LES DROITS DU PUBLICISTE
Le Manuel du Porteur de Fonds Russes, édité en français (1013), énumère environ 72 emprunts émis de 1817 à 1911 par l'Etat Russe ou garantis par lui, et 8 séries de Dépôts perpétuels ou de Bons du Trésor — au total 80 titres formant la Dette publique de la Russie au 1/14 janvier 1013.
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L’ouvrage intitulé « Emprunts-Obligations des Municipalités Russes », édité (1912) en russe et en français, énumère 64 villes auxquelles la Russie tzariste donnait sa garantie.
Sur les Emprunts proprement dits 29 furent cotés à Paris. Sur les « Emprunts- Obligations de Compagnies de chemins de fer garantis par l'Etat» 10 l’y ont été aussi.
La Banque Impériale Foncière de la Noblesse et la Banque Foncière des Paysans représentent 4 emprunts cotés en France.
Enfin les 64 villes russes qui figurent au tableau spécial de leurs emprunts représentent 138 émissions diverses. 9 ont été placées en France.
220 “10 -f4 + 9 font 52. C’est bien le nombre qu'avait ue l'Office National des Valeurs Mobilières dans sa circulaire No 121, du 28 septembre 1918.
Remarquons seulement que pour arriver à ce nombre le rédacteur de la circulaire avait dû opérer sur les mêmes documents que nous. Comment venaiton nous répondre ensuite à cet Office, fait pour le public, qu'on n’y possédait sur la question aucune donnée plus complète que cette circulaire rudimentaire ?
En réalité, quand lautruche cache sa tête sous laile, il n’est là que sottise.
Mais quand elle rentre dans un buisson et se dérobe tout entière au chasseur, sa tactique est plus habile. Qui pouvait croire
Hs ce.
que nous aurions, les documents aujourd'hui cachés par les initiés de naguère __ jes responsables d’aujourd’hui ? Ces documents viennent de Russie. Donc on ne saurait les trouver dans nos bibliothèques publiques. En vain les chercheriez-vous à la Nationale, ce paradis des fureteurs, et d’où, pourtant, s’évadent parfois les livres gènants.
Nous avons eu, grâce à MM. Bark et Apostol, les deux ouvrages essentiels.
Nous saisissons maintenant pourquoi l'Office National, ni ses 47 dormants,
ne tiennent point à les communiquer.
Ces deux ouvrages, rédigés en 1912 et 1913, quand l'opération financière de la République et du Tzarisme acoquinés semblait encore profitable, et donc avouable, ne renseignent pas seulement sur la nature et le montant de chaque emprunt.
Par là même qu’ils ont un but pratique — guider le porteur de fonds russes — ils indiquent les lieux où lon pourra toucher ‘les bienheureux coupons. Ils révèlent ainsi, par une candeur destinée à se retourner contre ses bénéficiaires originels, ces bénéficiaires mêmes : non pas les porteurs, les prêteurs — mais les excitateurs, les emprunteurs, acolytes du tzarisme tapeur.
Nous savons d’où sont partis pour la France, comme aussi pour les autres pays d'Europe — mais ceux-là nous indifiérent — les coups de grosse caisse qui ont fait jeter dans la caisse russe les gros sous
de l’Epargne française, après d’aimables prélèvements pour la Finance française.
Et voilà pourquoi votre Finance est aujourd’hui muette.
. Connaissant ainsi officiellement les Etablissements émetteurs, grâce à un Ministre russe et à un Délégué Financier russe (moins professionnellement secrets que cet autre, | « Attaché Raffalovich ») nous pouvions sans crainte adresser à ces Etablissements la lettre reproduite en notre précédent chapitre. Nous avions pointé avec le plus grand soin sur nos deux ouvrages les « Guichets de l’Etranger chargés du service de l’Emprunt »
et désignés sous la rubrique soit de Paris, soit de la France. Et ce pointage nous donna 18 maisons de Érédit ou de Banque. En voici la liste exacte, où nous avons ajouté pour plus de précision les adresses. Groupons-les par Établissements de Crédit et par Banques. Toutes ces maisons ont leur siège, ou leur principal établissement, à Paris.
10 Crédit Lyonnais, 19, boulevard des Italiens ;
20 Société Générale pour favoriser le développement du Commerce et de l’Industrie en France, 29, boulevard Hauss-
mann ;
Has
1158 Comptoir d'Escompte, 14, rue Ber- Dore |
. 4° Crédit Foncier, 10, rue des Capucines s
50 Société Générale de Crédit Industriel et Commercial, 66, rue de la Victoire ;
6o Société Française de Banque et de Dépôts, 29, boulevard Haussmann ;
7° Crédit Français, 52, rue de Chäteaudun ; ;
&o Banque de Paris et des Pays-Bas, rue d'AnUN,,
9° Banque Rothschild, 21, rue Laffittés.
109 Banque Hottinguer, 38, rue de Provence ;
110 Banque Française pour le Commerce et l'Industrie, 17, rue Scribe ;
120 Banque Hoskier, 30, boulevard Haussmann ; |
130 Banque Privée Lyon-Marseille, 30, rue Laffitte :
140 Banque Russo-Asiatique, 9, rue Boudreau ;
150 Banque Russe pour le Commerce étranger, 11 bis rue Scribe ;
160 Banque Internationale de Commerce à Saint-Pétersbourg, 26, rue Laf- Hit: - ;
70 Banque Aynard, 80, boulevard Haussmann ;
180 Banque de l’Union Parisienne, 7,
rue Chauchat.
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Dans cet ensemble imposant, tout n'avait pas la même importance — ni en soi, ni en la matière. Telle affaire ne s'était assise au festin franco-russe qu’au bout de la table. Ainsi la Banque Aynard figure sur les tableaux officiels pour un seul emprunt (5 o/o Tiflis, 30 millions de roubles). Et nous avions eu contentement à ne voir qu'à peine ce nom naguère si beau de la Politique et de la Finance se profiler dans l’aventure lamentable dont nous fouillons les dessous financiers et politiques. Malheureusement cet emprunt est.de 1910 — quand la débacle s’annonçait déjà, quoi qu'on ose dire aujourd’hui. Et même par un simple contact on aimerait mieux ne pas trouver le nom du grand bourgeois Avynard éclaboussé par les emprunts russes.
Telle autre maison, quoique puissante, n'avait pas joué un rôle réel dans affaire. C’est ainsi que nous avons, au début de nos investigations, avant que d’être armé, lorsque les officiels se dérobaient à nos demandes courtoises et légitimes de publiciste, jeté trop vite le nom de l'Union Parisienne. Certes son titre figure bien dans le Manuel officiel (page 142 — Emprunt du Chemin de fer Nord-Donetz, 4 1/2 a Mais cette émission, à laquelle l'Union n’a pris part
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qu'avec plusieurs autres Etablissements, date de 1908. L’Union, elle, est apparue en 1904, phénix renaissant des cendres d’une entreprise qui fut amenée à monter d'elle-même sur le bûcher. L’aventure, en 1908, était presque finie. Surtout, l’Union Parisienne n’a touché aux emprunts russes que par un de ses membres — le plus gros il est vrai.
À tout seigneur genevois, tout honneur russe. C’est le baron Hottinguer. Que Monsieur le Baron, sachant si bien le parler de France puisque sa baronnie vient de Suisse, nous pardonne la figure qu’inconsidérément, en une de nos jconférences, nous avons donnée à son Union :
une figure de rhétorique. Nous avons commis à son endroit cette métonymie que les régents (non pas de la Banque de France, mais ceux n’ayant baronnie non plus qu'écus, ceux de collège) dénomment une synecdoque. Nous prîmes la partie pour le tout, la Banque Hottinguer pour l’Union Parisienne.
La Banque Hottinguer avait fait ellemême oo l’envers de cette figure.
Elle faillit — et ce n’est point l'appétit qui lui manqua naguère — prendre le tout pour la partie, et ingurgiter à elle seule les emprunts russes. Le Crédit Lyonnais dut y mettre le holà, et quelques coreligionnaires du culte financier, quelques Rothschild qui voulaient, à cette époque, leur tranche du Veau d'Or franco-russe. Mais la Banque Hottinguer
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n’en figura pas moins dans plus de dix emprunts. Nous létablirons au moment opportun.
eulement, notre synecdoque aperçue à temps, nous n'avions pas lieu d'écrire à l’Union Parisienne. La partie nous suffisait pour le tout. Nous saurons demander compte à la maison Hottinguer de la complaisance qu’elle mit si ne temps à ouvrir ses guichets pour que la main tzariste y puisät l’argent français.
Genève, Paris, Saint-Pétersbourg, vingt années d'emprunts. Vive l’Internationale Financière !
Six Etablissements ou Banques répondirent à notre lettre du 19 mai. Nous n’avions pas écrit cette fois à la Banque de Paris et des Pays-Bas, qui, on se le rappelle, nous avait déjà fourni quelques renseignements. En laissant de côté l’Union Parisienne, nous avions donc écrit aux 16 autres maisons mêlées à l'opération russe. Six réponses font presque du 40 o/o. C’est moins que ne touchent sans doute en leur petit négoce les Barons Rothschild ou Hottinguer. Mais c’est plus que ne touchent les porteurs de fonds russes. |
FR ces réponses furent faites par écrit. Les voici, avec les commentaires que chacune justifie de notre part.
E. Hosxrer & Cie:
22 Mai IOI0O.
Monsieur,
Nous avons l'honneur de vous accuser réception de votre lettre du 19 courant nous demandant divers renseignements concernant les Emprunts Russes auxquels notré maison a pris part.
Le Manuel du porteur de Fonds Russes qui vous a été remis par Monsieur Bark, ancien Ministre des Finances de Russie, vous permet de constater que nous avons participé à l'émission de :
l'Emprunt Russe 4 0/0 or 1889 Direction du
» ) » | 1890 Syndicat:
Banque de Paris et des
Pays-Bas.
» » » 1801 Direction du Syndicat :
Crédit Foncier de France.
et au placement des lettres de gage
3 1/2 0/0 Banque Impériale Foncière de la Noblesse Russe, le Crédit Lyonnais
dirigeant l’opération.
Vous avez sans doute en main les prospectus de ces émissions et vous pourrez
y puiser toutes informations utiles, mais
si ces documents vous faisaient défaut,
vous pourriez trouver les mêmes indica-
tions à l’Annuaire des Agents de Change près de la Bourse de Paris.
Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de nos sentiments les plus distingués,
E. Hoskter.
La Maison Hoskier emploie un terme fe pourrait frapper quelque profane :
irection du Syndicat. Le mot est très régulier. Mais il n’est que de s’entendre.
Cela, c’est le «bon syndicalisme ». Quand il s’agit d’unir les « Employés de Banque »
pour leur obtenir mieux qu’un salaire de famine, le syndicalisme change alors d'apparence, et les meneurs de la Finance le trouvent simplement odieux.
D'autre part, la maison Hoskier nous renvoie à l'Annuaire des Agents de Change. Mais le demande-t-on à cette noble Compagnie, on s’entend toujours répondre qu'il est épuisé. Phénomène d’un antagonisme logique :, l'évasion de l’argent français produit maintenant la rétention du document français. Agents de Change, Banquiers, Financiers, tout se tient — et tout se tait.