RELIGION
79. Puisque Vunion^ compléle existe quand il y a entente matérielle et spirituelle, l'union absolue à laquelle la liberté ouvre la voie ne peut être acquise définitivement que si tous les peuples viennent à reconnaître la même religion, et sans parler des autres liens, s'unissent enfin par le lien de l'unité religieuse dans son esprit et son essence. Un conseil formé de savants impartiaux, compétents dans toutes les branches de la science et appartenant à différents cultes ou comité orthologique, commencera à débattre la question de savoir quel culte religieux et quels dogmes doivent Otre reconnus vrais et obligatoires pour la conscience.
80. Le code fondamental accepté par la nation et basé sur les lois fondamentales, naturelles et nationales, ne doit jamais être
changé ni détruit dans ses dispositions principales ; c'est le palladiumde la liberté et de la propriété de la nation qu'il faut défendre de toutes ses forces.
oiiiimnoi M l'iTRiorouB son u mn ft^s «oumnimT
Je résume ce que j'ai dit plus haut.
i , Chaque commune plus importante choisit par son vote un électeur Instruit et vertueux, membre de la nation à laquelle l'Etlmopolie appartient historiquement et légalement.
2. L'assemblée des électeurs des communes forme dans le district un corps d'électeurs représentant le district ou l'arrondissement, et autorisés par tous les citoyens à constituer à Taide du vote un corps qui représente la nation et la volonté générale.
3. Les électeurs d'un district unis aux électeurs d'autres districts forment ensemble l'assemblée des électeurs de la province constituant, sous le rapport de la population, la dixième partie de l'Ethnopolie.
4. L'assemblée des électeurs de la province fait l'élection des membres du corps qui représente la nation et la volonté nationale dans la province ou le corps mésagorique provincial.
!i. Sur dix mille citoyens il doit y avoir un membre du corps mésagorique qui, comme l'électeur, doit également se distinguer par son instruction et sa vertu et faire partie de la nation à laquelle l'Ethnopolie appartient légalement.
6. Le corps mésagorique de la province est l'assemblée gêné-' raie des représentants des citoyens librfsde la province,
7. Les corps mésagoriques provinciaux réunis ensemble forment le corps mésagorique national, c'est-à-dire l'assemblée générale des représentants des libres citoyens de l'Ethnopolie.
8. Les délégués des corps mésagoriques provinciaux forment le Consed central suprême ou Vassemblée générale des délégués.
9. Du sein de l'assemblée générale des délégués, naît, à l'aide
du vote^ le jxmvùir national mprème de VEthnopoliê ou la Noarrhie.
10. Les délégués des corps mésagoriques provinciaux (ou le conseil suprême des représentants de la nation) forment^ à l'aide du vote^ le pouvoir législatif judiciaire et exécutif de l'Ethnopolie. Le corps mésagoriquc provincial forme^ à l'aide du vote, le pouvoir législatif, administratif^ judiciaire et exécutif de la province.
i i . Les autorités provinciales sont autonomes dans les affaires locales^ c'est-à-dire qui ne concernent que leur province. Elles ne dépendent des autorités ethnopoliques que dans les affaires concernant tout le pays et la nation entière.
12. Sauf le tribunal suprôme de confiance^ c'est-à-dire les ministres^ élus comme les noarques par le conseil central suprême mésagorique^ la proportion avec la population doit être dans toutes les autres branches du mécanisme gouvernemental la même^ quant au nombre^ aussi bien dans la province que dans l'Ethnopolie.
Les Etats-Unis et la Suisse nous donnent un exemple d'union digne d'être imité. Le système provincial autonomique combiné avec la centralisation (cette dernière, réservée aux cas qui intéressent la sécurité commune et le bien-être général) s'est montré favorable à la civilisation et au progrès.
Dans les Etats-Unis, puissance plus grande, le système de centralisation prédomine; en Suisse, c'est la décentralisation provinciale. Les Etats-Unis avaient à peine proclamé leur indépendance qu'ils conclurent entre eux un traité d Union pei'péluelle. Je cite un extrait textuel de cet acte signé en 1778 par quarante-huit roprésejitants des treize états confédérés.
L Les susdits Etats se confédèrent sous le nom d'Etats-'Unis d'Amérique.
11. Chaque Etat retient et se réserve sa souveraineté, sa liberté et son indépendance et aussi tous les pouvoirs, juridictions et droits qui ne sont pas expressément délégués aux Etats-Unis^ assemblés en congrès, par le présent acte de confédération.
HI. Lesdits Etats contractent chacun en leur nom, par le présent acte, un traité d'alliance et d'amitié fermes et constantes avec
tous les autres Ëtats et chacun d'eux, pour leur défense commune, pour le maintien de leurs libertés et pour leur bien général et mutuel; s'obligeant à se secourir les uns les autres contre toutes violences dont on pourrait menacer tous ou chacun d eux et à repousser en commun toutes attaques qui pourraient être dirigées contre tous ou chacun d'eux, pour cause de religion, de souverameté, de commerce, ou sous quelqu'autre prétexte que ce soit.
V. Dans l'intérêt commun des Hltats-Unis, tous les ans chacun des Etats envoie ses délégués qui se réunissent en un congrès. Nul Etat ne peut avoir au congrès plus de sept ni moins de deux représentants. Nul Etat ne peut avoir plus d'un suffrage pour décider des affaires communes des Etats-Unis assemblés en congrès.
VI. Aucun Etat en particulier ne pourra envoyer des ambassadeurs ni en recevoir ; il ne peut non plus conclure séparément ni conventions, ni engagements, ni traités d'alliance avec aucuns rois, princes, ou Etats quelconques, sans l'autorisation des représentants des Etats assemblés en congrès.
Deux ou plusieurs des Etats ne pourront conclure entre eux aucune convention sans le consentement des Etats-Unis assemblés en congrès ; et dans ce cas ils doivent exactement spécifier les raisons et le but de la convention, de même que la durée qu'ils veulent lid donner.
Aucun Etat séparé ne pourra prélever d'impôts ni de charges contraires aux conditions adoptées par les Etats rassemblés en congrès.
Aucun Etat ne pourra entretenir en temps de paix plus de vaisseaux de guerre que le nombre fixé par l'assemblée des Etats- Unis représentés en congrès, ni plus de troupes que la quantité jugée suffisante par le Congrès. Mais chaque Etat doit entretenir une milice bien organisée, bien armée et bien exercée.
Aucun Etat séparé n'a le droil de commencer ni de faire la guerre sans le consentement du Congrès, excepté en cas d'attaque imprévue des ennemis et de danger évident.
IX. Les Etats-Unis assemblés en Congrès auront seuls et exclusivement le droit et le pouvoir de décider de la paix et de la
guerre, excepté dans le cas prévu par Tarticle Vi ; iJs ont aussi le droit exclusif d'envoyer et de recevoir des ambassadeurs et de conclure des conventions ou des traités.
I^es Etats-Unis assemblés en Congrès- jugeront aussi en der-* nier ressort toutes les discussions, querelles et différends qui pourraient s'élever entre deux ou plusieurs Etats,, relativement aux frontières, aux juridictions, ou à tout autre objet que ce soit.
Les Etats-Unis assemblés en Congrès auront aussi exclusivement le droit de battre monnaie, de régler le commerce, d'établir et d'administrer les postes dans toute l'étendue des Etats-Unis, de percevoir la taxe pour les lettres, de nommer tous les officiers des armées des Etats-Unis, excepté les officiers des régiments; de nommer les officiers de marine ; de donner les commissions Il tous les officiers des Etat^Unis sans aucune exception, d'organiser la force armée tant sur terre que sur mer, de lui donner des ordres et de diriger ses opérations.
Les Etats-Unis, assemblés en Congrès, auront le pouvoir de nommer un comité qui siégera pendant les vacances du Congrès ; il s'institulera Comité des Etats et sera composé d'un délégué de chaque Etat. Ils ont également le pouvoir de nommer les fonctionnaires et les autres comités dont l'utilité serait reconnue pou diriger sous leurs ordres les affaires de l'union ; d'élire un de leiu's membres président du Congrès, pourvu qu'il ne remplisse pas cette fonction pendant plus d'un an dans l'espace de trois années; de fixer les sommes qui doivent être prélevées pour les besoins des Etats-Unis ; d'en indiquer la destination et de les appliquer au payement des dépenses publiques.
Les emprunts, la mise en circulation de papier-monnaie hypothéqué sur les Etats-Unis, à condition de rendre compte après chaque semestre aux Etats respectifs des sommes empruntées ou des billets mis en circulation ; la construction et l'armement des vaisseaux, la fixation du nombre de troupes de terres que chaque Etat doit nécessairement entretenir ; la réquisition à chaque Etat pour fournir son contingent proportionné au nombre d'habitants^ tout cela entre aussi exclusivement dans les attributions du Congrès.
Chacime de ces questions doit se décider au Congrès à la majorité des voix^ et être mise à exécution avec le consentement do neuf des Etats, c'est-à-dire avec le consentement des membres représentant neuf Etats au Congrès.
XI H. Chaque Etat s'engage à se soumettre aux décisions du Congrès. Les articles de la présente confédération seront inviolablement observés par tous et chacun des Etats. L'union entre les Etats doit être perpétuelle et par suite jamais aucun des articles ci-dessus ne peut être changé, à moins de consentement du Congrès et de confirmation de la législature de chaque Etat, etc. »
La base de la constitution suisse est l'union en maintenant l'équilibre dans le gouvernement. Voici le préambule de la constitution de la République helvétique confédérée.
« Le système fédéral qui a en vue deux éléments, l'élément naiiowil ou collectif et l'élément cantonal ou individuel, et qiû leur accorde la part qui leur appartient dans l'intérêt de la masse ou de chacune des parties; qiû fond et unit ces éléments en soumettant les membres à la totalité, et l'élément cantonal à l'élément national, voilà la pensée fondamentale de la constitution et la clef de tous les articles. Autrement aucune confédération (Eidgenosenschaft) ne saurait exister, et les cantons isolés poiu-raient périr. » (Constitution de la conf. helvétique. Rapport de la Commission, 20 avril 1848).
LES PEUPLES EL'ROpiENS SONT-'ir.S APTES A SE JdETlRE EN RÉPL'BLIQLE
Rien ne m'amuse tant que d'entendre dire ou de lire : « Los peuples de l'Europe ne sont pas encore mûrs pour les formes do la République. » le ne sais ce qu'il faut le plus admirer, de la mauvaise foi de ceux qui pensent ainsi ou de leur sottise. Avec les premiers il est inutile de discuter, ce sont des despotes, et en même temps des esclaves. Aux autres on pourrait répondre : Etudiez.
Mais ceux qui décident de la chose la plus imi)ortante du monde, de la politique^ du sort de l'humanité, sont juste-
ment ceux qui en ont le moins le droite et les gens qui discutent le plus sont ceux qui ne comprennent pas un mot de toute l'histoire.
Les peuples européens 7ie sont pas mûrs, dites-vous. Alors quand milriront-ils? faut-il donc attendre encore dix mille ans pour qu'ils mûrissent? Ce ne sera jamais que sous l'influence de la lumière et de l'air libre qu'ils pourront atteindre la maturité.
La maturité est la conséquence de la liberté, ce n'en est pas la cause ; c'est une propriété inhérente à ce fruit sublime, c'est la récompense de la liberté et non pas un droit à obtenir. Une plante liée, couverte de mauvaises herbes, dépouillée de son écorce et de ses feuilles, privée de soleil et de tout ce qui lui est nécessaire pour vivre, pourrira sans donner de fruits. Que les flots abondants de la source saine de la vie arrosent l'humanité, et elle parviendra en un jour à la maturité. «
On fait d'autres objections. « Ce pays est trop grand. )» Âmoindrissez-le. «Celui-ci est trop petit. «Agrandissez -le. L'autonomie provinciale amoindrira l'un et la fédération agrandira l'autre.
On dit encore : « On ne peut pas disséminer les forces nationales. » Qui parle de les disséminer? Il faut au contraire les concentrer à l'aide de la fédération.
On ajoute : « Qu'adviendra-t-il si l'Europe est partagée en une foule de petites républiques. » Vaut-il mieux qu'elle soit partagée en une foule de provinces, arrondissements, cercles, districts, régis chacun par un despote, par un tyran grand ou petit, ou par un instrument du système despotique. Du reste instituer un gouvernement provincial autonome, donner l'autonomie à un corps national n'est pas morceler l'Europe. Le système fédéral peut réunir toute l'Europe, qui peut ainsi devenir un seul grand Etat, non pas tel que le rêvaient Alexandre de Macédoine, Charlemagne et leurs semblables, mais un Etat national où le maître sera chacun et personne, car la loi seule prendra les rèoes du gouvernement et ce monarque sera gardé, avec plus de vigilance que pas un, par toutes les nations jalouses de leur propre intérêt. L'union des monarques est-elle meilleure que l'union des nations ?
D'autres vont répétant : « Toutes les républiques ont péri. » Elles sont tombées sous la violence des despotes^ ou parce qu'elles étaient despotiques elles-mtoes. Il y en a pourtant qui vivent et vivront toujours.
D'autres encore ont un autre avis. « Ordinairement le peuple est malheureux sous le gouvernement républicain, car l'anarchie y règne et le pays périt. » Parce qu'une pomme est mauvaise^ est-ce une raison pour que toutes le soient? Une république mal organisée ne fait pas règle.
« Une république au milieu d'autres Etats, disent les autres, — est dans une position dangereuse. » C'est vrai : comme une brebis parmi les loups. Cela prouve que tous les peuples doivent tâcher d'introduife simultanément les mêmes formes de gouvernement ou du moins des formes analogues.
Car enGn^ l'état de choses présent est-il bon ? Les peuples ontils jamais payé des impôts tellement lourds, gémi sous une dette aussi énorme, entretenu tant de troupes, bâti tant de forteresses, versé tant de sang que de nos jours?
Montesquieu et Rousseau prétendent que la même forme de gouvernement ne peut être appropriée à chaque pays. Je suis d'accord avec eux. Mais il ne faut pas oublier qu'ils vivaient l'un et l'autre il y a cent ans. Je les ai cités parce que je trouve leur remarque juste et que même aujourd'hui elle n'a pas perdu sa valeur. Mais néanmoins si une forme de gouvernement peut ne pas être propre dans tous les cas, les principes généraux sont applicables à tous les peuples, car les lois de l'humanité sont communes, à tous. La forme elle-même peut se plier aux nécessités locales. De plus le changement des relations internationales, le progrès rapide dans toutes les branches de l'activité humaine et surtout les chemins de fer que les anciens politiques ne pouvaient pas même rêver, tout cela a considérablement diminué cette difGculté sans toutefois l'avoir écartée complètement. Il s'agit de trouver le moyen de remplacer, sans plus attendre, l'ancien système par le nouveau. On pourra sans peine objecter que l'esquisse que j'ai tracée est républicaine et n'est guère nouvelle. Je n'en disconviens pas. Mais l'accord musical, bon ou mauvais.
faux ou juste n*est pas nouveau non plus^ et il y en a beaucoup cependant et composés de quantité de sons différents. Quant au républicanisme^ je ne vois pas^ je Tavoue^ d'autre loi dans la société; bien plus^ je ne vois pas d'autre remède au ma] qui nous ronge^ à la misère de l'humanité. Et le gouvernement républicain^ fôt-i! même un grand malheur, sera moins mauvais que le despotisme actuel. Parce qu'il plaît à un monarque de posséder plus de terres et de percevoir plus d'impôts^ presque tous les peuples de l'Europe sont forcés de périr et de payer.
On peut donner à la forme constitutionnelle du gouvernement l'apparence d'une monarchie là où cela parait indispensable : qu'importe ? Du reste on peut lui accorder une part plus ou moins grande dans l'administration^ selon les besoins du pays et l'esprit des habitants ; mais le principe de la liberté des nations et de l'indépendance^ sous le gouvernement d'une loi réelle, doit être introduit une fois pour toutes.
TBANSmON.
Qui ne sait que tout changement de gouvernement est dangereux? mais qui ne voit qu'un changement est inévitable? que l'arrêter est aussi impossible que d'arrêter le mouvement de la terre. Cela doit arriver tôt au tard ; mais si cela arrive trop tard, si la société, impatiente et mécontente depuis trop longtemps, arrive au même degré de folie et de rage que pendant la révolution française, à qui en incombera la responsabilité? Les plus innocents en pûtiront, tous en souffriront. La France pendant longtemps ne put se relever des blessures qu'elle avait reçues durant la révolution ; des millions d'hommes avaient péri, et pendant de longues années, le pays fut dans la misère. En 1795, le 4 novembre, le Directoire ouvrit sa première session. 11 faisait froid dans les salles. Les Directeurs furent forcés d'emprunter du bois poiur la cheminée, malgré les trois milliards d'assignats dépensés par la Convention. L'agriculture, les manufactures, les métiers, le commerce, tout était tombé. On payait cent cinquante francs
en assignats pour un franc en monnaie courante et on finit par les brûler^ car ils n'avaient plus aucune valeur. Une livre de pain coûtait vingt-cinq francs^ un boisseau de pommes de terre quatre-vingt francs. A la fm de l'année i794 la ville n'avait pas soixante-douze francs pour payer Teau employée à laver les guillotines. Et la Restauration ! La Restauration a coûté plus de sang que n'en auraient versé dix révolutions. Après rentrée de l'armée alliée à Paris^ la France était dans un état plus effrayant qu'après la révolution ; la cherté plus grande qu'auparavant^ et l'Europe entière dans une misère encore plus grande que la France. Depuis le congrès de Vienne il ne s'est pas passé une année sans que les plus affreuses iniquités et tyrannies aient sévi dans différents pays, il n'y a pas eu une seule année où une nation ou une autre n'ait grincé les dents de douleur^ de colère et de désespoir. En 1863, le 5 novembre, à l'ouverture des chambres. Napoléon rappela aux peuples de l'Ëivepe que tous les traités étaient rompus, les droits de l'humanité foulés aux pieds. Il invitait à un congrès général : qui donc s'est rendu à cette proposition ?
Quelques gouvernements penchaient ouvertement vers cette pensée, la plupart s'y sont opposés, les uns franchement, d'autres hypocritement. C'est le dictateur du monde, l'Angleterre qui, par sa conduite hypocrite, y a mis le plus grand obstacle. Les Allemands n'ont su que se moquer avec impudence. Personne n'a compris la grande pensée de l'empereur Napoléon IIL L'Empereur a des ennemis, et il en compte autant dans les rangs des despotes que parmi les libéraux; N'est-ce pas une preuve de son impartialité et de la difficulté de sa position? Peut-être aucun monarque au monde n'a eu des circonstances si difficiles à traverser. Sa tâche est de concilier les éléments les plus contradictoires et il est resté fidèle à sa mission pendant toute la durée de son règne. Mais personne ne lui est venu en aide, ni les monarques, ni les peuples; ceux-là ne voulaient en rien lui céder, ceux-ci refusaient de le soutenir. Je vois les défauts de la politique de Napoléon 111 et je n'ai point caché ma pensée ; je vois beaucoup de fautes dans sa manière de gouverner la France,
parce que tout le monde les voit. L'Empereur n'a pas rompu avec les traditions historiques de la monarchie; et par là il nuit au paySy à l'Europe et à lui-même. Mais je ne puis tomber d'accord avec ceux qui le regardent comme un despote^ ni surtout avec ceux qui lui attribuent des projets de conquête. La principale erreur de Napoléon 111 est sa malheureuse idée du césarisme. Napoléon veut réaliser l'idée des nationalités^ il y croit sincèrement^ il désire sincèrement la liberté et l'indépendance des nations, mais il ne veut pas s'avouer lui-même que le césarisme et la nationalité sont comme le feu et l'eau.
Il faut étudier avec impartialité les actions de ce grand homme, qui n'a peut-être pas ses pareils dans l'histoire. Quand les passions seront éteintes, la postérité lui rendra justice.
Et pourtant la masse ne se contente pas de ses vastes plans qui s'étendent jusqu'à un avenir éloigné ; l'Europe tout entière est pour ainsi dire minée par les conspirations souterraines d'hommes qui, ne voyant pas la Cm de leurs malheurs, voudraient renverser tout l'ordre de choses existant aujourd'hui par les moyens les plus violents. A dire vrai, je ne m'étonne pas de leur impatience : néanmoins rien ne peut plus nuire à un progrès libre et assuré que les partis extrêmes. Ceux qui travaillent pour le peuple lui sont le plus funestes par leurs idées exagérées. Ils comptent sur le peuple, mais ils oublient que la foule est également un instrument pour renverser et pour soutenir les trônes. Si la démocratie est dangereuse pour les trônes, ce n'est pas uniquement parce qu'elle compte sur le peuple. La foule suit l'impulsion du vent et se tourne aigourd'hui de ce côté et demain de l'autre. L'aristocratie tient par-dessus tout à la conservation de ses privilèges et d'une certaine influence, mais elle est dirisée en deux partis. Si elle tient avec le gouvernement, elle est ellemême gouvernement et se trouve dans le camp ennemi de la liberté ; si elle appartient à l'opposition, clic est également ennemie du gouvernement et de la démocratie. Donc cette partie de la société ne paraît pas non plus dangereuse pour les gouvernements. Jusqu'à quel point il est insensé de compter sur un peuple peu éclairé, fût-il même plus progressif que les autres, les journaux
suisses nous en ont donné un exemple frappant en nous racontant l'extrême exaltation des esprits dans ce pays et la triste fin de la lutte. 11 y a de grandes fautes dans la Constitution suisse qui tiennent à ce que les questions les plus graves sont résolues par tous à l'aide de votes immédiats : il y a aussi certains règlements qui ont donné lieu à de grands abus dans certains cantons. Vers la fin de l'année 1865 les hommes de progrès voulant supprimer la source des abus^ ont proposé la révision de la Constitution. Les meilleures intentions se sont brisées contre un principe mal posé. On en appela au peuple. Dans certains cantons presque tous les habitants nièrent le besoin de reviser la constitution. Il y a là une preuve éloquente que le peuple était content de sa position, et en même temps une preuve non moins évidente qu'il ne comprenait pas ses propres intérêts et les changements qu'exige absolument le progrès. Enfin, la question de la révision prévalut à grand'peine ; on recueillit les voix dans tous les cantons; une petite majorité consentit à la révision. On soumit de nouveau à la décision générale les points qui devaient être introduits. Sur chacun d'eux tout citoyen avait le droit, d'après la constitution, de prononcer oui ou non. Or, plus d'un n'avait pas la moindre idée de ces articles. Voici les principaux : 1* Assurer aux juifs suisses la jouissance de tous les droits à l'égal des autres citoyens ; 2° égaliser les poids et les mesures par l'introduction du système décimal ; 3" abolir les punitions corporelles qui existaient dans certains cantons et la loi qui fait souiïrir les prisonniers en les condamnant au pain et à l'eau ; 4o supprimer l'infâme bénéfice sur les loteries et les jeux de hasard; 5o assurer la protection du gouvernement à la propriété littéraire. Toutes ces réformes furent rejetées, à la majorité des voix; ce vote, digne des temps barbares, montre les conséquences du suffrage universel immédiat. On n'a même pas admis l'uniformité des poids et mesiures, par le système décimal qui est si commode et qui n'a aucun rapport avec la politique, car, il faut bien le dire, sous ces questions se cachait la mésintelligence des partis par suite des dissensions religieuses, et le peuple était l'instrument d'intrigants. Si en Suisse même, où les gouverne*
ments des monarques n'ont aucune influence, le peuple est un ressort que font mouvoir à leur gré les hommes qui dirigent la société, si tout en étant libre, en contrôlant à chaque instant la conduite de ses autorités, en étant placé, sous le rapport de l'instruction, beaucoup plus haut que tous les autres peuples, il se laisse guider par l'esprit de parti et ne comprend pas les conditions du progrès, que dire des autres pays de l'Europe ? Mais les démocrates ne s'en préoccupent nullement. Il en est parmi eux qui sont animés des aspirations les plus généreuses, sans souci des dignités ni des honneurs, en dehors de tout mouvement d'amour-propre ou du moindre intérêt personnel, et n'ayant purement en vue que l'idée de liberté. Ce sont de beaux principes, mais qui seront plus beaux encore lorsqu'ils auront reçu leur application. Et pour celn, il y a à rechercher des moyens pratiques. Les hommes qui désirent le progrès et la liberté politique regardent exclusivement le peuple comme la source et le levier de toute action. Ils trouvent en lui des trésors incontestables, car cette nature, encore pure, offre des matériaux abondants pour commencer une politique plus saine et plus naturelle d'après les principes de la liberté et du progrès. Mais ce même peuple, élevé pendant tant d'années, tant de siècles, sous l'influence de l'hypocrisie, du mensonge, de la duplicité et du despotisme, renferme dans son sein des germes tout aussi nuisibles pour lui que pour la société. Plus d'une fois déjà on a réussi à faire tomber ou à ébranler des trônes avec Taide du peuple. Quand les passions avaient fini de fermenter, que la vie était rentrée dans un lit tranquille, que les dures nécessités de la vie journalière s'étaient présentées atteignant le plus vivement le peuple, la ruse des gouvernements despotiques, avant d'arriver à la violence, commençait par agir sur lui en le corrompant, en l'aveuglant de mille manières, en le rendant l'appui principal de la force matérielle par le fonctionnarisme, le service militaire et les impôts. La plus grande masse de la population, de gré ou de force, devenait l'instrument de sa propre oppression. Telle a toujours été la fin des efforts libéraux des démocrates.
Au moment décisif, le problème le plus important est d'abjiu'er toutes préventions, toutes sympathies ou antipathies personnelles. Parlons franchement, les libéraux et les patriotes de l'Europe entière se concentrent tous à Paris. Dans ce siège 'des différentes idées politiques, chacun trouve tout ce qu'il cherche. Aux étrangers de tous pays s'ajoutent certains Français, et c'est dans cette capitale que se forment les plans d'émancipation des peuples. La mission de la France a toujours été. de lutter contre les oppresseurs de l'humanité. Toujours la France a réveillé les peuples assoupis dans un long esclavage. Et quelle voix, il y a quelques années encore, se faisait si puissamment entendre? C'était une voix qui tombait du haut d'un trône, la voix de l'Empereur lui-même. Lui seul restait inébranlable contre la coalition des monarques, lui seul défendait l'Europe contre l'esclavage définitif. Son plus^and ennemi est obligé d'en convenir en étudiant consciencieusement la situation de l'Europe. Sans Napoléon III la guerre de Crimée n'aurait pas eu lieu, l'Italie ne serait pas libre, et il est facile de voir quelles conséquences auraient pu résulter du triomphe des ennemis séculaires de la France et de la liberté des peuples. Sa politique actuelle augmente dans toute l'Europe le nombre des gens hostiles à Napoléon et sème, dans la France même, les germes de la discorde, germes dont personne ne peut calculer les fniits futurs. La France a le tiroit d'être mécontente de son gouvernement, on a lieu même de s'étonner que le regard perçnnt de l'Empereur ne le voie point, qu'il ait trop de confiance dans la force de l'organisme gouvernemental et ne s'efforce pas de détourner un orage menaçant pour l'avenir. Une révolution on France serait un malheur pour l'Europe. Néanmoins, nous avons le droit de dire que le système adopté par Napoléon est nuisible à la liberté ; on ne peut pas servir deux maitres d la fois, Dieu et Mamon, les monarques et les peuples. Comme les monarques de l'Europe doivent choisir entre l'absolutisme et la liberté, Napoléon est obligé de choisir entre les monarques et les nations.
Si Napoléon avait une fois rompu avec les vieilles traditions de
la monarchie et deviné l'esprit du temps, que la camarilla qui l'environne ne lui permet pas de comprendre, s'il faisait appel aux peuples, s'il s'appuyait exclusivement sur eux et agissait de con'cert avec eux, s'il n'était pas le monarque de la France, mais le représentant de toutes les nations de l'Europe, si des hauteurs du trône il était monté encore plus haut, jusqu'au sublime degré de la puissance des peuples réunis, il se serait élevé un monument étemel et aurait donné un exemple unique dans les fastes de l'humanité.
Cependant les nations n'ont pas le temps d'attendre, c'est à elles qu'appartient l'initiative, et elles ont le droit de commencer elles-mêmes l'acte de la réforme de la société.
L'idée d'un congrès universel présentée par Napoléon et rejetée par les puissances doit être reprise et appliquée par les nations. Mais il n'est plus temps de réunir un congrès d'États, nous ne sommes plus à l'époque où six à huit ministres décidaient du sort de deux cent quatre-vingts millions d'hommes; ce serait une souillure pour la civilisation, une honte devant la postérité si les habitants de l'Europe se laissaient mener plus longtemps comme des enfants dans des lisières. Que les peuples se prononcent donc définitivement : ou une infamie éternelle, ou une liberté complète et l'indépendance à jamais. A la veille d'un bouleversement social, au moment d'oser un pas décisif, tout citoyen instruit et honnête est le représentant de la volonté nationale quand il comprend les besoins de ses compatriotes, qu'il sent consciencieusement ce qu'il veut exprimer, pour le bonheur de ses frères, qu'il a étudié l'opinion de la masse bien pensante, et qu'il vient la main sur le 'cœur s'en faire l'organe, en un mot quand il commence au nom de Dieu et du bien public. Ainsi pour les hommes de bonne volonté c'est non-seulement un droit, mais un devoir sacré de s'assembler en un congrès universel de toutes les nations d'Europe, de se jurer une union éternelle pour la défense commune et la poursuite d'un but commun et de poser aux monarques en uUimatum la volonté éUs représentants unis des droits naturels nationaux. La profession de foi des hommes qui se gouvernent par la vérité et la vertu
sera la profession de foi des uatioiis^ et le meiisouge ou le crime oseront seuls protester contre les légitimes exigences des représentants des droits séculaires de l'humanité.
Mais il ne suffit pas de proclamer les droits et les principes, il faut avoir la force de les introduire dans la vie. Cette force c'est Yunion, le pur désir de la liberté, et la liberté de Vesprit. Les baïonnettes ne la réduiront pas, car c'est une force divine, immortelle et grande comme l'éternité.
Les nations ont le droit de notifier solennellement aux gou« vernements leur volonté d'établir comme base les principes qu'elles veulent observer, et dont elles ne céderont rien ; elles doivent avoir le courage de dire unanimement : Nous voulons être libres, et nous le sommes.
Le moment où elles prononceront ces paroles sera la première et la plus brillante victoire de la liberté.
Et si cette fois encore la violence ne cède point, si les tyrans veulent s'en remettre à une lutte incertaine de leur sort et du sort des nations, alors que le glaive décide. Il se trouvera des hommes qui crieront : Aux armes !
Mais plus de sociétés secrètes. La vérité et la vertu ne craignent point la lumière. Qu'ont fait jusqu'ici les conspirations, qu'ont fait les complots souterrains? Depuis qu'il y a des Etats, il y a des conspirations, et à côté d'eux la tyrannie et l'esclavage. L'origine de la société des Francsmaçons se perd dans la nuit des temps ; qu'ont-ils bâti jusqu'à présent? Tout ce que nous savons, c'est que Frédéric II et Alexandre I" en faisaient partie. Dignes représentants de la liberté, en vérité (1) !
(1) A rassociation des francs-maçons, qui date des temps égyptiens et est le développement de la secte juive des Esséniens, qui prenait sa source dans la secte encore plus ancienne des Chasidimes, c'est-à-dire dos saints, appartiennent également des honnêtes gens et des misérables, les amis d'une liberté nominale et les tyrans, les esclaves et les monarques, et même les Jésuites. Cette secte très-commode pour beaucoup et qui tend depuis trou mille ans au perfectionnement de Thumanité, secte perfectionnée par Herder, et avidement suivie parles Allemands, accepte quiconque, sous prétexte de s*anoblv^, promet de mener une vie qui se rapproche complètement de la vie animale, avec cette difTérence seulement que la
On a dit dernièrement que )*l!)urope en compte cent mille ; ainsi depuis tant de siècles, ils n'ont pas su attirer plus de monde dans leur association?
Il eut temps d'en finir avec cette mascarade, il est temps de cesser de faire un jeu d'enfant d'une chose aussi sacrée que la liberté. Arrière toutes les conspirations. Ce ne sont ni les hiboux ni les chauves-souris qui sauveront l'humanité, mais ceux qui combattent avec le glaive le plus terrible au monde, je veux dire avec les paroles de vérité et les nobles actions. Ce ne sont ni les souterrains ni les caves qui doivent être le rendez-vous des hommes de vérité et d'action, mais la place où s'assemble le peuple, l'église de celui qui adonné la liberté, qui est mort pour elle et Ta illuminée de sa lumière. Ainsi donc marchons au nom du Christ contre les tyrans et leurs serviteurs, contre les blasphémateurs et les propagateurs du mensonge et de l'esclavage, contre les docteurs et les pharisiens qui abusent 4e peuple par leurs sophismes; marchons au nom de celui qui prêchait ouvertement, et du sein du peuple sortiront les charpentiers et les pè« cheurs qui deviendront des apôtres. Au nom du ScMveur, mar^ ckons au salut.
liberté de oenser, sans aucun engagement à l'action, doit tenir lieu de toute liberté. Anciennement les mystères égyptiens et différents tours de passe^passe couvraient d'un voile de mysticisme les membres de cette innocente conspiration. Plus tard, et notamment à dater du dix-huitième siècle, elle prit publiquement le caractère d'une union humanitaire universelle connue généralement sous le nom d'humanisme ou de cosmopolitisme. Evidemment les plus grands tyrans mêmes n'avaient rien à objecter à une pareille union, car les principes de la maçonnerie acceptaient traditionnellement nonseulement l'esclavage, mais la trahison et la délation. En 92«, Edvin, frère du roi Alelstan, grand maître des francs-maçons, leur donna des statuts comprenant seize devoirs; le deuxième contient l'ordre d'une obéissance absolue à chaque roi et à chaque gouvernement, avec le devoir de faire connaître à l'autorité tout ce qu'on apprendrait de desseins nuisibles aux souverains. En 1"Î17, les statuts donnés par le grand maître Jacob Anderson , commandent les mômes devoirs et obligent à une promesse solennelle de ne pas se mêler d'aucune affaire politique. Tous ces statuts se maintiennent encore. On peut donc être à la fois un esclave, ua impudent délateur et un franc-maçon !