‹ La danse macabreChapitre 41 sur 41 · LE MARIAGE. S · texte numérisé non relu

LE MARIAGE. S

trouva les lambeaux de la robe du moine , ses sandales, son chapelet et des ossemens informes sur le pavé teint de sang. La chambre des comptes fit publier à son de trompe une ordonnance qui promettait 10 sols parisis pour chaque loup pris mort ou vif.

Jehanne de la Vodrière, tant que dura la contagion qui fit périr cinquante mille personnes, montra un zèle admirable dans les soins qu'elle prodiguait aux pestiférés : Dieu ne voulut pas encore reprendre une vie si chrétiennement employée; mais elle avait subi tant d'épreuves douloureuses en perdant l'un après l'autre son fils , son mari , son amant et son père, qu'elle refusa de rentrer dans un monde qui ne lui offrait que des vides irréparables; elle résolut d'achever son œuvre par une pénitence publique; et, après avoir essayé d'une retraite de deux ans dans une chambre haute de l'hôpital , elle prononça des vœux de réclusion perpétuelle , distribua ses biens aux communautés religieuses , aux hospices et aux églises, et entra, le 1 1 octobre 144^ > dans une cellule qu'elle avait fait bâtir au cimetière des Saints-Innocens , attenante à la muraille de leglise, sur laquelle une fenêtre grillée lui permettait d'entendre les offices. Co fut une fête.

que son installation dans cette cellule, dont la porte fut murée sur elle ; et le sermon qu on prononça au Préchoir à cette occasion compara la recluse à la lampe sous le boisseau, parabole de l'Evangile. Jehanne mourut l'année suivante, dans Timbécillité de la dévotion , et ne fut pas canonisée à sa mort, parce qu'une sœur de Sainte-Catherine, nommée Alix la Bourgotte , s'étant faite recluse à son imitation, hérita de sa cellule et de sa bonne odeur de sainteté , et s'attira même le respect de Louis XI, qui lui dédia un monument de cuivre dans une chapelle de l'église des Saints-Innocens.

Le squelette de Macabre , que la superstition du vulgaire avait entouré d'une sorte de culte durant la peste, resta conservé dans une armoire des charniers de la rue Saint-Denis. On le regardait comme un talisman et comme un emblème de la puissance de la mort, sans se rappeler son origine. On ne le montrait que le jour de la Toussaint aux pieux visiteurs des trépassés, et cet usage s'établit par tradition tellement que, Macabre étant brisé par accident, on le remplaça par une statue d'ivoire représentant un squelette humain haut de trois pieds, dont le bras droit était drapé avec un linceul , et dont le gauche portait un rofdeau

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