LES GESTES TRADITIONNELS DIAPRES LES MONUMENTS FIGURES
Ainsi le geste du voile s'est conservé presque sous la* même forme, mais le sens qu'il, avait d'abord s'est pour ainsi dire retourné (E. Pottier). De bonne heure il passa dans le répertoire orchestique, et la signification qu'il y prit subit les mêmes métamorphoses que dans les arts du dessin. Graves et chastes au v® et au vi" siècles, les danseuses voilées du m® et du ii*^ ne seront le plus souvent que des courtisanes éhontées, aux pas lascifs.
Gestes de la vie usuelle.
44, Geste de la tunique. — Le geste de la tunique est un des motifs que peintres de vases et sculpteurs ont le plus répétés, depuis les origines de l'art grec jusqu'à ses dernières manifestations. Ce geste est en quelque sorte instinctif h la femme dès qu'elle porte une robe longue. Il consiste à la relever avec la main, légèrement, pour rendre plus libres les mouvements des jambes et découvrir les pieds. Les femmes grecques ne saisissent pas à main pleine, comme nos élégantes, la partie postérieure de la robe ; ce n'est point de la boue ni de la poussière qu'elles se garent. Leur geste n'est qu'une coquetterie qui embellit la démarche, y introduit une certaine eurythmie et devient souvent, par son inutilité même, un geste nettement orchestique (fig. 33, 50).
Tantôt le bras qui soulève les plis de l'étoffe reste appuyé le long du corps; tantôt il s'en écarte latéralement, ou en avant, quelquefois en arrière. Il n'est pas rare que le geste soit double et se fasse symétriquement des deux bras. Enfin il peut s'appliquer au rabat ^ même de la tunique; il a perdu alors sa signification primitive et n'est plus qu'un artifice de la danse (fig. 105). La figure 104 est une combinaison assez rare du geste de la tunique et du geste du rabat.
1. On sait que la tunique féminine grecque — le chiton — se composait uniquement d'une ample pièce d'étoffe rectangulaire, pliée de telle sorte que, sans couture, elle s'adaptait au corps avec aisance. Le rabat, produit par un simple pli horizontal de la partie supérieure de la pièce, retombait sur le dos et sur la poitrine. (Fig. 130, 138, 155, 161, etc.)
(On trouvera divers types du geste de la tunique dans le tome I de la Sculpture grecque de Collignon; reproductions des statues archaïques de FAcropole, entre autres : planche I ; images dans le texte, pages 343 et suiv., page 366, etc. Se reporter ici même aux figures 33, 50, 102, 103, 104, 105, 106, 501, etc.)
Comme on peut le voir par ces exemples, il est difficile de marquer la limite qui sépare un geste de la vie usuelle d^un geste purement orchestique.
45. Greste masculin du bras dans le manteau (y slp sv i;jLa -
Ttù)). — Au v* et au iv® siècles, ce geste marquait le repos, la paix dans Tattitude; les orateurs à la tribune en avaient fait comme Texpression de leur dignité professionnelle. A partir du m*' siècle il perd de sa solennité : les Eros malicieux de Myrina, qui cachent leurs bras sous les plis de leur mantelet, n'ont aucune prétention à la gravité; ce sont des espiègles qui dansent. Le noble geste est devenu badin.