BANQUE FRANÇAISE POUR LE COMMERCE ET L'INDUSTRIE
24 Mai 1910.
Monsieur,
En réponse à votre lettre du 19 courant, nous avons .l’honneur de vous remettre sous ce pli le prospectus de l’emprunt russe 4 0/0 des Chemins de Fer 1903
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qui est le seul pour lequel notre Banque ait figuré parmi les Etablissements émetteurs.
Veuillez agréer, Monsieur, nos salutations distinguées, R. CHASSERIAU.
Cette Banque se fait ici toute modeste.
Dans le Tout-Paris de 1919 (p. 762) elle montre plus de superbe. Sous son titre flamboie l’invocation du Saint patronal — Fondateur : Maurice Rouvier — « Ils sont morts, dit l’Ecriture, mais leurs œuvres les suivent ». L’ombre d’un Premier Ministre peut couvrir encore d’utiles combinaisons. Il laisse derrière lui une bande puissante. Lisez : Contre l’Oligarchie Financière en France, page 131.
Lysis, au temps où sa démocratie ancienne excitait M. Letailleur, sous l’anonymat,à quelque indépendance, montrait en la Banque Rouvier une entreprise de gouvernement. Î[l avait à cette affirmation le plus sûr des garants : M. Germain, luimême grand Fondateur, chef impérieux mais franc du Crédit Lyonnais. Lysis en reproduisait les paroles à l’Assemblée Générale du 2 avril 1903 : « Le gouvernement français... a voulu créer, il y a dix-huit mois ou deux ans, un établissement au capital de 60 millions, qui avait à sa tête un des hommes les plus considérables, les plus intelligents et qui avait fait ses preuves depuis longtemps dans les affaires de l'Etat ». Et la note mise
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ici par Lysis dans sa nouvelle édition apporte un complément bien précieux :
« La Fanase Française pour le Commerce et l’Industrie n’était pas encore entrée dans le consortium des grandes Banques. Elle y est entrée depuis. »
Son entrée suivit de peu les paroles de M. Germain, où Lysis voyait « la manière la plus brutale et [a plus maladroite », où nous, au Contraire nous apércevons une netteté honorable parce qu’elle proclame sa puissance, et avoue sa volonté de domination. L’ennemi le plus dangereux, c'est le masqué. Avec M. Germain, on savait au moins qui On avait devant soi.
M. Rouvier le comprit. Quelques mois plus tard, il recevait sa part de l’'Emprunt 4 0/0 (Chemins de fer Riazan-Ouralsk — Moscou — Kiev — Norowège — Moscou — Windau — Rybinsk — 64.875.000 roubles — 173.000.000 francs). C'était, pour lui et sa bande, la récompense d’être devenus, dans la Finance, des « camarades syndiqués ». Différence à noter des deux syndicalismes. Dans le Prolétariat, le nouveau syndiqué paie une cotisation.
Dans la Finance, il la reçoit. |
Autre détail à noter, cette fois sur le
rospectus que la Banque Rouvier veut Li nous envoyer. Les 346.000 obligations constituant cet emprunt furent annoncées avec une mention alléchante :
Elles sont affranchies à tout jamais de tout impôt russe, Ce « tout jamais » n’offre-
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t-1l pas, maintenant, une particulière saveur ? Les obligations placées en 1903 par la Banque Rouvier, et ses « camarades syndiqués », n’ont en efiet plus rien à craindre du tzarisme.
CRÉDIT FRANÇAIS | 26 mai 1919.
Monsieur, |
Nous avons l'honneur de vous accuser réception de votre lettre du 19 mai.
Les émissions de valeurs russes auxquelles nous avons participé sont peu nombreuses et de peu d'importance. Les renseignements que vous désirez n’ajouteraient donc pas grand chose à votre documentation.
D'autre part, nous ne pensons pas qu'aucun Etablissement puisse consentir a vous fournir certaines des précisions que vous nous demandez.
Veuillez agréer, Monsieur, nos salutations distinguées,
Henry TERREL.
La encore, modestie rétrospective. Une pointe de morgue la relève. « Certaines des précisions » par nous demandées ne sauraient être fournies par « aucun Eta-
blissement ». Ici la réponse devient intéresssante. Car le conflit latent s'affirme — le conflit du Public et de la Finance.
Que sommes-nous, par la plume ou par la parole, dans ce livre, dans notre revue, ou sur l’estrade du Théâtre Impérial ? Un particulier demandant pour ses intérêts particuliers leurs secrets particuliers à des commerçants particuliers ?
Poserions-nous les mêmes questions au libraire du coin, au bottier d’en face?
Nullement. II nous répondrait que son commerce reste privé, et que ses livres appartiennent à lui seul. Mais ici ? Toute la législation parle pour nous. Le Crédit Français est une « Société Anonyme ».
La loi de 1867 lui impose l’obligation de renseigner a Nation sur son exacte nature, son capital, les noms de ses administrateurs. Et pourquoi? Parce que cette Société étant anonyme— sans nom privé, personnel — ne vend pas sa marchandise, livre ou bottine, d’une façon privée, personnelle. Par son organisation même, son nom même, cet Etablissement fait appel au Crédit Public, au Crédit Français. Et puisque la Finance respecte si fort les lois françaises, faites par un Parlement de possédants (ou d’aspirants-possédants, ces socialistes) pour une bourgeoisie possédante, puisque ‘sa conscience est le Code, rappelons donc au Crédit Français une certaine Lot sur la liberté de la Presse, du 29 juillet 188r — celle en vigueur — et dans cette loi
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certain article 35, et dans cet article certains paragraphes 2 et 3 :
«$ 2. — La vérité des imputations diffamatoires et injurieuses pourra être également établie contre les directeurs ou administrateurs de toute entreprise industrielle, commerciale ou financiere, faisant publiquement appel à l’épargne ou au crédit.
«$ 3. — Dans les cas prévus aux deux paragraphes précédents, la preuve contraire est réservée. Si la preuve du fait diffamatoire est rapportée, le prévenu sera renvoyé des fins de la plainte. »
Mais serait-ce même « diffamer » le Crédit Français que lui demander, comme le faisait notre lettre, la part d'emprunts russes qu'il plaça dans le public français — la somme qui fut ainsi transférée en Russie, non point par souscription nominale, mais par versement réel — enfin les bénéfices que put ainsi réaliser l'Etablissement co-émetteur ?
Et si même, suppléant au mutisme hautain du Crédit Français, nous apportions de ces précisions qu'on peut trouver ailleurs qu’en des bilans pudiquement voilés, y aurait-il là une « allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l'honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé » — pour citer textuellement l’article 29 de la même loi, déterminatif de la diffamation ?
Cette discussion, nous la retrouverons
dans notre entretien avec le représentant rrandement qualifié du Crédit Lyonnais.
assurons d’ailleurs le Crédit Français.
Nul n’oserait mettre en doute l’honneur ou la considération de cet Etablissement, qui eut longtemps à sa tête — et garde.
ainsi le parfum des vertus civiques — ce oliticien incorruptible, ce grand répu-
licain, Instituteur pauvre — pauvre Député — pauvre Ministre — pauvre Gouverneur de l’Indo-Chine — pauvre
Sénateur — pauvre Penseur (Le Livre de mes Fils) : M. Doumer.