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Fig. 85. — Fragment de la tapisserie représentant la pêche miraculeuse. (Suite des Actes des apôtres, dessinés par Raphaël.) Exemple de l’heureux emploi de figures d’enfants associées, par suite du manque d’espace, à des personnages adultes.
le fond, infiniment trop petit, est hors de proportion avec les personnages du premier plan. Ajoutons que son rôle se borne, dans ce chef-d'œuvre, à caractériser la portée religieuse de la scène. C’est un simple attribut. L’Antiquité, de son côté, s’est constamment servie des agrandissements» plaçant sur ses camées et sur ses médailles, à côté d’une figure vue en pied et de dimensions réduites, un énorme trident ou un hibou colossal chargés de personnifier Neptune ou Minerve. L’art moderne a eu également recours à ces moyens de frapper les veux et l'imagination. On remarquera que dans toutes les compositions formant l’Ærstotre du roy, Le Brun donne à Louis XIV une taille supérieure à celle des principaux assistants, quoique le Grand Roi, nous le savons, fût d’une stature au-dessous de la moyenne. C'est que Le Brun, en artiste prévenant et en courtisan habile, tenait à concentrer toute l'attention du spectateur sur le prince généreux dont il retraçait les hauts faits.
De nos jours, un peintre qui voudrait représenter une allégorie de la Marine ou de la Guerre serait obligé d’assigner à la plupart des attributs distinctifs qu'il placerait dans son tableau, aux ancres, aux cabestans, aux canons, etc., des dimensions très inférieures à celles qu'ils ont dans la réalité. Personne ne songerait, cependant, à se formaliser de cette dérogation, ni même à s’en montrer surpris *. Remarquons que le plus souvent l'artiste prend lui-même le soin de devancer les critiques qui pourraient lui être adressées. Se conformant aux prescriptions que nous avons développées dans notre huitième proposition, il choisit ses attributs parmi les types consacrés, et se garde de leur donner, par une maladroiïte imitation, un aspect trop réel. Néanmoins ces figures hors d’échelle deman-
1. On peut citer également dans l'Antiquité un certain nombre d'exemples de ce genre, notamment la Victoire de Samothrace, aujourd'hui au Louvre, et qui est hors de proportion avec le navire qui la porte.
dent à n'être employées qu'avec une certaine discrétion, et seulement lorsque leur présence est jugée nécessaire.
LXVI. — LES COULEURS PEUVENT, DANS UNE LARGE ME- SURE, CONTRIBUER A MODIFIER LA DIMENSION APPARENTE DES OBJETS ET DES SURFACES.
La disposition heureuse des lignes principales de sa décoration, ainsi que le choix intelligent de l'échelle ne constituent pas la seule ressource que l'artiste ait à sa disposi-
Fig. 86.
tion pour modifier les dimensions apparentes d’une surface ou d’un objet. Les couleurs lui sont, elles aussi, d’un grand secours. Deux surfaces d’égale grandeur semblent en effet de dimensions très différentes, suivant qu'elles sont teintées en noir ou en blanc. Si l’on veut bien examiner notre figure 86, qui contient deux carrés égaux, l’un blanc sur fond noir, l’autre noir sur fond blanc, on reconnaîtra que de ces deux carrés contemplés à une certaine distance, le premier paraît sensiblement plus grand que le second. Cette illusion porte un nom en physique : on l'appelle le phénomène de l'irradiation. Procédons à une autre expérience. Notre figure 87 nous offre deux carrés blancs alternant avec deux carrés noirs. Eh bien, si nous considérons avec attention et, en les éloignant un peu, ces quatre
carrés, les deux blancs nous sembleront joints entre eux par une espèce de point de même couleur. Cette illusion provient de ce que les cercles de dispersion se rejoignent à cette place. « Tout le monde sait, au surplus (comme le remarque fort bien M. J. Bernstein‘), que les personnes habillées de blanc paraissent plus replètes que lorsqu'elles sont habillées de noir. » Trois cents ans avant Bernstein,
Fig. 87.
Léonard de Vinci avait noté l’observation suivante : « J'ai remarqué, en voyant une femme habillée de noir, laquelle avait sur la tête un linge blanc, que la tête lui paraissait deux fois plus large que les épaules?. » Voilà donc une constatation bien établie.
Si de ces deûx extrêmes, le noir et Le blanc, nous passons aux tons intermédiaires, nous découvrirons : 1° que, participant des mêmes lois, les objets ou surfaces colorés de nuances très claires paraissent, à dimensions égales, toujours plus grands que ceux teintés de noir ou de brun; 2° que les objets et les surfaces nous semblent d’autant plus petits qu'ils sont plus éloignés, et réciproquement; 3° enfin, que la couleur des objets devient d'autant plus confuse que ces objets sont à une plus grande distance. — En pos-