TION QU'ELLES OCCUPENT, PRODUISENT UNE IMPRESSION PARTICULIÈRE
On peut dire de la ligne diagonale qu’elle tient le milieu entre la ligne horizontale et la verticale, et que, suivant l'inclinaison qu’on lui donne, sa signification personnelle présente des analogies avec celle de ces deux lignes dont
elle se rapproche le plus. Ainsi, à mesure qu’elle se redresse, elle tend à prendre les qualités poétiques de la ligne verticale; à mesure, au contraire, qu’elle s'incline, elle donne davantage l’impression de tranquillité et d’apaisement, qui est le propre de la ligne horizontale.
LUEEROOOOON
ETTNNT D nu
LU i l
on U
Lt il)
un
Fig. 22. .: Fig. 23.
Les diagonales, en outre, conservent cette signification lorsqu'elles sont coupées par Le croisement d’autres lignes d’inclinaison égale. Ce croisement forme naturellement un certain nombre de losanges {voir fig. 22 et 23), et le caractère de ces losanges varie à son tour, suivant l’inclinaison plus ou moins marquée des lignes qui leur donnent naissance.
XXX. — L'ANGLE FORMÉ PAR LA RENCONTRE DE DEUX DIAGONALES CONVERGENTES PARTICIPE DU CARACTÈRE QUE CES DIAGONALES TIRENT DE LEUR INCLINAISON. PLUS L'ANGLE EST AIGU, ET PLUS IL SE RAPPROCHE, COMME SIGNIFICATION, DE L'IMPRESSION PRODUITE PAR LA CON- TEMPLATION DES LIGNES VERTICALES. PLUS IL EST OBTUS, ET PLUS, AU CONTRAIRE, LES SENTIMENTS QUIL EXPRIME MARQUENT UNE TENDANCE À SE CONFONDRE AVEC CEUX QUI RÉSULTENT DE LA CONTEMPLATION D'UNE HORIZON- TALITÉ. |
Un simple exemple nous permettra de démontrer la justesse de cette proposition. La constatation, au surplus, en
est si facile qu'il n’est, pour ainsi dire, personne qui ne lait faite spontanément. Il suffit, en effet, de rapprocher mentalement le fronton de la Madeleine ou celui du Palais-Bourbon, de la flèche de la Sainte-Chapelle ou de celle de Notre- Dame, pour avoir une exacte notion de la dissemblance d'impression que peut produire l’inclinaison différente de deux diagonales convergentes. Autant l'angle obtus, qui sert d'amortissement aux premiers de ces deux monuments, exprime des idées de calme, de paix, de durée; autant l’angle suraigu, qui termine les deux admirables flèches de la Cité, provoque des sentiments d’un ordre absolument con traire.
XXXI. — LES LIGNES COURBES, PAR LA NATURE MÈME DE LEUR STRUCTURE, SONT LOIN DE PRÉSENTER UN CARAC- TÈRE AUSSI PRÉCIS QUE LES LIGNES DROITES ; LEUR EX- PRESSION, EN CONSÉQUENCE, EST MOINS FORTE ET MOINS PERSONNELLE.
Quelle est la caractéristique des lignes courbes? C'est, nous l’avons dit, d’être souples et flexibles. Comme consé-
quence, quelle que soit la position qu’elles occupent, leur signification est plus conciliante, et par suite moins précise,
moins accentuée que celle des lignes droites. En outre, quand deux lignes droites se rencontrent, elles forment un angle, et les angles, en arrêtant brusquement la lumière, donnent aux surfaces un aspect évident de carrure, de solidité, de résistance et d'énergie. Lorsque, au contraire, les surfaces s’arrondissent, le passage de la lumière à l’ombre et de l'ombre à la lumière s'opère graduellement. L’impression s’émousse, si l’on peut dire ainsi; la sensation devient plus agréable sans doute; elle est, en tout cas, moins sévère, moins nette, moins accentuée, moins grandiose. De là vient que le décorateur, lorsqu'il se propose de donner à Sa composition un caractère mâle, énergique, vigoureux;
lorsqu'il s'efforce de produire une impression puissante et . durable, n’emploie les lignes courbes qu'avec une grande discrétion. Par contre, elles lui sont d’un grand secours pour relier les différents éléments d’une composition, et leurs allures conciliantes lui permettent souvent de raccorder des parties qui, sans cela, risqueraient de paraître désunies ou discordantes.
XXXII. — LORSQU'UN ARTISTE COMPOSE UN PROJET D ÉDI- FICE, OU LE DESSIN D'UN MEUBLE DONT LA BASE REPOSE DIRECTEMENT SUR LE SOL, IL NE DOIT EMPLOYER QU AVEC BEAUCOUP DE CIRCONSPECTION LES LIGNES COURBES DANS LE SENS VERTICAL.
Pour des raisons analogues à celles que nous venons d'exposer dans la précédente proposition, les décorateurs apportent généralement une certaine réserve dans l'emploi des lignes courbes disposées verticalement. Ces lignes, en effet, par suite de leur naturelle souplesse et de leur apparente flexibilité, semblent peu propres à supporter quelque chose de pesant. Or, dans la décoration aussi bien que dans l'architecture, les lignes verticales limitent presque toujours les masses portantes; et il semble indispensable que la force de résistance des supports et des appuis apparaisse d’une façon bien visible. Aussi les décorateurs et les architectes, lorsqu'ils veulent ajouter quelque grâce à leur dessin, et quand ils croient, pour cela, devoir recourir à l'usage de lignes courbes disposées verticalement, ont-ils soin de rejeter ces lignes courbes en dehors du nu de leur construction, ou tout au moins des perpendiculaires indiquant leurs aplombs. C’est ainsi, par exemple, que, trouvant les ordres classiques trop austères et voulant enlever à leurs colonnes une partie de leur rigidité, certains architectes anciens ont eu l'idée de tenir celles-ci « plus grosses vers le milieu et de les diminuer vers les deux extrémités,
c'est-à-dire vers la base et vers le chapiteau, ce qui leur fait avoir comme un ventre qu’on appelle renflement! » (voir fig. 24). Par contre, il ne leur serait jamais venu à l'esprit
ee
Fig. 24.
d'élégir ces colonnes vers leur milieu, de façon que le fût, au lieu d’affecter un contour convexe, présentât un profil concave {voir fig. 25).
Les lignes courbes, en effet, ne sont vraiment à leur place dans le sens vertical, que lorsqu'elles semblent renforcer les lignes d'appui, comme font, par exemple, les consoles renversées servant de contreforts, ou les diverses moulures, ouanneaux, etc., dont on orne le fût des colonnes.
Encore les Anciens, nos maîtres en ces matières, avaient-ils grand soin, lorsqu'ils combinaient leurs entablements, d’aligner ceuxci avec le fût même de la colonne, sans tenir compte des courbes gracieuses décrites par les enroulements
(acc À
Fig. 25.
du chapiteau ionique, ou par les feuilles d'acanthe du cha-
piteau corinthien.
Dans la construction des meubles, les mêmes précautions sont à prendre. Les dessinateurs habiles, quand ils emploient des courbes dans le sens vertical, ont toujours soin
1. Perrault, Ordonnance des cinq espèces de colonnes selon la methode des anciens ; Paris, 1683, p. 20.
de développer ces courbes en dehors de leurs lignes d’aplomb. Même au xvirr° siècle, où l’on abusa des contours assouplis, où les pieds de biche firent en quelque sorte fureur, On respecta ces prescriptions fondamentales, dont l’inobservance produit le plus fâcheux'effet, car elle enlève au mobilier cette apparence de stabilité et de solidité, qui est une de ses qualités primordiales. Un seul exemple pourrait être cité, qui semble contrevenir d’une façon en quelque sorte systématique, à la règle indiquée dans cette proposition. C’est l'emploi des colonnes torses; mais on remarquera, d’une part, que ces sortes de colonnes n'ont guère été usitées qu'aux époques de décadence‘, et, d’autre part, qu’elles ont toujours été sévèrement condamnées par ceux qui ont écrit sur les Beaux-Arts. « N'est-ce pas le comble de la déraison, dit très sagement M. Charles Blanc, que de prêter une image serpentine à ce qui doit être l’image de la solidité? Donner l'apparence d’une spirale à ce qui représente un support! La seule idée en est effrayante, car il n’est pas de stabilité possible là où les supports cessent d’êtres rigides et verticaux. Il suffit même qu’ils cessent de le paraître pour que les principes soient violés ».
XXXIIT. —— pAR CONTRE, LES LIGNES COURBES SONT D'UN USAGE CONSTANT DANS LE SENS HORIZONTAL, OÙ ELLES FIGURENT GÉNÉRALEMENT AVEC BONHEUR. ELLES SONT AUSSI EMPLOYÉES AVEC PROFIT LORSQU'IL S'AGIT DE RÉUNIR LES LIGNES HORIZONTALES ET VERTICALES FOR- MANT ÜN PANNEAU OU CONSTITUANT UN CADRE.
Si la vibrante flexibilité des lignes courbes exprime mal l'idée de résistance qu’on exige généralement des contours
1. I n'y a pas d'exemple de colonnes torses employées dans l’Antiquité classique. Les plus anciennes que l’on connaisse furent cédées par l’exarque de Ravenne Eutichius au pape Grégoire III. Elles ne remontent donc pas au delà du virr° siècle. Assez usitée dans la période romane ; moins souvent utilisée durant la période ogivale ; délaissée à
Fig. 26. — Cartel,en argent ciselé se terminant en cul-de-lampe,
exécuté par la maison Bapst et Falize.
verticaux, ces sortes de lignes, par contre, conviennent admirablement pour établir un lien entre deux lignes parallèles, qui, perpendiculaires au sol, risqueraient, sans leur intervention, de se prolonger indéfiniment et de ne se rencontrer jamais. On sait, au reste, quel rôle important, depuis l'invention de la voûte, les lignes courbes n’ont cessé de jouer dans l'architecture. Elles interviennent aussi fort heureusement dans la décoration, pour adoucir la sécheresse des angles droits, dont la solennelle raideur s'accorde mal avec le caractère conciliant de certains styles. Enfin, partout où la souplesse est désirable, leur emploi s'impose au décorateur.
XXXIV. -— S’AGIT-IL D'UN“CARTOUCHE, D'UN CARTEL OU DE TOUT AUTRE MEUBLE SUSPENDU, LES CONDITIONS D'APLOMB ET DE SUPPORT SE TROUVANT CHANGÉES, L'EM- PLOI DES LIGNES COURBES DANS LE SENS VERTICAL NE PRÉSENTE PLUS LES MÊMES INCONVÉNIENTS.
Ce que nous venons de dire relativement au rôle et à l'emploi des lignes courbes ne s'applique qu'aux objets et aux surfaces qui, portant directement sur le sol, sont soumis à ce qu'on appelle l'équilibre de station. Il n’en va pas de même quand il s’agit de surfaces ou d'objets — cartels, médaillons, chutes, cartouches, tableaux, lampes, etc. — qui sont retenus en l'air, soit par un anneau ou un crochet fixé à leur partie supérieure, soit par quelque soutien invisible ; ou encore de ces balcons, tribunes, tourelles, échauguettes, etc., édifiés en encorbellement. Ces sortes de constructions , d'objets ou d’ornements sont soumis à d’autres règles. Ils obéissent aux lois de l'équilibre de suspension. Leurs
l’époque de la Renaissance, la colonne torse réapparut au xvrr° siècle. Le cavalier Bernin s’en servit pour porter le baldaquin de Saint-Pierre de Rome. Gabriel Leduc lui donna accès au Val-de-Grâce, et Mansart aux Invalides ; mais, malgré ces exemples fameux, elle n'a jamais été en grand honneur.
lignes verticales cessent dès lors de délimiter les masses portantes ; etleurs contours inférieurs,ne devant jamais servir d'appui apparent, peuvent, sans inconvénient, s'inscrire dans une ligne courbe et affecter cette forme très caractéristique qui porte, dans les arts du dessin, le nom de cul-
de-lampe (voir fig. 26).
XXXV. — LORSQU'UN OBJET EST MONTÉ SUR UN PIED, ET LORSQU'IL EST FORMÉ D'UNE SUBSTANCE HOMOGÈNE (MÉ- TAL, CÉRAMIQUE, MARBRE, ETC.), C EST-A-DIRE LORSQU'IL EST FAIT OU PARAÎT ÊTRE FAIT D'UN SEUL MORCEAU, SES CONTOURS INFÉRIEURS PEUVENT, SANS INCONVÉNIENT, RAP- PELER LA FORME DE L'ŒUF OU DE LA SPHÈRE.
Tout objet posé sur un pied peut être considéré comme
suspendu sur ce pied, et ses contours inférieurs peuvent, en conséquence, affecter une silhouette curviligne. Cette silhouette même ne manquera pas de produire un effet satisfaisant si notre objet est exécuté en une matière ductile, tenace, résistante, et s’il paraît pris dans une même masse et formé d’un seul morceau. C’est en tenant compte des qualités de la matière dont ils sont fabriqués, que l'œil prend plaisir à contempler les beaux vases de marbre, de faïence, de porcelaine, ainsi que ces pièces d’orfèvrerie, aiguières, coupes, sau-
Fig. 27. — Exemple de forme ovoïde appliquée à un vase de métal.
cières, etc., dont la partie inférieure dérive, comme forme,
de l’œuf ou de la sphère.
XXXVI. — s1 L'OBJET EN QUESTION EST PRODUIT AU CON- TRAIRE PAR LA RÉUNION OU L’ASSEMBLAGE DE MORCEAUX DIFFÉRENTS, SA FORME GÉNÉRALE DOIT, DE PRÉFÉRENCE, PROCÉDER DU PARALLÉLOGRAMME, DU CÔNE OU DU CY- LINDRE.
Mais quand l’objet dont il s’agit de délimiter le galbe, au lieu d’être pris dans une même masse et fait d’un seul morceau, est obtenu par la superposition ou la réunion de fragments séparés; lorsqu'il résulte, comme une. colonne, par exemple, de tambours de pierre ou de marbre placés les uns sur les autres, ou, comme un coffre, de l’assemblage de pièces de bois unies avec plus ou moins d’art; dans ce cas, les formes recourbées, les contours participant à leur partie inférieure de l’œuf ou de la sphère, ne sauraient être considérés avec satisfaction. Ils dérouteraient l'œil, contrarieraient l'esprit, et le dessinateur accordera pour ces sortes d'objets une juste préférence aux formes qui se traduisent géométralement par un parallélogramme, ou à celles qui dérivent du cylindre ou du cône.
XXXVIT. — au suRPLUS ET D'UNE FAÇON GÉNÉRALE, LES LIGNES DE CONTOUR, QUI DONNENT L'APLOMB À UNE FI- GURE OU A UN OBJET, DOIVENT VARIER SUIVANT LA MA- TIÈRE DONT CET OBJET EST FABRIQUÉ.
Chacune des matières employées couramment dans la confection des œuvres décoratives, possède un certain nombre de qualités spéciales et, comme corollaire, présente dans sa mise en œuvre des difficultés de traitement et des exigences de nature particulière, dont le décorateur est forcé de tenir compte. Il est clair qu’un artiste auquel on commande un modèle de vase, doit se préoccuper tout d’abord de la matière dans laquelle ce vase sera confectionné, et suivant qu’on lui demandera de le faire en céra-
mique, en marbre ou en métal, il lui faudra proportionner les dimensions du pied, la largeur de l’embase, l’importance des points d'appui, le relief des contours, la finesse des profils, à la malléabilité, à la densité, à la résistance de la substance employée. Le galbe lui-même changera suivant la matière. (Voir fig. 28 et 29.) Ne serait-il pas malséant, par