‹ La danse grecque antique d'après les monuments figurésChapitre 63 sur 166 · Dégager · texte numérisé non relu

Dégager

— Se dit de la Jambe

agissante qui se détache

de la jambe d'appui et

s'en éloigne plus ou

moins, souque la Pointe

reste à terre, soit qu'elle se soulève à une hauteur quelconque. Le

mouvement peut se faire en avant, en arrière ou de côté.

Supposons un danseur dont les jambes soient en l'une ou l'autre des deux Positions III ou V, jambe droite devant; s'il porte la jambe droite en IV devant sur la Pointe, ou la jambe gauche en IV derrière sur la Pointe, ou l'une ou l'antre des deu.r jambes en II sur la Pointe, il aura exécuté autant de Dégagés à terre.

Exemple de Dégagé à terre en II {fig. 217, I, 2).

Si le danseur, placé en III ou V, porte une de ses jambes en demi II (fig. 60), ou en Grande II [fig. 59), ou en demi IV, ou en Grande IV {fig. 61, 62), il exécute autant de Dégagés en demi II, ou en Grande II, etc.

La forme des exercices de Dégagés est, d'après ce qui précède, facile à concevoir. La règle suivante leur est particulièrement appli~ cable :

180. Pointe basse. — Lorsque le danseur lève une jambe, il a soin de tenir basse — ou tendue — la Pointe du pied, et il doit se soumettre à la prescription suivante, qui est toute logique : la cuisse se soulève la première ; elle entraîne la jambe dans son mouvement et la jambe entraîne le pied; enfin le talon doit quitter terre avant

1. On dit aussi développer dans un seni uDalogue; ce mot s'applique surtout aux mouvements trè> araplea.

lie TECHNIQUE DE LA DAN'SB.

la Pointe. Telle est, de haut en bas, la transmission du mouvement. Les images chronopholographiqiies 8, 9, 10, 11, 12, de la planche II, montrent l'application de ce mécanisme pendant que fa danseuse dégage de V, droite devant, en grande IV ouverte (186).

181. La Bgure 81 montre la jambe droite d'un Satyre dégagée à terre en IV devant.

La figure 279 fournit un exemple de Dégagé en demi IV. La figure 69 est un Dégagé de la jambe droite en Grande II.

182. Les danseurs grecs autant que les danseurs modernes ont horreur de la Pointe relevée. Lorsqu'ils dégagent (179), ils tiennent constamment la Pointe du pied basse ou tendue. Dans la jambe qu'ils soulèvent, la transmission du mouvement se fait de haut en bas, comme chez nos danseurs (180, fig. 70, 69).

Il est très rare que la règle de la Pointe basse ne soit pas appliquée. Les exceptions (fig. 216, 87, 469) s'expliquent par une intention caricaturesque ou par la mauvaise qualité du style. La scène, à laquelle est emprunté ce Satyre [fig. 216), représente le triomphe grotesque d'HérakIcs. Le héros, flanqué de Niké, se tient sur un char que traînent quatre Centaures. En avant de l'attelage se trémousse le Satyre, qui porte un masque et brandit deux torches ^ il se soucie fort peu de paraître eurythmique, et le peintre, pour traduire ses ridicules gambades, nous montre la plante de son pied, qu'un bon danseur ne doit pas laisser voir. La figure 87 est empruntée à un vase de basse époque et de mauvais style. On peut en dire autant de la figure 469; elle est en contradiction flagrante avec toutes les images de la même série, qui présentent uniformément la Pointe basse.

Ces trois exceptions ne sauraient infirmer une règle dont la constante application est si évidente. Il suffit de feuilleter ce livre pour s'en convaincre.

EXERCICES PREPARATOIRES.

183. Lies Battements. — Exécuter un Battement^ ccst éloigner sfivement la jambe agissante de la jambe d'appuiy et l'en rappro-* cher aussitôt.

Les trois types principaux du Battement sont : le Battement à terre y le Battement soutenu^ le Grand Battement,

184. Battement à» terre. — La jambe part de la III ou de la Vy des^ant ou derrière (96), dégage en II sur la Pointe, et retient à sa position initiale (fig. 217).

[Faire abstraction de l'image 3 et lire : 1, 2;

La jambe peut aussi commencer dei^ant et finir derrière {fig. 217) [lire dans l'ordre 1, 2, 3); — puis recommencer derrière pour finir des^ant [fig. 217) [lire dans l'ordre 3, 2, 1). Les mouvements successifs seront donc dans ce cas :

Fig. 217.

186. Battement soutenu. — // diffère du précédent en ce que la cuisse de la jambe agissante est soutenue, c'est-à-dire soulevée latéralement; le pied qui va battre ne touche pas le sol et vient croiser sur la jambe d'appui, Pointe à la hauteur du cou-de-pied. La cuisse

reste immobile, la jambe seule agit. En lisant les images de la figure 218 dans l'ordre 1,2, 3, 2, 1, on aura une idée exacte d'un

Battement sur le cou-de-pied, alternatwement dessus et dessous. [Entendez : devant et derrière,) EnchaîneSy les Battements donneront,

comme plus haut : 1, 2, 3, 2, 1, 2, 3, 2, 1, 2, 3, 2, 1....

186. Grand Battement. — Suivant qu'il a pour limite la Grande II ou la Grande IVy il est dit Battement à la II ou Battement à la IV,

La planche II est V analyse chronophotographique d'un Grand Battement à la Quatrième ouverte, tendu à terre. [Durée du mouvement : 4/5 de seconde,)

L'image 1 montre la limite extrême de la Position, La jambe est entièrement tendue en Grande IV ouverte;

Im, 2 : la Pointe s'injléchity la jambe s'abaisse, entraînant la cuisse;

Im, 3 : la jambe s'abaisse de plus en plus; la Pointe se dirige vers la terre; la cuisse retarde et un angle se produit au genou ;

Im, 4 ; le pied aborde le sol par la Pointe;

Im. 5 : l'angle du genou s'efface; le talon s'abaisse;

Im. 6 : le talon se pose en F, droite devant;

Im. 7 : la jambe se tend;

Im. 8 : moment d'arrêt extrêhiement court entre deux Battements, correspondant à la V fondamentale (94);

Im. 9 : la cuisse se soulève légèrement entraînant la jambe et celle-ci le talon. La Pointe reste à terre;

Im, 10 : le pied quitte le sol par la Pointe;

Im. li : la cuisse s'élève de plus en plus; la Pointe reste basse; la jambe retarde et un angle se produit au genou;

Im. 12 : l'angle s'efface. La jambe arrivera tendue à l'image sui^ vante qui équivaudrait a l'image 1.

On peut donc lire la série dans cet autre ordre : 8, 9, 10, 11, 12, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7. Les images 8, 9, 10, 11, 12, 1 correspondent au Dégagement de la jambe droite en Grande IV ouverte, et les images 2, 3, 4, 5, 6, 7, au jnouvement de haut en bas qui ramène la jambe droite en V devant tendue à terre,

187. Cette analyse montre l'application de la règle énoncée plus hauty relative au mécanisme du Dégagement (180). Elle met aussi en évidence la contre-partie de cette règle. Si, dans le Dégagement,

EXERCICES PREPARATOIRES.

la transmission du mouvement se fait de haut en bas, de la cuisse à la Pointe — puisque la cuisse se soulève la première et que le pied quitte le sol par la Pointe, — dans le mouvement inverse, par lequel la jambe retombe, la transmission a lieu de la Pointe à la cuisse : la Pointe s'infléchit la première, la jambe s'abaisse, la cuisse suit et c'est par la Pointe que le pied aborde le sol {pi. II, 1, 2, 3, 4). Cette double règle est générale et ne comporte pas d'exception, 188. On peut, par l'exemple précédent, se faire une idée des différentes formes du Grand Battement. La jambe pai^t tendue à terre, de la III ou de la V, devant ou derrière, se porte en Grande II ou en Grande IV [de face, ouverte, croisée ^ en avant, en arrière), et revient à sa Position initiale. La planche II prouve que la jambe qui exécute le Battement est tendue à ses deux Positions extrêmes, mais que y dans l'intervalle ^ elle est plus ou moins pliée *.

189. Pour figurer un Battement complet en se contentant d'indiquer ses moments essentiels^ qui sont : la Position initiale, la Position extrême, la Position finale, il faut au moins trois images : (284) et (fig. 217, 218). Les monuments figurés ne peuvent guère nous les fournir juxtaposées, et nous ne les leur demanderons pas.

Mais il peut suffire, pour reconstituer un Battement, de connaître un seul de ses moments essentiels : celui qui correspond à la Position extrême atteinte .(285).

C'est ainsi que la figure 219 permet de supposer que les jambes du danseur, avant de s'ouvrir en Grande II, ont dû se joindre, et que la jambe droite, après avoir dégagé, se rapprochera de la gauche. Elle aura donc exécuté un Grand Battement. Comparons maintenant la figure 219 h l'image 12 de la planche II. L'analogie est frappante. Elle le devient encore davantage si nous rapprochons des

1. Le nombre et la rapidité des Battements successifs augmentent au gré du danseur.

Fig. 219.

Fig. 220.

images 3 et 11 de la même planche, la figure 220, empruntée au vase qui a fourni déjà la figure 219. Nous obtenons alors trois moments de la série 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12 (pi. II), les moments 3, 11 et 12. II ne reste plus qu'à interpoler les huit autres pour reconstituer le mouvement dans sa totalité ^

190. Le vase auquel sont empruntées les figures 219 et 220 est un psyctère du Louvre, vase à faire rafraîchir le vin et qu'on entourait de glace ou d'eau froide (planche I). Les figures en sont rouges sur fond noir, mais le procédé de Vincision, qui est encore appliqué à la silhouette des chevelures, lui iissigne pour date de fabrication les premières années du v« siècle. C'est un monument de transition, intéressant par un retour à l'ancienne technique, qu'on retrouve dans un détail (9).

La figure 219 représente les jambes du danseur 5 de la planche I ; la figure 220, celles du danseur 2. Par un artifice très simple et qui ne dénature en rien le mouvement original, on a retourné le calque pris sur le danseur 5, de manière à ce que la juxtaposition des deux images donnât lieu à un rapprochement décisif.

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