‹ La decouverte des sources du Mississippi et de la rivière sanglante. Description du cours entier du MississippiChapitre 13 sur 15 · LETTRE VIII · texte numérisé non relu

LETTRE VIII

De h Colonie SELKIRK, ou de la Baie d 'HUD- SOJV^ aux Sources du MISSISSIPPI, et de la RIVIERE SJlJVGLAJS TE.

Des Sources Juliennes du Missittippif et de la Rivière Sanglante, 31 Août 18:24.

Je vous écris au milieu des déserts, sous la voiilp du Ciel, à l’ombre d’un grand érable, qui Die protège des ra^'ons brulans du Soleil; d’une solitude, dont le silence n’est interrompu, que par des oiseaux inconnus, et des bêtes Sauvages; mais, où mon cœur et mon âme éprouvent les plus douces sensations, où. quasi nouveau Colosse de Rhodes, je touche de mes pieds deux des points les plus ii^téressans du globe; lieux fameux, objet de tant de recherches, et où nul mortel, avant moi, n’avait porté ses pas. Ce moment, après celui, qui m’apprit à apprécier ce trésor d’amitié. que j’ai perdu, est, et sera à jamais le moment le plus beau de ma vie.

La position de Pembenar m’indiquait, comme du doigt, que vers le S.-E. je trouverais, peutêtre, ce qui avait été jusqu’alors le but principal de mes promenades, dans ces régions Sauvages, et lointaines ; je me décidai bientôt à suivre cette direction. Mais il y avait de grandes difficultés à vaincre. Personne de ce pays là ne connaissait ni le chemin, ni la Rivière Rouge, au-dessus de l'endroit, où la Rivière Voleuse s’y jette. Tout le monde me représentait les dangers, auxquels j’allais m’exposer, parmi des Sauvages, qui passent pour être très féroces, et qui ne sont pas encore les amis des Américains. Je trouvai cependant AexwCypowais. qui. ayant perdu deux de leurs compagnons à la Rivière Cayenne, allaient

préciaénKMit an Lac Rouge, pour exciter, ses pa> reiiH el leur Nation, à le venger des Sioux, les Yniictons^ qui l’avaient tué et écartelé. Un Bois Brulé s'offnl de me conduire jusqu'à la Rivière Voleuse, avec sa charette. pour transporter les vivres, et mon bagage ; il se chargea aussi de me pnicurer une monture, pour ma route, et de me servir en même tems d’interprête. Je les engageai tous résolument. J’étouffai les nouvelles inquiétudes, qu’on voulait me donner, et au mo^en desquelles on cherchait en vain à intimider mon âme, qui est au-dessus de - la crainte; et le 9 du mois, qui' finit. Je laissai Pembenar, le Major et mon cheval. Je vendis ce dernier comme inutile et à charge dans une promenade à travers de pays inconnus, de forêts épaisses, de lacs, et de rivières profondes. Je le quittai malgré moi, ce fidèle Buffiatoe, l’intrépide compagnon de tant de courses et de chasses. J’aurais désiré pouvoir le conserver, et le transporter avec moi en Italie. Il eût été un objet de grands souvenirs, et la jalousie lie Milord, que j’aurais puni par là, s’il existe . encore, de m’avoir cassé une cuisse. Si j’eusse pu te mettre dans mon portefeuille, il eût sans doute rentré avec moi. Je vous assure. Comtesse, q e ce beau cheval serait un second Bncéphâle, s’il était monté par un autre Alexandre, et un nouveau Sénateur, s’il appartenait à un autre Catigula.

Je dois rappeler avec reconnaissance, l’amitié, que le fils du Colonel Snelling me témoigna dans cette circonstance, par les appréhensions vives et sincères, qui troublaient son cœur sur mon -sort. Il quittait aussi le Major, et s’en retournait. par la voie du LacTravers, au Fort St. Anthony. Il me laissa en pleurant, et en s’écriant : Q«e dim mm père ! Ce ne fut pas sans regret, que je me séparai du Docteur .Say. professeur de Zoologie à Philadelphie, homme, qui joint une noble modestie au vrai mérite, qui le distingue.

L’expédition semblait devoir descendre jusqu’au Lac VViiinipic, remonter la rivière du même nom; celle des Bois, (of the Woods,) traverser le lac de ce nom. remonter la rivière de la Pluie; et du lac de ce nom. descendre au Lac Supérieur; traverser ensuite les lacs Huron, St. Clair et Erié. jusqu’au canal de Buffdoe, et rentrer par celui ci, et la voie de New York, à Philadelphie. Je laisse ces Messieurs aux soins de la Providence, pour revenir à mon sujet, et reprendre ma route.

Les deux premiers jours de marche, après notre séparation, je n’éprouvai, que quelques difficultés, en passant par des endroits de loups, où me-i guides sauvages avaient à improviser le chemin pour aller plus vite préparer leur vengeance. Leur housole naturelle était aussi exacte que celle de Gioja d’Âmalphi. Je v< us ai déjà dit avec quelle facilité ils improvisent le chemin et ‘de jour et de nuit, quand même les astres, leurs guides, se cachent à leurs )'eux.

Le troisième jour, des obstacles insurmontables nous forcèrent de laisser la charette, et de. charger les deux chevaux de tout mon petit train de bagage, et je me trouvai conséquemment obligé de me servir du cheval de St. François.

L'interprète me disait, qu’il fallait suivre aveuglement cette sorte de gens ; car, à la moindre contradiction, ils nous auraient plantés là; j’eus donc toutes sortes de ménagemens pour eux.

Nous nous arrêtions quand ils le voulaient, nous fumions, quand ils le voulaient, quoique je ne fàme que par formalité : ils mangeaient quand ils voulaient de tout ce que j’avais; et, de plus, je les régalais souvent de coqs de bruyère, que je tuais en quantité sur le chemin. Le Sauvage, n’ayant ni poudre ni plomb à jetter, et ne tirant que très rarement au vol, n’est pas fort expert dans cette manière de chasser ; mes compagnons étaient donc très étonnés de l’adresse, avec laquelle j’a-

battais le gibier, presque à tous coupa ; et, de mon côté, je cherchais à jimtitier d»- mou mieux, le nom, qu'ils m'avaient donné, pour leur inspirer une opinion impo ante sur mon compte. J’aurais voulu comme les premiers Espagnols, passer pour un être surnaturel, afin de les pénétrer de respect et de soumission ; mais la malice la plus raffinée a pria maintenant la place de cette espèce de simplicité, qui les distinguait autrefois, et ils sont devenus plus féroces et plus barbares, à mesure qu’il' se sont apperçus, que les Blancs les regardent comme utie classe inlérieure ; qu’ils s’approprient leurs terres, sous prétextes de les détendre, et qu’ils rendent esclaves *de leur avarice, en faisant semblant de les favoriser de leur commerce. Ils m’appelaient le Grand Guerrier, je leur en fis demander l’explication, ils répondirent qu’ils avaient rêvé que je l’étais ; et leurs rêves sont toujours pour eux des oracles itilaillibles. Me voilà donc Kiicy Okiman.

Le quatrième jour, je tuai un ourson blanc, et un des sauvages en tua aussi un autre; il parait que la mère avait déjà eu le même sort, car nous la cherchâmes en vain. Avec un peu de pain j’aurais été aux noces, car des coqs de bruyère et des oursons sont des morceaux très friands ; mais tout Pembeiiar ne pût me fournir ni un grain de froment, ni une once de farine.

L’ours blanc est la seule bête féroce de ces régions, qui soit dangereuse. 11 vous attaque presque toujours, et toujours s’il est affamé. L’année passée un de ces animaux s’élança dans un bâteau de Bois Brûlés, au moment que l’équipage se délas.sait près du rivage ; il en saisit et en emportatun. en le trainant entre ses jambes ; heureusement des Sauvages chassaiest tout près de là ; ils accoururent aux cris, que poussait ce malheureux, et tuèrent l’ours lorsqu’il tenait encore sa proie. Ce malheureux ne fut que blessé;

c’est lui-même qui m’eu a fait le récit, et m’en a vendu la peau.

L’ours noir, au contraire, est extrêmement timide, et fuit toujours. Après le Butfaloe, c'est l’animal le plus utile aux Sauvages. Sa peau, sa chair, sa graisse, ses nerfs, ses ongles et ses dents ; tout leur sert à quelqu'usage.

La Nature déploie en lui des traits singuliers. Il ne se nourrit, que de fruits, pendant l'été, et l’automne ; et c’est alors, que les .Sauvages vont l’attendre, dans les endroits abondant: en fruits, et le tuent. Quand le froid commence, il vase cacher ou dans le creux d’un arbre, ou dans des trous, qu’il se creuse lui-même sous terre. Il s’y tient immobile, comme frappé d'un profond assoupissement, pendent tout l'hiver. Il se nourrit en se suçant les pattes, d’où semble couler la graisse, dont son corps est couvert. Les Sauvages découvrent sa demeure, tantôt par le moj^en des chiens, qui le flairent, tantôt par la place que son haleine découvre dans la neige, et ils le tuent sans qu’ils fassent le moindre mouvement, ni la moindre résistance; de sorte que on la pique ou la lance suffit pour le tuer. Au printems, quand il sort de sa tanière, il s’occupe premièrement de délier ses facultés corporelles, qui ont demeurées suspendues, ou paralysées, pendant tout l'hiver. Il se purge avec des simples diurétiques, que la Nature lui indique, mieux, que nos médecins, et nos botanistes. Mais comme une si longue abstinence, et cette purgation, ont naturellement aflaibli son estomac, et qu’il lui est nécessaire de suivre un régime léger, il commence par le poisson.

La manière, dont il fait la pêche, est tout-à-lait singulière. Assis sur ses pattes de derrière, aux bords d'une rivière ou d'un lac, il s’y tient tellement immobile, qu’on le prendrait pour un tronc d’arbre, et qu'il trompe l’œil perçant du Sauvage lui-même. De sa patte droite, il saisit, avec

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une vitesse et un addresse incroyables les poissons. qui passent sans déâance sous ses yeux, et les jette de côté. Quand il a abondamment fourni à sa table, il se régale d'une portion, et cache le reste afin de le retrouver au besoin, pendant le jour. On dirait, qu'il sait très bien, que la pêche ne se fait que le matin, et le soir. Il passe ensuite à une nourriture plus solide, à la chair de bête, qu'il chasse, ou qu'il trouve n^ortes ; et de là. il retourne aux fruits. De façon qu'il est successivement piscivore, carnivore, et frugivore, à des périodes fixes de l’année.

Nous arrivâmes le cinquième jour à la Rivière Voleuse, ( Wamam Watpà en Siaux, et Powisci Sibi en Chÿpoways.') ainsi appelée, parcequ’un Sioux, qui fuyait la vengeance, qu’il s’était attirée par un meurtre, s’y tint caché pendant plusieurs , années ; ayant su se dérober toujours aux yeux de ses persécuteurs, et à ceux de ses ennemis, au milieu desquels il se trouvait. Nous la côtoyâmes par terre jusqu’à l’endroit où elle se jette dans la Rivière Rouge, et là mes Sauvages découvrirent leur canot, qui était caché dans les broussailles.

On m’avait assuré à Pembenar, que des Bois Brûlés s’étaient rendus à ce confluent, pour y bâtir des huttes, afin d’y faire la chasse pendant l’hiver, et que quelqu’un d’eux pourrait certainement m’accompagner, et me servir d’interprête jusqu’au Lac Rouge, et plus loin, si je le desirais ; mais nous n’y trouvâmes personnes. Les Chÿpoways les en avaient chassés, ainsi que nous l’apprîmes d’un d’eux, et ils étaient allés s’établir à environ 100 milles plus bas. D’un autre côté, mon interprète de Pembenar ne pouvait absolument continuer à me suivre. Outre les chevaux et la charette, qfu’il avait à reconduire, d’autres raisons puissantes l’en empêchaient. 11 fallait donc me décider ; et je me livrai seul à mes deux Sauvages.

Nous n’avions pas oncore remonté la rivière, l’espacede deux miles, qu’ilss’arrêtèretil.el firent une offrande de viande sèche et de tabac kMiciliki, le JWaai/OM des eaux. C’était un pieu, peint en rouge, planté sous une espèce de Saeellum, comme ceux de l’Antiquité ; et la cérémonie n’est pas moderne. Ils furent, cette fois-ci. plus généreux envers leurs Dieux, que les Sauvages ne le sont en.pareillc circonstance ; il est vrai, qu’il payèrent leur tribut à mes dépens.

Les fréquens rapides, (pie nous avions rencontrés pendant cinq ou sixinilles, et qui nous avaient forcé de marcher toujours dans l’eau et sur des roches pointues et tranchantes, nous avaient beaucoup fatigués, et l’appétit nous invitait aussi à faire une pause. Nous nous arrêtâmes, et après avoir mangé, je m’endormis sous un arbre.

Des coups de fusil me réveillèrent, je me lève, et j’apperçois, de l’autre bord de la rivière, cinq ou six Sauvages, qui avaient mine de vouloir la la passer. En me voyant ils semblèrent saisis d’étonnement et de peur, et prirent précipitemment la fuite. Un de nos Sauvages fut blessé. C’étaient les Sioux qui avaient tiré sur eux. J’étais déjà connue parmi les Indiens de cette nation pour le Fotika-Wasci-cio-honsca, le Grand Chef gui vient de loin ; et ma haute taille et mon beau cheval m’avaient encore rendu plus remarquable à leurs yeux, parce qu’ils sont grands admirateurs de ces deux choses. En me revoyant, ils crûrent, que toute l’Expédition était là, et se sauvèrent ‘à la hâte, de crainte même d’être leconnus. C’est la pensée, qui se présenta la première à mes réâé.xions ;je la saisis et j’en profitai. Nous sautâmes dans notre canot, je remplis, de tous mes efforts, les fonctions du blessé, qui avait le bras gauche percé ^ulre en outre, et l’épaule droite effleurée. La balle n’avait pas touché l’os du bras, et la blessure de l’épaule

n’ayait offensé, que les tegumens. Le soc de

quelques racines, qu’ils firent bouillir, fût le beau- BOf* dii paiibemeiit ; le duvet d’une peau de Cygne, que j’avais achêiée à Fembenar, tint lieu de char- '

pif*, mon mouchoir de bandage, et de l’écorce d’un arbre, qu’on appelle Owigoè^gÿ, ou boisblanc, lui'servit pour mettre son bras en écharpe. Nous navigàmes jusqu’au soir, et ne vîmes plus rien.

Mes intrépides champions ne voyaient que Sioux. Le bruit le plus léger du vent, ou de l’eau, l’ombre d'un arbre, ou d’un rocher, tout était Sioux. Je m'apperçus qu'ils complottaient, car ils évitaient mes regards ; je ne doutai pas un seul instant, qu’il ne s’agît de- me planter là. Je prix le parti de les faire rembarquer; il m’était plus facile jde les garder, dans le canot. .Vers minuit nous nous arrêtâmes. Je n’avais pas beaucoup à craindre de rester sans canot, car j’avais déjà deviné, que. leurs projets étaient de continuer leur voyage par terre, en prenant une route qui les conduirait en deux jours au Lac Rouge, tandis qu’il en fallait plus de six par la Rivière.

Cependant je crus ne devoir négliger aucune précaution ; en conséquence, je tirai le canot à terre ; je l’amarrai à un arbre par un corde, dont j’attachai un bout à ma jambe, et je me couchai à côté d’eux, de manière, qu’ils ne pussent se lever sans me réveiller, si jamais je venais à m’endormir. Ces précautions, mon fusil, et mon épée entre mes jambes, les tinrent tranquilles toute la nuit.

Le lendemain matin ils s’embarquèrent sans difficulté. Mais c’était pour atteindre un certain endroit, d’où la traversée par terre était plus courte. Je pouvais leur faire violence, car, certes, je ne les craignais pas; j’avais pris même la précaution de mettre de l’eau d^ns le canon de leurs fusils ; mais je n’aurais fait, qu’irriter leur nation, dans des endroits, où elle était despote,

«t où je n’avais à espérer du secours, que de moi-

même, et de la Providence. Je les laissai partir Ils me firent comprendre ce que j’avais déjà compris, qu'ils s’en allaient. Ils m’invitèrent à les suivre, et à laisser le canot, les vivres, et mon bagage, ^chés dans les broussailles. Je 6s mes réâexioiis. Je médis: la rivière est mon chemin sûr ; j’ai un canot et des vivres, un fusil, une épée, et de la munition. D’un autre côté, suivre des -barbares, qui ont la lâcheté d’abandonner un étranger, qui leur a été conâé à Pemberiar, par leurs intimes connaissances ; qui les a soignés comme des frères, et sauvés des mains de l’ennemi, pansés et aidés charitablement; m’exposer avec eux dans des forêts inextricables, au milieu de marais et de lacs, abandonner, à la merci de mille accidens, mon bagage, mes vivres, et les présens, indispensables, dans uu paye Sauvage. Ma résolution fut bientôt prise. Après leur avoir fait comprendre inutilement, que les Manitoux, et les hommes les puniraient d’une telle scélératesse, je leur dis et 6s signe impérieusement de s’en aller. • v> ■

je crois. Comtesse, que vous sentez mieux, qu’on ne peut l’exprimer, la situatiofi affreuse, où je me trouvai dans ce moment critique. Moiméme je frissonne, comme vous, toutes les fois que j’y pense. Heureusement je n’en fus point épouvanté alors. Malheur à nous si, en pareilles circoQstances, le découragement s’empare de notre âme !

A l’indignation, dont naturellement je devais être animé contre ces misérables, succéda le calme le plus parfait ; et je tournai la tragédie en comédie. Je débutai par rire de mon aventure. et commençai à croire, que j’avais eu tort de «le pas ajouter foi à celles, que j'avais lues de Robinson Crusoé. ütt bon déjeuner, qui me for- tiâa l'estomac et l’esprit, fut le second pas dans ma nouvelle carrière romanesque. Je préparai, ensuite, mou fusil, pour me déiéiiUre en cas d’at-

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taque par les ours blancs, qui abondent sur la Rivière Rouge. Pour les Sauvages, j'étais déjà si habitué à les voir, et quelquefois meme à les mépriser, que je ne les craignais aucunement.

Cette solitude. Comtesse, que les romanciers n'auraient point trouvée aussi douce, que celles qu'ils se plaisent à nous forger dans leurs ou^s vrages, me frappa d'abord de quelques idées terribles ; mais ce ne fut, peut-être, que pour éprouver mon- âme, et mon courage, et les élever audessus du vulgaire.

Jamais la Providence ne m'offrît une occasion plus favorable de pouvoir, sans vanité, sentir l'estime de moi-même, et la modestie eut la complaisance de m'en laissex jouir ouvertement, afin que je pusses toujours plus apprendre à en être digne. Mais votre âme est trop agitée sur mon

sort Vous êtes empressée de connaître ce que

je devins Je vais lever la toile.

Il faut partir, me disais-je, d'une manière quelconque : je sautai dans mon canot, et commençai à ramer. Mais je ne connaissais nullement l’art magique de diriger seul un canot, et encore moins un canot d’écorce, dont le courant maîtrise la légèreté, et le rend d’une manœuvre extrêmement difficile. Souvent au lieu de monter, je descendais ; ce qui n’abrégeait pas mon chemin.

De nouveaux efforts me firent perdre l'équilibre; le canot chavira, et l’eau y entra en abondance. Toute ma cargaison fut mouillée. Je sautai dans l'eau, le tirai à terre, et le mis en carène. Ensuite je le chargeai de nouveau, ayant soin de tourner en dessus la partie mouillée de mes effets, afin que le soleil pût la sécher, et je repris ma route.

Vous êtes en peine. Comtesse, sur l’embarras, où vous croyez me voir; sur les difficultés, et le manque de moyen de continuer. Cependant je prenais tout cela très philosophiquement, et avec une résignation, qui ne m’est pas très ordinaire, comme vous le pensez fort bien. Je ne cessais

ne

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de rire. Je memifl à l'eau jusqn^à la ceinture, et commençai une |>roinoiiade «l'un nouveau genre.- Je inarcliais tout bonnement dans la rivière, et tirai» après moi, le canot, par une corde de cuir de BulTaloe, que j'avais attachée à sa proue.

La journée du ICt fut ainsi employée, et je ne m'arrêtai, que le soir. J'aurais du être latigué : je ne l'étais pas du tout. Je vous laisse à imaginer les pensées, que mon âme passait en revue, pendant que je trainais mon canot, une corde sur l’épaule, une rame à la main, qui me servait de soutien, le dos courbé, la tête baissée, taisant ta conversation avec les poissons, traçant des méandres éternels dans la rivière, pour trouver les eitdroits, où la hauteur de l'eau me permît de passer.

Je débarquai et cachai mon canot. J'étais tout mouillé, comme de raison. Je me serais bien allumé du feu, mais les Sauvages m'avaient emporté mon briquet, et je ne pus jamais réussir à en faire avec, mon fusil. Je ne pus donc me sécher de toute la nuit, et lorsque le lendemarn je repris mon cbemin, mes habits ne craignaient point du tout le contact de l'eau, car iis étaient aussi imbibés, que quand ils en étaient sortis le soir.

La journée du 16 ne fut pas agréable. Un orage, qui commença avant midi, m'accompagna jusqu'à la nuit. Néanmoins je ne relâchai, qu’un instarù pour manger. Je vis l’œuvre de la Providence dans cette vigueur physique et morale, qui me soutenait dans cette lutte terrible. Le soir je me chauffai à la même cheminée, que la nuit précédente. Ma peau d’ours et ma couverture, qui constituaient tout mon lit. étaient entièrement trempés ; et, ce qui est pire, la moisissure commençait à menacer mes vivres. Je fus presque tenté de croire que ce n'était plus des promeirndes, mais que je commençais à voyager, et même fort peu à mou aise.

Dans la matinée du 17, le soleil dorait la aoiifude épouvantable, qui m’environnait. J’en profitai. J’étendis mes vivres, et moti bagage, mon fusil, et mon épée. Je m'étei»lis moi-miêiae. La

E oadre, heureusement bien enfermée dans des oîtes de ferblanc. était la seule chose, qui eût échappé au contact de l’eau.

La nécessité rei>d l’homme industrieuK. J’avais grandement besoin de le devenir, pour poavoir continuer ma route. La rivière, à mesure ■que je ta remontais, devenait plus étroite, et plus pro^de, comme toutes les rivières, qui sortent des lacs. Il fallait donc apprendre absoèument à conduire le canot avec la rame. C’est ce que j’étudiais sérieusement ; et dans l’après-diner, <}uand je levai mon camp, je réussis tant bien que mal à passer d’abord quelques gouffres profonds, et ensuite a parcourir de petites distances de la Tivière ; mais j’endurais une fatigue extrême, et je préférais retourner à ma corde, quand la rivière me permettait de m’y promener. Comme le temps semblait encore me menacer de la pluie je couvris mes eüèts de «on parapluiè, planté droit au fond de mon canot. C’était \ine chose curieuse de les voir voyager à la chinoise, tandis que j’étais condamné à voyager à la galérienne.

Comme j’avais besoin de tirer parti de tout œ qui pouvait me faire rire, je riais, et vonseiissiee ri aussi. Comtesse, de me voir fi»rmer un convoi si grotesque. Cette nuit fut moins pénible, mon lit était sec, et sans un millions de maningouinB, qui s’obstinaient à me couvrir t-out entier, à m’écorcher tout vif, je crois que j’aurais bien dormi.

Chaque fois, que je m’éveiHaÎB, ma situation s’affrait à mon imagination, sous «n aspect affreux ; mais mon âum, au lieu d^re aibattue enlevait davantage ; et ce silence de mort, qoi n’était interrompu, que par le chant higu^e des oiseaux nocturnes, et par les iiarlemens des ours

et des loups ; ces ténèbres, que la lune ne perçait, dans ces forêts épaisses, que pour mouvoir au lourde moi des images équivoques, au lieu de m’épouvanter, m'environnaient d’un doux pathétique. tout à-fait nouveau. Je l’ai vivement senti, mais il m’est impossible de le rendre.

L’Aurore du 18 m’appela à ma libur^ique, et je continuai mon chemin. Le Soleil n’était pas à la moitié de son cours, que je me rencontrai avec deux canots d’indiens.

Seul dans un canot de leur nation, avec trois fusils, car j'étais resté maître des deux de mes Sauvages, j’aurais du appréhender d’exciter leurs soupçons dangereux. Mais, grâce au Ciel, je ne craignais rien ; je les appelai avec assurance, tandis qu’eux, étonnés de ce spectacle tout-àfait nouveau, s’étaient arrêtés au bord opposé de la rivière. Ce qui les frappait le plus, c’était mon bagage efi palanquin ; ils ne savaient que jwnser de cette grande peau rouge, (le parapluie,) ni de ce qu’il y avait dessous ; et me voyant marcher dans l’eau, ils m’avaient peut-être pris pour leQr Miseiliki. Des Catholiques, à ma taille, auraie/ît cru voir notre St. Christophe ; si celui-ci portait l’enfant Jésus, je portais la croix. A la fiti ils répondirent, po/îmen/, à mon ,dniscicin- JVigy, (bonjour, bons amis,) mais iis ne pouvaient revenir de leur surprise.

Je leur fis comprendre ce qui m’était arrivé, et qu’il fallait que l’un d’eux vint m’accompagner jusqu’au Lac Rouge. D’abord ils firent des difficultés immenses ; mais une femme trouvait dé- .jàjoli le mouchoir qui pendait de ma poche; un jeune Sauvage, celui que j’avais au cou ; et un vieux, affublé d’une chétive couverture, qui laissait voir, à travers mille trous, la moitié de son corps, avait déjà jetté des regards de convoitise sur la mienne ; en faisant semblant de chercher quelque chose dans ma valise, un morceau d’indienne, qui me vint à la main, avait fait ouvrir de

grands yeux à une jeune Sauvagesse, et mes vivres, dont ils avaient déjà tâté, avaient excité leur gourmandise et leur appétit. Je les contentai tous ; et le vieux se décida. Il prît le gouvernail de mon embarcation, et nous partîmes.

Ce secours me tirait d’une situation, qui, certes, n’était pas flatteuse ; et il m’était d’autant plus précieux, qu’il m’eût été impossible de continuer tout seul, attendu que la rivière devenait toujours plus profonde.. Néanmoins, Comtesse, mon âme, à mesure que j’avançais, était agitée sans cesse, et je la sentais préocupée de quelque chose, qu’elle laissait derrière elle avec regret. Il ne me fût pas difficile de deviner son secret; elle se tournait vers ces quatre jours de solitude et d’indépendance, et se disait à elle-même : “ Tu “ as vu la solitude parfaite, tu as goûté la vraie “ indépendance, tu ne les retrouveras plus.

“ L’indépendance, et la solitude, qu’on rêve dans “ les livres, et chez les peuples policés, ne sont “ que des êtres vains et chimériques.” Je compris alors pourquoi les Sauvages se croyent plus heureux, que les peuples civilisés, et au-dessus d’eux.

Il est difficile de trouver un rameur aussi fort que mon Patriarche, et nous allâmes bon train, sans nous arrêter jusqu’au soir. Notre table fût servie de deux canards ; j’avais du feu alors pour les faire rôtir, et je les tirais. Quoique mon lit fût dénué de couverture, (le vieux malin ayant laissé dans son canot celle que je lui avais donnée,) néanmoins enveloppé, comme les Sauvages, de ma peau, je me trouvai très bien couché. La nuit, je fus éveillé par ma corde ; je crus d’abord que mon pilote voulait aussi me faire ses adieux; mais c’était une grosse bête, qui en voulait à mes vivres. Je sors doucement mon fusil, qui était toujours âmes côtés, je la tire, et l’abat.

Mon Sauvage épouvanté du coup se croit attaqué par les Sioux, auquels il rêvait peut-être, et

prend précipitemmenl la fuite. Je l’appelle, je coiiPH à lui pour le ra>«surer; mais la tbrêt et les ténèbres le dérobent à ma vue, et me voilà rendu de nouveau à ma solitude, et à mon indépendance. Cependant j’aurais volonlier ri, si le rire eût été de saison.

• Je l’attendis en vain le reste de la nuit. Deux coups de fusil, que je tirai de suite l’un après l’autre, ce qui est pour eux un signal d’atnitié, le firent revenir avec l’aube du jour.

Nous cherchâmes la bête, qui apparemment avait encore eu la force de se trainer à quelques pas dans les broussailles ; et des traces de sang nous y conduisirent. C’était un loup. Mon homme se refuse à le dépouiller de sa peau, qui était superbe, et, le regardant d’un air de respect, il murmura en lui-même quelques paroles: Comtesse, devinez ? Le loup était son Manitou ^ il lui exprimait ses regrets, et lui disait, que ce n’était pas lui qui l’avait tué.

Le 1^ mon Mentor voulait me faire la méchanceté de me confier à un autre Sauvage, que nous rencontrâmes. Je fronçai le sourcil, et il continua. Nous fîmes encore grand chemin, ce jour là ; j’y contribuais, autant que je pouvais, de ma rame.

La nuit était venue, et il ne s’arrêtait pas encore. (I me fit comprendre, qu’il voulait absolument arriver, il paraissait fort empressé de rejoindre ses canots. '

Fatigué, transi d'un froid humide, dont la rosée de la nuit pénètre jusqu’au os, je m’et>dormis sous ma peau. Un bruit lointain me réveille. Je me trouve seul dans mon canot, au milieu des roseaux. Je tourne la tête, et je vois venir à moi trois eu quatre flambeaux. Mon imagination m’avait transporté d’abord au pays enchanté des Fées, et je m’attendais, sans bouger, à recevoir une visite de ces Dames, ou, comme Télémaque, sur le rivage de l’Ile de Calypso, à être accaeilh

par les Nymphes. C'était des Saava^resses, qtn venaient prendre mes e^ls, et me conduire dans leur hutte. Mon Caron, qui, du Purgatoire, m'a* vait conduit à l'Enfer, les avait appelées, et il était reparti à la hâte, pour retourner à sa famille,

Ï ui l'attendait là. où il m'avait trouvé. J'étais au lac Rouge, à l'endroit marécageux, d'où la rivière sort, à un demi mille d'un camp Sauvage.

Je fus conduis dans une hutte couverte d'écorce d’arbres, comme celles, que je vous ai décrites à l'article Cypowais, dans ma quatrième promeimde. J’y trouvai quatorze Sauvages, hommes et femmes, dix-neuf chiens, et un loup. Celui-ci fut le premier à faire les honneurs de la maison ; mais retenu par son attache, il ne put s’élancersurmoi. commeil l’aurait voulu.et neme déchira, que les pantalons, les seul’s.qui m’étaient restés en état de service. Ce loup était un de leurs Dieux Pétuites.

Les deux premiers Sauvages, qui se présentèrent à mes yeux, furent mes deux infidèles compagnons de voyage. Je ne 6s pas même semblant de les apercevoir. Je priai les femmes d’attacher, aux perches, qui soutienttent la voûte, de la cabane, mes vivres, pour'les sauver de la voracité des chiens; et ne pouvant faire autrement je me cmuchai dans un coin, qu’on m’avait assigné dans cette étable immomle ; et, comme vous pouvez le croire, je ne me levai pas seul. C’était un surcroit de blessures sur un corps, que les cailloux pointus, les coquillages tranchans de la rivière, les ronces, les branches,et les roseaux, et les moustiques avaient déjà retidu un Ecee Homo.

La matinée du 20, je demandai à être conduit chez un Bois Brûlée pour qui j’avais une lettre de Pembenar. On me répondit, qu’il demeurait loin, et que le lac était orageux ; je ne pus pas même obtenir, qu’on allât le chercher; car c’était le jour, que tonte la hutte devait se consacrer à crier, manger, boire et danser, eu commémora-

tion du mort de la Rivière Cayenne. Je sorti», et j’odris lé seul mouclioir, qui me restait encote, au premier Sauvage, que je rencontrai; il partit.

La cérémonie funèbre n’otTrit rien d’extraordinaire, si ce n’est le pillage de mes vivres, pour mieux honorer le héros de la fête, et les convulsions du père et de la mère, calmées par les soufflemens et les exorcismes des prêtres de la Grande Medicine, les blessures aux bras et aux jambes, les contorsions, et les hurlemens de ses parens.

Les Sauvages dé cette tribu, forte d’environ .500 âmes, et présidée par un chef, qu’on appèle le Grand Lièvre, Kitci- H'abouse, n’enterrent pas leurs morts. On les brûle, et on en disperse la cendre au vent, pour qu’ils puissent s’élever plus aisément au Ciel; et quand on n’en brûlerait, qu’une cuisse, un jambe, ou un pied, ces Sauvages croyent, que tout le corps tout entier va également en paradis. Ils pensent que ce membre ne peut pas rester séparé du reste du corps, et que par sa puissance céleste, il attire à soi tous les autres, qui ne sont, que d’une nature humaine, tant qu’ils restent sur la terre. C’est pourquoi la cérémonie fut si bruyante ; ils témoignaient par leurs mugissemens, la douleur, qu’ils ressentaient, de n’avoir aucun membre du mort à brûler.

Une bande, de parens et d’amis,* partit pour s’assurer, si les Sioux n’avaient laissé aucun reste sur le lieu de cette scène tragique, tandis que mon vieux pilote était allé, en héraut d’armes, implorer le secours, et exciter la vengeance de quelques Cypowais Sauteurs, dispersés ça et là dans les forêts.

La doctrine de ces Sauvages est d’autant plu» étrange, qu’elle est peut-être unique dans le monde. Car ils sembleraient, par là, reconnaître plutôt l’immortalité du corps, que celle de l’âme.

Cependant mon Bois Brulé arriva. C’était un

de ces enfans dispersés par le vice et l’immoralité des traiteurs. 11 est 61s d’uii Canadien, et d’une Sauvagesse d’une tribu dés Cypowais.

Le Clief me dit alors par l’organe de cet interprète : “ Grand Guerrier, mes get>s t’ont lais- “ sé, et ont par là excité ta colère ; mais ils “ n’ont point eu de mauvaise intention ; ils tecro- “ yent brave, et ils ne peuvent te vouloir du mal.

“ Tu as été témoin toi même de l’infraction des “ traités commise par cette nation d'assassins, (les '•* Sioux), mes gens avaient donc un double motif “ delequitter: ils devaient au plutôt venir révell- “ 1er notre vengeance, et le blessé souffrait beau- “ coup. Ils ont pris le chemin le plus court. Nous “ ne t’avons rien offert, parce que tu avais des “ vivres plus que nous, et meilleurs (me des nô- “ très, et puis tu étais en colère. Nous t’en “ avons mangé un peu aujourd’hui, parce que “ nous en avions besoin, et que tu es généreux.

“ Situ as besoin de nous dis-le moi. Fumes avec , “ nous le calumet de paix, et donne moi un peu “ de tabac.” Je lui en donnai un peu, je fumai,' et je m’en allai sans rien répondre. Pour peu, que j’y eusse prolongé mon séjour, l’Hospitalité Sauvage aurait ânit par dévorer tous mes vivres.

Mon Bois-Brulé demeure à 12 milles de ce camp, au Sud du Lac. Le vent était trop fort pour un canot d’écorce, et le Lac trop enflé. Ayant été obligés de débarquer, nous passâmes la nuit sous une platane. Cet arbre, dans le règne végétal, est peut être une des plus grandes merveilles du Nouveau Monde. Les Sauvages l’adorent comme un Jl/om'tou, les Anciens en auraient fait autant, et moi même, quoique tout àfait moderne, je l’ai admiré comme une des plus belles productions de la Nature.

Nous arrivâmes à/a hutte dans la matinée dû 21. Je vis la misère personnifiée dans sa famille, et dans tout ee(jui l’entourait. Une femme nourrice et manquant de nouriture, 611e d'un père,

rf

quVHe n’a jamais vu, et cinq eofans nuds et malades d’indigence, formaient tout son patrimoine. La pèclie incertaine de poissons du Lac, et un peu de maïs, qu'ils mangent en herbe, sont leurs seuls moyens d’éxistence. Ce sont des êtres, qui ne sont ni civilisés ni sauvages, qui n’ont les ressources ni des uns, ni des autres, et en ont lo s les défauts. Le pis est, que ce Bois Brûlé a beaucoup de talent naturel, ce qui le rend d’autant plus dangereux à la société. Il a appris à lire ^t à écrire, et a reçu cette sorte d'éducation, qui ne fait qu'augmenter la malice innée de l'hoinme, lorsqu’elle n'est pas accompagnée de l’éducation morale, qui “ii est le frein, et corrige l’esprit : et, en etTel. son caractère oblique l’a déjà perdu dans l'esprit des traiteurs, qui l’employaient tour-à-tour; et ses crimes l’ont fait fuir de Pembçnar, où je fus averti, qu'il était encore plus a craindre pour moi, que les Sauvages.

Je vous dis tout celà. Comtesse, parceque vous me reprochez souvent, avec la plus noble amitié, que je suis trop laconique, et afin que ceux de nos amis, qui voudraietit se promener comme moi, apprennent combien on rencontre d’adversaires à combattre.

, Jém’apperçus immédiatement, que ce beau vers, incidit in Scÿllam, cupiens vitare Charybdim^ se vérifiait à la lettre en moi, en passant des mains des Sauvages dans les siennes. Mais pour déjouer, ses projets d’avidité,et le mortifier en même temps, en lui faisant voir, que je le connaissais déjà, je partageai volontairement avec lui et sa famille le peu de vivres, qui me restaient, et je fis tout ce que je pus pour soulager l’état d’indigence et de saleté, où ils se trouvaient lui, sa femme, et ses enfans ; je le flattai de ma juste reconnaisance.et je lui promis d’employer mes bons offices auprès de l'agent, Mr. Tagliafero, pour lui ménager quelque commission avantageuse auprès des Sauvages. Je'lui fis entrevoir ensui-

te, que tout le monde savait, que je venais me confier à sa discrétion, et à sa conduiie, et qu'au reste, dans l’occasion, je savais montrer les dents. Tous les no« /)/!« ultra, les difficultés immenses, qu’il m’avait d’abord opposées, et que j’avais fait semblant d’écouter avec la plus grande indifférence, disparurent presqu’entièrement ; il s’offrit avec alacrité à m’aider.à surmonter les obstacles, qui existaient réellement, et scella ses promesses, en me faisant l’honneur de me dire ; ‘‘ Vous êtes “ un homme (lu monde.'' Mais retournons à la Rivière Rouge, Comtesse ; des distractions naturelles nous en ont éloigné, et d’ailleurs nous l’avons parcourue plus avec l’imagination, qu’avec * les yeux.

Elle ne présente aucun trait extraordinaire, excepté des sinuosités si fréquentes, que le Méandre, peut-être, n’en compte pas un plus grand nombre. Elle baigne un pays continuellement plat, et les rapides, que nous avons vus, n’abaissent son niveau, que de la hauteur de ses bords. Après la Rivière Voleuse, aucune autre rivière ne s’y jette. C’est pourquoi, (il est bon de le répéter) la Compagnie Anglaise de la Baie d’Hudson, d’après les théories puisées dans sa charte, avait créé d’autres Rivières Rouges, qui avaient beaucoup plus* de tributaires, que celle-ci n’en a.

J osqu’à environ 40 milles du Lac, des forêts impénétrables bordent ses rives ; au-dessus, de riantes prairies, et de jolis bosquets, en varient très agréablement l’aspect. Au sortir du Lac, elle coule à travers les roseaux, et le riz sauvage. C’est par erreur que les Géographes, sur de vagues informations des Sauvages, ont cru qu’elle prenait sa source dans ce Lac. Nous irotis bientôt la chercher plus loin.

Le Lac, par le moyen d’un détroit, se partage en deux ; l’un au N.-E., l’autre au S.-O. Faisons le lourde ce dernier. C’est le plus intéressant.

11 reçoit àl’Ouest,ia Rivière des Brochers, (Ki-

nougeosiby,') et celle de la Grosse Roche, (^Kisetacinubed ) Au Sud, la Rivière AoAoaiwt-Cw^e. ou des Gravois, où est la hutte de mou Bois Bnilé ; celle de Kiogakague, ou des poissons dorés, et dii J/adaoanakan, ou du Grand Portage Au Sud-Est la Rivière des Cormorans, Cacakùeiou-Siby. Une grande langue de- terre forme à l’E.-N.-E. une presqu'île d’environ 4 milles de long, d'une largeur inégale, et qui finit en pointe vers l'Ouest. On trouve a peu de distance vers le Nord un autre campement de Sauvages, présidé par le Grand Caribou, (^Kisci-Adike,') d’environ 30Ü âmes. Le détroit est situé au N.-N.-E., et une petite île s’élève au milieu de ses eaux, et le partage en deux. Au Nord on trouve une autre langue de terre qui sert aussi a séparer les deux Lacs, et qui s’avancejusqu’au détroit, et commence à l’endroit où nous avons vu sortir la Rivière Rouge, ou pour mieux dire. Sanglante. L’autre Lac reçoit àl’Est la Rivière des Esturgeons, (Amenikaning.) Par le canal de cette Rivière, et au moyen de deux por> tages, on peut communiquer avec la Rivière de la Pluie, qui communique avec le Lac Supérieur, au Sud, et^vec les eaux de la Baie d’Hudson, par le Lac ^s Woods, &c., au Nord. Ce sont les eaux, qui coulent dans le Lac Supérieur de ce côté là, qu’on pourrait regarder comme les sources de la Rivière St. Laurent. - Ces deux Lacs ont environ 1 60 milles de tour ; et la Rivière Rouge en parcourt environ 450, depuis le Lac jusqu’à Pembenar ; mais, eti droite ligne, la distatice, presque toute en longitude, n’est à peu-près que de 250.!,*;:,

U Qu’il m’en coûte. Comtesse, d’écrire tous ces détails ! Peut-être autant qu’à vous de les lire, car vous aimez le brillant, comme toutes les femmes d’esprit ; mais nos amis Géographes m’accuseraient de négligence, si je les oubliais dans un pays tout-à-fait inconnu, où jamais un Blanc n’a porté ses pas. Nos politiques s’en plaindraient également, surtout nos deux F , notre B et

notre S ; car ils en ont besoin pour éviter de

se tromper dans les tréquens partages, qu’ils font du moude entier.

Dans une excursion, que je fis au S.-O., je trouvai huit petits Lacs, sans noms, qui communiquent tous ensemble, et dont la Rivière auxGravois est le débouché. Ces Lacs semblent semés négligemment ça et là par la Nature, au milieu dV'ii pays tantôt sombre, tantôt riant, entrecoupé de plaines, et de coteaux, et qui offre des paysages enchantés, qui défient le pinceau des Claudes, et des Dejardins. J’ai voulu y passer la nuit pour jouir plus longtems, et à toute heure, des impressionsJI|n’ils faisaient sur mon àme. Je les ai consacrés à eette famille, à laquelle je suis si liée d’amitié, et je les ai nommés Aléxandre. Lavinius, Avérard, Frederica, Adèle, Magdaleine, Virginie, et Eléonore. La pureté des eaux de ces Lacs était pour moi l’image de celle de leurs âmes, et leur union me rappelait cet amour, qui les lient si tendrement ensemble.

Tous ces pays sont parsemés d’une quantité innombrables d’érables,ou arbres à sucre, que les Sauvages partagent en differentes sucreries. La sève de l’arbre découle par des incisions, que les Sauvages font au printems, au pied du tronc.

Des cuvettes faîtes d’écorce de bouleau la reçoivent. On la dépose dans le laboratoire de chaque sucrerie ; on la fait bouillir dans de grandes chaudières, jusqu’à ce que la partie aqueuse soit évaporée ; la lie descend au fond, et la substance saccarine demeure attachée aux parois do vaisseau ; alors, le sucre est fait.

Il leur est d’une grande ressource. Ils l’échangent pour des articles de première néeessité. Il leur fournit une nourriture excellente et saine, et pris en tisane, ou dans de Peau pure, il offre un remède efficace pour les maux d’estomac, et la colique. C’est le remède favori de leurs docteurs charlatans, et de leurs prêtres imposteurs ;

tiar ils en empruntent la vertu, pour attribuer à leurs jongleries, la guérison qu'il opère sur les malades.

Je suis parfois indisposé, parceque, quand je trouve des fruits sauvages, la taim me fait oublier souventle précepte de l’écoledeSalerne. qvantitas elqutUilas. Alors je prends un peu de sucre dans une décoction, de simples qui m’ont été indiquées, et surtout de bois de cerisier sauvage, et la guérison est faite. Je retournai au camp du Grand Lièvre, pour engager un sauvage, qui, avec mon jBot*-5r«iÉ, m’accompagnât dans la continuation de ma promenade, et pour acheter le canot de la tragi-comédie de la Rivière Rougf; carje voudrais Te faire parvenir, s’il était possible, jusqu'à ma chaumière champêtre, et le garder avec mes curiosités Sauvages, comme un souvenir et un trophée de mes travaux, dans ces promenades trans-atlantiques.

Tous les grands de la tribu étaient assemblés en Grande Loge de Medicine.

Comme je n’appartenais à aucun des cinq mondes des Sauvages, c’est à dire, ni au monde Français, ni à l’Anglais,ui à l'Espagnol, ni à l’Américain, ni au leur, et que conséquemment, comme homme d’un monde inconnu, je ne pouvais pas être regardé comme profane, il me fut permis d’entrer.

Us étaient occupés à bénir leurs racines ma-

g iques. LeGrand Homme de Medecine, Piscienlha )nicy Asciatophy, entonait leurs pseaumes, et chaque initié chantait à son tour son verset. Les racines passaient dans les mains de chacun, et revenaiententre les mains du Grand Homme, qui en achevait la consécration- L’on mangea ensuite ; car tout se termine par là; et je mangeai aussi. J’étais encore dans le camp, lorsqu’un de ces mêmes sectaires mourait empoisonné. Au repas on avait servi à chacun sa portion, dans une écorce séparée; on avait assaisonné la sienne d’une de ces médecines, qu’il avait lui-même

bénies avec les autres. C’était un Sauvage suspect au Craiid Homme de Médecine.

En pareil cas toute vengeance se tait ; personne n'en parle, pas même les parens ; c’est en secret seulement, qu’on le pleure. Son cœur est brûlé à part. Les jongleurs en conservent les cendres, et les distribuent, dans l’occasion, aux bons croyans. comme des amulettes prodigieuses. Je le vis, il mourait en paix ; et ceux de la hutte, hommes, femmes et enfatis, faisaient leurs affaires, avec un sang-froid, une indilTërence épouvantables, sans même tourner les yeux sur lui. Cet acte. Comtesse, m’en rappela tant d’autres, qui m’ont fait gémir et frisonner sur les terribles effets de l'imposture et de la superstition. Je m’en allai, la tête baissée, les mains derrière le dos, pétiétré de milles réflexions pénibles.

La rivière du Grand Portage est ainsi appelée par les Sauvages, parcequ’il y a quelques tems, des orages terribles, en renversant presqu’entièrement une forêt, qui borde ses rivages, a encombré son lit de ses arbres abattus, entravé la navigation, et forcé conséquemment ceux qui voudraient la naviguer à faire un grand portage ; mais cette rivière est la véritable Rivière Rouge, ou Sanglante Elle se jette au Sud dans le lac, et en sort, comme nous l’avons vu, au Nord-Ouest. C’est l’opinion des Sauvages eux-mêmes, et l’on peut facilement argumenter à son appui.

Il est de la théorie des anciens Géographes, que les sources d’une rivière, qui sont le plus en droite ligne avec son embouchure, doivent être considérées comme les principales, et surtout, quand elles partent d’un point cardinal, et descendent vers celui, qui lui estdirectement opposé ; cette théorie parait fondée sur la Nature, et la Raison. 11 faut donc voir où sont les sources de la rivière du Grand Portage.

Je partis du Lac Rouge, dans la matinée du 26. Le commencement du Portage est entre la

rivière de ce nom, et la rivière des Dorés. Il a environ 15 milles de route; j'engageai donc un autre Sauvage et son cheval, afin de le franchir plus commodément. Le pays est beau, mais, parfois, il est impénétrable.

A moitié chemin, un joli petit lac, entouré de Cyprès, m’arrêta. Il n’a ni entrée, ni sortie ; ses eaux sont sombres, comme les objets, qui s’y réfléchissent, et une caverne, où l'eau est immobile comme partout ailleurs, me rap|iella la grotte de la SybilledeCumes; mais comme je ne suis pas un Enée, je ne jugeai pas à propos d'y entrer. Ce lac étant sans nom, je l'appelai Lac Avertie, du Nouveau Monde.

Le soir, après bien des fatigues, et après avoir essuyé un orage, qui n’était pas des plus agréables, nous arrivâmes au bout du Portage, près d’un petit lac, que nous appelâmes lac des Pins, à cause de la grande quantité de ces arbres, qui l’entourent. Ses eaux forment la rivière des Dorés, qui coule du Sud au Nord. A l’Ouest il communique avec un autre petit lac, qui n’a point d’entrée, et qui, par des bouillonnemens continuels, ferait croire, qu’il reçoit ses eaux de dessous terre.

Le lendemain, 27, je renvoyai le cheval et le Sauvage surnuméraire ; car n’ayant riet) à manger, que ce que nous pouvions nous procurer avec nos fusils, nous* étions déjà trop de trois. Nous traversâmes le petit lac, toujours du Nord au Sud, et là commence un autre portage de 4 milles.

Le Sauvage se chargea du canot; le Bois- Bruié de ce qu’il pouvait porter; et moi du reste. Vous riez. Comtesse! et moi aussi. A la fin, puisque je suis devenu une bête de somme, on ne m’accusera plus d'être un homme sans patience.

Je marchais assez lestement, et je n’avais pas mauvaise tournure pour un homme, que les ronces et les épines accrochaient de toutes parts.

by G(

Delille tnême, pour qui tout est rose et jasmin,

aurait ici changé de ton. Et moi, Comtesse, je i

ne disais mot. J

AU bout de ce calvaire, on trouve la Rivière du Grand Portage. On s’y embarque, on la remonte, et on traverse deux lacs, qu’elle forme, en passant, cbacun d’environ cinq ou six milles de tour, semés par la Nature de riz sauvage ; mais malheureusement il était encore bien loin d’étre mûr. Une famille de Sauvages, que tious y trouvâmes, en glanait quelques épis ça et là, mais iis ne servaient, qu’à en faire sentir davantage la privation, et à aiguiser notreappétit. Nous les appelâmes THanomeny-Aany-ao-uen, ou les Lacs du*ïliz Sauvage.

Après cinq ou six milles, en remontant toujours vers le S., nous entrâmes dans un superbe lac, formé aussi par les eaux de la rivière, et qui n’a autres issues, que son entrée, et sa sortie.

Sa forme est en demi-lune. Une île charmante en orne le centre: il a environ 20 milles de tour. Les Sauvages l’appèlent Puposky- Wizà- Kany-aguçn^ c’est-à-dire la fin des terres Iremblnnies.

Cette étymologie est très correcte, car presque tout le pays, que nous avons parcouru, depuis le Lac des Pins, flotte, pour ainsi dire, sur les eaux.

Le pied s’enfonce avec la motte qu’il presse, et celle-ci reprend ^n niveau, lorsque le pied la laisse. Ce lac se trouve précisément à peu de distance de terres hautes*, qui séparent les eaux, qui tombent vers le N., de celles qui tombent vers le S. ^ '

J’y ai passé une partie de la journée de mon arrivée, et toute la nuit suivante. Nous y avons fait bonne chasse de canards, qui y abondent, et y font leurs nids. * Nous en avons aussi salé pour, nous ménager un peu de provision, dont il nous arrive souvent de manquer. Dans la matinée du 28, nous reprimes notre navigation sur la rivière, qui a son entrée au S. du Lac.

A onvironr ^ix milles Ru>dessii8, noos trouvâmes ses sources, qui jaillissent au milieu d’une petite prairie, et des roseaux seuls environnei|^ le petit bassin, où elles bouillonnent. Nous en avons approché avec le canot, jusqu’à cinquante pas.

Mais avancez encore un moment. Comtesse :

franchissez le court portage, qui conduit au sommet de la petite colline, qui surmonte ces sources, vers le S., la seule colline, que j’aie rencontrée depuis celles, que je vous ai fait remarquer sur la rivière St. Peter, et transportez vous aux lieux, d’où j’écris. C’e^t ici, qu’en vous reposant, sous l’arbre qui m’ombrage, vous contemplerez d’un œil avide, et avec l’âme saisie de sentimens inconnus, des grands traits de la Nature, des phénomènes, qui frappent d’étonnement, et font en mêmetrms éprouver des jouissances presque célestes. C’est un ouvrage, qu’il n’appartient qu’au Créateur d’expliquer. Nous ne pouvons, qu’v vénérer en silence sa main toute puissante.

C’est ici, Comtesse, que l’homme s’élève avec extase vers l’Auteur des merveilles, qgi le frappent. C’est ici, que l’incredule le plus obstiné serait forcé d’avouer l’existence d’un Etre Suprême. Ce grand temple, devant qui tous les monumens de l’ Antiquité se prosternent, et que l’Avenir ne saura jamais égaler, le temple auguste du Vatican, où laJDivinité, et la Religion se montrent dans toute leur majesté, ne saurait voua pénétrer d’émotions de foi aussi sublimes, aussi profondes, que celles que inspireqt ces lieux vénérables.

Nous nous trouvons, Comtes'-e, sur les plus hautes terres de l’Amérique Septentrionale, si l’on excepte les montagnes gladiales.’ inconnues, qui se perdent dans les régions problématiques du Nord de cette partie de la Terre, et dans les vagues conjectures des faiseurs de Cartes Géographiques. Cependant, Comtesse, tout y est

plaine ; et cette colline n’est, pour ainsi dire, qu'une éminence formé au milieu pour servir d’observatoise.

En promenant ses regards au tour de soi, on voit les eaux couler au Sud, vers le Golfe du Méxique ; au Nord, vers la Mer Glaciale ; à l'Est, vers l’Atlantique, et à l’Ouest, se diriger vers la Mer Pacifique.

Ungratid plateau couronne cette suprême élévation, et, ce qui étonne d’avantage, un Lac jaillit au milieu.

Comment s’est-il formé ce Lac ! D’où viennent ses eaux ! C’est au Gratid Architecte de l’Univers, qu’il faut le demander. Les hommes ne peuvent vous donner, que des conjectures, et celles des savons sont quelques fois les plus faibles, les plus erronées, parce qu’elles sont les plus présomptueuses, les plus métaphysiques : et lors même, qu’ils ne comprennent rien aux diffèrens phénomèties. qui se présentent à leuri yeux, il faut qu’ils disent toujours, qu’ils ont tout compris. Quant à moi. je vous en dirai d’abord ce que j’y vois matériellement, et ensuite je vous offrirai les inductions, que la raison naturelle suggère.

Ce Lac n’a aucune issue, et môn œil, qui est assez perçant, n’a pu découvrir, dans aucun lointain de l’horizon le plus clair, aucune terre, qui s’élève au-dessus de son niveau ; toutes sont aucontraire beaucoup inférieures. J’ai fait de longues courses dans tous ses environs ; je n’ai pu découvrir aucune trace volcanique, et ses bords en sont également dépourvus. Cependant ses eaux bouillonnent au milieu ; et toutes mes cordes, et mes ficelles, n’ont point suffi pour en atteindre la profondeur ; ce qui serait un indice, qu’elles jaillissent du fond de quelque gouffre, dont les cavités s’étendent loin dans le sein de la Terre; et leur limpidité est presqu’une preuve, qu’ellesse purifient en filtrant à travers de longues sinuosités souterraines. De &çon que le temps

pourrait peut-être avoir effacé les traces extérieures, et superficielles d’un volcan, et le bassin du Lac pourrait néanmoins en être l’effet, et le cratère. Où ces eaux vont-elles? C’esf, je crois, ce qui e^t plus facile à résoudre, qu'.ique on ne leur trouve aucune sortie apparente.

Vous avez vu les sources de la rivière, que j’ai remontée jusqu’ici. Elles sont précisément au pied de la colline, et filtrent en ligne directe du bord septentrional du Lac, vers le centre. Elles sont les sourees de la Rivière Sanglante.

De l’autre côté, vers le Sud, et également au pied de la colline, d’autres sources forment un joli petit bassin d’environ quatrevingt pas de cireonférence. Ces eaux filtrent aussi du Lac : et ces sources ! Ce sont les sources du Missis-

sippi.

Ce Lac fournit donc les sources les plus méridionales de la Rivière Rouge, que j’appelerai désormais de son vrai nom, la Rivière Sanglante ; et les sources les plus septentrionales du Mississippi ; les sources inconnues de l’une et de l’autre.

Ce Lac a trois milles de tour, environ ; il est fait en forme de eœur ; et il parle à l’âme. La mienne en a été émue. Ilétait juste de le tirer du silence, où la Géographie, après tant d’Expéditions, le laissait encore, et de le faire connaître au Monde d’une manière distinguée. Je lui ai donné le nom de cette Dame respectable, dont la vie, comme il a été dit par son illustre amie. Madame la Comtesse d’Albany, a été un cours de morale en action, la mort, une calamité pour tous ceux, gui avaient le bonheur de la connaître, et dont la mémoire se renouvelle sans cesse avec la vénération, et la douleur de tous ceux, qui savent apprécier la bienfaisance et la vertu. J’ai appelé CP lac, le Lac Julie, et les sources des deux fleuves. les Sources Juliennes de la Rivière Sanglante ; les Sources Juliennes du iMississiby. qui en langue Algoiiquiue sigmfie le Père des Fleuves.

Je crus voir l’ombre de Colombo, d’Americo Vespiicci, desCabotto, de Verazani, &c., assister avpc joie à cette grande cérémonie, et se féliciter, qu’un de leurs compatriotes vînt réveiller, par de nouvelles découvertes, le souvenir des services qu’ils ont rendus au Monde entier par leurs talens, leurs exploits, et leurs vertus.

Je ne saurais vous dire exactement la latitude, ni la longitude de ce point intéressant, car je n’ai aucun des instrumens nécessaires pour une telle opération ; et, pour parler franchement, quand meme j'en aurais, je ne saurais peut-être pas m’en servir d’une manière satisfaisante. L’astronomie n’a été qu’un accessoire momentané de mon éducation, qui ne visait a rien ; c’est une des fautes de nos pays : l'éducation, de qui que ce soit, devraittuujours avoir un but principal et déterminé : et, comme vous savez, Comtesse, je me • suis occupé plutôt de ce que les hommes doivent faire, et ne pas faire sur la Terre, que de ce qu'ils peuvent avoir à contempler, ou à deviner dans les Cieux. Au reste ce n’est que pour le mieux ; car, puisque Mr. Melish est bien loin d’être d’accord avec Mr. Schoolcraft, le Major Long avec Mr. Tardieu, même sur les dégrés de pays déjà connus, on a lieu de croire, qu’il est bien difficile de trouver un Sextant âdèle. J’évite ainsi d’induire aussi le monde en erreur. Cependant je pense, qu’on peut les estimer à 48 et 45, de latitude, et à 18 et 30, de longitude occidentale du Méridien de Washington. Sa distance du Lac Rouge, ou Sanglant, est à-peu-près de 70 milles.

Mon Sauvage, et mon Bois-Brûlé m’avertissent, pour la troisième fois, que la table est servie. Occupé de tout cfe que la Nature a de plus imposant, de plus sublime ; l’âme pénétrée des sentimens qu’inspirent ces lieux solitaires et vénérables, et des ceux, que réveille encore le nom, que je viens de leur donner, j’oubliais ce que je dois à ïnon éxistence,

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