I. DaviJ
quatre ou cinq échantillons laborieusement choisis parmi ses meilleurs élèves. Cependant une anxiété visible se trahissait dans les traits du maître; à chaque instant, on le voyait grimper d'un pied .igile sur l'estnide des musiciens pour s'y faire jouer la production nouvelle, la troisième Polka qui eut paru; puis il revenait en h.ite auprès de ses disciples, parcourant les rangs, les haranguant d'une voix brève et saccadée, leur prodiguant .ses derniers conseils et les animant à la fois du geste et du regard, comme un habile génénil qui prépare ses soldats à la bataille. Le grand Germanicus ne fit pas mieux, quoi qu'en dise Tacite.
<■ .\insi faisait le maître, tandis que, dans le camp opposé, Eugène Coralli, Lucien
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LES llM.s l'IlU./CS.
Pctip.i et ùcux un nuis .uitrcs Lnbordicns consommes gardaient un silen»:c dédaigneux et un calme redoutable. On se mesurait du regard.
« Enfin l'orchestre donne le signal du combat, les rangs s'é-cartent avec respect, Cellarius prend l.i main de l'une de ses sœurs, toute de blanc vêtue, telle qu'une chaste vestale, et s'élance dans la carrière, suivi de sa fidèle cohorte.
« Vous eussiez dit .\chille se précipitant sous les murs de Troie, pour défier Hector et venger la mort de Patrocle; mais
O rage! 6 désespoir! à fortune ennemie! N'avait-ll t.int polké que pour cette infamie?
IN (oiiM.i: i>i; VAi.sLi us O'aprcs (iav.nriii.
•• O douleur! personne ne sait danser sur l'air nouveau; il huit cette vieille routine avec laquelle ils ont sucé le lait de la mère Polka ! On se regarde, on s'arrête, on s'étonne; le maître, en ce pressant danger, en vain cherche à ranimer leur audace: «Donnez-nous, disent-ils, des ennemis que nous puissions combattre ». Ces mots sont une inspiration pour le chef, il court à l'orchestre, lui jette la partition traditionnelle, et voilà l'orchestre complaisant qui reprend cet air si ennuyeux, le plus ennuyeux qui ait jamais été écrit, à l'exception du Bokro di doTui Lola Moules ! Cependant, \ ces accords connus, les Cellariens reprennent courage, ils s'élancent, balancent . audacieusement leurs talons jusque dans les profondeurs de leurs basques d'habits, et restent maîtres du champ de bataille.
« Mais leur triomphe ne devait pas être de longue durée; la foule s'entr'ouvre bientôt pour laisser passer leurs terribles rivaux, et dès le premier pas c'en est fait des Cellariens, toute la cohorte se disperse, et le chef infortuné, l'œil en feu, la rage dans le cœur, se retire A l'écart pour dévorer son affront.
" Telle fut cette mémorable journée, qui prête si fort au poème héroï-comique que notre prose même s'en est ressentie. C'est maintenant, entre les deux écoles, une haine inextinguible, plus mortelle mille fois qu'entre les Capulets et les Montaigus; car on dit
iju'.uKNiii\i jprtS leur dcùiic, rctii J'v'r rou, les GrIUricns ont juré à
leur» vainqi ' |k>uuj lut», quelque jour, s'exprimer autrement
qu'en p
I i l'oi; : .ii^uru a \Kiiiie, tik-
brilla ei! lu i.,ik. "^l^, [ir.>Ksseur de danse, dont les
les'ons étaitiu iuiMo par ii(.s iii'iii;rois, des i\-un,.u^ et des Valaques. Q-ux-ci jouaient au
piano leurs danses nationales quc les autres exécutaient. Les salons ^ic Celi.irius, rue \'ivienne, n* 4 1 , .lu fond de b cour, étaient devenus le sanctuaire de b dans*, nouvelle, qui devait un peu de son succès aux éperons d'or obliptoircs pour tout fier danseur. Le jeune professeur devint l'homme du jour. Les gens du monde — et du demi-monde — emplissaient ses salons du matin au soir. Tous les dimanches, lundis, mercredis et samedis, de f I il 1 1 heures, avaient lieu des soirées dansantes, et l'hiver, tous les mercredis, des fctes de nuit.
Cellarius donnait de plus, chaque année, des bals de quinzaine où toutes les dames étaient admises à la seule condition d'être en toilette extrêmement élégante.
Il fit ensuite ce qu'on pourrait appeler un coup d'Htat, en organisant des bals d'artistes où l'on n'était reçu que sur le vu d'une lettre d'invitation siijnéc la plupart du temps par quelque danseuse célèbre de l'Opéra.
C'est que la lutte était ardente : des professeurs rivaux s'étaient levés, Markowski et Liborde, ce dernier disputant à Cellarius l'introduction de la Polka en France. Le roi dansa-t-il la Polka ?
Un irrespectueux couplet du temps l'affirmait. En tout cas, les livres, les feuilletons.
LA (iALOI'E Of GALOI' D'aprù» une lithOKTaphic rie Ci.ivar.n.
/. I WALSIi: HT LA POl.KA.
/.ES nAf.s nriii.ns.
l(.-s ojHisviiiLs, n.^ romnns, les pocsics, les pièces de tiié.itre, de musique, tout fut à 1.1 Polka : il v eut même, en itî-|5.
r.ilm.iiiach dt
'olka!
< n'(H1ii.ii;z jamais m: iaiui: danskk i.a mkui; • Daprcs la lillui^-raphic illl. Ucllan;,'c.
Elle se mêlait à la politique, on récitait partout la diva /n'/Zi/ :
l).ins«: de l'iKnc, d'amour, de pocsic, tiiic vicns-tu donc tlicrclKT, ù Polka. I parmi nous"-
s'écriait le poète, et, dans son lyrisme, invoquant ce >■ pur H.iirbcau •, il espérait que la Polka, accomplissant son « œuvre sociale ", ramènerait entin la poésie, la liberté et les {grandes vertus disparues!
• Primitivement, dit M. Desrat dans son TniiU' de la danse, la Polka fut dansée avec des figures exécutées par le
cavalier et sa dame ; après quelques p.is faits en tournant, ils s'éioif^naient, se rapprochaient l'un de l'autre en mettant les deux mains sur les lianciies; parfois ils tournaient en passant sous les bras l'un de l'autre. Toutes ces variations ne durèrent qu'une année, bien qu'elles fussent pratiquées par tous les dan- .seurs jeunes ou vieux, depuis l'aspirant docteur en droit jusqu';\ .son professeur, depuis le plus humble avocat jusqu'au plus j^rave pair de l'rance.
u La Polka n'amena pas seulement un «rrand changement dans la , danse, elle v introduisit une foule
IX COfl'LE DE V.\LSEIRS Al" TYKOI.
Daprcs une liihopraphic. de nouveautés, dont quelque.s-unes
yRRS Ll
^'f^y i-iifz le gcncrai « amioucn, ci occt
' /ià^^ il'honncur. Pendant le repxs, la nv
' \W tiirc cxt-cut.i une mélodie vive c
/ C'est 1.1 Polka, • dit le général i la <
DANSE DU SCIIAI.L D'apri» un dessin de Lente, dans le /ton genre.
seulement oiu été conscné-es; la /'<i#i<>viana, la yUltika, la SiciUtnv., vécu peu de temps, et encore n un:
elles trouvé de bien fervents adepiis qu'au Prado et au Ca.sino Cadet. > Marie Taglioni dînait un jour à Milan Jiez le général Walmoden, et occupait la place
musique niili-
ct originale.
la danseuse qui
1 i\ .vT • ^'.^^ l'interrogeait, « la danse de nos
^^//^ . Il/* ■ « . ^' > rrk ,^,^ paysans hongrois. » Aussitôt
les portes s'ouvrent, des rideaux sont tiré-s, et l'on aperçoit cinquantcgrenadiers hongrois exécutant la Polka.
« Cette galanterie toute française, dit Charles de Boignc, porta bien vite boniieur à la Polka ; .Mlle Taglioni la prit sous sa protection et la Polka a fait le tour de l'Europe, le tour du monde. • On ne parlait plus que de cette danse : mille brochures ou plaquettes lui furent consacrées. Li Contredanse, disait-on, convient aux caractères sanguins, le Galop aux bilieux, la Valse aux lympliaiiques, la Polka aux nerveux et aux passionné-s. On répétait ces aphorismes :
• Dis-moi comment tu polkes, je te dirai comment tu es. — Il n'y a pire polkcusc que celle qui dort. — Où il n'v a rien, le polkcur perd son droit. — On confie son secret dans la Contredanse, mais il écliappc dans la Polka. — Le commencement et le déclin de l'amour se font sentir par l'embarras où l'on est de polker ensemble. • Un amusant opuscule du temps fait les réflexions suivantes : « L'entrée de la Polka à Paris s'est cftcctuéc sans aucune pompe, sans la moindre réjouissance publique, sans le plus infime sergent de ville.
« Aucun miracle ne précéda son apparition : les chiens n'ont pas iiurlé comme à la mort de César; les cheminées n'ont p.is été renversées p.ir le veut comme a la mort de Macbeth! »
Cependant l'étoile brillante de Markowski venait de se lever, et la rivalité entre Cellarius et Liborde s'accentuait; des polémiques s'engageaient dans les journaux au