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APRÈS LE VOTE

Consummatum est! C'en est fait, tout est dit, la campagne a voté, les villes ont protesté, l'empereur a parlé, le comité plébiscitaire a vécu, des lampions timides ont brûlé ça et là, des banderoiïes de gaz, plus audacieuses, ont flamboyé aux nervures des monuments publics, et le régime nouveau est inauguré par des poursuites, des condamnations, des saisies de journaux et des procès de presse.

Vive la liberté, mes amis!

L'empire libéral offre avec l'empire autoritaire cette différence que les condamna'.ions ont été autrement nombreuses sous le ministère de M. Emile Ollivier que sous le ministère de M. de Forcade La Roquette. Il appartenait au doux et melliflue prosateur du Var, à

Ces intelligences primitives se mènent avec des légendes, en attendant qu'elles n'obéissent qu'à la vérité et à la science. Eh bien! à la légende tapageuse et sanglante du premier Empire, opposons la légende rayonnante et fière de la première République ; à la redingote grise du despote, l'éc harpe tricolore de Cambon ou l'uniforme de Marceau.

Montrons a ces ignorants ce qu'ont fait ces révolutionnaires dont la renommée n'est parvenue jusqu'à eux que sur les lèvres de la calomnie. Le savent-ils, qu'un homme, un seul, a confisqué à son profit les élans, les efforts, l'intelligence tout entière d'un grand peuple? Le savent-ils, que cette gloire de Napoléon qui les éblouit encore est faite du dévouement des uns et de la douleur des autres? Le savent-ils, que la République avait agrandi la Erance et que l'Empire l'a rapetissée? Le savent-ils, que non-seulement le conquérant nous a coûté des flots de sang, mms des morceaux de terre française? Le savent-ils, que le code, ce code fameux, les répub'izains l'ont élaboré et l'eussent fait plus clément et meilleir ?

Non, ils ne savent pas. Il vont, viennent, vendent leurs bes.iaux, trinquent au cabaret et, gros et gras, — car leur situation s'améliore autant que la nôtre s'aggrave, — ils attribuent au gouvernement le progrès né de la science et de la force des choses.

Gomme ils ne sont plus forcés, ainsi qu'au temps jadis, de jeter au ruisseau le vin de l'an dernier pour

mettre le vin nouveau en barriques, comme ils ont des débouchés pour leurs denrées, leurs volailles ou leurs légumes, comme le chemin de fer emporte à Paris et plus loin que Paris les fruits de leurs jardins ou de leurs champs, comme le gousset se garnit, comme l'armoire s'emplit, comme le « magot » enfle, les voilà tous satisfaits, souriants, guillerets et conservateurs en diable.

Et nous en souffrons. Et nous en souffrirons tant que nous n'aurons pas mis tous la main à la pâte, écrivant pour ces humbles, pour ces ignorants, pour ces petits, leur parlant leur langue, leur contant leur histoire, leur apprenant ce qu'ils ignorent, et cela simplement, nettement, et sans phrases. Une société démocratique de Lyon veut fonder un journal rural pour le seul paysan, ce même journal que d'autres, à Paris , veulent publier sous ce titre l'Agriculteur. MM. Erckmann et Ghatrian ont fait autant que personne pour les gens du peuple avec leurs îivres militants et simples? Bref, il faut éclairer ces esprits pleins de nuit et avec eux le suffrage universel.

lie suffrage universel, terriblement restreint par l'ignorance, par la peur, par la pression et la compression administratives, ne deviendra véritablement universel que lorsqu'il sera intelligent et libre.

Et pour en arriver à ce desideratum, il nous faut l'instruction gratuite et obligatoire.

Oui, obligatoire! Eh! paysan qui ne sais pas lire,'

Gros-Jean, mon ami, tu m'obliges bien par ton vote à subir un régime que je n'aime point! Je veux au moins qu'on t'oblige, à ton tour, à prendre un bain de grammaire pour te rafraîchir la tête et te décrasser la cervelle.

Avec le paysan, le soldat.

Voilà l'avenir et l'espoir.

Il faut compter avec ces deux forces et il les faut utiliser.

Le soldat — ce paysan discipliné, ce fils de bourgeois en tunique, cet ouvrier en uniforme.

Le paysan — cet ouvrier de la terre, ce soldat du travail et ce bourgeois de demain.

Ceux-là ont la sève, la force, le sang généreux, la solidité rustique. Donnez-leur la science, et la liberté sera fondée. Ce temps viendra.

Mais ne vous attardez pas aux nuances, aux discussions, aux finesses, aux arguties, aux détails. Non. Les grandes lignes et les grandes choses. Parlez à ceux-là comme le Nazaréen parlait à ceux qui l' écoutaient, avec des images lumineuses et inoubliables.

Deux grandes traditions par txemple sont seules en présence pour eux ; ignorants, ils ne connaissent vaguement que deux choses : la Révolution et le premier empire; — la Révolution qui nous a tout donné, l'empire qui nous a tout pris ; la Révolution qui proclama x la toute-puissance de la loi, l'empire qui décréta le

pouvoir absolu de la force ; la Révolution qu'ils redoutent sans la connaître, l'empire qu'ils admirent sans le juger; Robespierre qui les terrifie, Napoléon qui les éblouit.

La France a toujours incarné une époque dans un homme. Notre tempérament veut l'idée concrète.

Napoléon a été pour la France la gloire, comme un autre avait été la terreur. L'éblouissement n'est point terminé 1 II s'efface, il s'en va, mais parmi les gens qui croient au Juif errant , beaucoup ont encore le culte de Vautre et la frayeur de la Révolution française.

Cette Révolution, sans elle ils ne seraient rien, et ils la méconnaissent, et ils la renient ! Eh bien ! à l'œuvre ! popularisons, étudions, divulguons, semons pour ainsi dire a travers le monde l'idée de la Révolution libératrice et nourricière qui a proclamé les droits de l'homme, la grandeur de la raison humaine et l'amour de la liberté !

Puis nous verrons ce que deviendront les 7 300 000 bulletins de vote affirmatif.

N'importe. Le moment est douloureux. Ceux-là seuls qui ne voient pas juste ne se sont point sentis atteints et le cœur plein d'amertume lorsque le résul-

tat du plébiscite a été connu! Abdication nouvelle. Le peuple de France, la majorité-troupeau redonnait au berger le droit de tondre. Le pays effaré, repris de peur, reculait et disait oui au mal présent pour éviter il ne savait quel darger problématique. Il y a d'ailleurs une leçon dans cette aventure. Méfions-nous des impatients, de ceux que Armand Carrel appelait les compromettants, de ceux qui engagent témérairement le drapeau sans que le corps d'armée puisse livrer bataille. Relisez l'histoire des Gracques. Lorsque G3ïu?, tout-puissant sur le peuple, tenait Rome dans sa main, les sénateurs peureux lui détachèrent un certain Livius Drusus qui, à toutes les propositions du tribun, répondait par des propositions plus radicales et impraticables. Caïus Gracchus demandait-il deux colonies, Livius Drusus en demandait douze. Et le peuple acclamait Drusus.

On sait comment Gracchus mourut; il mourut noblement , martyr de la cause du peuple. Je ne sais comment vivait Livius Drusus, mais tout me porte à croire qu'il vivait bien. Histoire à méditer.

Et surtout pas de défaillance ! A l'œuvre, encore un coup. Instruisons, travaillons, moralisons. Cela par la plume , par la parole , par la conférence , par le théâtre, par le livre. Refaisons des mœurs à cette nation à repétrir. Une conscience, des caractères. Conscience et caractère tout s'en va. OEuvre difficile et lourde, mais faite pour tenter. A l'œuvre, vous dis-je,

ou la France risque de se perdre, emportée dans je ne sais quelle débâcle boueuse et sinistre.

Je cherchais un mot depuis quelque temps, une étiquette pour caractériser cette époque de crise, criée politique et morale que nous traversons. Il n'y en a qu'un, et qui dit tout. C'est la Débâcle.

Débâcle dans le monde de la politique militante et surtout gouvernante. Débâcle effroyable dans les mœurs. Voilà l'état actuel des choses. Le pays souffre de divers maux dont il ne se guérira pas si vite. Nous commençons à payer et à payer cher les dix-neuf années de despotisme que nous avons si péniblement traversées. Les timides n'ont qu'à réfléchir à ce qu'ils ont fait aux jours de Décembre en se jetant dans les bras d'un maître, pour comprendre que l'ordre, cet état social auquel nous aspirons tous, l'orère n'est pas une plante qu'on cultive en serre chaude, sous la surveillance de gardiens bien armés, mais plutôt une fleur des champs et du grand air à qui il faut l'a'mcsphère libre pour s'épanouir.

Le pouvoir personnel, qr.eles trembleurs appellent, réclament de tous leurs poumons aux jours d'orage, — ô pouvoir personnel, gouvernez pour nous, ora pro nobis! — le despotisme, pour l'appeler par son nom, n'a de raison d'être que lorsqu'il garantit à un peuple la sécurité, la tranquillité, la paix et le bonheur; mais

sa punition, la fatalité même de sa qualité de pouvoir personnel, c'est que tout ce qu'il édifie, tout ce qu'il semble fonder, tout ce qu'il construit, tout ce qu'il crée n'est que d'apparence et de surface. Il en est de ces inventions du despotisme comme des palais qu'un galant courtisan faisait surgir des steppes désertes le long de la route où passait l'impératrice Catherine. Cartonnages somptueux , visions trompeuses. Où la czarine croyait apercevoir une ville, il n'y avait qu'un décor de thrâtre et un fantôme de cité.

Ainsi lorsque le pouvoir personnel a tout déporté, tout balayé, tout exilé, lorsque sur le sol dont il s'est emparé il veut bâtir une société nouvelle ou plutôt réglementer selon son caprice la société qu'il a sauvée, lorsque dans les veines saignées à blanc de la nation il veut infuser un sang nouveau, tout (et c'est la punition inévitable), tout lui manque. Le sang appauvri de ses sujets n'a plus de fer. L'anémie courbe un peuple entier et, presque au lendemain de son avènement, il se trouve, avec un effroi profond, dans une soliiude qui lui fait peur.

C'est l'heure fatale, et dont le tintement retentit à coup sur un jour ou l'autre, comme un glas. Ils croyaient fonder pour l'éternité, ils n'ont bâti que pour quelques heures une construction éphémère. Ce qu ils croyaient de marbre sonne creux comme du carton ; un peu de pluie et tout se liquéfie, coulant, délayé, vers le ruisseau qui l'emporte.

C'est la débâcle.

Et pour qu'elle arrive, que faut-il ? Peu de chose. La mort de quelques amis de la première heure, de quelques audacieux des journées de lutte.

Un coup de vent passe, et les plus énergiques tombent à côté des plus rusés. Alors, terrifié, on se trouve seul dans cette immensité effrayante de la toute-puissance , et on sent tomber soudain sur ses épaules le froid atroce et la lourdeur écrasante du grand fardeau On ressemble à un homme qui se verrait abandonné dans quelque caveau sombre tout à l'heure plein de monde et plein de bruit.

Partout le silence et la nuit. On appelle, on cherche. Personne.

Et voilà donc quelle était cette toute-puissance! Comme tout s'est lézardé , comme tout s'est craquelé, comme tout s'est effondré! Maintenant plus rien que l'isolement. C'était donc cela Tordre, le mouvement quotidien de la machine énorme mise en branle par cette armée de préfets, de généraux, de foncliounaires de tous âges, de toutes sortes et de toutes couleurs? C'était cela? Il a suffi de quelques revers, d'une terreur superstitieuse devant l'étoile pâlissante, pour tout arrêter et tout paralyser? Un général Mallet qui risque sa tête peut, d'un tour de main, mettre le gouvernement d'un grand empire dans sa poche? Ces colossales machines sont réduites à néant par un grain de sable? Et pourquoi? parce que la force matérielle

û'est rien sans la Force morale. Et la torpeur des foules, l'abdication do la volonté nationale, la résignation

ou l' écrasement des vaincus, l'acquiescement des indifférents et des ignorants, les applaudissements des

compères, (ont cela, est aussi trompeur que les flatteries de l'Océan ou les glaces du lac gelé.

L'étouffement n'est point ta paix, l'état de siège n'est point l'ordre. Mais ils croient à. l'éternel mutisme «le la conscience, paroe qu'ils n'entendent aucun murmure, et, oomxne dit Tacite, qui les connaissait, où ils font la solitude, ils appellent celle chose la paix.

Ils croient que le silence peut dîner et qu'il n'arrive jamais un temps de débâcle OÙ les paroles inconnues, les vieux mots de liberté et de justice, se font entendre, semblables à 068 paroles gelé 68 dont parle Rabelais, et qui, tout à coup, Fondues par un rayon de soleil, retentissent comme des fanfares.

Le pouvoir personnel a oela de bon qu'il se punit,

pour ainsi dire, lui même. Il meurt de sa propre, blessure. Il si mble que l'ennui de vivre le prenne au bout d'un temps. La pâleur sinistre qu'on voit sur toutes CCS faces de dtspoles n'es! que la fatigue de régner et L'appétit farouche du repos. Auguste, qui

avait tué le sommeil comme Macbeth, depuis les proscriptions d'Octave, achète à piix d'or le grabat d'un

PRÉFACF. 13

pauvre où on lui dit qu'on dort si bien. Charles-Quint aspire au cercueil où tout doit finir. Il s'y fait coucher vivant. Philippe II qui: te le trône d'Espagne pour l'escabeau d'un moine ; il cherche une cellule noire dans l'Escuriai et, pris de l'àpre désir de l'agonie, s'y laisse mourir rorgé de roux.

Que s'il prend fantaisie au pcuvoir de durer ou de se transformer, l'écueil est d'une autre nature, mais inévitable aussi. Il regarde autour de lui, cherche des appuis, des hommes. Car, pour mouvoir ce giganteappareil administratif, cette pompe aspirante posée sur ud pays, il faut des hommes. Et ce qui manque le plus au pouvoir, lorscrue la mort a fauché les amis de la première heure, ce sent les hommes. Cette toutepuissance a le don tragique du mancenilier : elle tue ceux qui s'abritent auprès d'elle. E le é;end sur 1? monde des mains tutélaires semblables aux branches du noyer sous l'ombre desquelles la verdure meurt.

Plus d'hommes! Où sont les hommes? Cù sont-ils? Ils sont partout où l'on vous combat et partout où l'en proteste. Tout ce qu'il y a de moelle cérébrale et de muscles dans la nation pense et travaille dans le camp de la liberté. Et quand le pouvoir veut se refaire une virginité, comme Marion, c'est chez les adver.:L qu'il va chercher, pensif et attristé, des amants nouveaux.

Il en trouve sans doute. La vieille Diane de Poi-

tiers en trouva à tout âge. Les plus pressés se hâtent. Ils ramassent le mouchoir et, pour s'excuser, disent qu'il est tout parfumé de libéralisme. Ils s'empressent, ils se heurtent, ils se mettent à table. Ils vont sauver le pays sans aucun doute. Mais ils portent eux-mêmes, dès qu'ils ont été vers lui, la peine dont souffrait le pouvoir personnel. Ils ont senti dans les jarrets l'étreinte paralysante de la torpille. Ils ont perdu , en passant d'un camp dans un autre, l'autorité dont ils disposaient sur le public et la faveur que leur accordait la foule.

Prévost-Paradol, "VYeiss, About et quelques autres ont aspiré à descendre. Quant à Odilon Barrot et au vieux Guizot, ils perdent une fois de plus cette cause qu'ils disaient aimer si fort et, tandis que les jeunes trahissent l'orléanisme avant de l'avoir servi, ils le trahissent une fois encore après l'avoir compromis. Affaires de famille. Peu nous importe. De cette comédie assez navrante, nous pouvons rire à notre aise. Ceci ne nous regarde pas.

Ce qui nous regarde, c'est l'état des mœurs, c'est la débâcle morale. Nous supportons le poids de fautes que nous n'avons pas commises. L'abaissement des caractères, l'énervement général, la substitution des cancans à la pensée, l'accroissement du journalisme qui prend des notes aux dépens du journalisme qui donne et répand des idées, l'affaissement singulier des

consciences, la névrose, le malaise, la folie publique, tout ce qui humilie la raison, rabaisse l'art, dégrade la pensée, le déchaînement des appétits, des instincts, des boulimies, le prurit universel de convoitise, tout cela est l'œuvre du temps que nous venons de traverser.

Temps boueux où les meilleurs ont marché en pleine vase. Ceux-là sont heureux qui ne s'y sont point crottés.

C'est le temps des générations énervées, sans force et sans idéal. M. Michelet écrit un livre : Nos fils. On les connaît ces fils de la génération de 1830. Ils ont un nom, comme les efflanqués de 1795 ; ces fils, ce sont les petits crevés. Eux aussi zézaient qu'ils aiment l'ordre et qu'ils veulent le défendre. — Qu'ils boivent donc leur tisane, les malheureux !

Châtiment de la toute-puissance. La liberté même tombée de ses mains n'est plus la liberté. Elle ressemble à cette princesse des contes de fées qui, lorsqu'elle voulait moduler un compliment, vomissait une vipère ou un crapaud. On nous rend nos libertés, qu'on nous rende donc des mœurs!

Sans les idées et sans les caractères, répétons-le, il n'y a point de nation. Il y a des foules, il y a des masses, il y a des troupeaux qui obéissent comme une majorité d'assemblée au geste du berger, qu'il s'appelle Rouher ou Ollivier. Ce qui fait les peuples, ce

sont les caractères. Et le frottement débilitant de ces années dernières les a singulièrement usés et effacés.

Comment! à cette heure étonnante où les reniements, les renoncements, les arrestations, les condamnations stupéfiantes (comme celle qu'on a prononcée à propos de cet homme qui niait avoir chanté la Marseillaise, l'autre jour : La preuve qu'il la chantait, dit l'agent provocateur appelé comme témoin, c'est que je la chantais avec lui), à cette heure attristante où 'a conscience, où la stricte honnêteté subit tant d'affronts ironiques, où les proscrits donnent ua baiser (baiser Lamourette peut-être) aux proscrijteurs, où l'orléanisme rend à César ce qui appartient au peuple, où tout se mêle, s'amalgame, se heurte, il n'y a d'autre sentiment dans la nation que la curiosité ? Non pas même d'étonnement. On dit : Un tel (celui qui faisait de la prison il y a deux ans) est conseiller d'Etat. — Ah bah! — Tel autre, le satirique impitoyable, est ministre à tel endroit. — Tiens! tiens! — Celui-ci est préfet. Celui-là est secrétaire de minittr: . — Ah ! ah !

Complète indifférer- ce. L'indifférence, cette satisfaction des lâches.

Des mœurs! des mœurs! Refaites-nous des mœurs politiques. Ou plutôt refaisons-les nous-mêmes. Travaillons tous honnêtement à faire connaître les droits

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et les devoirs de chacun. Popularisons cette double idée qui fait les sociétés et empêche les décadences : revendication et dévouement. Ce qu'il nous faut, à cette heure, c'est redonner à ceux qui abdiquent une conscience, à ceux qui tremblent un courage. Ce qu'il nous faut, c'est rassurer et raffermir les timides. Non, la liberté n'est pas dangereuse. Il n'y a de dangereux que le silence et le despotisme. Un peuple ne se perd jamais, l'histoire le prouve. Il y a en lui des renouvellements, des électricités, des rejaillissements perpétuels. Mais un homme, et l'histoire nous le dit encore, peut perdra un peuple.

Le peut-il? Je songe. Bonaparte a-t-il perdu la France après Waterloo? Non. Les âmes de peuple ne meurent pas, a-t-on dit. Ce qui meurt, ce sont les tyrannies. Ce qui se disperse, comme la feuille au vent, ce sont les rêves d'éternelle domination.

Dispersion fatale marquée d'avance. Waterloo est contenu dans Austerlitz. Et alors....

« C'est la débâcle, dit Victor Hugo dans une de ses pages les plus belles, c'est la vérité qui revient, c'est le progrès qui recommence !

« Et pour cette victoire suprême de la vie sur la mort, qu'a-t-il fallu ? Un de tes regards, ô soleil ! Un de tes rayons, ô liberté! »

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