‹ La danse macabreChapitre 3 sur 41 · AU VOYAGEUR TAYLOR. XJ · texte numérisé non relu

AU VOYAGEUR TAYLOR. XJ

qui, dit-on, vit retiré dans un coin de l'Ailemagne? Etes- vous secondé par quelque lord Kingsborough qui a donné généreusement 5oo,ooo francs pour l'impression des Antiquités du Mexique , à Londres ?

Hélas! bien des fois j'ai plaint avec vous le sort ingrat que notre siècle de haute civilisation a fait aux arts et aux lettres : bien des fois j'ai retourné la tête dans le passé pour envier avec vous la condition privilégiée de ceux qui consacraient leurs études et leurs travaux à l'accroissement des jouissances intellectuelles de la société. Philippe-Auguste, François P"" et Louis XIV aimaient et protégeaient d'instinct l'art et les artistes; un pape obscur, un duc italien inconnu a souvent fait plus pour l'art qu'une race de rois ; les bénédictins de Saint- Maur ont mieux mérité du monde savant que toutes les académies du monde. Aujourd'hui la portion congrue des arts est appliquée aux haras; celle des lettres pensionne le Moniteur-, on va percer la rue Louis-Philippe et démolir Saint-Gerraainl'Auxerrois : nous sommes pourtant un peu

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moins barbares qu'à Toulouse, où les douze Césars ont été décapités dernièrement pour TinstruGtion des tyrans à venir.

Où sont les arts en France? dans nos galeries de peinture et de sculpture si mesquinement économiques, dans nos bibliothèques si brutalement dilapidées, dans le cœur de quelques hommes plus rares et plus impossibles de jour en jour. Il ne se rencontrera pas seulement une Pompadourqui caresse une de nos gloires nationales. L'ivraie des banquiers a étouffé le bon grain des artistes ; on ne lit plus dans les salons dorés depuis qu'on sait lire dans les chaumières; Diderot ne réussirait pas à jeter les fondemens d'une nouvelle Encyclopédie; on changerait en mortier un chapiteau de colonne du Parthénon ; les épiciers sont devenus librai^ res, et réciproquement; on veut transformer en écurie militaire la merveilleuse église de Brou ; on plantera bientôt des pommes de terre dans les Tuileries; on va chanter le vaudeville dans l'ancienne chapelle de saintBacche; on découvre le pavé de Philippe-Auguste et la voie romaine

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de Jules César, sans que cet événement soit l'objet d'une dissertation scientifique; on ne parle plus même vers et prose au café Procope ; on a presque oublié la mort de Champollion jeune et son système hiéroglypbique ; un volume de poésies de Victor Hugo ou de Sainte- Beuve , un drame d'Alexandre Dumas , un feuilleton de Janin , une marine d'Eugène Sue font à peinediversion à des bavardages de tribune; on vote par assis et levé l'existence de notre premier théâtre; Escousse se suicide à vingt ans ; Nodier écrit pour vivre des chefsd'œuvre; Chateaubriand fait des brochures , et Scribe des ballets ; la littérature et la critique modernes se sont réfugiées dans le sanctuaire de la Revue de Paris; on donne des pensions aux hommes qui ont détruit des monumens historiques ! comment ne pas désespérer des arts? Consolez-moi par votre exemple, Taylor.

J'aime à voyager dans vos récits et à la suite de votre imagination dans vos livres; je ne cours aucun danger, pas même celui de la fatiguej

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je voyage encore seul et sans sortir de mon cabinet, à travers les rayons d'une bibliothèque, cent fois fouillée et retournée comme le sol d'un camp romain; j'interroge les débris du moyen âge, les ruines des édifices, les vestiges des mœurs et la poussière des hommes; je traverse les siècles , comme vous faites les empires des Pharaons, des Mages et des Chakléens; je fréquente la cour des rois très-chrétiens et les châteaux des seigneurs suzerains : mais aucun ne m'a honoré du don d'un sabre d'or, comme vous le vice-roi d'Egypte ; j'entre impunément dans les ladreries et de plus mauvais lieux : mais je n'aipasvu, comme vous, mes compagnons de voyage périr de la peste et du choléra-morbus; je hante volontiers les abbayes et les couvens; mais je n'ai pointa redouter comme vous l'hospitalité des croisés abâtardis de Betléem ; je suis plus en sûreté au milieu de la Cour des Miracles que vous entouré de vos guides qui vous montrent à dessein la place sanglante où l'un de vos homonymes avait été massacré par eux ; je m'achemine de nuit par les rues du vieux Paris

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