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VIII AVERTISSEMENT

vés, a été exécutée avec une attention exceptionnelle, et nos gravures, relativement très nombreuses, — plus de cent par volume, — peuvent lutter comme finesse et comme beauté avec celles des publications de grand luxe. Le caractère, entièrement neuf, a été, après de nombreux essais, choisi par l’auteur luimême, à cause de ses qualités de netteté et de lisibilité; enfin le papier, d’une pureté absolue, exempt de charge, et la reliure souple qui les enveloppe, achèvent de faire de ces jolis volumes de véritables petits modèles de typographie.

Faut-il ajouter que si nous leur avons donné ces qualités d'élégance et de recherche, c’est que nous avons voulu que leur possession pût être souhaitée par tous les jeunes gens comme une récompense? La petite bibliothèque des Arts de l’ameublement a, en effet, sa place marquée dans toutes les mains. Sa lecture comporte la meilleure des « lecons de choses » qu'on puisse désirer ; car les curieuses questions qu’elle apprend à résoudre sont de chaque jour, et leur solution, tout en formant notre goût, nous enseigne mille faits généraux qu'il est indispensable de connaître.

CHarzes DELAGRAVE.

Î[. — LE BESOIN DE PARER SA PERSONNE, D'ORNER LES OB- JETS DONT IL SE SERT, DE DÉCORER LES ENDROITS QUIL HABITE, EST NATUREL A L'HOMME. CE BESOIN SE MANI- FESTE DÈS L'ORIGINE DE TOUTES LES CIVILISATIONS ET PEUT ÊTRE CONSIDÉRÉ COMME UN DES SIGNES DISTINCTIFS DE L'ESPÈCE HUMAINE.

L'amour de la parure figure au nombre des besoins instinctifs de notre espèce. Il est en quelque sorte inné chez nous, et se manifeste dès le plus jeune âge avec une intensité très particulière. Une fillette seule au milieu des champs, et sans que personne s'occupe d’elle, saura, à l’aide de fleurs ou de feuillages, se fabriquer un collier, une couronne, une ceinture, un bracelet. Qu'un cerisier soit à sa portée, elle se confectionnera des boucles d’oreilles. Avec des mûres elle se fardera le visage. Si elle habite la ville, laissez entre ses mains du papier, quelques lambeaux d’étoffe, des rubans, des perles fausses, des fleurs artificielles, elle s’appliquera à créer une foule d’or-

nements souvent bizarres, parfois gracieux et toujours ingénieux, dont elle couvrira sa tête, ses bras, son cou et même les vêtements qu’elle porte. S'agit-il d'un garçon? Il fabriquera en papier des chapeaux, des plumets, des croix, des colliers. Aïnsi, aux champs comme à la ville, sans qu'on puisse, par conséquent, invoquer l'influence des milieux, sans maître, sans guide, sans initiation extérieure, par suite d’une espèce d’intuition inexpliquée, l’enfant, presque au sortir du berceau, alors que ses sens et son esprit s’éveillent à peine, imagine, combine et dispose les principaux ornements qui formeront plus tard une des préoccupations majeures de sa vie.

Est-il nécessaire d’ajouter que ce que nous voyons se produire autour de nous n’est pas particulier à notre race, à notre état social, à notre temps? Cet amour de la parure qui apparaît chez nos enfants à l’aurore de la vie, se retrouve chez tous les peuples. « L'art précède la science, » a dit Lamennais!. Il précède même la civilisation. Avant de se vêtir, l’homme à l'état de nature songe à se parer. Avant de chercher à se garantir du froid ou de la chaleur, du vent ou de la pluie, il décore sa tête d’une plume, ses épaules de colliers faits de dents de chien, de loup, de chamois ou de renne; ses bras de cailloux percés et retenus par un fil, et ses oreilles de coquillages, de pendeloques d’ambre, de silex ou de marbre. Cela fait, il orne sa femme, ses armes, ses dieux, ses temples, sa maison, tout ce qui lui est cher et précieux, tout ce qu’il aime, craint ou vénère. Même chez les peuples pasteurs, qui, par leur vie nomade, leur absence d'industrie et leurs constantes migrations, semblent devoir, mieux que les autres, échapper à ce genre d’obsession, l’amour de la parure se manifeste avec une puissance indiscutable. Éliézer, se rendant à la fontaine où il doit rencontrer Rébecca, a soin de se munir

* 1. De l'Art et du Beau, p. 5.

d’une fibule en or et de deux bracelets. Thamar, avant de s’abandonner à Juda, exige comme gage son bracelet et son anneau. Gédéon, en récompense de sa victoire, réclame les pendants d'oreilles des Madianites. « Eve, dit malicieusement lord Byron’, travailla dans les modes avec les feuilles de figuier. C’est la première connaissance que l'Église tira de l'arbre de la science. » — « On a eu la passion des colifichets avant de sentir le besoin de l'indispensable, écrit de son côté Quicherat, tant a eu raison celui qui a dit que le superflu est ici-bas la chose la plus nécessaire?. »

II. —— BIEN QUE TOUS LES ARTS PLASTIQUES CONCOURENT DANS UNE MESURE PLUS OU MOINS LARGE A LA DÉCO- RATION, ON DONNE PLUS SPÉCIALEMENT LE NOM D'ARTS DÉCORATIFS A CEUX QUI ONT POUR BUT, NON PAS LA CRÉATION D'UNE ŒUVRE D ART INDÉPENDANTE, MAIS L'OR- NEMENTATION D'UN ENSEMBLE DE CONSTRUCTIONS, D’UNE PIÈCE, D'UNE SURFACE OU D'UN OBJET PRÉALABLEMENT EXISTANT.

C’est dans ce besoin naturel, inné, instinctif en quelque sorte, que tout homme éprouve d’embellir ce qui lui appartient ou l'approche, qu'il faut chercher l’origine des principaux arts. Compagnons assidus de l'existence humaine et suivant les développements des civilisations les plus diverses, les arts plastiques, — les seuls dont nous ayons à nous occuper ici, — ont revêtu dans leur marche à travers les âges des formes extrêmement variées et subi, malgré leur origine commune, des classifications plus ou moins justifiées. C’est ainsi qu'après avoir été longtemps répartis d’après la nature des matériaux qu'ils mettaient en œuvre, ils se trouvent à l’heure actuelle, et depuis près d’un siècle,

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