aréopage nouveau s'y intéressèrent peu et s'occupèrent surtout ;\ festoyer au cabaret de l'iipée-de-bois qu'ils avaient choisi pour se réunir.
Sans parler des ballets qui entraient dans la composition des opéras de Lulli ou des autres musiciens de l'époque, plusieurs furent organisés aux Tuileries, certains au Louvre; d'autres eurent lieu ;\ Versailles, à Fontainebleau. A treize ans, en i05i, le roi dansait en public pour la première fois dans la Mascarade de Cassandre. Ce ne fut qu'en 1670 qu'il ces.sa de se donner en spectacle. Les vers suivants de Britanniciis que Racine applique .\ l'eiiipcreur Néron le firent, dit-on. renoncer à paraître sur la scène :
Pour toute ambition, pour vertu singulière,
Il excelle à conduire un char dans la carrière,
A disputer des prix indignes de ses mains,
A se donner lui-même en speaacle aux Romains,
A venir prodiguer sa voix sur un théâtre,
A réciter des ch.uits qu'il veut qu'on idol.iire.
Le grand roi représenta souvent les dieux, mais il prit quelquefois des rôles moins pompeux. Dans le Trioinplk- de Bacchiis, par exemple, il se montrait en voleur, échauffé par de copieuses libations.
/. l />.IV.S7;' .1/- l-.N.WI) .S/AT/./;.
D.iMs le b.illct de 1(1 f /■(>.</*•■/ //(•' ilfs armes de hi l-'ioiue, le roi, ciUDUrc de toute s.i cour, teiuiit le premier rôle. Cette .ipp.irition du moii.uque sur l.i scène c.ius.i quelque surprise aux Parisiens, qui accoururent en loule pour le \i)ir.
Comme il était d'usa<;e dans les ballets de la cour, le roi portait un masque, et, de même que sur les scènes antiques, ce masque répondait au caractère du rôle'.
Le père Ménestrier décrit ce bal, bizarre assemblaj^e du siè^e de Cassel, de la prise d'.^rras, de l-lamands francs buveurs, d'Iispaj^nols et de l-ran>,-ais combattant en cadence et de dieux de la mythologie.
Il serait long et oiseux de mentionner tous les ballets qui furent joués à la cour. 11 suffira de dire que le roi se montra au public en danseur dans vingt-sept grands ballets, sans compter les intermèdes des tragédies lyriques et des comédies-ballets.
Nous noterons, à titre d'exemple, le célèbre ballet du Carrousel, donné en 166.;, en lace des Tuileries, dans une vaste enceinte. Le roi dansait en tète des Romains, son frère en tète des Persans, le prince de Condé commandait aux Turcs, et le duc de Guise aux Américains. Dansle^ram/ ballet du Roi donné au Louvre en 1664, Mercure, \'énus et Pallas chantèrent un prologue. Des Amours déguisés en forgerons quittaient, au bruit des marteaux, les profondeurs de la grotte de Vulcain. Vénus apparut ensuite montrant Marc-Antoine et Cléopatre dans
LE TRIO.HI'IIE DD L.\.MOLK O après une gravure ancienne. ( Ititlii'lhc.juc lulinii.ili: )
I. Gardcl l'aine parut le prcniicr au tliOàtrc à visage découvert. Ht, chose singulière, cette innovation ne fut pas du goût des spectateurs. Cependant elle persista, et, deux années après, invité à reprendre un niasquc, le danseur Gaétan \'estris ne s'y pouvait résoudre.
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LA UASSE A r/M»"/i«.V LKS AGES.
une galère conduite par des Amours, tandis qu'à l'horizon se livrait un combat naval. Puis venaient Pluion enlevant Proserpinc, des nymphes, et toujours et encore des Amours. On vit les jardin-s de Cérès, les jardins d'Annide et Kegnault. G: fut un des plus mcn'eilleux ballets du temps.
L'ann^x* suivante fut donné à Versailles le ballet poétique de la Kaissana tl Je la
Puissance de Vénus où, naturellement, figuraient des dieux de rOlympi.
Neptune cl Tliétis, suivis de plusiturs 1 ritons,
ijui composaient le coq>s de la musique, raconte le jH.re
.Minesiricr, firent entendre la j-loire qu'ils avaient qu'une
déesse d'une incomparable beauté, qui devait
régner dans tout l'univers, naquit dans leur
empire. Neptune commença ainsi :
Taisez-vous, flots impctucux, Vents, devenez respectueux, La mère des Amours sort de mon vaste empire.