Les Signes inconditionnels de l’art
traire, sa pointe en l’air (fig. 35) les traits prennent un accent de désolation fort remarquable. La constatation faite par Humbert de Superville est-elle absolument nouvelle ? Assurément non. Mais au mérite d’être amusante elle joint l'avantage de préciser et de rendre saisissante une remarque que tout le monde a pu faire, sans en bien saisir l’intérêt et la portée.
Déjà, dans un précédent paragraphe (XXX® proposition) nous nous sommes préoccupé de l’impression produite par la contemplation des divers angles formés par la rencontre de deux diagonales; ici la démonstration est sensiblement
Fig. 33.
différente, car la ligne brisée symétrique n’emprunte pas, comme dans la proposition antérieure, sa valeur sentimentale à l’acuité plus ou moins grande de son angle central, mais, au contraire, à l'inclinaison plus ou moins accentuée des branchements qui s’éloignent le plus de cet angle. Pour le démontrer, élargissons le cadre de notre observation, et prenons sinon un homme, du moins un pantin, et au lieu de mouvementer seulement son visage, agitons encore ses bras. Grâce au double mouvement que présentent nos figures 36 et 37, nous obtiendrons des deux côtés de nos petits bonshommes des angles nouveaux qui conserveront à l'un d’eux son aspect désolé, et achèveront de donner à l’autre un air de contentement indiscutable. Dans chacune de ces figures, cependant, l'angle central est différent de celui
qui donnait un caractère si frappant à notre démonstration précédente. On peut donc en déduire que la sigmification sentimentale d’une ligne brisée résulte exclusivement de la disposition de ses derniers branchements, et la preuve c’est que si nous appliquons une disposition analogue aux petites physionomies empruntées à Humbert de Superville,
nous constaterons que leur expression n’est en aucune façon modifiée par l’adjonction de l'angle pointé qui relie dans chacune d'elles les deux lignes des yeux (voir fig. 38 et 39).
Que conclure de là, car toutes nos observations tendent à des résultats pratiques ? On en doit conclure que le décorateur chargé de mettre en place une garniture de cheminée, ou de grouper les divers objets destinés à décorer la tablette d’une console ou d’un meuble, s’il veut donner un
air de gaieté à cette réunion d'objets, doit les disposer de façon que les branchements extrêmes de la ligne brisée formée par eux se redressent (fig. 43). L’impression contraire,
en effet, ne manquerait pas de se produire si les pointes des deux angles extrêmes étaient tournées en l’air, et si les derniers branchements se dirigeaient vers le sol (fig. 44). Ces mêmes observations trouvent également leur application dans la disposition des cartouches, des trophées,' des
attributs, auxquels on peut communiquer, suivant qu’on le désire, un aspect gai ou lamentable. De même, par un décor. surajouté, on arrive à donner à un objet de forme régulière et qui, par conséquent, n’a pas de caractère décidé (fig. 40), une apparence Joyeuse ou morose (fig. 41 et 42). On peut pareillement, en tenant compte de ces remarques, atténuer le
côté sévère de certaines lignes. Le ressaut qui marquele départ d’une rampe enlève à celle-ci un peu de la tristesse que présentent ses lignes parallèles se dirigeant vers le sol.
Les acrotères placés aux extrémités des frontons romains en corrigent l’austérité et ajoutent quelque gaieté à la façade. Cent exemplés, au surplus, seraient à citer de l’emploi pour ainsi dire instinctif de cette règle, qui, croyons-nous, n’avait jamais été clairement formulée.
XLI. — DANS L'EMPLOI DES LIGNES BRISÉES IL FAUT ÉVI- TER AVEC SOIN TOUTE PROGRESSION ARITHMÉTIQUE, PARCE QUE, DÉPLAÇANT L'APLOMB, ELLE ROMPT L'ÉQUILIBRE ET DÉTRUIT LA SYMÉTRIE.
Supposons que nous ayons trois tableaux de largeur égale, mais de hauteurs différentes, et que nous nous pro-
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