Qui est l'expression même de Tordre dans l'ùme humaine
d'un marcheur ou d'un coureur : il réduit alors à ses moyens les plus simples la gymnastique de son art.
Ce sont là des modes de mouvement fréquemment en usage chez les danseurs grecs. Il n'est pas rare de voir leurs jambes s'en tenir aux formules tout ordinaires de la marche et de la -course, pendant que les bras, le torse, la tête restent inactifs, ou se livrent au contraire a une orchestique très apparente.
Ces mouvements naturels sont donc les éléments primordiaux de l'orchestique grecque, — comme de toute autre danse, d'ailleurs. C'est par l'étude de leur mécanisme et de leur représentation artistique qu'il convient d'ouvrir la série de nos analyses.
61 . Mécanisme de la marche- — Le mécanisme de la marche est compliqué. Réduit h ses manifestations extérieures les plus saisissables, il consiste en mouvements d'extension et de flexion h l'aide desquels chaque jambe porte à son tour le poids du corps et projette en avant le centre de gravité. Lorsqu'un peintre ou un sculpteur modernes représentent un homme qui marche, ils nous montrent ordinairement une de ses jambes pliée et l'autre plus ou moins tendue. Ils se contentent de cette traduction : elle correspond à peu près à l'impression que produit sur notre œil un marcheur ou, plus exactement peut-être, au souvenir synthétique que son image laisse dans notre esprit. En réalité, les phases diverses de la marche sont beaucoup moins simples; un œil très exercé — et nous constaterons bientôt que l'œil des Grecs l'était plus que le nôtre — peut en surprendre quelques-unes. Mais les méthodes chronophotogrnphiques de Marey ont permis de les saisir et de les fixer dans leurs moments les plus fugitifs ^ Nous rappellerons ici les résultats quelque peu imprévus qui ont été fournis par ses appareils enregistreursy et nous comparerons ensuite les marcheurs et les coureurs figurés sur les monuments antiques aux personnages vivants dont les mouvements ont été analysés.
62. I. Dans la marche normale, en terrain plat, les deux pieds appuient sur le sol alternativement. Au moment même où le pied de la jambe qui est en arrière se soulève pour se porter en avant,
1. Voir dans Marey, le Mouvement (G. Masson, 1894), la définition de la chronopholographie, la description des appareils et leur application à l'étude du mouvement.
LES MOUVEMENTS EN r.ËNKRAL.
l'autre pied se pose sur le sol. La notation automatique de la marche, due aux appareils de Marey, exprime clairement pour Tœil que les appuis des deux pieds alternent, sans solution de continuité :
PD
Fi«. II.
II. Le pied s€ pose sur le sol par le talon, pointe en Tair (fig. 12, 1]. Immédiatement la pointe s'abaisse et la plante du pied
s'applique dans toute sa surface sur le terrain (fig. 12, 2). Mais bientôt, par suite de la propulsion du corps, le talon se soulève, décrit un quart de cercle presque complet, de bas en haut, le pied ne touchant plus au sol que par la pointe (fig. 12, 3), et c'est alors seulement que la jambe elle-même se soulève pour se porter en avant. En deux mots, le pied se pose sur le sol par le talon et le quitte par la pointe. Il exécute donc une sorte de mouvement
de bascule que la figure 12 permet de saisir. Elle est faite de la
superposition des trois images qui correspondent aux trois phases
principales de l'appui du pied dans la
marche, et elle est empruntée à des
chronophoto graphies sur plaque fixe,
analogues à celles que reproduit sché-
matiquement la figure 14.
III. Comme conséquence de ce qui précède : jamais les deux pieds du marcheur n'appuient simultanément sur le terrain par toute la plante, ni par les pointes seules , ni par les talons seuls. Les phénomènes de la marche sont, pour les deux Jambes, symétriquement successifs»
IV. Il y a un moment très court où les deux pieds appuient en
Fig. 13.
même temps sur le sol : c'est celui où la jambe de devant se pose et oii la jambe de derrière va se soulever. Cette position, d'une extrême instabilité, est perceptible sur la figure 13. Le pied gauche, en avant, pose le talon sur le sol (cf. fig. 12, 1), tandis que le pied droit, ne touchant plus au sol que par la pointe, va se soulever, immédiatement, pour se porter en avant à son tour * (cf. fig. 12, 3).