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Fig. 61.
LIT. — DANS LA RÉPARTITION DE SES ORNEMENTS, LE DÉCO- RATEUR DOIT ÉGALEMENT PRENDRE UN PARTI, C'EST- A-DIRE ADOPTER UNE DIVISION DOMINANTE.
Ce que nous venons de dire des proportions générales
? , £ ’ F; d'un ouvrage, s'applique également aux ornements qu’on répartit sur sa surface. Pour donner à sa décoration un accent de franchise et pour éviter toute uniformité fâcheuse, l'artiste ne manque pas de prendre de suite un parti, et de
Fig. 64.
réserver une division dominante. Supposons qu'on nous demande de décorer de trois zones concentriques une assiette de dimensions moyennes, et supposons que le marli appelé à fournir l’une de ces zones, se trouve mesurer juste le tiers du diamètre total. Diviserons-nous (comme le montre notre figure 64) notre fond par moitié, de façon que nos trois bandes concentriques présentent une égale largeur ? Assurément non, et soit que nous n’entourions l’ombilic de notre assiette que d’une légère dentelle, soit, au contraire, que nous recouvrions la plus grande partie du fond d'un décor rayonnant {voir fig. 65), nous aurons soin de tenir nos zones sensiblement inégales, de manière
à enlever à notre décor toute indécision, et par conséquent toute monotonie.
De même, si nous avons à distribuer en diverses parties, la décoration d’une paroi de muraille, d’un panneau, d’un placard, d'une porte d’armoire, etc., nous nous arrangerons de façon qu’une division dominante, en retenant les yeux et en fixant l'attention, vienne donner à notre décoration une variété suffisante pour que la monotonie ne naisse pas de la conformité des proportions.
LIIT. — 1L EST A REMARQUER, TOUTEFOIS, QUE CE BESOIN D’UNE DIVISION FERMEMENT DOMINANTE SE FAIT SURTOUT SENTIR DANS LE SENS DE LA HAUTEUR. LA PARITÉ EN LARGEUR ENTRAÎNE, EN EFFET, UNE MONOTONIE MOINS SENSIBLE. NÉANMOINS LE DÉCORATEUR HABILE PREND SOIN DE L'ÉVITER, ET, AUGMENTANT AINSI LA VARIÉTÉ DE SON ORNEMENTATION, IL EN ACCROÎT LE CHARME.
Lorsqu'une décoration n'’affecte pas une forme circulaire ou rayonnante, lorsqu'elle comporte une hauteur et une largeur distinctes, la nécessité de prendre un parti décoratif, c'est-à-dire d'adopter une division dominante dans la répartition de l’ornementation, ne s'impose que dans un sens, celui de la hauteur. La largeur, en effet, subissant les lois de la symétrie, peut supporter une division en parties égales, sans que l’œil s’en trouve choqué, et sans que l’agrément en soit par trop atténué. On n'a pas oublié, au surplus, ce que nous avons dit, dans notre proposition XLIII, des avantages qui résultent de la symétrie et du plaisir qu'elle cause. Mais de quelque secours qu'elle soit pour le décorateur, son abus risquerait de dégénérer en monotonie, si le dessinateur, aussi prudent qu'habile, tout en respectant ses principes, ne s’efforçait d’atténuer ses exigences. Il y parvient ordinairement au moyen des alternances; et, grâce à celles-ci, il introduit dans sa composition une variété et une richesse qui en doublent le charme. Les deux exemples que
nous donnons ici (voir fig. 66 et 67), bien que leur décoration soit réduite à sa plus simple expression et résulte seulement de lignes parallèles, feront comprendre l'avantage de ces alternances et le parti qu’on en peut tirer.
LIV. — LORSQUE LE DÉCORATEUR EST OBLIGÉ D'ORNER UNE FORME PRÉEXISTANTE ET D'UNE RÉGULARITÉ ABSO- LUE, IL PEUT, A L'AIDE D'ADJONCTIONS PLUS OU MOINS CONSIDÉRABLES, ATTÉNUER CE QUE SON DIAGRAMME PRÉ- SENTE D'IMPERSONNEL OU DE MONOTONE.
L'artiste, nous l'avons dit, n’est pas toujours chargé de créer une forme. Sa mission se borne parfois à décorer les objets dont le galbe ne peut être modifié. Lorsque ces objets ne comportent pas cette variété de proportions qui seule peut assigner à leur aspect général un caractère précis, il a recours à certains artifices, et parvient le plus souvent, à l’aide d’adjonctions plus ou moins importantes, à atténuer leur froideur et leur insignifiance. Prenons comme exemple la pomme d'argent absolument sphérique que re-
présente notre figure 68. Sa forme est d’une indiscutable monotonie. Hé bien! en l’agrémentant d'un pied, de deux anses, et en la surmontant d’un bouton, un orfèvre habile