LES GESTES TRADITIONNELS DIAPRES LES MONUMENTS FIGURÉS
scur combiné avec des jeux de voile qui ajoutent encore à la convention.
53. La liste ci-dessus, très incomplète, suiïit h faire deviner le parti que les danseurs ont tiré de ces gestes traditionnels. Par la mimique, ces gestes sont entrés tous dans Torchestique grecque; les uns y conservent leur valeur première et appartiennent à la partie mimétique de la danse; les autres tendent à y devenir de simples mouvements gymnastiques. A ce double titre ilâ devaient figurer dans notre exposé.
Après avoir cherché, dans les pages précédentes, à préciser Tusage qu'il convient de faire des monuments figurés, on abordera, dans celles qui suivent, une étude comparée du mouvement tel qu'ils nous le présentent et du mouvement réel.
Les mouvements en général
Les mouvements naturels : la marche et la course
54. Mouvements mécaniques. — Parmi les mouvements du corps qui dépendent de notre activité volontaire, les uns sont purement mécaniques et tendent à la réalisation d'un but déterminé. Exemples : saisir un objet, marcher, courir, sauter un obstacle, etc. Ces mouvements sont instinctifs et d'une forme constante, abstraction faite des accidents individuels.
55. Mouvements expressifs : Gestes. — D'autres dépendent bien davantage de la coopération de l'âme; ils sont les interprètes de la pensée, des moyens de la communiquer à autrui ou d'en commenter l'expression verbale : ce sont les gestes. Ils constituent un langage dont les variations sont grandes ; ils sont autant réglés par l'usage propre à chaque peuple que modifiés par le caractère, l'âge, les qualités particulières à chacun de nous. Ces mouvements que, par opposition aux mouvements mécaniques, on doit qualifier â! expressifs ^ les gestes en un mot, ont leur siège dans le corps tout entier. On peut constater facilement, par une expérience renouvelable, qu'à un changement d'objet dans les idées de l'homme qui parle correspond aussitôt un changement de position du corps. Et il ne s'agit pas ici de l'orateur dont la gesticulation étudiée cesse d'être instinctive; regardez le simple paysan qui cause. Vous serez frappé de la sobriété et en même temps de la mobilité de ses gestes; à défaut d'élégance ou d'exactitude, ils expriment, par leur succession, que les idées de notre homme marchent; ils en sont les auxiliaires immédiats.
56. 11 est inutile de faire ressortir la part d'imitation que comporte chaque geste. S'il est vrai que les mots, à l'origine du langage, aient été des onomatopées, il est évident que le geste
reste toujours étroitement lié, dans sa forme, à la pensée qu'il exprime. Deux hommes qui ne parlent pas la même langue peuvent cependant échanger des idées simples par le moyen de la mimique, grâce à la valeur représentative des gestes.
Mais il faut remarquer que la convention s'est peu à peu introduite dans le geste. Très clair et peu varié chez les peuples primitifs, dont les idées sont simples, il a subi Tinfluence de l'enrichissement intellectuel; il est devenu complexe et s'est fait aux nuances. Comme la langue parlée, il a eu recours aux figures. Pour exprimer Fcxplosion soudaine d*un bruit violent ne nous arrive-t-il pas de frapper du poing dans le vide, par une détente brusque du bras? C'est une sorte de métaphore. Un laquais de comédie, qui veut faire comprendre au spectateur quelle récompense il attend de son maître, et quel en sera l'instrument, se frotte le dos avec la main : c'est une métonymie. Ainsi le geste est devenu un instrument intellectuel auquel chaque peuple a imprimé sa marque ; et il faut, dans un geste, faire la part de ce qui est resté instinctif et imitatif et la part de ce qui est dû aux influences traditionnelles de l'usage. Noos serions bien empêchés d'interpréter le jeu muet de Pylade ou de Bathylle, les fameiix mimes romains, tant les gestes usuels de la vie publique et privée ont changé de forme depuis eux.
57. Mouvements orchestiques. — Les mouvements mécaniques et les mouvements expressifs ou gestes se distinguent nettement, à notre époque et dans nos mœurs^ des mouvements dé la danse ou mouvements orchestiques y dans le langage des Grecs. Les mouvements orchestiques ne sont, en effet, ni purement mécaniques ni proprement imitatifs. Le jeune animal, dit Platon, ne peut rester en repos ; il saute, il s'ugite sans cesse avec un plaisir visible, comme s'il voulait dépenser en mouvements inutiles des forces surabondantes. C'est à un besoin semblable que l'homme obéit lorsqu'il danse. Mais tandis que l'animal n'a pas conscience de l'ordre ou du désordre dans le mouvement, l'homme a reçu des dieux, avec le sentiment du plaisir, celui du rythme et de l'harmonie. Les dieux eux-mêmes se font les conducteurs de ses danses, et le nom du chœur, 7000;, dérive tout naturellement du mot qui signifie joie, '/apà (Lois, II, 653, G54 passim).
Si Tétymologie proposée par Platon est fausse, l'explication qu'il donne du plaisir orchestique est peut-être la seule qu'il en faille chercher. La danse est plus qu'un jeu pour l'homme; c'est un exercice du corps qu'il sait embellir par l'art, et la musique, réduite souvent a ses éléments rythmiques, en est l'auxiliaire indispensable.
58. Que toutes les danses de l'humanité primitive aient été des actions mimées et que la prédominance des mouvements .purement gymnastiques ne s'y soit établie qu'à la longue, il nous importe peu ' de le vérifier. La séparation est complète aujourd'hui, dans notre art orchestique, entre la mimique et la danse, entre les gestes et les mouvements. Ceux-ci n'ont plus de valeur comme signes. Leur raison d'être est en eux-mêmes, dans l'activité spéciale qu'ils manifestent : la souplesse et la grâce y tiennent lieu d'un langage plus net. Dans nos ballets, les scènes de danse proprement dites ne se confondent pas avec les scènes mimées; celles-ci appartiennent au développement d'une action dramatique et sont du ressort de la pantomime; les autres, caractérisées par la carrure du rythme, la précision des pas et la suspension momentanée de l'action drama- * tique, sont destinées à mettre en relief le talent des danseurs ou h donner au public le spectacle brillant de mouvements d'ensemble artistement ordonnés.
Cette scission-lh n'existait pas dans l'orchestique grecque au mémcT degré que dans notre danse. Bien que nous puissions relever sur les monuments figurés des pas de danse tout à fait analogues aux nôtres et qui paraissent, comme les nôtres, entièrement dépourvus de sens mimétique, le symbolisme rituel dont toutes Les danses grecques étaient imprégnées ne permet de voir en aucune d'elles un simple exercice de muscles. La mimique proprement dite intervenait à chaque instant dans l'art du danseur ^
59. D'ailleurs le même mot (ôpyTiTTY^ç) désigne aussi bien le joueur de balle qui rythme ses mouvements, que le pyrrichistc
1. Elle constituait l'élément principal des danses thcAtrales, qui claieni un moyen de rendre l'action plus claire, aux yeux des spectateurs; et elle a régné en souveraine dans la pantomime de l'époque romaine. Les monuments figurés nous fournissent à peine l'occasion de parler des danses non mimiques de la scène, et nous n*avons pas à traiter ici de la pantomime, qui est un art tout romain.
dont les évolutions retracent les phases d*un combat en armes. Il s'applique également au digne citoyen qui célèbre Kômos et au mime de profession qui « parle avec ses mains et, muet, sait tout exprimer ». La danse, pour les Grecs, est un art plus vaste et aussi plus élevé que le nôtre. Les philosophes, en lui attribuant une influence morale, ont exprimé une opinion accréditée : la danse est un de CCS trois arts musicaux qui sont comme les modérateurs de Fâme antique. Étroitement liée à la poésie et à la musique, elle participe à leur nature divine et, comme ses sœurs, a été léguée aux hommes par les Immortels. Elle n'est pas seulement un plaisir, elle est un culte, et sert à honorer les dieux, de qui elle vient.
Mais il est impossible de l'étudier sans dissocier les éléments dont elle est faite. En isolant d'abord ses mouvements gymnastiques, dont nous chercherons à établir la forme et Fenchaînement, nous pouvons nous abriter derrière l'autorité de Platon qui a dit : « C'est par l'intermédiaire du corps que l'eurythmie ' s'insinue dans l'ume, et c'est la danse gymnastique qui enseigne l'eurythmie ». — Il y avait donc un enseignement gymnastique de la danse et c'est à en retrouver les éléments que nous appliquerons nos efforts.
60. Un grand nombre de danses apppartenant h tous les temps et à tous les pays ne sont qu'une modification plus ou moins grande des mouvements naturels de la marche et de la course. Parfois même le danseur se contente de marcher ou de courir suivant un certain rythme, sans s'éloigner le moins du monde du pas normal