AU LECTEUR
Ce poème fait partie d'un ensemble, qui, sous l'argument général « Stat Crux DUM VOLVITUR Orbis », comporte : Le Massacre des Innocents (publié partiellement dans le recueil Jeunes Fleurs : 1906); la Guirlande à l Épousée (inédit); Lucifer (en préparation) ; Frère Tranquille (inédit, publié dans la Revue de Hollande : 1918) ; Ixion (édité en 1903) ; La Danse Macabre que voici ; V Evangile de la Croix et La Croisade de F Antéchrist (en préparation).
Ainsi qu'on s'en apercevra peut-être, et de mêma qu à peu près tous ceux de l'auteur, il fut écrit dans l'arrière pensée d'une glose musicale .
« Et le serpent dit : — Non, vous ne mourrez point ; vos yeux seront ouverts : et vous serez tels qu2 des dieux.
... Et leurs yeux furent ouverts : et ils connurent qu'ils étaient
nus. »
Les morts, les mauvais morts me gardent sous leur serre. Je suis des leurs, ces morts qui sont dans le tourment : Ils m'habitent ! je suis toujours chez Lucifer, Remords, frères d'enfer, affreusement vivants.
Ils font du jour divin un louche crépuscule, Filtrant sous mon crâne branlant et dilaté : Je sens qu'autour de moi et parmi mci circule Une indistincte et répulsive humanité.
Soudain l'horreur, la grande horreur m'est apparue ! J'ai vu, mon Dieu, ]'ai vu, sans en mourir d'effroi : L'armée immonde accourt, tout palpite et remue, Se multiplie, bondit, m'entoure et vient sur moi.
Procession d'enfei ! des squelettes sans tête, Des cadavres mi-dévorés qui laissent voir A la place du ventre un grouillement de bêtes, A la place du cœur un trou saignant et noir,