LE MARIAGE
lebotte, et retira sa main ensanglantée qu'elle avait serrée dans les siennes tout humides de boutons purnlens. Caillebotte, dont la figure horriblement ulcérée attestait assez des ravages incurables , se cramponna aux habits de Benjamin et roula sur le perron de la Pierre-au-Lait. Le jeune homme éprouva un affreux serrement de cœur en sautant par dessus ce cadavre encore chaud; il considéra sa main que Caillebotte avait touchée et portée à ses lèvres. Jehanne lui fit oublier son inquiétude en Tinvitant doucement à s'agenouiller : ils étaient devant l'autel, les deux époux!
La cérémonie du mariage continuait dans un morne silence, lorsque Benjamin chancela et couvrit ses yeux de sa main froide; il changeait de visage, il sentait ses veines brûler, sa poitrine s'embraser et ses pieds se glacer; la parole expirait dans sa bouche, la pensée dans son cerveau : il résista un moment.
— Jehanne, veuve du feu sire Louis de la Vodrière, dit le père Thibault les larmes aux yeux; Jehanne, ma chère fille, acceptez-vous pour époux et seigneur Benjamin ci-présent ?
— Oui , je l'accepte et le reçois comme tel , répondit Jehanne en unissant sa main à celle
35o LA DANSE MACABRE.
de répoux; désormais je suis et serai son humble et fidèle servante.
— Benjamin, fils de Culdoè juif , reprit le prêtre avec sévérité ; Benjamin , qui êtes maintenant chrétien baptisé, tenez-vous pour épouse et servante Jehanne ci-présente?
— Oui, répondit Benjamin dont la voix s'affaiblit après ce mot éclatant; je suis et serai son fidèle époux ci-bas et là-haut. Adieu 1 Jehanne; nos épousailles s'achèveront au ciel!
Ces dernières paroles ne furent entendues que de Jehanne qui, le voyant défaillir, s'était élancée dans ses bras pour l'embrasser vivant. Ils tombèrent ensemble au pied de l'autel ; et le peuple qui remplissait l'église, épouvanté de ce fatal mariage, s'enfuit et se dispersa en tumulte : Benjamin était mort de la peste.
Le soir même, à l'heure du couvre-feu, le père Thibault, qui avait présenté lui-même, à l'hôpital Sainte-Catherine, Jehanne résignée à consacrer le reste de ses jours au service de Dieu et des malades, revenait de cette pénible mission, absorbé en son désespoir et en ses prières; il fut assailli dans la rue des Bourdonnais par une troupe de loups affamés qui avaient passé la rivière à la nage et s'étaient répandus dans la ville. Le lendemain on re-