LITE
Fig. 28. — Vase de marbre. Fig. 29. — Vase d’orfévrerie.
exemple, de doter d’un goulot allongé un vase qui doit être exécuté en granit ou en porphyre. Bien mieux, sans sortir de la céramique, n’importe-t-il pas ‘de savoir si c’est en porcelaine ou simplement en faïence que le vase commandé doit être façonné ? La seconde de ces pâtes, en effet, se modèle avec un gras, une ampleur assouplie, que ne possède point la première, beaucoup plus ferme en ses contours, souvent même un peu sèche. La porcelaine, d'autre part, présente un précieux, un éclat, une netteté de profils, une délicatesse de coloration que la poterie ordinaire ne four- nira Jamais. De même le bronze et l'argent, qui, par suite de l'inégalité de valeur, sont traités de façons différentes, réclament aussi des contours différents. Enfin, il n’est pas
jusqu’à la pierre et au marbre, — pour ne parler que de matériaux souvent confondus, — qui n’exigent des formes en rapport avec le grain, la résistance et la ténacité qui leur sont propres.
Le devoir du dessinateur lorsqu'il combine une forme, est done de se pénétrer avant tout des diverses qualités qui distinguent la matière destinée à être employée, amsi que des exigences spéciales auxquelles ces qualités correspondent. Il doit non seulement en tenir un compte suffisant dans ses modèles, mais encore si bien caractériser son dessin, qu'à première vue on devine de quelle espèce sera la pièce projetée. Il importe, en effet, qu'on n'ait point sous les yeux un de ces galbes universels qui, pouvant s’appliquer à toutes sortes de substances, ne conviennent à aucune.
XXXVIIT. —— LA LIGNE BRISÉE, SURTOUT LORSQU'ELLE SE RAPPROCHE DE LA SERPENTINE, EXPRIME LE MOUVEMENT, ET PAR CONSÉQUENT LA VIE. ELLE CONVIENT DONC PEU AUX DÉCORATIONS FIXES, PARCE QUE CELLES-CI, PAR LEUR NATURE ET PAR LEUR DESTINATION, EXPRIMENT DES IDÉES DE PERMANENCE, DE DURÉE, ET PAR SUITE D IMMOBILITÉ. AUSSI NE DOIT-ON L'EMPLOYER QU'AVEC UNE CERTAINE CIRCONSPECTION ET EN ACCENTUANT, PAR UNE RÉPÉTI- TION SYMÉTRIQUE, SON CARACTÈRE DÉCORATIF, OU ENCORE EN AYANT SOIN DE L'ISOLER PAR UN ENCADREMENT.
Après avoir déterminé le rôle joué dans la décoration par les lignes droites et courbes, l'impression qu’elles produisent et la signification qu’elles comportent, il nous reste à dire quelques mots de la ligne brisée. Nous avons constaté que cette dernière, par sa constitution même, répondait à des idées de mouvement et d’agitation; dès lors il semble qu’elle soit assez mal venue à figurer dans une décoration fixe, condamnée par sa nature même à une immobilité permanente. Il est bien évident, par exemple, qu’un lambris, une corniche, une cheminée, qui font corps en quel-
que sorte avec la muraille, doivent présenter une continuité de surface, une apparence de stabilité et donner une impression de solidité, que la contemplation des lignes brisées ne saurait produire. Celles-ci, par les angles dont elles se hérissent, ne répondent, en effet, à aucune de ces idées. Aussi, dans le dessin des lambris, des corniches, des cheminées et même de la plupart des meubles, le dessi-
nateur, de préférence, se sert-il exclusivement de lignes droites et de lignes courbes.
L'usage, cependant, depuis la plus haute antiquité, a autorisé et même consacré l'emploi de certaines lignes brisées dans la décoration des bandeaux, des frises, etc. Ceslignes, devenues en quelque sorte classiques, et qu’on désigne d’une façon générale sous le nom de grecques, de postes, etc., sont ordinairement d’un effet agréable. Mais le décorateur a soin d’accentuer, par une répétition étroitement symétrique, leur rôle purement ornemental; et le plus souvent, en les isolant par un encadrement il s’effrce de bien signifier qu'elles ne font point corps avec la masse de l’ouvrage, et qu'elles constituent un ornement simplement superposé.
XXXIX. —— PAR CONTRE, LA LIGNE BRISÉE JOUE UN RÔLE IMPORTANT DANS LA DÉCORATION MOBILE. ELLE S'IMPOSE MÊME LORSQUE CETTE DÉCORATION RÉSULTE D'UN GROU- PEMENT D'ŒUVRES SÉPARÉES OU D'OBJETS INDÉPENDANTS L'UN DE L'AUTRE.
Dans la disposition de la décoration mobile, les choses se passent d’une façon différente. Autantil serait ridicule
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de briser, à l’aide de bossages, la tablette supérieure d’une cheminée et de lui donner l’onduleuse apparence d’une