‹ La décadence de l'EuropeChapitre 49 sur 49 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

J'ai tracé le tableau de la société contemporaine; j'ai exposé la misère des peuples^ leurs souflrances^ l'injustice des oppresseurs ; j'ai mis en lumière les faits principaux ; j'ai indiqué la source du mal, et proposé le remède qui m'a paru le meilleur. Je le répète : w Si je suis dans l'erreur, je me trompe de bonne foi, et cela suffit pour que mon erreur ne me soit pas imputée à crime. Si je suis dans le vrai, pourquoi les autres ne penseraient-ils pas comme moi?» — Je suis remonté aux vérités éternelles, j'ai recherché les lois suprêmes de l'humanité, et je me suis efforcé d'en faire la base de mon raisonnement. Si le plan de réforme pacifique que je propose ici se trouvait pratique ou s'il donnait l'occasion à d'autres d'en créer un meilleur, ma tâche serait remplie. Je serais heureux si les moyens indiqués ci-dessus contribuaient, au moins en partie, à guérir les plaies de l'humanité. Comme le désir de porter secours aux branches de la société qui en ont le plus besoin a été le but unique de mon travail, ce livre peut être nommé Analepm. Ce mot comprend dans sa signification multiple toutes les pensées développées ci-dessus; il indique en même temps le retour à la santé, le recouvrement des forces, la compensation des pertes et des torts, l'entrée en possession, le ralliement des guerriers

dispersas et vaincus^ la conquête de rautorité ou d'une chose perdue quelconque, la répression de tout ce qui va et entraîne trop loin, enfin l'entreprise et la réforme (1).

Je n'ignore pas que cet ouvrage, bon ou mauvais, utile ou non, contient beaucoup de matières combustibles, dont l'emploi inconsidéré peut occasionner un affreux incendie. Mais la nécessité de moyens décisifs, radicaux, me parait évidente. J'y ai longtemps réfléchi, et ce que j'indique ici n'est pas le caprice passager d'un moment, mais l'œuvre d'un long travail, de consciencieuses recherches, et d'une mûre réflexion. D'ailleurs, j'indique les précautions à prendre, je donne les moyens de manier une arme qui peut également tout sauver ou tout compromettre. L'application du projet dépend de la volonté de la société et des gouvernements. Je ne suis pas l'apôtre des guerres sanglantes, je le dis franchement. Je veux étoufler la révolte que depuis longtemps les monarques ont commencée contre les peuples, révolte impie qui dure encore et viole les lois divines de toute l'humanité et les droits de chaque nation. Les gouvernements ont foulé ces lois aux pieds. D'une part, le désir de maintenir cet état de choses, et de l'autre, les efforts incessants pour reconquérir les droits qu'on s'est vu arracher ; voilà ce qui condamne depuis des siècles la société à une guerre continuelle. La lutte est devenue un mal chronique. Je ne vais pas prêchant la révolution à main armée contre cette révolte systématique, fondée sur une conspiration des trônes, mais je ne cherche pas non plus à retenir le mouvement des peuples, car je sais bien qu'aucune force au monde ne sera capable de l'arrêter si on leur refuse les droits qui leur sont dus. Je voudrais, pour prévenir des désastres universels, amener une entente entre les deux partis, mais j'ajoute que les nations ne doivent rien céder de hurs droits. Je n'engage pas les peuples à lever les armes contre les autorités aujourd'hui existantes, mais je leur rappelle leurs droits et le devoir qui leur in-

(1) Avcé>it«-|<« et le verbe uvxïxfjL^AvtÊt (analambano) ont toutes les siijnifioatioas que j'ai énumérées.

combe de conserver leur dignité. Je n'adopte pas rhypocrisie pharisienne de ceux qui, en voulant briser les rapports sociaux, assurent qu'ils ne se révoltent pas contre les gouvernements. Moi, j'avoue et je proclame hautement que je suis l'adversaire de tous les gouvernements despotiques et arbitraires, mais je dis encore plus hautement aux peuples : Conduisez-vous pacifiquement, demandez et attendez. Je ne brise pas les liens sociaux, mais je veux les fortifier. Au nom de l'humanité opprimée, au nom des nations abaissées, j'engage tous les hommes à l'entente mutuelle, à la concorde. Au nom de la lumière et de la vérité, au nom des lois et du progrès, j'engage les souverains à des concessions ; je les y engage... pour leur propre bien, pour la tranquillité et le bonheur des peuples.

Que les peuples évitent et qu'ils redoutent à l'égal du despotisme et de l'esclavage les troubles sanglants et les secousses violentes qui (l'histoire nous en fournit plus d'un exemple}, enfantent souvent l'hydre de la tyrannie, qu'on voit ensuite dévorer les hommes sous prétexte de liberté. Mais qu'ils se souviennent en même temps que Vunique moyen d^en prévenir le ret ur dam t avenir, c^est de garder inviolMement les lois qui leur sont dowiées par Dieu.

Que les monarques n'oublient pas non plus que toute patience a des bornes ; que l'équilibre doit être rendu à la société ; que c'est là une loi inexorable de la nature. Les Espagnols ont soutenu une lutte persévérante avec les Maures pendant huit cents ans : la vérité a fini par remporter la victoire. Les nations peuvent-elles donc après cela perdre l'espoir de secouer le joug qui pèse sur elles? Les cabinets gouvernent l'Europe; les monarques disposent de la propriété des nations; ils versent le sang des peuples dans l'intérêt dynastique, ils détruisent le travail commun, ils dévastent leurs territoires. Le bruit de la guerre ne cesse jamais en Europe ; ce que le peuple gagne par un travail paisible, il est forcé de le dépenser pour les dettes, pour l'armée, pour les impôts, parce que tel ou tel tyran veut conquérir la moitié du monde, et que tel autre, poussé par l'envie, désire l'affaiblir, aûn de s'élever lui-môme et Je commander à sa place. Le monarque le plus fort guette le plus

faible ; le plus faible intrigue pour saper la puissance du plus fort. Quant aux peuples, les ministres leur jettent aux yeux les mots d'honneur, de défense de la patrie menacée, de fidélité au monarque, de devoir ; ils les bercent et les trompent par des intentions diaboliques, afin de les maintenir dans l'obéissance et de leur soutirer l'argent gagné par leur travail. Le peuple igno« rant ne peut pas comprendre la véritable signification des manifestes menteurs, il ne sait pas distinguer la vérité du mensonge, les paroles sincères des proclamations hypocrites : car les gens les plus instruits eux-mêmes ne peuvent pas toujours deviner ces intrigues ministérielles qu'on appelle de la politique. Aussi le peuple remplit les rangs de l'armée, il paye, il marche, il combat, il meurt, il souffre, et il croit souffrir pour la vérité quand il sacrifie tout pour quelques dizaines de familles qui se sont donné la peine de naître sur le trône et qui déchirent les entrailles des misérables, maintenus à dessein dans l'ignorance et l'avilissement. Qui donc prendra fait et cause pour eux ? qui donc fera entendre une voix assez puissante pour faire trembler les trônes? Les savants discuteront-ils éternellement sur la liberté et les formes de gouvernement, sans porter aucun secours aux opprimés? Les journalistes soutiendront-ils une lutte stérile contre un ministre ou un censeur, parce que tel ou tel article a été défendu ? Les poltrons libéraux se contenteront-ils de protester éternellement, et se sauveront-ils sans cesse après avoir déposé leur protestation, croyant avoir accompli par là un devoir bien difficile ? Les chefs des assemblées populaires supporterontils tranquillement les ordres du gouvernement de se disperser, et répondra-t-on toujours par la police à leurs réclamations au nom de la justice ? Les progressistes braillards chercheront-ils un ennemi imaginaire au delà des monts, quand ils en ont un réel sous la main? Conspireront-ils toujours et créeront-ils des plans éloignés pour les générations futures, quand il faut agir promptement, publiquement, et d'une façon décisive? Chaque jour nous apporte de nouvelles preuves d'oppression ; chaque événement démontre la conspiration infernale des ministres et des monarques contre la liberté universelle. La lutte entre eux

n'a pour but que la prééminence de la tyrannie^ la préémi* nence du pouvoir ; c'est la lutte de l'envie^ 4^ 4é$ir insatiable, de l'orgueil monstrueux.

Peuples de l'Europe ! >b m'adresse à vous encore une fqis, car c'est pour vous que j'ai travaillé toute ma vie^ et c'est à vous que j'offre c^t ouvrage. Je prends Dieu à témoin que wms ne seresi pa$ libres tant que vous vendre^ votre fof^^ vg^ larmes et votre argent aux monarques et aux ministres^ tant qu'il y aura un seul tyran en Europe, J'ai dit ici en quelles mains est le sort de la société ; j'ai dit en quelles mains sont les rênes de la conspiration diabolique. Vous savez maintenant qui est le plus fort et qui veut étendre son règne stur tout le globe terrestre, sur terre et sur mer. Vous savez qui est l'oppresseur de toutes les libertés et de la vôtre ; par conséquent vous savez qui est le complice des tyrans. Mais, je vous le répète encore une fois, vous ne repousserez pas la force par la force, vous ne vaincrez pas par la force physique ces soldats armés que vous avez fournis pour votre propre perte. Cependant ne désespérez pas : il y a en vous une puissance que les baïonnettes ne briseront pas et que les boulets des canons ne sauront transpercer. Cette puissance c'est l'union, cette puissance c'est la résistance à une autorité illégitime. Souvenez-vous pourtant que dans la mêlée générale vous ne saurez reconnaître vos amis de vos ennemis, les despotes des défenseurs de la liberté. TAchez de vous en souvenir, car de là dépend votre tranquillité, votre bonheur, votre liberté. Aussi, je vous en conjure et je vous en supplie au nom de la sainte vérité que je sers, soyez prudents quand il se présentera pour vous conduire des hommes que vous ne connaissez ni par leurs vertus ni par la conformité de leur langage à la voix de conscience. Ne vous fiez pas aux ignorants, car ceux-là, eussent-ils la meilleure intention, peuvent vous entraîner dans une fausse voie ; mais laissez-vous guider par les hommes instruits et vertueux dont vous n'ignorez ni l'esprit ni l'expérience ; choisissez-les bien et suivez leurs conseils. Ce n'est pas une âme couverte d'os et de chair, souvent ignorante, souvent lâche ou incapable (or^ dans une grande foule il y a des hommes de toute

es|)èce), qui a le droit de décider de questions aussi graves que le sort des nations ; c'est la lumière^ c'est l'esprit réuni à la Tertu. Que la raison et la vertu vous mènent à la liberté, et alors vous aussi vous régnerez à votre tour, vous vous gouvernerez vousmêmes ; et puisse Dieu vous accorder sa bénédiction !

Soldats ! honte à vous si vous levez les armes contre la liberté ! Votre gloire c'est la défense des peuples, que les tyrans martyrisent. Vous devez savoir mieux que personne combien la patrie est chère à tout homme. Vivent les nations libres et indépendantes ! Voilà votre mot d'ordre. Combattez pour la vérité, et Dieu vous donnera la victoire.

<i J'ai attendu et je ne me suis point lassé d'attendre le Seigneur, et il m'a enfin regardé; il a exaucé mes prières. 11 m'a tiré de l'abîme de misère et de la boue profonde où j'étais; et il a placé mes pieds sur un rocher et a conduit mes pas. Il m'a mis dans la bouche un cantique nouveau, pour être chanté à la gloire d«^ notre Dieu. Plusieurs le verront et seront remplis de crainte ; et ils mettront leur espérance au Seigneur. Il est écrit de moi que je devais faire votre volonté; c'est aussi, mon Dieu, ce que j'ai voulu, et je ne désire que votre loi au fond de mon cœur. J'ai publié votre justice dans une grande assemblée, et j'ai résolu de ne point fermer les lèvres. Seigneur, vous le connaissez. Je n'ai point caché votre justice au fond de mun cœur; j'ai déclaré votre vérité et votre miséricorde salutaire. Je n'ai point caché votre miséricorde et votre vérité à une grande multitude de peuples. Vous donc. Seigneur, n'éloignez point de moi les effets de votre bonté, vous de qui la miséricorde et la vérité m'ont toujours servi d'appui. Que tous ceux qui vous cherchent se réjouissent en vous et soient transportés de joie, et que ceux qui aiment le salut qui vient de vous disent sans cesse que le Seigneur soit lorifié. » (Psaume xxxix.)

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