Epître aux Romains
breuse: je dis, en apparence, car il est certain que, dogmatiquement et ecclésiastiquement, la majorité des Eglises Réformées appartient au centre. Le motif, qui fait que le plus grand nombre d’entre elles se rattache dans ce moment à la droite, n’a rien à faire avec les convictions dogmatiques et ecclésiastiques ; il est d’un autre ordre. Quant aux chefs de la droite, ils opposent à l’union un non possumus actuellement irréductible, parce qu'ils confondent, avec un aveuglement qui n’est égalé que par leur bonne foi, leur interprétation de l'Evangile avec l'Evangile lui-même. J’ai montré que cette confusion du texte et de l’interprétation du texte se rencontre partout dans lhistoire. Les droitiers ne font qu’obéir ici à une loi dont on trouve constamment l'application dans le passé. C’est comme un éternel et invincible travers de l’esprit humain. Il y a toujours eu, et il est à craindre qu’il y ait Loujours, des gens convaincus que leur théologie particulière est la vérité absolue et a été révélée par Dieu.
C’est une de ces erreurs, comme 1l y en a tant et qui tient à la faiblesse de nos pauvres mentalités humaines.
Pour que les Réformés s'unissent, il faudrait, comme nous lécrivait récemment un chrétien éminent, « que l’amour du Maître fût plus fort que l'amour des établissements humains où chacun s’abrite suivant son tempérament et son hérédité ».
Ce jour viendra; je crois que l’avenir nous réserve cette joie. Les hommes de mon âge ne la goûteront probablement pas, mais je crois en l'avenir de notre chère Eglise, parce que je crois à l'Evangile éternel, je crois au Saint-Esprit, je crois que de l’excès du mal sortira le bien, et de l'excès de l’erreur, la vérité.
Voici ce que m'écrivait, de Nice, le père Hyacinthe le 14 février 1908 :
« Nous voyons se précipiter les choses de ce monde avec une rapidité qu’elles n’ont jamais eue peut-être. Rome achève de se porter à elle-même des coups irréparables aux yeux du monde pensant. Le protestantisme cherche sa voie et ne la trouve pas, entre une orthodoxie de plus en plus inacceptable et un libéralisme trop souvent vague et glacé.
« Le vieux catholicisme a été une faillite ; le modernisme ne réussira pas davantage : il manque de logique, si ce n’est de loyauté, en prétendant garder sa place au sein du catholicisme romain.
« La révolution exégétique est plus profonde en elle-même et plus vaste dans ses conséquences que celle du xvr° siècle.
« Et pour ceux qui veulent, comme vous et comme moi, rester sérieusement chrétiens, il faut évidemment donner au Christianisme un nouveau caractère et lui trouver de meilleures bases historiques.. Les événements religieux me font beaucoup de mal, mais ne me découragent pas. Je
crois peu aux hommes, beaucoup à Dieu ».
Je suis de l’avis de mon illustre correspondant. Sur des bases historiques nouvelles, la Réforme catholique est possible ; le Père Hyacinthe en aura été l’éloquent précurseur. Les théologiens de l'avenir, catholiques et protestants, apprendront à distinguer l'esprit de la lettre; la vérité, de son interprétation ; le fond impérissable, de la forme passagère. Dans cette œuvre, les protestants devraient devancer les catholiques ; cela arrivera peut-être. Puissent mes coreligionnaires réformés comprendre enfin l'inanité et la folie de leurs querelles ; puissent les écailles leur tomber des yeux ; puissent-ils voir que le mouvement inauguré à Jarnac est celui de la grande fraternité chrétienne, celui de l’union dans la paix, malgré la diversité des opinions et des tendances ; Dieu le veuille !