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Fig. 48. — Plat en faïence de Delft.
Exemple de l'emploi raisonné, dans une même décoration, de figures exécutées à une échelle différente.
quand le décor comporte diverses matières mises en œuvre, ou différents procédés d'exécution. Supposons un cabinet porté par des cariatides puissantes, couronné de figures assises, et dont les tiroirs sont décorés de petites scènes en marqueterie d’ébène et d'ivoire. L’œil réclamera l’unité d'échelle pour les figures du couronnement et pour les supports de la base; mais il n’exigera aucune analogie de proportions entre ces figures et celles de la marqueterie.
Un médaillon en camaïeu, une scène peinte en grisaille, peuvent également différer d'échelle avec des figures représentées en couleur naturelle; de même pour les décorations compliquées, où chaque motif est isolé et forme cartouche {voir fig. 84); de même encore pour les sujets tronqués, pour les bustes, pour les médaillons, pour les mufles de lion, les têtes de bélier, etc., que leur mutilation distingue suffisamment des représentations vivantes dispo-
sées dans leur voisinage.
LXIV. — LE DÉFAUT D'ESPACE PEUT ENCORE ÊTRE CON- SIDÉRÉ COMME UNE EXCUSE À UNE RÉDUCTION D'ÉCHELLE. LE DÉCORATEUR HABILE, TOUTEFOIS, PARVIENT, À L'AIDE DE CERTAINS ARTIFICES, À ÉVITER CES DÉROGATIONS.
Une des raisons qu’invoquent les dessinateurs pour recourir, dans une même décoration, à des échelles différentes, c'est le manque d'espace. Une paroi de muraille peut être distribuée en panneaux d’une telle inégalité, que l'artiste chargé de l’ornementation de ces panneaux soit incité, malgré lui, à augmenter ou à diminuer, suivant le cas, les proportions de ses figures principales. Le décorateur expérimenté n’a garde, toutefois, de se laisser entraîner à ces sacrifices, presque toujours funestes. L'expérience lui fournit certains artifices qui permettent de tourner la difficulté. Il peut, en premier lieu, sans changer l'échelle, modifier la taille de la figure principale, en substituant une femme ou un adolescent à un homme, ou encore un enfant à un adolescent, comme l’a fait Raphaël pour les bordures de ses célèbres tapisseries représentant les Actes des apôtres (voir fig. 85). Il y parvient de même en tronquant le personnage et en remplaçant la figure en pied par un buste ou par un médaillon. En second lieu, on peut élargir ou rétrécir la composition, en développant ou en concentrant les ornements qui accompagnent le motif principal, sans tou-
cher aux proportions de celui-ci. Comme le dit fort bien M. Mayeux', « la méthode à suivre pour le maintien de ‘échelle, consiste à simplifier ou à multiplier les motifs, et non pas à les réduire ou à les agrandir. »
LXV. — ENFIN, DANS QUELQUES CAS SPÉCIAUX, LE DÉ- CORATEUR PEUT PRENDRE VOLONTAIREMENT CERTAINES LICENCES. IL Y RECOURT SURTOUT DANS LES REPRÉSEN- TATIONS SYMBOLIQUES, OÙ L'EXACTITUDE D'ÉCHELLE EST SOUVENT IMPOSSIBLE, ET LORSQU'IL VEUT, PAR L'IMPOR- TANCE DONNÉE A UN ATTRIBUT, RAPPELER UN FAIT OU CARACTÉRISER UN PERSONNAGE.
Il est encore certaines circonstances où le décorateur est amené à s'affranchir des règles que nous venons d'indiquer, et à appliquer volontairement une réduction importante d'échelle ou une proportionnelle augmentation à quelques parties essentielles de sa composition. Cette licence, pour le premier cas, lui est imposée par l'impossibilité de faire tenir dans l’espace assigné certains éléments décoratifs absolument indispensables. Dans le second cas, elle est commandée par la nécessité d'appeler spécialement l'attention sur quelques objets particuliers, parce que leur présence détermine d’une façon plus précise la nature du sujet représenté, ou sert à caractériser un personnage.
Au Moyen Age, on a fait grand usage de la réduction d'échelle, et l’on pourrait citer une quantité de bas-reliefs où l'on voit de saints martyrs décapités à la porte d’une tour ou d’un donjon, qui n’est guère plus élevé que la figure du bourreau. Les plus grands maîtres de la Renaissance, eux aussi, se sont permis parfois de ces licences. Le Mariage de la Vierge, par Raphaël, en fournit un exemple illustre entre tous. Le temple, représenté dans