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LA GUERRE

La défense de la propriété légale est seule permise par la nature; il n'y a donc que la guerre défensive qui s'accorde avec la loi naturelle. Une liberté qui s'efforce d'en subjuguer une autre dépasse les limites indiquées par la nature^ se révolte contre la loi suprême^ contre la nature et contre Dieu. La liberté ainsi l'évoltée cesse elle-même d'être liberté^ comme pour sa punition. L'homme devient l'esclave des passions^ et s'il leur obéit volontairement^ il devient un Satan.

La liberté d'une nation^ son pays et ses droits nationaux^ dans leur ensemble^ constituent sa propriété. Celui qui attend l'occasion de se saisir de tout ou partie de cette propriété^ se propose de porter atteinte à la justice et de troubler la paix; il veut donc une guerre illégale, condamnable. Prévenir une telle guerre, c'est suivre la loi naturelle et remplir son devoir.

Celui qui s'empare de tout ou partie de cette propriété commence une guerre illégale, qui en ce cas porte le nom de guerre offensive.

Celui qui, après avoir conquis cette propriété entière ou une de ses parties au moyen d'une guerre offensive, s'efforce de la garder comme sienne et de la défendre, viole le droit de jus^ lice et continue la même guerre. Sa défense est alors illégale et contraire aux lois divines, ainsi que toute sa conduite en cette occasion.

Par conséquent, résister à une guerre offensive, reprendre une conquête illégale, c'est rétablir la justice, suivre la loi naturelle, faire une guerre défensive.

Évidemment, il en résulte que celui-là même qui commence la guerre défensive contre les violateurs de la propriété, ne peut être considéré comme agresseur, car il ne fait aucune guerre

offensive. Cependant la confusion et la violation de toutes les lois a donné naissance à un désordre d'idées si grand qu'on appelle guerre offensive l'effort de celui qui prend le premier les armes.

Il faut donc bien distinguer la guerre défensive de la guerre offensive, et cette différence est facile à saisir quand on considère les droits naturels de cliaque nation i

On comprend qu'user même de la force pour reprendre la propriété usurpée par quelqu'un est non-seulement le droit naturel de chaque nation, mais encore son devoir, si toute revendication pacifique est restée sans succès.

Toute nation dépouillée de sa propriété en totalité ou en partie, sans ressource pour la conserver ou la défendre, si elle défend du moins son droit de justice, continue la guerre défensive; sa résistance est alors une défense légale et conforme aux lois divines.

En général il est reçu jusqu'ici de donner le nom de guerre à la lutte de deux nations ou de deux armées, lorsqu'on y brûle de la poudre et qu'on s'assassine réciproquement. Une telle conception était suffisante dans les temps où l'on combattait bravement, au grand jour, corps à corps, arme contre arme. Maintenant que l'on a tant de moyens de faire la guerre à l'aide d'im système politique^ cette conception est étroite et ne répond plus à la réatité.

La guerre est la lutte de deux forces, et, dans l'état présent de Ja société, elle se divise en guerre de gens armés contre gens armés et en guerre de gens armés contre ceux qui ne le sont pas. Dans les deux cas, les résultats sont les mêmes que si l'on combattait les armes à la main. On fait des prisonniers, on répand même du sang. 11 n'y a qu'une différence, c'est que ceux qui sont sans armes deviennent prisonniers et versent leur sang exclusivement dans leur lutte avec les gens armés.

Depuis les temps les plus reculés, l'Europe ne cesse de continuer la guerre. Lorsqu'un ministre ou un journal déclare que la guerre est terminée, après une lutte de gens armés contre les gens armés^ il dit une absurdité ou il veut faire entendre que

désormais commence la lutte de gens armés contre ceux qui ne le sont pas.

La violation des droits nationaux s'accomplit au moyen de la guerre des armes contre les armes ; la violation ultérieure de ces droits n'est que la suite de la guerre^ mais sous une autre forme. La soumission forcée aux lois du vainqueur^ ou l'exécution des soi-disant droits du conquérant^ c'est-à-dire l'exécution de l'iniquité^ se fait avec le concours de troupes armées. La police a toujours la force militaire à ses ordres. L'armée reste sous le commandement du pouvoir exécutif usurpé. Un tel état de choses ne peut porter le nom de paix.

Il va sans dire que^ si quelqu'un trouble l'ordre dans un état organisé d'après les principes naturels du droit des nations^ il est l'ennemi de sa patrie, et peut être regardé comme envahisseur de la propriété nationale. Le brigand qui veut assassiner quelqu'un ou qui assassine, et le voleur qui veut s'emparer de la propriété d'autrui, ou qui s'en empare, violent les droits naturels de l'homme, jiortent atteinte à la justice, et, à titre d'ennemis de l'ordre social, sont exclus de la société, d'après la loi criminelle. De même il est juste que la loi punisse ceux qui troublent l'ordre organisé d'après les principes du droit des nations.

Il y a peu de pays en Europe où les conditions les plus importantes de l'existence politique normale soient conservées. Dans beaucoup d'États ces conditions ne sont accomplies qu'en partie, et tous les pays restent sous la pression des monarques alliés et des nations qui leur obéissent d'une manière servile.

Cependant il faut distinguer : alliance et alliance. Souvent deux gouvernements qui ne s'accordent pas dans une cause, s'unissent une autre fois pour la défense de la justice. C'est la conséquence de la politique, actuellement adoptée. Une guerre déclarée pour la défense de l'idée de justice n'esi pas une guerre offensive. C'est ainsi, par exemple, que la guerre de Crimée n'était pas une guerre offensive de la part de la France et de ses alliés; c'était au contraire une guerre défensive, parce qu'elle défendait l'Europe contre les desseins offensifs de l'empire moscovite.

Dans tous les fastes de son histoire^ on voit que la France a presque toujours fait la guerre de principes, la guerre défensive en combattant pour les droits de tous les peuples européens. Si quelquefois ses souverains ont changé le caractère de la guerre, oublié les principes, et fait des guerres ofTensives, cela n'a été qu'une exception.

Excepté des cas bien rares et les faibles efforts de i 848, les Allemands n'ont jamais fait la guerre au nom de la justice. Je ne parle pas ici des anciens Germains. La guerre contre Napoléon I^'', dont ils se vantent tant, ne préservait par leur patrie, mais bien leurs monarques. Jusqu'à présent ils appellent cette lutte, « lutte pour la liberté, » guerre d'affranchissement {FreiheH^kampff Befreiungshrieg). ils ne sont pas logiques; car s'affranchir d'un joug pour passer sous un autre, ne peut ôlre nommé le recouvrement de la liberté.

Les Allemands s'imaginent que la permission de chercher la liberté tramcendante, accordée sous les gouvernements dynastiques qui régnent depuis des siècles, est une liberté politique. C'est pourquoi ils aiment tant le mot identisch (identique), parce qu'ils identifient la patrie et la dynastie.

Toutes les fois qu'une nation a pris les armes au nom du principe de justice, les Allemands sont restés à part et se sont déclarés neutres. Si quelque part une guerre éclatait pour la liberté ou l'indépendance, les Allemands suivaient le plus souvent le parti des oppresseurs.

Je m'empresse de protester ici contre tout soupçon de prévention ou de partialité. Personnellement je sympathise avec cette illustre nation, qui a malheureusement été aveuglée par une longue contemplation. Je ne puis donc parler que d'après ce que me dictent la justice et l'histoire. J'en appelle au témoignage consciencieux des Allemands eux-mêmes, des véritables patriotes.

Dans le cas, où d'un côté combattent les peuples au nom de la liberté, de l'autre la force qui viole les droits des nations, la neutralité est un crime. Discuter de la liberté universelle, de l'humanisme et ne pas voler au secours de l'humanité opprimée, c'est une folie digne des petites maisons.

Les gouvernements absolus ^ alliés solidairement contre la liberté dos nations, ne cessent^ comme je l'ai déjà dit^ de leur faire une guerre offensive. Les nations qui, après avoir rompu avec la liberté^ ont quitté la route divine, sont devenues les esclaves de la passion et elles ont fait de continuels fyrogrès dans cette direction. Donc tout progrés sur la route illégale, sur le chemin de la violence. est illégal et contre nature.

La force brutale qui gouvernait ces nations affichait, pour les induire en erreur, des noms divers, comme celui de gloire, de mission etc. Ces noms n'étaient qu'une usurpation. L'orgueil, l'avidité, toutes les passions se cachaient derrière eux. Les gens animés de l'esprit qui fait les. chefs passionnés et doués d'une force supérieure, commencèrent une guerre offensive. Mais leur force était la force brutale, la domination de la matière sur l'esprit. C'était la lutte d'un esprit esclave contre la liberté, la lutte de la passion coîitre la loi divine, des hommes-animaux contre l'humanité. Cette prépondérance de la force matérielle existe jusqu'à présent.

Il est nature] que fous ceux qui ne jouissent pas de leur propre liberté, ou qui n'en font aucun cas, ne sachent pas la respecter chez les autres. De même les gens qui n'ont point de propriété ou qui en lisent d'une manière illégale, portent atteinte à la propriété d'autrui. La plupart des pays européens n'appartiennent pas aux nations mais aux dynasties régnantes. Elles se sont adjoint la propriété d'autrui.

Pour ceux qui ont rompu avec la liberté et qui ont quitté la route légale, l'idée de justice n'existe plus, car elle ne brille plus sur leur chemin. Toutes les lois naturelles sont étouffées chez eux. A mesure que leur force brutale augmente, les passions les aveuglent et leur ôtent la faculté de concevoir et de juger. Voilà pourquoi les raisonnements sur le droit des gens et sur le droit de guerre, sont tout à fait faux.

11 y a une vérité divine, et il y en a une autre non divine, ou pour mieux dire,- il y a la vérité et la fausseté, en d'autres termes : il n'y a qu'une seule vérité. De même il y a une logique divine et une logique non divine, ou la logique divine et la logi-

que aataniqtie, quoiqu'en réalité il n'en existe qu'une seule, celle de la vérité unique et éternelle.

Il faut donc soigneusement établir une différence entre la logique de Dieu et celle de Satan. La seule loi internationale est le respect mutuel des droits nationaux, et par suite leur défense commune.

Par conséquent^ je le répète^ la guerre défensive est un droit irrévocable, naturel^ et de plus un devoir pour les nations. Il résulte de ce que j'ai déjà dit plus haut qu'une guerre offensive entreprise pour recouvrer des droits naturels, est une guerre défensive et également un droit sacré.

Le Christ non seulement n'interdit pas la guerre défensive, mais il nous en a donné l'exemple sans la commencer p^ luimême, parce qu'il n'était pas venu pour cela. Voici ce que nous trouvons dans l'Ëcriture. Avant sa mort il demanda h ses disciples : a Lorsque je vous ai envoyés sans sac, sans bourse, « et sans souliers, avez-vous manqué de quelque chose ? Non, « lui dirent-ils. Jésus ajouta : Mais maintenant,' qne celui qui a un « sac ou une bourse les prenne; et que celui qui n'en a pas vérifie « sa robe pour acheter une épée. Ils lui répondirent : Seigneur <c voici deux épées. Et Jésus leur dit : C'est assez.» (S. Luc, xxii, 35, 38.)

Le Christ fait acheter des épées comme signe que lui, en sa qualité de Sauveur, fût-il armé, est prêta souffrir avec résignation pour le bien du genre humain et que s'il voulait, il pourrait repousser la force par la force, mais qu'il ne le veut pas. « Car je « vous assure qu'il faut encore qu'on voie s'accomplir en moi ce a qui est écrit : Il a été mis au rang des scélérats parce que ce « qui a été prophétisé de moi est près d'être accompli. » {Ibidem, 37).

La prophétie d'Isaîe s'accomplit donc. (Comparer Isaîe, un, i2.) Après avoir commandé de s'armer, le Christ voulait se présenter en quelque sorte comme aussi puissant que la force offensive de ses persécuteurs. Mais lorsque ses disciples, voyant le Maître entouré par la foule et par les soldats , lui demandèrent : « Seigneur frapperons-nous de i'épée ?» — il leur répondit :

« Laissez^ demeurez-en là. » (S. Luc, xxit^ 49^ oi). SinUeutque hvc.

Jésus guérit le blessé et dit : « Ne faut-il pas je boive le calice que mon père m'a donné ? » Car telle était la mission du Christ. A ceux qui levaient l'épée contre lui et contre ses lois, il a dit : « Tous ceux qui prendront l'épée i)ériront par Tépée. » (S. Matthieu, xxvt, 52.)

« Si quelqu'un a des oreilles qu'il entende ; celui qui aura réduit les autres en captivité sera réduit lui-même en captivité. Celui qui aura tué avec l'épée, il faut qu'il soit tué lui-même par l'épée; c'est ici la patience et la foi des saints, d (Apocalypse, xni, 9, iO.)

« Je. vis ensuite se lever de la mer une bête qui avait sept têtes et dix cornes, et sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des noms de blasphème. Je vis encore s'élever de la terre une autre bête, qui avait deux cornes semblables à celles (te l'agneau; mais elle parlait comme le dragon. Et elle exerça toute la puissance de la première bête en sa présence; et elJo fit que la terre et ceux qui l'habitent, adorèrent la première bête, dont la plaie mortelle avait été guérie. C'est ici la sagesse. Que celui qui a de l'intelligence, compte Je nombre de la bête. (Apocalypse, XIII, I, li, i2, i8.)

« Ne pensez pas, dit le Christ, que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée. Car je suis venu séparer l'homme d'avec son père, et la fille d'avec sa mère, la belle-fille d'avec sa belle-mère, et l'homme aura pour ennemis ceux de sa maison.» (S. Matthieu, x, 34, 36.) « Croyez-vous que je sois venu pour apporter la paix sur la a terre? Non, je vous assure; mais au contraire la division. » (S. Luc, XII, 51.)

Pourquoi le Christ parle-t-il ainsi ? Parce qu'il savait bien quelle serait la durée de la lutte des bons avec les méchants, des fidèles avec les infidèles, de la vérité avec le mensonge, eu un mot le combat du bon esprit avec Satan, avant que s'accomplisse l'accord complet et l'unité sociale de l'humanité, avant que le règne de Dieu arrive.

n'aaient fSlW temps il fait uneréservc pour gue les hypocrites « ou sa mère plus^pr de cette loi. , Celui qui aime 1 père « son fils ou sa fille plus (^n est pas digne de moi: et qui aime « qui ne prend pas sa croix, et a,Vst pas digne de moi. Celui « de mo.. » (S Matthieu X, 37, 38.; -...i ^.^^ ^.^^^

« Car qui est celui d entre vous qui, vouh»^ ^

suppute auparavant en repos et à loisir la dépei,. ^^ nécessaire, pour voir s'il aura de quoi l'achever ? De peu. ' "^ ayant jeté les fondements, et ne pouvant l'achever, tous <5iv qui verront ce bâtiment imparfait ne commencent à se moquer de lui, en disant : Cet homme avait commencé à bâtir, mais il n'a pu achever. (S. Luc, xiv, 28, 30.)

Le fondement est justement la loi divine, la justice, la vérité, le Christ, car lui-même est la vérité et la vie éternelle.

Écoutez cette belle comparaison que le Christ fait de la force véritable, pure et libre avec du sel. « Le sel est bon; mais si le « sel devient fade, avec quoi rassaisonnera-t-on?))(S.Luc,xiv, 34.)

« 11 ne se peut faire, — dit Jésus, — qu'il n'arrive des scan- « dales ; mais malheur à celui par qui ils arrivent. » (S. Luc, xvii, i .) « Malheur au monde à cause des scandales. Si votre « main ou votre pied vous est un sujet de scandale, coupez-les « et les jetez loin de vous ; il vaut bien mieux pour vous, que « vous entriez dans la vie n'ayant qu'un pied ou qu'une main a que d'en avoir deux et d'être jeté dans le feu éternel. Car le « fils de l'homme est venu sauver ce qui était perdu. Si votre « frère a péché contre vous, allez lui représenter sa faute en « particulier entre vous et lui. S'il voiis écoute, vous aurez gagné « votre fière. Mais s'il ne vous écoute point, prenez encore avec « vous une ou deux personnes, afin que tout soit confirmé par « l'autorité de deux ou trois témoins. S'il ne les écoute pas non « plus, dites-le à l'Église; et s'il n'écoute pas l'Église môme, a qu'il soit à votre égard, comme un païen et un publicain. » (S. Matt., xvtii, 7, 8, ii, \o, i7.)

« Je vous dis en vérité, que si deux d'entre vous s'unissent ensemble sur la terre, quelque chose qu'ils demandent, elle leur

^ ^®^ , . «yn quel-

.pra accordée par mon Père qui est dans les cm-assemblée$ en L lieu que se trouvefii deux ou Proi^r^' (S. Maithiec, xviri, nwn nom. jem'y trouve au milieu

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il • 1 • f,uij»^^^^ïrf'^''me pas à son enseignement, quand ,^f .^^.jf^gmit son nom, l'invoque en vain; car il fautcher-

^^^?^JS^ des paroles du Christ, et non pas s'en tenir à Ja lettre

!rtc. C'est pourquoi il dit que tous ne sont pas martyrs, ni victimes pour la vérité, quai^d bien même ils perdent la vie, s'ils n'ont pas purifié leur esprit, s'ils ne sont pas libres de péché et d'erreur. « En ce même temps, quelques-uns vinrent dire à Jésus « ce qui s'était passé touchant les Galiléens, dont Pilate avait « mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices. Sur quoi Jésus, « prenant la parole, leur dit : Pensez-vous que ces Galiléens « fussent les plus grands pécheurs de toute la Galilée, parce « qu'ils ont été ainsi traités? non, je vous en assure; mais je vous « déclare que si vous ne faites pénitence, vous périrez tous « comme eux. Croyez- vous aussi que ces dix-huit hommes sur a lesquels la tour de Siloé est tombée et qu'elle a tués, fussent « plus redevables à la justice de Dieu que tous les habitants de « Jérusalem? Non, je vous en assure; mais je vous déclare que « si vous ne faites pénitence, vous périrez tous de la même « sorte. (S. Luc, xiir, i, 5.)

« Ayez du sel en vous et conservez la paix entre vous, (S. Marc, ix, 49.) « Que celui-là entende, qui a des oreilles « pour entendre. » (S. Luc, xiv, 35.)

Il y a à peu près dix-neuf siècles que ces paroles ont été prononcées, et les hommes ne sont pas encore en paix entre eux ; car au lieu d'écouter le Christ, ils ont prêté l'oreille à ses adversaires; car ils n'ont pas suivi ses lois, mais le code païen de Rome; car ils ne se sont pas rassemblés en son nom, mais au nom de Satan.

Le commencement de la concorde et de la paix génénile, ainsi que lo moment du recouvrement deslois suprêmes, viendra enfin quand les nations unies et fortes par l'esprit les revendi-

queront et marcheront à la défense de leur propriété commune; quand elles diront : Nous sommes et nous vouhris,

La période de la dignité des nations unies s'approche. Les conquêtes accomplies par la force brutale appartiendront bientôt aux fastes du passé et ne reviendront jamais. Le dernier héros des siècles^ qui voulut étrangler l'hydre des oppresseurs^ prononça dans son ile déserte ces paroles mémorables. « Le temps « viendra où le nom d*un conquérant, œmme celui d'un einpe* m reufy ne sera qu*un thème de collège, n

LES PEUPLES QUI ONT ÉTÉ POUSSÉS SUR LA VOIE DE LA avlTJSATION PAR LES CONQUÉBANTS, LEUR ONT-ILS DES OBLIGATIONS ?

J'ai dit plus haut que les nations^ après avoir rompu avec la liberté^ obéissant à la passion, réduisirent en sujétion les autres peuples et les entraînèrent à leur suite sur la route d'une civilisation qu'on ne peut nommer légale ni naturelle. De pareils événements sont très-fréquents dans l'histoire humaine, mais les résultats d'une civilisation forcée ne sont point, à peu d'exceptions près, comparables aux fruits qu'une civilisation libre offrirait. Il faut encore faire une difTérence entre les peuples tout à fait sauvages et ceux qui commencent à s'organiser ou qui ont déjà une certaine organisation sociale. D'ailleurs nous savons que les anthropophages eux-mêmes ont mangé moins de malheureuses victimes entre eux que les civilisateurs européens qui ont voulu les convertir à la religion chrétienne et les éclairer par force.

Autrefois c'étaient les Espagnols, aujourd'hui ce sont les Anglais, les Allemands et les Moscovites qui dévorent les nations et les hommes au nom de la civilisation.

Tout progrès forcé, de même que tout esclavage, est contraire à la liberté de l'homme et aux lois naturelles. Bien plus, personne n'a le droit de rendre quelqu'un heureux par force, de même que personne n'a le droit de s'opposer au bonheur d'autrui. Au contraire, chacun doit s'appliquer au bonheur de son prochain.

C'est la tâche des nations qui se sont élevées au plus haut degré de civilisatioD.

Rien ne nous prouve que les peuples civilisés par force n'auraient pas fait dans la culture intellectuelle de plus grand progrès que leurs conquérants civilisateurs, s'ils s'étaient développés librement. Nous avons des exemples que les nations qui marchent sur une route libre^ ont atteint dans un court espace de temps, un degré plus haut de dignité, sont allées plus loin sous le rapport de la richesse et de toutes les conditions de la vie publique, que les nations civilisées par l'épée du vainqueur.

D'ailleurs, il faut s'entendre sur ce mot de civilisation. Ce n'est pas civiliser un homme que de lui apprendre à se coiffer, à se laver, à s'habiller et lui remplir les poches d'or. Ce n'est pas le civiliser non plus que de lui ôter son nom, que de transformer ses idées, de détruire son caractère national et ses tendances innées et de lui en imposer d'autres. Il s'agit de savoir si les idées, le caractère, les tendances et les notions qu'il avait auparavant et qu'on lui a retirées, étaient bonnes ou mauvaises. Peutf'tre lui en impose-t-on de plus mauvaises ? Peut-être les matériaux qui se trouvaient au fond de son âme étaient-ils meilleurs que ceux qu'on Ta forcé à accepter ? Il arrive, en général, que les conquérants corrompent l'esprit naturel de la nation vaincue, cherchent à assujettir toute sa nature et revêtent d'un vernis de civilisation leurs actions meurtrières. Un pays, pour ainsi dire, coiffé, lavé, habillé, fardé, lacé, cultivé, traversé par des chemins de fer, enrichi de canaux, de routes, orné de beaux monuments, etc., n'est pas civilisé pour cela, s'il n'a pas d'hommes qui revendiquent leurs droits. Le peuple qui a renoncé à son passé, à ses traditions, à sa gloire, à sa mission et à ses droits nationaux; qui pense d'après les règles ofllcieiles; qui apprend ce qu'on lui fait apprendre; ce peuple-là, eût-il même toute l'apparence de la raison, cultiva l-il les sciences, les arts et les métiers, n'est pas pour cela civilisé dans le vrai sens du mot. Sa forme le distingue des peuples sauvages, mais il est au-dessous de ceux-ci quant à l'idée de la liberté et de la dignité humaine.

Du reste, cette forme extérieure des nations conquises, gêné-

ralement appelée civilisation, esllibéralement payée parle sang et les impôts de ces mêmes nations et de plus par leur renoncement à la liberté ou par leiur acceptation forcée de la captivité. Un porc, enfermé dans une étable, doit-il être reconnaissant de ce qu'on Tengraisse pour le tuer ?

Si quelqu'un, sans y être nullement engagé, venait dans ma modeste maison et voulait arranger mes meubles, en jetant en dehors les vieux et les remplaçant par des neufs plus élégants et plus brillants, je le mettrais à la porte. Les nations ont le droit de traiter de même ceux qui veulent les civiliser sans en avoir été priés.

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