Salon de l’année
aspect trapu qui éveillera des idées de stabilité très sensibles {voir fig. 51 et 52). Ce que nous disons de l’orfèvre, on peut le dire du céramiste, du menuisier, ainsi que du décorateur chargé de la distribution d’ornements ou de l'aménagement de panneaux. On voit par là que ce doit être pour tous les artistes une de leurs premières préoccupations, que de bien régler les proportions des ouvrages qu’ils entreprennent, puisque ces proportions exercent sur le caractère final de chaque objet une influence capitale.
XLVIIT. — LORSQUE LES DIMENSIONS SONT ABSOLUMENT CONCORDANTES, ELLES SE RACHÈTENT; DÈS LORS LEUR EFFET SE NEUTRALISE.
Cette préoccupation de bien régler les proportions des surfaces ou des objets qu’il est chargé d’embellir, s’impose d'autant plus au décorateur, que ces surfaces ou ces objets, pour présenter un caractère saisissant, ne doivent pas comporter des dimensions concordantes. Pour fixer. notre pensée, supposons qu’un édifice, une pièce, un objet, figurent à nos yeux un cube parfait ; quel sera le caractère de cet objet, de cette pièce, de cet édifice? Ils n’en auront aucun. Et, en effet, ils ne provoqueront en nous ni sentiment d’élévation, puisqu'ils ne paraîtront pas élevés; ni sentiments de durée et de stabilité, puisque leur largeur ne sera pas évidente; ni sensation mystérieuse, puisque la profondeur fera défaut. Leurs trois dimensions étant identiques, se rachètent et, produisant toutes trois une égale impression, se neutralisent. L'édifice, la pièce, l’objet, dont nous parlons ne possèdent qu'un seul des éléments de la beauté : l’unité. La variété leur fait défaut, et avec elle disparaît le caractère. |
XLIX. — EN SACRIFIANT UNE DES TROIS DIMEN- SIONS, ON ACCROÎT PRO- PORTIONNELLEMENT LA SIGNIFICATION DES DEUX AUTRES.
Mais il n’est pas toujours possible à l'artiste d'augmenter l’étendue des surfaces dont la décoration lui est confiée, et surtout de développer cette étendue dans le sens qui conviendrait, pour assurer à ces surfaces le caractère qu'on entend leur donner. Par contre, il est presque toujours loisible de diminuer les dimensions de ces surfaces, et par ce procédé on obtient aisément un résultat analogue à celui qu'on cherchait. Ainsi, à mesure que l'on rétrécit la largeur d’un panneau, sa hauteur, quoique restant la même, paraît grandir proportionnellement. Réduit-on, au contraire, sa hauteur, il semble que la largeur i....... " soit augmentée d'autant; ÉET et de la sorte, à l’aide d'artifices ingénieux, le décorateur
arrive à donner aux espaces qu’il a pour mission d’orner, un aspect se rapprochant de celui que leur destination réclame. Nos figures 53 à 55 montrent comment, en réduisant d’un üers soit la hauteur, soit la largeur d’un panneau, on peut changer radicalement le caractère de son ornementation.
L. — LA BEAUTÉ DES ŒUVRES PLASTIQUES RÉSIDANT PRIN- CIPALEMENT DANS LA VARIÉTÉ ET DANS L'EXPRESSION, LE DESSINATEUR HABILE, POUR ASSURER A SA COMPOSI- TION CETTE DOUBLE QUALITÉ, SE GARDE AVEC SOIN DE DONNER AUX FORMES QU'IL INVENTE OU COMPOSE, DES DIMENSIONS CONCORDANTES.
Ce que nous venons de dire dans nos deux propositions précédentes, explique pourquoi le carré, — bien qu'il constitue une figure parfaite, — et la sphère, — bien qu’elle renferme la plus grande capacité dans le moindre contour, — sont aussi peu employés que possible dans les arts de la décoration. L’artiste habile se garde, en effet, de recourir à ces figures, parce que leur impeccable régularité leur enlève tout caractère. Il fait mieux encore. Il sait, par expérience, que l'œil a des exigences spéciales et que les surfaces n’ont, en fait de dimensions, que celles qu’elles paraissent avoir. Aussi prend-il soin, pour prévenir toute confusion, d’accentuer l'expression de ses lignes principales. Dessine-t-il un ovale, il fait bien attention que la courbure allongée de cet ovale soit franchement indiquée et ses deux foyers assez distants pour éviter tout rapprochement avec un cercle. De même, s’il trace un rectangle, il accusera nettement la longueur des grands côtés, pour que ce rectangle se distingue bien du carré. Par cette accentuation, il augmente et précise l'impression ressentie, et il prévient ces fâcheuses indécisions qui, atténuant l'effet produit, abâtardissent les formes et leur communiquent une banalité regrettable.
LI. — LORSQUE L'OBJET DONT IL TRACE LE GALBE SE COM- POSE DE MEMBRES DIFFÉRENTS, OU LORSQUE CET OBJET COMPORTE PLUSIEURS PARTIES, LE DESSINATEUR EXPÉ- RIMENTÉ ÉVITE SOIGNEUSEMENT TOUTE PARITÉ ENTRE CES MEMBRES ET CES PARTIES.
Il importe pareillement, quand une forme se compose de plusieurs éléments, que l’un de ces éléments domine fran-
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chement tous les autres et s'affirme soit en hauteur, soit en largeur ou en volume, de façon à enlever à l'œil toute hésitation, et à empêcher que l'intérêt ne soit également sollicité par les diverses parties de l'ouvrage (fig. 56 et 57). Supposons que nous ayons à dessiner un vase à boire. Ce vase comporte trois éléments : le goulot, la panse et le pied. Suivant les nécessités du programme qui nous sera tracé, nous pourrons choisir un de ces trois éléments comme partie dominante, et, en donnant tour à tour l’importance décisive soit à la panse (fig. 59), soit au goulot (fig. 60), combiner des galbes présentant un certain agrément; résultat qui ne saurait être atteint si nous octroyions à nos trois éléments des dimensions égales (fig. 58). Ce que
nous disons ici d’un vase peut s'entendre d’un meuble quelconque, d'un flambeau, d'un balustre, d’un objet quel qu'il soit. Bien mieux, quand les éléments dont se compose cet
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Fig. 58, Fig. 59. Fig. 60,
objet ne font point corps ensemble, mais sont simplement réunis, ils n’échappent pas à cette règle générale. Ainsi lorsqu'on gratifie un vase ou un NES d'art d’un
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support, il est indispensable qu’un des deux éléments, support ou objet, domine franchement; car l'égalité de hauteur entre les deux parties produit toujours une uniformité déplaisante (voir fig. 61 à 63).
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