‹ La danse grecque antique d'après les monuments figurésChapitre 119 sur 166 · Danseurs en files =3 danseurs qui se suivent · texte numérisé non relu

Danseurs en files =3 danseurs qui se suivent

Danseurs en rangs =s danseurs juxtoposés latéralement.

aSO LA CHOnBGRAPRlG.

de pleureuses qui se lamentent autour d'un mort en portant les mains à la tète pour s'arrach,er les cheveux (Gg. 541 et 542). Ces trois sujets : guerriers, pleureuses, danseurs en Sles, ont pour caractère commun la similitude des modèles dont l'artiste s'inspire. Cela explique leur vogue à une époque où l'art n'osait encore exprimer que des collectivités, par la répétition indéfinie d'un type uniforme.

Réduits parfois à un aspect purement hiéroglyphique, ces personnages dansant, au corps triangulaire, aux bras cassés en zigzag, se détachent en silhouette opaque sur le fond rougcâtre du vase, sans qu'il soit possible de leur attribuer un sexe. Ce genre de peintures, peu instructif pour nous, fait place à une figuration plus intéressante :

I les hommes d'un côté, les

' femmes de l'autre, se font

Pij. Mï. , ...

lace, séparés par le citha-

riste qui rythme leurs pas (fig. 515); — ou bien ils composent une

file unique, mais toutes les femmes sont groupées ensemble, et,

dans cette antique Farandole, les sexes n'alternent pas (fig. 516).

Cette disposition singulière n'est peut-être qu'une gaucherie du pauvre artiste qui a dessiné ces ridicules bonshommes. On remarquera, a gauche du chœur dansant, le joueur de tympanon; on reconnaîtra deux guerriers, à droite, qui ont l'air d'être traversés de part en part par un glaive court.

Ces deux exemples suffiront h nous fixer sur la valeur indicative de CCS informes essais'.

350. Le vase François (10) nous offre un très beau spécimen de la danse dont les Grecs attribuaient l'invention ù Thésée (fig, 517), C'est une longue file où les hommes et les femmes, se tenant par la main, alternent régulièrement. Thésée lui-même est leur Conducteur; il les précède en jouant de la lyre et s'avance vers Ariadne, que cette pompe orchestique paraît émerveiller. Les danseurs ne sont autres que les victimes désignées du Minotaure, arrachées par Thésée ù la mort qui les attendait, dans les profondeurs du

Labyrinthe. Ce sont les mêmes personnages qui, sur un curieux vase du vi" siècle (au Louvre), sont alignés sur deux rangs, immobiles et funèhres, et paraissant attendre avec résignation que le monstre leur fasse un sort. Ils sont ici pleins de vie et célèbrent leur délivrance en dansant la Grue (Y^pxvoî) au son de la lyre que fait vibrer leur sauveur. Leur allégresse ne s'exprime pas encore en bonds joyeux; le peintre les a fait marcher sur la double Plante, ce qui n'est pas la marque d'une grande légèreté. Bien qu'ils s'avancent du même pas, les hommes et les femmes n'écartent pas également les jambes (65). Le lourd et somptueux costume dorien

1. Faul-il canclure. de ce» nnTves repréncn lui ions, que, dans le» temps aneicns. les hommes et Ici rcmtnes danaoient Bons se rouler? Cela serait hasardé. 11 ne faut pus interpréter ees peintures conventionnelles, dans lesquelles l'ineipèrience et la limidilé restreignent l'eiaclilude. comme la copie Gdèlo des scènes rett^cées. La légende ds Thésée, inienleur de la danse des deui sexes, ne nous est pas non plus d'un grand

LA CHOREGRAPHIE.

que portent les jeunes Athéniennes les oblige sans doute à raccourcir leurs pas; ou bien est-ce une délicatesse du peintre qui a voulu donner à leur allure plus de grâce et plus de décence?

Le Corps de ces danseurs est très habilement dessiné de trois quarts, tandis que la tête et les jambes se présentent de profil; ce qui n'est ni une gaucherie ni une convention (23, 26). Dans la Grue, les danseurs ne s'avancent pas de front : ils se suivent; et comme ils se tiennent par la main il en résulte que leur torse est obligé de tourner sur lui-même et que la poitrine fait saillie de côté. Le peintre céramiste a exprimé ces nuances avec une remarquable entente de la perspective, qui ne se retrouve pas souvent, même sur les peintures les plus parfaites.

Les danseurs du vase François n'exécutent qu'une marche rythmée, lente et noble.

Ceux-ci (fig. 518), qui ont été relevés sur une amphore à

l'iK. 518.

rosettes, de basse époque (12), se livrent à une course rapide, les bras étendus, les mains enlacées. On observera que l'alternance des sexes n'est pas régulière. Précédés d'un couple conducteur, ils se déplacent rapidement dans une direction rectiligne. Le premier de la file et la danseuse de queue tiennent de leur main libre une couronne de feuillage.

351. La figure 519 reproduit une Farandole remarquable par le réalisme et la dyssymétrie des attitudes. La chaîne se compose de

cinq femmes et d'un homme seulement. La singularité du fait rend cette amusante petite scène digne d'une mention spéciale.

352. Nombreuses sont les représentations de femmes seules dansant en chaîne continue. A toutes les époques de l'art grec le même motif se retrouve sous une foule de variantes. Parfois t'orchestre accompagnateur est mis en scène ù côté des danseuses : il se compose d'un tympanon, d'une lyre ou d'une cithare, et d'une fl&te double, mais rarement il est au complet; il peut faire entièrement défaut. La dernière danseuse de la file, qui n une main libre, fait souvent le geste de la tunique (44).

Sur la figure 520 on voit les femmes se prendre par le poignet (Èrà xapitw) avec une sorte de ^ .

violence. Elles sont visiblement arrêtées; la Farandole se réduit à une chaîne immobile.

Le Louvre (salle XII) possède un fragment de la frise de Samothrace, qui appartenait à un temple reconstruit au iv° siècle dans un style

archaïsant. Ce bas-relief, p. ^^

malgré sa mutilation, prend

un assez grand intérêt orchestiquc. Une longue (île de femmes s'y déroule et bien qu'elles se donnent toutes la main, d'un bout à l'autre de )a chaîne, elles sont associées deux à deux, — la direction de leur tête le prouve. Toutes ces danseuses marchent sur la demi Pointe, avec un hanchement prononcé.

On trouvera au Louvre plusieurs bas-reliefs de basse époque représentant des chaînes de danseuses : ce ne sont généralement que de médiocres compositions décoratives sans vraisemblance et sans intérêt orchestiques. — La même remarque peut être faite au sujet de plusieurs monuments analogues du Musée de Naples.

363. Ronde. — La Ronde peut être définie : une chaîne circulaire et fermée composée de danseurs qui se tiennent tous par la main. Dans les danses populaires la Ronde est pour ainsi dire

254 LA CHOREGRAPHIE.

instinctive et, comme on peut s^ attendre, elle apparaît sur de très anciens monuments. Les vases du Dipylon (8) en fournissent déjà des types reconnaissables. Le musée du Louvre possède une poupée en argile, qui se rattache a cette série, et dont les jambes articulées pendent au-dessous de la robe gonflée comme une cloche; on peut voir, tout autour de Tample vêtement, une chaîne circulaire de femmes qui dansent en se tenant par les deux mains (viii® siècle). Un beau vase corinthien,' a zones décoratives parallèles, montre une Ronde composée d^un très grand nombre de danseuses ; on le trouvera dans la salle de la céramique corinthienne, au Louvre, et il a été publie par de Longpérier *. Même sujet sur une coupe a figures noires du musée de Corneto, reproduite dans un ouvrage de Miss Harrisou *.

Le musée du Louvre possède trois groupes (terre cuite, pierre calcaire), de provenance cypriote et d'époque basse, qui représentent trois femmes exécutant une Ronde autour d'un arbre sacré ou d'un joueur de flûte. Il faut voir dans ces petits groupes des <( représentations en abrégé », suivant l'expression de M. Perrot; les danseurs qui prenaient part à la Ronde étaient certainement plus nombreux. — Le costume de ces femmes est asiatique.

Ces exemples, que l'on multiplierait aisément, prouvent que les Rondes étaient pratiquées dans la Grèce continentale comme dans la Grèce insulaire. Mais il est certain que les danses en chaîne rompue leur étaient préférées. Celles-ci ont, sur les Rondes, en effet, l'avantage de la variété; elles se prêtent à la formation des figures, — y compris les figures circulaires, — et le Conducteur, en allongeant, en enroulant et en déroulant la chaîne, garde son indépendance, toujours précieuse au danseur grec. Il aime h conserver un rôle actif, en ayant une main libre, et rester le chef de la bande; s'il saisit par la main le danseur de queue, il n'est plus qu'un anneau de la chaîne fermée.

364. Chœurs dans lesquels les danseurs, se suivant en file, ne se tiennent pas par la main. — Dans ce cas

chaque danseur conserve son indépendance, mais il est astreint à

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