LETTRE IX
Des Sources Juliennes du MISSISSIPPI, et de la RIVIERE SJJVGLJm'E, au Lac des Sables.
Du Lac desSableifle 20 Septembre 1823.
Dans ma dernière lettre, Comtesse, je vous ai laissée aux sources Juliennes de !a Rivière Sanglante, et du Mississippi. Nous avons vu la plus grande partie de la première ; suivons maintenant la seconde : j’espère, si le Ciel exauce mes vœux, vous conduire jusqu’à ses embouchures.
Nous serons les seuls, alors, qui l’auront parcourue toute entière.
Les Sources Juliennes du Mississippi coulent, par une issue étroite de trois milles de cours, dans le Lac de la Tortue. Si je n’avais pas craint d’ave: turer mon canot à travers les broussailles impénétrables, qui en empêchent le portage, j’en aurais commencé la navigationdel’eodroit même, où elles jaillissent.
Je ne puis me lasser d’examiner, et d’admirer les moindres objets, qui environnent ce lieu. Ce Fleuve Majestueusx, qui embrasse un Monde, qui m- git dans ses cataractes, n’est, à ses sources, qu’une Naïade craintive, qui sort furtivement du milieu des roseaux, et des broussailles, qui obstruent sa marche. Ce Mississippi fameux, dont le cours, dit-on, est de douze cents lieux, et qui voit naviguer dans ses eaux des navires, et des steam-boats, de la grandeur des frégates, n’est à sa source, qu’un petit ruisseau, d’une eau crystalline, qui se cache dans les joncs, et le riz Sauvage, qui semblent insulter à sa naissance. J’y vis une grande leçon pour les Parvenus orgueilleux, et l’image de cet esclave de l’Antiquité, qui, placé sur le char du triomphateur, lui répétait
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à l’oreille “ Respicepost ie, et homtmem esse mémento." Ëii&ii mon imagination, qui ae figurait y voir des montagnes escarpées verser <'t grands flots les eaux de cette rivière souveraine, demeura frappée d'étonnement de n’j> trouver, qu’un pays plat éternel, et flottant sur l’eau.
Le Lac de la Tortue, que les Sauvages appel* lent Mikinako'.a-gmy-guen, n’a point reçu son nom de sa forme, comme les Géographes nous l’ont donné à croire ; mais d’une Tortue, d’une grosseur extraordinaire, que le - Sauvages y trouvèrent, il y a environ cent ans. qu’ils nourissaient de tout ce qu’ils pouvaient luiofliir de plus délicieux, at que, telsquelesEgyptiens.ils adorèrent pendant longtems, c^mme un grand Manitou.
Jamais ni voyageur, ni missionaire, ni géographes, ni faiseur d’expéditions n’a vu ce Lac. On écrit souvent des contes, que les Peuples Rouges débitent ou pour tromper les Blancs, ou pour cacher leurs croyances, ou leurs faiblesses.
Vous n’entendez jamais un Sauvage discourir sur ses dieux, ni sur le culte, qu’il leur rend. Les questions théologiques, les prétentions de primatie religieuse, le despotisme de l'intolérance ne troublent pas un instant leur société, ni leurs ménages. Chacun va dans le Paradis, qu’il se crée, par la voie, que sa conscience, ou son instinct, lui montre. Les Sauvage^ m’ont avoué euxmêtnes, que, souvent, quand ils descendent aux établissemens des traiteurs, ils s’amusent à tromper leur crédulité par une q> anliiéde fables, qui deviennent ensuite les oracles des Géographes, et des faiseurs de livres.
Ce Lac ressemble assez à un labyrinthe. La quantité prodigieuse de détroits, et de petites baies, qu’un grand nombre d’îles, et de péninsu* les y forment, le rend presque inextricable. En partant du point Nord,' où les sources Juliennes du Mississippi entrent dans le lac. on le parcourt, l’espace de deux milles, directement au
Sud. On tourne à l’Est, à travers un détroit, formé par une île, et une langue de terre. On reprend au Sud ; ensuite à l’Ouest, en doublant toujours des caps, des promontoires; et enfin on arrive vers le S. S. E., là. où le Mississippi reprend son cours. Ce lac, en y comprenant toutes ses baies * nombreuses, a, peut-être, plus de cent milles de tour. Il n’a d’autres issues, que l’entrée, et la sortie du Mississippi. Cependant le volume d’eau de cé fleuve, à l’endroit même, où il sort du lac, est si considérable, qu’il offre déjà une navigation sûre à des grands bateaux ; ce (jui me fait croire, que ce lac est entretenu aussi par des sources souterraines; et, en effet, le pays, qui l’tiitoure, est tout tremblant, pour me^ervir du terme, vraiment expressif, des Indiens. On marche dans ce pays-ci toujours sur l’eau, comme dans le pays de Naples toujours sur le feu : mais le premier de ces deux phénomènes est beaucoup plus étonnant que le second, car il est de la nature du feu de monter par tout, surtout lorsque sa force est ex pensive; mais on ne peut aucunement concevoir, comment une si grande quantité d’eau peut imbiber toutes ces terres si élevées, et que rien ne surmonte.
Le Mississippi tourne presqu’aussitût à l’Est, ensuite au N.-E., par où il entre dans un joli lac, que je me suis permis de consacrer à votre nom, en l’appelant Jeromine. Il en sort à l’E. S.-E.,et, après sept à huit milles, il en traverse un autre, que j’ai nommé Monteleone. pour célébrer la mémoire de ce personnage illustre, et lui offrir un souvenir de reconnaissance pour l’amitié, dont il m’a honoré, et dont la mort seule pouvait me«> priver. 11 continue dans la même direction, environ une quinzaine de milles; il fait une pointe vers l’Est, et se dirige vers le S.-O.. l’espace^de quinze autres milles, jusqu’au confluent de la rivière, que les Sauvages appclent Sciasaïaguay- Sibi, ou des Hérons, d^e la quantité de ces oi-.
seaux, qui l’habitent ; elle coule du côté du N.-O. J’y passai la nuit du 2 du courant.
Mon Sauvage, qui avait chassé dans tous ces déserts, me dit que cette rivière était charmante, et que, par ce chemin, et au moyen d’un portage, on pourrait revenir au lac de la Tortue, gagnant au moins 20 milles. Il me flatta, enfin, qu’en la remontant en silence, nous pourrions trouver des ours, dont ses bords, pleins de fruits sauvages, abondent, et les tirer du canot. Je me décidai donc, à aller reconnaître ce racourci, et nous partîmes le 3 au matin. ,
Cette rivière est vraiment une pierre de touche pour les âmes sensibles. Elle traverse une quantité de petits bassins, les plus rians, et les plus variés ; mais ce qui frappe principalement, c’est la beauté du lac, d’où elle sort. C’est un des plus charmans séjours de la Nature. Il est formé de deux bassins. Le premier, où l’on entre à l’Ouest, est eo forme d’amphithéâtre. On franchit ensuite un jætit détroit, au Nord, et l’œil découvre, dans l’autre bassin,- une ellipse, ou un cirque. Ses bords sont imposans, par la majesté des arbres touffus, qui le couronnent. Je l’ai appelé Torrigiani.
On débarque au Nord, on fait un portage de 4 milles ; mais nous laissâmes là notre petit bagage, pendu à des arbres, et nous ne transportâmes, que nos armes et notre canot. On traverse une forêt sombre, et riche en martres, et la fin du portage aboutit à un autre lac, en forme de demi-cercle, que j’ai nommé ^ntonelli. Nous le traversâmes du Sud au Nord, l’espace de 4 ou 5 milles, dans sa largeur ; et, passant ensuite à travers dn petit débouché, tout emcombré . de joncs, et de riz sauvée, nous nous trouvâmes de nouveau au Mississippi, là, précisément, où il sort du lac de la -Tortue. Nous y passâmes la nuit, et peu s’en fallut, qu’elle ne fut la dernière pour nous. Un orage terrible pensa nous écraser sous
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les arbres, qu’il abattait comme des tulipes, et déracinait comme des carottes. Â peine eûmesnous le tems de nous sauver, avec le canot, au milieu d’une prairie, que nous trouvâmes, comme par miracle dans ces forêts. Si nous perdions le canot, nous étions, on peut dire, perdus nousmêmes.
L’endroit d’où nous nous étions sauvés le soir, était tout joncbé, le matin, d’arbres de haute futaie. La forêt du portage, que nous traversâmes de nouveau en était pareillement toute emcombrée, et l’eau limpide et tranquille de ces lacs était devenu trouble et agitée. Cette épouvantable convulsion du Ciel était, peut-être, ou la cause, ou l’effet d’une convulsion de la Terre. iVlais sur ce pays tremblant, avec un ouragan
3 ui faisait tout trembler, on ne pouvait guères istinguer un tremblemeitt de terre. Mon Sauvage, pour nous sécher plutôt, avait allumé du feu sous un tas d’arbres, qui s’étaient croia^ les uns sur les autres, en tombant Nous rames bientôt un feu de joie, qui embrasait une partie de la forêt et qui brûle, peut-être, encore.
Près du Lac Torrigiani, sur la droite, en revenant sur nos pas, mon Sauvage satisfit ma curiosité sur un objet, qui l’avait excité depuis fort longtems.
11 est difficile, qu’un voyageur publie ses voyages. sans parler du Castor, quand même il n’aurait voyagé, qu’en Afrique, où il n’y en a pas. Je voudrais éviter des répétitions, mais je ne me rappèle aucunement ce que ces Meæieurs eaont écrit chacun en particulier, pas même Buffbn de son cabinet. Je vous communiquerai. Comtesse, ce ^ue j’ai vu moi-même sur les* lieux, et ce que j’ai appris touchant cet animal étonnant. Si j’en dis les mêmes choses, que les autres, celà servira à vous confirmer d’avantage dans ce que vous en saviez déjà ; s’il y a du nouveau vous me saurez gré d’avoir ajouté à vos connaissances.
Du côté de l’Ouest, on ?oit descendre dans le lac une petite rivière. Les castors en ont baricadé l’emboucbure au moyen d’une chaussée, qu’un régiment d’ingénieurs n’aurait pu mieux faire ; l’eau reflue, et forme un étang, nù ils ont bâtis leur quartier. Il faut observer qu’ils savent que cette rivière ne tarit jamais ;car, autrement, ils ne l’auraient pas choisie.
Les pieux plantés dans la terre, et les troncs d’arbres, qui les traversent, sont d’une grosseur, et d’une longueur considérables. Il est incroyable comment de si petits animaux peuvent transporter des pièces si énormes ; mais ce qui est plus étonnant, c’est qu’ils ne se servent jamais des arbres abattus par le vent, ou par les hommes, mais ils les choisissent eux-mêmes^t coupent ceux qui leur semblent plus utiles pour leur bâtisse.
Ils les coupent toujours sur les bords des Lacs, ou des grandes Rivières, pour les transporter plus ai^ment au moyen du flottage.
Tandis que cinq, ou six d’entr’eux coupent, ou rongent de leurs dents, le pied de l’arbre, un autre se tient au milieu de la Rivière, et les avertit. ou d’un sifllement, ou en frappant de sa queue sur l’eau, quand il en voit pencher la cime, pouf que. tout en continuant à travailler, ils y mettent de la précaution, et se tiennent sur leurs gardes. Notez, Comtesse, qu’ils ne rongent jamais l’arbre du côté de là terre, mais toujours du côté de l’eau, pour qu’il ait absolument à tomber de ce même côté.
Toute la tribu alors réunit ses eflfbrts, et le flotte à l’endroit désigné. Là, de leurs dents, ils éguisent les pieux ; de leurs griffes, ils font des trous profonds dans la terre, et, de leurs pattes, les plantent, et les enfoncent. Ils mettent des ^ branches d’arbre à travers contre ces pieux ; ils en bouchent ensuite les insterstices avec du mortier, que les uns préparent, pendant que les au-
très coupent les arbres, ou sont occupés à d’aU' très travaux ; car la tâche est distribuée de manière, qu’aucun d’eux ne demeure oisif. Ce mortier devient ,plus dur, et plus solide, que le meilleur ciment connu chez les Romains.
Quand la chaussée est achevée, et qu’ils l’ont éprouvée, pour savoir si elle répond à leurs 6ns, ils pratiquent, en bas de la même, une ouverture, en guise d’écluse, qu’ils ouvrent, et qu’ils ferment au besoin, pour laisser encore couler la rivière ; et ils commencent à bâtir leur maison au milieu du terrain, destiné à former l’étang. Jamais ils ne bâtissent la maison avant la chaussée, de crainte que celle-ci ne réussisse pas à leur gré, et qu’ils ne perdent ainsi leur tems, et leurs peines. -
Leur maison, bâtie également en bois, et en mortier, est de deux étages, et double. Elle est longue, en proportion du nombre de la Tribu, qui doit l’habiter.
Le premier étage leur sert en commun, de magasin à vivres, et demeure sous l’eau ; le second leur sert de chambres à coucher, où chaque famille ù son appartement ; et il est hors de l’eau.
Sous les fondemens de la maison, ils pratiquent une quantité d’issues, au moyen desquelles ils entrent, et ils sortent sous terre, sans être apperçus, pas même du Sauvage le plus vigilant ; elles aboutissent toutes loin de la maison, et à la partie du terraii^, qui forme l’étang, ou aux Lacs, aux rivières, près desquels ordinairement ils s’établissent, pour avoir le choix de prendre cette direction, qui leur est plus commode, ou moins dangereuse, dans les diderens incidens de leur vie.
Les Castors sont distribués en tribus, et, parfois, en petites bandes seulement, dont chacune * a son chef : et l’ordre, et la discipline y régnent, beaucoup mieux, peut-être, <]^ue parmi les Sauvages, et, même, parmi les Nations civilisées.
Leurs magasins sont toujours, sans faute, approvisionnés en Eté, et aucun n’y touche, avant que la disette de l’Hyverne se fasse sentir; à moins, que des circonstances extraordinairesn’en fassent sentir une nécessité absolue; mais jamais, dans aucun cas, aucun n’y entre, sans|l’autorisation, et sans la présence du chef. Leurs vivres consistent, en général, en écorces d’arbres, principalement de saules, et de tous les arbres, qui appartiennent à la famille du peuplier. Quelquefois, lorsque l’écorce ne se trouve pas en quantité suffisante, ils en ramassent aussi le bois, et, dans ce cas, ils le coupent en morceaux avec leurs dents.
Chaque tribu a son territoire. Si quelqu’étranger est surpris en maraude, il est traduit devant le chef, qui, à la première fois, le châtie, ad-correctionem, et la seconde le prive de sa queue; ce qui est la plus grande disgrâce, qui puisse arriver à un Castor ; car la queue est la charrette, sur laquelle ils transportent les pierres, où il en faut, le mortier, les vivres &c., et elle est aussi la truelle, dont elle représente précisément la forme, dont il se sert pour bâtir. Cet attentat à leur droit des gens est considéré, parmi eux, comme un si grand outrage, que toute la tribu du mutilé prend fait et cause pour lui, et part immédiatement pour en aller tirer vengeance.
Dans cette lutte, le parti vainqueur, usant du droit de la guerre, chasse le vaincu de son quartier ; s’en empare ; y place une garnison provisoire, et finalement y établit une colonie de jeunes Castors. A 'ce propos ; une autre particularité de ces animaux admirables ne vous paraîtra pas moins étonnante.
La femelle du Castor met bas, ordinairement, dans le mois d’Avril, et elle fait jusqu’à quatre petits. Elle les nourrit, et les instruit soigneusement, pendant un année, c’est-à-dire, jusqu’à ce que la famille soit à la veille de prendre un
nouvel accroÎMetnent, et alors ces jeunes Castors, obligés de céder la place, bâlissent une nouvelle logea côté de la maison paternelle, s'ils ne sont pas en grand nombre, autrement ils sont obligés d'aller, avec d'autres, former ailleurs une autre tribu, un autre établissement. Si, donc, dans ce temps, l'ennemi est chassé de son quartier, les vainqueurs y installent leurs petits de l'année, s’ils sont déjà en état d'être émancipés, c’est-à-dire, de se gouverner, d’eux-mêmes.
Les Sauvages m’ont raconté, d’une manière positive, un autre trait de ces animaux, mais il est si extraordinaire, que je vous laisse libre d'jr croire, ou de le rejeter.
Ils prétendent, et il y en a qui soutient en avoir été témoin oculaire, que les deux chefs de deux Tribus belligérantes, vident quelquefois la
S uerelle, par un combat singulier, en présence es deux armées ennemies, comme les peuples du Médiève, ou trois contre trois, comme les Horaces et les Curiaces de de l'Antiquité.
Les Castors se marient, et la mort seule les sépare. Ils punissent sérieusement les inâdélités de leurs fémelles, jusq|u'à les tuer.
Quand ils sont malades, ils sont soignés entre eux attentivement. Les malades ont aussi leur) cris plaintifs, comme les hommes. Les Sauvage) les chassent de la même manière, que vous lei avez vus chasser le rat musqué, dans notre sixième promenade. Le rat musqué est un cas • tor de second ordre. Il en a la figure en. petit, et plusieurs de ses qualités, quoique son poil soi l beaucoup inférieur en beauté, et en finesse. D • plus en hiver les Sauvages font des trous dans 1 . 1 glace, qui couvre les étangs, qui environnent 1 i maison des castors; ils les guétent au momen qu’ils sortent leur tête pour prendre l’air, et le > tirent.
Le Grand Lièvre, au Lac Rouge, voulut m faire croire, qu’étant survenu à une bataille, qu •
deux tribun de Castor venaient de se livrer, il en avait trouvé sur le terrain une quinzaine, ou morts ou expirans; et d'autres Sauvages, et Sioux et Cypowais, m’ont également assuré en avoir fait quelquefois uri^ très bonne prise dans la même circonstance. Il est vrai, que quelque* fois ils en prennent sans queue: J’en ai vu moimême. Enfin ces animaux sont si extraordinaires, aux yeux mêmes des Sauvages, qu’ils les supposent des hommes, devenus castors, par la transfiguration ; et, en les tuant, ils croyent leur rendre un très grand service ; car iis disent, qu’ils les rendent à leur premier état. Voilà encore une doctrine, Comtesse, qui doit mettre dans un nouvel embarras ceux qui veulent ériger en système la religion de ces peuples. Mais il est tems que nous retournions au Mississippi.
Nous le rejoignîmes le soir du 3, à l’endroit, où nous l’avions quitté la veille, et nous y passâmes de nouveau la nuit. Nos Dieux Lares semblaient nous attendre, car le feu de l’avant-dernière nuit y était encore allumé.
Le 4, nous levâmes fort matin nbtre camp ; et nous arrivâmes le soir au Lac du Cèdre Rouge, ainsi appellé à cause de la quantité de ces beaux arbres, dont le feuillage, d’un vert sombre, ombrage ses îles, et ses bords. ’
Le Mississippi, depuis l’embouchure de la Rivière des Hérons, n’en reçoit aucune autre ; mais il passe, pour ainsi dire, toujours au milieu de l’eau, car tous ses bords sont noyés et tremblants, quoique variés de prairies, et de forêts. Son lit est toujours très profond; son cours doux, et uni. Il traverse, ou forme quatre superbes lacs, dont le plus grand a sept milles de tour environ, et le plus petitquatre. Je les ai appelles les lacs de la Providence, à cause des champs de riz sauvage, qu’elle y a fbrmés, et dont les épis sont comme ceux de la Terre Promise. En sortant par le détroit du dernier, le fleuve entre dans le lac du
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Cèdre Rouge, vers le Sud, et il en sort sur la gauche, vers l’E.-N.-E., dans le fond d’une baie, formée par une langue de terre,qui s’avance dans le lac vers le S.-S.-Ë. Sur la droite de l’entrée, un accident fortuit nous ût découvrir un Echo des plus étonnans, et peut-être unique. Il était nuit. Mon Sauvage, et mon Bois-Brulés .faisaient les cris d’usage pour découvrir le camp volant des Sauvages, q^ui habitent ce lac. Leur voix se répétait mille fois, en s’éloignant petit à petit dans les forêts, et ne cessait, qu’aprèiss’être perdue dans le lointain. Ce lac est le non plus ultra de toutes les découvertes, qui ont été tentées avant moi, dans ces régions. Aucun voyageur, aucune £kspédition, aucun explorateur, ni Européen, ni Américain, n’a passé plus loin ; et c’est à ce lac, où Mr. Schoolcraft âxa les sources du Mississippi en 1819. Pour mieux célébrer cette heureuse découverte, cette époque glorieuse, il le rebaptisa, et l’appella Lac Cassina, du nom du Mr. Cass, Gouverneur du Territoire Michigan, qui était à la tête de l’Expédition. Mr. Schooléraft en était l’historiographe.
Les Géographes, qui avaient déjà compris ce lac dans leurs Cartes, pourraient protester contre cette usurpation ; car il a enfreint le droit, qu’ils avaient acquis de l’appeller R&i Cedar Lioke, ou, Le Lac du Cèdre Rouge, nom depuis long-tems consacré par l’usage; et inveterala consueiudo pro lege custoditur.
Vous me direz peut-être. Comtesse, que j’en ai aussi baptisé une bonne cpsantité. Il est vrai, mais mes lacs sont de vrais cathécumènes. Ils étaient non seulement étrangers à toute Carte, mais inconnus même au monde entier ; et j’espère, que, dans mes inaugurations, la Flatterie n’entre pour rien, car je n’y consacre, que de la vénération pour des morts, et de l’amitié pour des vivans. Ce Lac est aussi un grand lac, si l’on comprend dans son étendue celle de deux autres, auxquels
il'co»mïmîqoe, à l’Ouesti'et aa Sod.'par 1«> tndyen de deu* délroits. Des îles l’ititerceptent,'et elles sont immenses, quoique elles aient part petites à l’œil de l’observateur, qui n’a failqtr’entrer un moment dans son premier bassin, déjeuner, et s’en retourner, par le mêitte clienrih par où il était venu; satisiait de pouvoir dire aussi, j'y fus, et d’en avoir t’ait faire le portrait en miniature; Mais si on le parcourt un peu, on est surpris d’y découvrir une vastq étenduë d'ean, où vous recoimaissez toujours plus étidetti- Sient, que, dans ces [)a»s. plus qn’ailleur^, cet élément couvre plus de dettx tiers de la terre, et on ne peut s’empêcher d’y admirer des sites vraiment pittoresques, et enchanteurs.’ ‘
Ues baies, et des promontoires varient la figure du premier bassin, et quatre îles le par^ tagent en plusieurs bras. Une de ces îles 'est d’environ 25 milles en circotiférence, et habitée par une centaine de Sauvages Cypowais. D’après l’opinion même de ces Sauvages, on peut donner à ce bassin presque HO milles de tour. Celui, qui s’y joint an Sud, d’une forme ovale, et lugubrenïent entouré de pins, et de cyprès, est d’etfViron 8 milles de circuit. Le troisième, à l’Ouest, presque triangulaire, surmonté de deux îles, n’a guerés moins de -.3.0 milles de périmètre. Au fomi de ce dernier, à l’O.-N.-O., se trouve l’entrée d’une rivière assez considérable, que les Sauvages appèlent DemizimaguamaguenSibi^ ou la rivière du lac Travers. Elle sort du lac, se;* cOnd de ce'tiom. 20 milles aii dessus de son embouchore. vers le N.-O. Ce lac communique vers l’Ouest, péi* une petite issue de deux ou trois mille», à tHi aWre lac. que les .Sauvages appèlent Ji^seosugitmgùim, ou lac de la Biche, qui ne reçoit aucun tributaire, et parait puiser aussi ses eaux d «m le Sein de la Terre. C’est là, à morr avis, qu’on peut fixer les sources occidentales’ du Mississippi.
Les sources Juliennes, ou Septentrionales dû Mississippi sont à 100 milles environ du lac du Cètire Ruuge; c’est à dire 100 milles au-dessus de celles tixées par Mr. Scboolcraft ; et les sources de la Biche, ou occidentales, en sont, je crois, à 40 milles. Reprenons le cours du fleuve.
A la sortie du lac du Cèdre Rouge il tourne à l’E^t, et continue dans la même direction jusqu'au lac vVinepec, qui a environ 50 milles de tour. Il le traverse, et en sort vers l"E.-S.-E. A quelque distance de là. il forme un petit lac de 4 pu 5 milles de tour, et à 25 ou 3 ) milles plus loin, descendant toujours vers l’E.-S.-E.. il reçoit à droite la rivière de la Sangsue, Cazagaauagine- Sibi, qui est la première rivière tributaire, qu’on trouve au-dessous du lac du Cèdre Rouge, pendant l’e-pace d’environ 70 milles.
, Sa profondeur et sa marche sont toujours les mêmes, et on pourrait dire, que ces pays le baignent, plutôt qu’il ne baigne ces pays, car de quelque part qu’on se tourne, vers ses bords, on ne voit que de l’eau et des terres tremblantes. Dans la nuit du 6, afin d’éviter le contact de l’eau, je m'étais construit un triple plancher de branches d’arbres, sur lequel j’avais étendu ma peau d’ours. Malgré ces précautions, je ne pus me garantir des jets d’eau, qui jaillissaient de dessous moi ; et chaque fois, que je me tournais je me sentais bercer, ou je flottais, er^quelque sorte, comme un autre Apollon dans l’Ile de Delos.
En lisant ces pages. Comtesse, votre amitié s’allarme à chaque feuille, que vous tournez. Vous craignez de me voir succomber aux fatigues d’un genre de vie, si nouveau. Rassurezvous. cependant, car je n’ai pas même éprouvé un mal de tête, quoique tous les matins je me trouve aussi mouillé par la rosée, qui tombe du Ciel, que par l’eau qui jaillit de la Terre; quoiqu’exposé toujours à la belle étoile, je sois entièrement eu butte, et à i’iuclémeuce (lu tems, et
4IUX assauts des moustiques, des taons, des fourmis, des reptiles, &c. ; quoique mon fusil seul serve à appaiser ma faim, les rivières ma soif ; quoiqu’enfiii je sois environné de toute sorte de misère. Jugez par là. Comtesse, à quelle élévation ces pays se trouvent pour que l'air soit assez pur, et élastique, pour pouvoir me donner la force, et la vigueur dé résister, contre tant d’incommodité. et de dangers.
La nuit du 7 je couchai à l’embouchure de cette même rivière de la Sangsue. Le lac d'où elle sort est une nouvelle Colchide, où un autre Jason, trouva aussi la Toison d’Or. Il excita ma curiosité, et je me décidai à y aller. ' '
Nous arrivâmes la soirée du H au lac Sofrahygwn^ ou Vaseux. Il est aussi, comme ceux de la Frovidenee, tout couvert de riz sauvage. Une seule rivière se jette dans celle de la Sangsue, avant d’arriver au lac. Les Sauvages l’appèlent Bagatwa-Sibù ou du Hibou; elle descetid du Nord. Par cette rivière, et au moyen de quel-
S iies portages, on peut aussi monter au lac du èd re Rouge.
Le 9 nous arrivâmes au lac de la Sangsue, Kazngosquagime-gueH, et à l'Ile de Macuwa., ou de rÔur$. où nous trouvâmes campée une grande bande de Cypowais Pilleurs, ainsi appelés, parcequ’ils pillèrent et massacrèrent les premiers Canadiens, qui poussèrent leur commerce jusques
là
Cette bande est très Considérable, et très guerrière ; je la trouvai divisée par deux factions, dont une est animée par l’esprit de la légitimité, èt l’autre par l’esprit opposé. Le Pokeskononepê, ouïe Tenu Couver/, 'dispute, en usurpateur, la couronne et l’Empire au chef Esquibusicoge, ou la Gueule Platte, qui les possède par droit héréditaire ; mais comme ces Sauvages, plus que les autres, ont besoin d’un homme vaillant, et actif, qui sache les faire triompher des «Sioux, quiles
harcellent Bouvent, plutôt que d'un fainéant vicieux et poltron, q i ^e repo«e toujours à l’omhre de son arbre généalogique, et qui ii’a d'autre mérite, que celui, que ses flatteurs h i accordent, le Tems Couvert ett supporté par la majorité. Le gouvernement des Etats-Unis les reeonnait tous les deux ; le l'ems Couverte parce qu'il prêche en leur faveur ; la Gueule Flatte^ pour le détacherdes Anglais, dont il est l’ami; et principalement. je crois, pnrcequ’il est prudent de faire régner la division dans une Bande puissante, etdont l'atTectjon est très douteuse. Four moi. d’après ce que j’ai pu observer sur le lieu, j’ai été tenté de croire que tout cela pourrait être aussi une farce née de la malice Sauvage, dont le but serait de mieux se ménager les moyens d’être caressés par les deux nations ; et en elTct ils prennent de riches cadeaux de l’une et de l’autre, avec les mêmes phrases, d'amitié^ de dévouement, de fidélité Dans l’occasion ils se donneront à celui, qui saura le mieux intriguer, et les payer plus généreusement. Ils seront aux Anglais, probablement. Le fait est que les deux chefs régnent chacuu sur ses partisans, ou pour mieux dire, ils sont tous les deux les esclaves de leur parti.
A mon arrivée je les ai trouvés agités par une autre aflaire, qui mettait une nouvelle dissention parmi les deux partis. Le gendre du Tems Cou~ vert avait été tué par les Sioux peu de jours avant, et ils avaient en même tems reçu la nouvelle de l’affaire de la Rivière Cayenne, et de ce qui m’était arrivé sur la Rivière Sanglante. La Gueula Flatte cria immédiatemènt à la guerre, et voulait la formation d’une armée, dont il ne faisait presque jamais partie. Le Tems Couvert, qui n’est pas un sot, soupçonnant dans cette ardeur guerrière, dans ce zèle extraordinaire, l’intention de l’éloigner, pour profiler de son absence, s’est déçlaré pour la prudence et la modération, quoique le principal offensé.
Je n’étais pas encore débarqué, qu’il conTo> qua aussitôt un conseil *de ses chefs de guerre, qui sont les otËciers supérieurs des armées Sau> vages, il vint au devant de moi. et m’invita d’jr assister ; notez que tous ces Sauvages m’avaient déjà vu au Fort St. Antony.
Il débuta par me dire, que le Grand Esprit m’avait envoyé exprès pour leur donner des conseils salutaires, que, l'ami de leur père (l’Agent.) je devais dans une telle circonstance en remplir les fonctions ; que la division était dans le camp ; que, le cœtflt t^échiré par la mort de son gendre, et en même tems combattu par la réflexion, qu’il ne devait pas sacrifier ses Cypowais à sa vengeance personnelle, il avait besoin de consulter cet Homme d'un autre Monde., qui déjà a fumé le calumet avec notu. et a été témoin de la paix que les Sioux nous ont jurée Sfc.Src. Ma réponse ne fut pas longue. Je leur dis, que, étranger aux Américains, à l’Amérique, et aux Sauvages, je ne devais, et je ne voulais aucunement me mêler de leurs afliiires, et encore moins de leurs brouilleries, mais, qu’en vertu de l’obligation où tout homme est de répondre de son mieux à la confiance de ceux, qui demandent son avis, je lui dirais, que le mien était, que puisqu’ilsavaienten Mr.Tagliaferro un père, qui les aimait, et qui représentait le gouvernement, ils ne devaient rien entreprendre, sans son consentement ; que telles étaient aussi la volonté et les coromendemens du Grand Esprit. La délibération du conseil fut conforme à ces principes, et le Tems Couvert s'offrit de m’accompagner «jusqu’au Fort St. Anthony pour consulter son pere.
Quelques momens après la Gueule Flatte m’envoya, qoérir. J’y fus. Je le trouvai étendu dans sa tente, comme le vieux Silène, en état d’ivresse; il était aussi entouré de ses partisans. Il entama qn discours, et parut vouloir dire beaucoup de choses ; mais je l’arrêtai dès l’éxorde, et je me bornai à lui observer, que les guerres, en géné-
Tal, ne servent, qu’à assouvir les passions et les vues ou "de quelques amibilieux, ou de quelques despotes; que le bien public en est seuleiueiu le prétexte, et le peuple la victime. Qu’au reste, je n’avais rien à démêler avec eux, que je n'avais ni letems, ni la volonté de m’occuper «le leurs dilTéreris, et que je me référais à ce que j’avais jugé à propos de suggérer dans l'autre conseil; ce qui devait déjà lui être connu, car j’avai« remarqué, qu'il y avait aussi parmi les Sauvages de ces êtres neutres de la Grèce, qui se trouvent partout, Camédibns de toutes les couleurs.
Ce Chef, Roi, peu satisfait de mes observations, et voulant repousser la vérité par l’imposture, fit consulter l’oracle sur le sort de la guerre, qu’il voulait entreprendre. L’Oracle fut favorable. Celui qui le rendait était un des siens.
Je ne puis revenir de mon étonnement en voyant ces peuples .Sauvages renouvellerà chaque instant les usages et les cérémonies de l’Afitiquité. Leurs Oracles parlèrent précisément par les mêmes moyens, qu’autrefois parlait celui de Delphes. Au lieu de la Pythie, un de leurs prêtres s’assied sur un trépied troué. On le couvre tout à fait avec une cloche d’écorce de bouleau, ayant une ouverture ronde à son sommet, d’où sort la voix céleste. Au-dessous du trépied, un tuyeau, également d’écorce, communique s. us terre à un fourneau, où l’on fait bouillir une chaudière remplie d’eau, et d’herbes aromatiques, dont la vapeur passe par le tuyeau, et va échauffer, et éuivrer de prophéties la tête du jongleur, qui pousse des cris de possédé, et emprunte un langage,qui n’est intelligible,qu’aux Coriphéesde \dLGrandeMedicine. Mon Bois Brulé lui-même, quoique très versédans lalangue Algonquine, n’y com-
Ï »rit rien du tout. Ce qui est singulier, c’est que a jalousie de métier exclut de cette cérémonie les prêtres étrangers, comme chez ies peuples Aticiens et Modernes, et j’eus peine à les persua-
der, que je n’appartçnais aucunement au sacer* duce, pour oblenir d'y assister. On m’a dit, qu’on se sert d’un moyen semblable, pour faire prendre à leurs malades des bains de vapeur; et quelquefois, meme, pour étoufler ceux, dont la G/' 07 w/ej/et/ici«e veut se défaire.
Je fus spectateur de la cérémonie funèbre faite à l’honneur des mânes du gendre du Temps Couvert, dont le corps était aussi resté entre les mains des Sioux, et qu’on soupçonnait avoir servi à un repas. Ce que je trouvai bien singulier, et bien plaisant, dans cette comédie mortuaire, ce fut. qu'au moment, que les uns pleuraient, et hurlaient d’une manière à faire peur, les autres chantaient, et dansaient comme des foux. Je fus tenté bien des fois de rire ; mais il y avait là, ce q l’il y avait aussi chez les anciens, qui payaient « à la fois et les Prejichœ, et les Tibicines; conséquemment je me contins par respect pour VAniiquiti. Dans une autre cérémonie funéraire pour un mort, qui appartenait à la Grande Médecine, et à laquelle, comme homme à'un autre monde, il me fut aussi permis d’assister, on faisait la mêmè chose. Mais, de plus, au repas, on servait aussi au défunt sa portion de tout ce que nous mangions. tandis que d’autres se meurtrissaient, se blessaient, et faisaient couler leur sang sur lui, et sur ses mêts. Sa femme lui fît cadeau de tous ses cheveux, et de ses baillons ; avec lesquels, ainsi qu’avec ses armes, ses mêts, ses ornemens, et son sac de médecine mystique, on le renferma dans la peau, qui avait été son dernier manteau.
On l’attacha avec de l’écorce de bois blanc, dont ils font des cordes très solides, les seules dont ils fassent usage ; et, au lieu de l’enterrer, on le suspendit à un grand chêne. La raison en fut, que, comme son manitou favori était l’aigle, son îme prendrait mieux son essort de là pour voler avec lui au Paradis. Voila, Comtesse, un nouveau trait de l’Antiquité. Lq chêne est aussi
chpz les Sauvages l’arbre consacré à l’aigle, c'est-à-dire, à Jupiter.
Mr. Pike, chef d’une Expédition, que le gouvernement des Etats-Unis envoya en 1805, pour découvrir les sources du Mississippi, les fixa à ce Lac, quoique la Rivière la Sangsue, qui s’y jette au N.-N.-O.^ remonte encore à plus de 50 milles. Mais c’était en hyver, il faisait un froid terrible; et on trouve difficilement des sources, à travers les glaces. Il n’y a pas de doute, que Mr. Pike, dans une autre saison, et avec moins d’embarras à sa suite, n’eut poussé plus loit) ses découvertes. C’était on homme entreprenant et courageux ; et son Expédition vers le Nouveau Mexique, et sa mort glorieuse au champ dp l’honneur, méritent une place dans l’Histoire.
Ce Lac est entrecoupé d’îlesetde presqu’îles considérables. Ces dernières y forment une quan> tité de baies profondes, qui semblent être autant de lacs séparés. Celle qui est au Nord du camp' Sauvage, est d’une perspective théâtrale. Deÿ promontoires, qui s’avancent graduellement des deux côtés, réprésentent les cmilisses. Ce laé a une infinité d’issues, qui, au moyen de queU ques portages, donnent aux Indiens la facilité de parcourir, en tout sens, avec leurs canots, toutes' les régions environnatites, et des chemins de traverse, qui épargnent les détours immenses';' qu’il faut parcourir, en y entrant par le Mississippi, et l’embouchure de la Rivière la Saiigsne.
En remontant cette dernière, l’espace d’environ 15 milles, traversant ensuite deux lacs, et faisant deux portages, on va dans un jour au Lac du Cèdre Rouge, et le dernier portage aboutit dans son petit bassin méridional.
A l’Ouest on rejoint la Rivière des Plumes âe Corbeau, qui se jette à l’Est d.ans le Mississippi, et remonte au N.-O. jusque près du Lac de ht Queue de Loutre.
Au Sud on descend au Mississippi, par le mo-
jen de la Ririère aux Pins, et au par celle des Sa les, que Pike a nommée Pike.
J La journée, et la nuit du 12 furent les plus terribles de ma vie. Je tremble toutes les fuis, que j’v pense ; mais grâce aU Ciel, je ne tremblais
{ )oi/it alors. Je me rappelai, que si je donnais e moindre signe de frayeur devant les Sauvages» j’étais perdu. Je conservai donc mon sang froid.
Un nombre de ces Sauvages, qui boivent aux deux coupes dorée-î, venaient de faire une visite aux agens Anglais, à l’Ile Romaine, sur le Lac Huroii, et des bariques de IVhitkey figuraient parmi les présens, qu’ils en avaient reçu. Il circula dans tout le camp et tout le monde en eut bientôt la tête échauffée. ‘ • '
Il est d’usage, en général, que les Sauvagesses, lorsqu’elles s’apperçoiveut, que l’ivresse est dans la tente, ou dans le campement, ont la sagesse J’observer la plus grande sobriété, pour pouvoir prévenir, ou modérer les funestes effets de l’iiitémpérauce de l’autre sexe. Mais cétte fois-ci les femmes étaient plus soûles que les hommes ; et, à l’exception de quelques jeunes gens, ils étaient tous plongés dans la plus affreuse ivresse.
L'Enfer de Virgile, et du Dante ; celui même que rOrcagna a peint à Sic Maria JSToveUa, à Florence, sous des figure» si épouvitntables, né sont que de faibles esquisses, en comparaison du ta-, bleau de terreur et de mort déployé dans cette scène tragique. On y voyait, dans toute leur horreur, les Baccha'iites, le» Furies, les Euioénidea, Méduse, et tous Les mot>stres de la Fable et dé l’Histoire. '
Le» bainea. les jalousies, les anciennes qiieréL les. le» antipathies mortelles, toutes ces passions féroces étaient réveillées et aux prises. Les cris des feàmea et des enfans, confondus ax^ec les hurlemens de Ces Cannibales, et les aboieméiiS: des chiens, ajoutaient encore le snbphre des> oreilles» aux b^reurs» dont lé.s jeuüi étaient témoins. xk
Assis, sur une butte de terre, avec mon couteau à ma ceinture, mon fusil à la main, et moD épée à mon côté, à demi dégainée, je demeurais spectateur, attentivement immobile. J’étois souvent menacé, et je ne répondais jamais, que par un silence expressif, qui leur disait, que j'étais prêt à frapper sur le premier, qui oserait être aggresseur. Mon Bois Brûlé s'était caché, et j’eus bien de la peine à le rallier à côté de moi, où il parût à la fin rassuré plus qu'ailleurs; car il demeura persuadé, qu’il y avait plus de probabilité d’échapper à la catastrophe par le courage et la résolution, que par l’indécision et l’épouvante.
Mais il me fallût quitter mon retranchement pour quelques instans. La vie du chef Tem$~ Couvert était en danger. J’étais son hôte, et il était père de la belle Woascila, qui. en m’avertissant deux fois des complôts.que l’on faisait contre moi, et animant ainsi l’expression menaçante, et féroce de mon aspect, m’avait sauvé deux fois la mienne. J’accourus avec elle et mon Bois Brûlé, qui était devenu un héros, et nous le sauvâmes, en désarmant de leurs couteaux les deux assassins, qui l'avaient attaqué, et contre le quels il se défendait en lion, avec un morceau de bois. Nous le poussâmes dans sa tente, et le recommandâmes à un chef de guerre, son intime ami. pour qu’il le gardât, et ne le laissât pas sortir. Il trouva un couteau, qui avait été Caché ; et, soit par une impulsion naturelle aux Sauvages de frapper une victime qiielconqne dans* leur colère, soit par erreur, il tombe sur son amij et le perce de coups; nous ‘retournâmes à ses cris, et heureusement assez tôt pour prévenir unmeurtre. ' '
Ici, Comtesse, on trait digne du cœur le plus noble, le plus généreux, me remplît de surprise et d’attendrissement. ' ^
-Le fils du blessé, jeune homme de 18 ans, en^
tre dans la tente ; il regarde avec une horrible dignité l'assassin de l'auteur de ses jours, il lui dit avec -un sang froid héroïque : “ Tu as dardé
“ mon père..,...ton ami Je devrais, et je pour-
“ rais le venger ; mais tu ne l'aurais pas fait,
“ si tu n'étais pas ivre Je te pardonne." Je
vis Rome et la Grèce réunies dans ce jeune Sauvage, le fils du Cœur-d'Ours. Il fut le héros de la journée. Non-seulement il sut résister à l’appât d'une liqueur, si attrayante pour les Sauvages, mais il contribua beaucoup à tempérer les effets de sa fatale influence. Je l’embrassai avec des sentimens, que je n’avais jamais sentis pour ces peuples barbares. La conduite héroïque de ce jeune homme est une de ces circonstances, qui répandent tant de contradictions sur le caractère des Sauvag'*s, et les rendent toujours plus difficiles à définir. Pour lui témoigner mon admiration, je lui donnai une certaine quantité de poudre ; le plus riche présent, que je pusse lui faire, dans la circonstance. Je lui aurais donné un empire. . i
, Le dénombrement du lendemain donna vingtquatre blessés, dont sept mortellement, et deux morts; un de ceux-ci était mon pauvre Sauvage du Lac Rouge.
Mon Bois Brûlé avait reçu aussi une blessurë. à la main. Au reste il désirait de revoir sa famille, et avec raison, car les vivres, que je leur avait laissés, devaient être consommés ; et sans lui ils ne pouvaient guères pourvoir à leur existence. Je lui donnai les nouveaux témoignages de reconnaissance,qui restaient en mon pouvoir; je lui achetai un canot pour s'en retourner, et je partis dans le mien avec le Tems~Couvert. Le camp était encore agité, et semblait menacé de nouvelles scènes d'horreurs. C'est aux ravages du whiskey,et aux guerres cruelles, qu'ils se font entr’eux, souvant sans cau.se, que les Sauvages doivent attribuer leur extinction progressive.
Le Lac était orageux, et j’étai* toDjoors an mauvais navigateur. Quand nous fûinesidans la baie, qui recomluit à la sortie de la nt^e, un vei»t impétueux venant du N.-O., lions jetta sur le rivage opposé. Nous nous rembarquâmes en* core, mais tôt» nos etibrls turent inutiles, et nous y passâmes la nuit du 13. Le 14 au matin, je débarquai à rétablissement de la Compagnie du Sud-Ouest, près de ta sortie de la Rivière de la Sangsue, dans Pespoir de remplacer de quelque manière mon Bois-Brûlé ; mais je iPy trouvai ^u’un seul gardien. Il ne 'pouvait absolument quitter, et je fus obli^ de continuer avec le seul Tems-C luverf. Néanmoins, je me fis donner tôt» les renseignemens nécessaires pour pouvoir tout observer jusqu'au Lac des Sables. >.
Nous reprîmes le Mississipi là où je Pavais laissé ; à mon retour le rm sauvage était mûr. Nous étions donc au milieu de PaboïKlance, mais
S ar un événement singulier, je touchais les fruits e ma bouche, comme Tantale, et je ne pouvais en manger.
En partant du Lacde la Sangsue, jWaisdonrié ma grande marmite à mon Bois- Brûlé, et n^eir avais gardé qu'une petite, croyant que Sa Majesté en aurait une danssonéquipementdevoyage ; mais ifn'avait pas même apporté sa cuillère d'écorce ; et sa peau de Buflfàloe était toute sa garderobe. Le second jour de notre départ, nous vîmes une tente de Sauvages dans un bois près de la riviè'* re; il descendit, et alla leur parler; il revint et
S rit ma marmite. Comme le niatio> il m’avait lit comprendre, qu’elle était trop petite, je croyais, qu'il allait la changer pour une plus grande ; mais je le v'is revenir les mains vides. Tontes mes demandes et mon humeur furent inutiles.
Il Pavait donnée à un de ses partisans. Ces Rots, pour monter, ou se inaintenir sur le trône, se dépouillent de tout ; il n’y a rien dé plus misérable qu’un Chef Sauvage. Telle est partout Pa-
v«uçle ambitton de régner. Je fus donc réduit à ma coupe de ‘fer-blanc ; et de la fortune du pot, je pa» ai à celle du goblet. cVst-à dire, à la portion du merle. Cet original riait, <)uand il voyait que la faim me faisait répéter deux ou trois fois ma cuisii>e, et que mes diiiers étaient en ! trois actes. Pour lui il mangeait le riz »au> rage tout cru. >'•
Le Mississippi continue de coûter, presque sans interruption' sur des ' terres' tremblantes, jus-< qu'aux petites eascade.s. que les Sauvages appel> ke«)tî£eA»éii!ran. à 70 milles environ du conâuent de la Rivièrede la Sangsue." A 50 milles on trouve versi’Ouest le Pakepamanavuen, ou le Lac de la CnxAer'rt à 60 la Ononumikana^Sibi, ou Rivière au Fcnniâbn, qui entre à l’EIst.
Ces cataractes se subdivisent en six cascades.' Elles commencent par un grand rapide, coupé par une. petite île, la première qu’on rencontre, en descendant ce fleuve. Alors cette grande masse-de fluide, par une rente presque verticale, Va se jettcr contre des rochers, qui, en la repoussant, blanchissent ses flots, et forment aveé le- soleil les couleurs prismatiques de l’atmosphère. /tEkisuite des bouillons impétueux couvrent un plan incliné pendant environ 1.5 pas, et se précipitent par deux autres chûtes successives, à peu d’intervalle l’une de l’autre, et un second rapidev encore pins violrnt que le premier, ferme la scène ; elle embrasse un espace d’environ un < mille. > > i •>
Une ceiiine, revêtue de lugubres cyprès, dè sombres sapins, de cèdres majestueux, surmonte ces r cascades à l’Onest; Un petit coteau, tout verdoyant d’arbres et d’arbustes rians, le borde à l’Est ; des rochers s’élèvent çà et là, et y forment des images d’obélisques, et des pyramides. Le chaat mélodieux d’oiseaux de tous les rama-* ges >y' f«fit mi' contraste touchant avec le rude* croassement des corbeaux. ; Tout ce" mélange
de traifB roronnliques et sublimes ajoute le tn rveilleux à ce grand spectacle de la Nature. Et ce fracas an milieu de cette solitude éter> nelle ? Je laisse à votre âme le soin d'en deviner, et d’en sentir tout l’eflet.
A 10 milles, environ, de ces cascades, les Scaney- Woennè. ou Rapides Bruyants, offrent encore une variété agréable. On y fait aussi un portage, mais ici mon Roi Sauvage a voulu se distinguer, et me distinguer du commun ; et nou- les avons de rendus dans le canot. Tout ce qui est nouveau, cl extraordinaire nous plaît, en généràl, et fions satisfait. C’est ce que j'éprouvai "alors, malgré que les vagues, les roulis du canot, et les écueil nous tins«ent, l’espace d’un demi-mille, toiijnnrs à deux doigts de l’Eternité ; mais ce tût bientôt fait, car nous volions, nous ne. naviguions pas. I , , i r
La soirée du 17. nous arrivâmes i au Lac des Sables, à l’Est. Lamilontta'aguen. qui est à peuprès à 120 milles de ce dernier endroit, à<300 do Lac du Cèdre Rouge, et à .100 également .du Lac de la Sangsue. Dans l’intervalle, qui sépare les Rapides Bruyants de la rivière, qui sort du Lac des Sables , le Mississippi reçoit les Rivières Aluskolensoi-Sibi ou de la Prairie ; Wahaske Sibi, ou des Chevreuih ; J\amago-Sibi. ou des Truites', et f'Vabizio-Sibi. ou dea Cyprès, qui toutes descendent aussi de l’Est; et du côté de l’Oiiest, la Rivière Singoaki-Sibi, ou des Martres. On rencontre aussi trois rapides; deux entre la Rivière des Cyprès et le portage aux «au/es, endroit ainsi appelléd’un portage, au moyen duquel, du Mississippi, l’on passe à la Rivière des<Sa«&j; et le troisième rapide est entre ce portage et la Rivière des Sables.
Toutes les cartes géographiques, ancienne^ et modernes, celles mêmes des Expéditions, sont très fautives à l’égard de la situation du Lac des Sables. Elles le placent au S.-E. du Lac la
Sangsue, tandis qu'il est presque à l'Est ; et cette erreur en entraiiie naturellement d’autres sur sa latitude et sa longitude. Je relève cette faute, parcequ'elle est vraiment trop frappante.
Reposons-nous, Comtesse, car nous avons encore une longue promenade à faire avant d’arriver aux embouchures du Mississippi ; nous ne sommes encore qua400 milles des Sources Juliennes.
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Dtt LJCdes SJBLES.jusffu^à ST. CB4RLESy - surl6 MISSOURI: 'i -
^ 3t<.CbuIe* lux le Miuouri, ce S4 Octobie 1823.^
Tootbs le«i foîa. que je reprendb la plume pour vous écrire, Comtesse, je me promets <i’épargt<er votre patience, et la mienne, en jetant seulement un coup d’œil général anr ce que je parcours, et que je rencontre de plus remarquable; mais, me trouvant encore, dans des pays 4 éloig.iés, en quelque sorte inconnus, où la Nature se montre sous des formes si nouvelles, et si variées, je suis entraîné par des attraits irrésistibles, et mon système d’observer en passant, est souvent arrêté ou par l’admiration de ce qui frappe mes sens, ou par les douces émotions, qui enivrent mon âme. Il n’est pas donné à tout le monde de ressembler au stupide Ottoman, qui s’assied, avec une froide indifférence, sur les beaux monumens de l’Egypte, et de la Grèce.
Encore, que je passe rapidement sur bien des choses, j’éprouve de plus en plus combien il est difficile d’être laconique, et de vous rendre, en même temps, on compte exacte de mes promenades; il est même'presqu’impossible de ne pas se répétfir, par fois, en décrivant un fleuve, qui est, peut-être, le premier du monde, dont les points principaux pourraient devenir très importais, et dont le charme et le merveilleux épuiseraient tous les termes d’un Lexicographe, et de l’Encyclopédie. Mais retournons là, où je vous ai laissée dans ma lettre précédente, au Lac des Sables.
Ce Lac est un joli bassin d’environ dix milles de circonférence. Des collines adjacentes, quatre îles, de petits promontoires en varient très agréablement l’aspect. La rivière du même nom, qui
ei> sort à l’Ouest, j entre à l’E. N.-E. Âu mojeh d'un portage, ell«' communique avec la rivière Sawaiiiià, qui se jette dans celle de St. Louis, et celle-ci dans le lac Supérieur, précisément à l’eiidroiL qu'on appèle U font/ du Lac, à sa partie la plus occidentale. Oii: peut faire ce passage^ du Lac des Sables au Lac Supérieur, dans deux jours; ce qui est une nonvelie preuve, que le Lac des Sables est beaucoup plus à l'Est, qkt’if n’est marqué sur les cartes géographiques, du JUtac de la Sangsue. C'est par ce canal, que remontent, et descendent tous les objets, qui constituent le commerce I Indien dans ces régions, et dont .Mit chilimakinac, comme nous avons déjà. dit, eal uo des deux entrepôts généraux pour la Compagnie Sud-Ouest. Ce même Lao des Sables reçesk AU S.|S.-E. la rivière de la >Foile Avoit)e, Mt^ommyp Sibi, qui vadoindans rintévieucdeaterre6< nn-i'f Ses bords sont le rem/sz^eoui d?iine t«ibu. SaUf vage, à peu près de 500 âmes, qui erre prèsjque toujours éparpillée, ou enMpelites- bandeà, cw èé familles, et s’y réunit en Automne, et auFriutemi pour traiter avec la compagnie.) CeUfoci'è s<^ établissèfBent près de l'endroit, où la rivière des Sables, Ltmilangao-Sibi, afflue dans le Mississipe pi. '' I-. ■) * . ;t:' I
>U. n’jf. avait là, comme au Laci de la Settgaucn, qu'un gardien, de la meilleure volonté dumortdq, Iran Canadien, mais qui u'avait, que du riz saiè' vage,ettdes fmtatea, eiqui, pour me consoler du mes privations, me racontait toutes celles, qu’il aivait éprouvées, et éprouvait encore, et entre autres, qu’il avait été dix, ans, sans jamais goûter un morceau, de pain. Cependant il me procura une marmite, ainsi.qu’dne couverture de laine, un peu de-irbum, et des munitions. > Ce n’est que dans cette saison,! que les directeurs de chaque établissement se rendent à leur poste, et ils étaient eu route, mais je u’avais pas le tems
i r fcl - '-('-ttn ..
<]p tes attendre. Ils fournissent aux Sauvapees tout 're (jui leur est nécessaire pour h chasse d’ttiver; il reçoivent au printems leurs peaux, qu'ils accompagnent eux-mêmes à Michilimakinac. où. en Ëté, ils remlent leurs comptes, se préparent de nouveau, pour ce qu'il appèleiit leur hiremement. et emploj'ent tout l'Automne, en voyage. pour s’y rendre. >
' Dans la journée du 21 Septembre, je quittai le Canadien, et la riv ière des Sables. Il y avait déjà gelé, dans la nuit du lit. Fatigué de ramer, et voulant donner libre carrière à mon âme. et à mes yeux, je pris un autre Sauvage; mais je me trouvais de nouveau sans interprète.
' !'Je vous tracerai, d'abord les principales directions du fleuve jusqu’au fort St. Anthony, pour vous donner une idée collective de son cours jusque là. et ne pas vous interrompre en chemin par une foule d’autres détails.
•J II descend vers l’O. S.-O. jusqu’à la rivière des Pins, l’espace d'environ l.'i milles. De là il tourne, et continue au S. S.O. jusqu’à la rivière des Plumes de Corbeau, durant 90 milles; il va ensuite directement vers le .Sud. jusqu'aux petites chûtes de la Grande Roche, la distance de 100 milles, puis il descend, au S. E., jusqu'à la Rivière des Corneilles, 150 milles, et, enfin il en parcourt environ 60, à l’E,-S.-E.. jusqu'au Fort St. A) thony. lequel est à-peu-près à 950 milles < des Sources ^Juliennes, et à 550 du Lac des tSables. > - . I <
0*1 Comme les' Sioux infestent 'souvent les bords du’-Fleuve, principalement au dessdus de l'embouchure des* P&mei' r/e Corbaxu, pour faire la
f uerre aux Cypowais,' j’élevai mon parapluie en avillon, ou du moins en signal, pour qu’ils comprissent, qu’il y avait dans le cauot une puissance étrangère, et neutre. ' > ■ >*
•* La Rivière aux Saules, est la première que l’on trouve, à l’O., au-dessous de celle des Sables.
C’est la rivière, que Pike a appeli/'e de son nom*. Les Sauvages l'appèlenl Meaogeo-sibÿ. Elle en est environ à 40 milles.
Si je voulais vous entretenir de tous les orages, que j’ai essuyés, je serais forcé de vous eupu^-er, presque continuellement.au bruit du loutierre, et aux dangers de la fondre; mais, tout en vous ménageant autant que possible, il faut, que je vous fasse contempler celui, qui se 6t sentir le 29. parcequ'il fut réellement remarquable.
Nous fumes obligés de mettre à terre, non pour chercher un abri: il n’y en avait nulle part dans un pareil deliige; mais parcoque les gouttes de pluie, d'un volume prodigieux, eurent en un mo> ment rempli le canot. La rivière en était frap> pée si vigoureusement, qu’elle ressemblait, dans toute la largeur de son lit. à une fontaine .jaillis^ santé. . . i
Les coups de la foudre se succédaient sans intervalle^ ’mais, dans ce pays, le fluide électrique, quoique excessivement '^a boudant, se décharge par tant d’endroits simultanément, queilesibbjets. sur lesquels il tombe, en sont frappés avec moins de force, qu’en Italie. Notre canot en fat seulement égratigné, et l’écorce de plusieurs arbres enlevée. iic
Cette pluie d’orage fut si abondante, et je croia si générale, que le lendemain le fleuve i avait monté de huit pieds. Les Sauvages eux-mêmés ne se rappèlent pas d’exemple d’une crue si soudaine. Il nou fallut arrêter toute la journée du 2.3. car tout était trempé, et mon Roi sauvage malade. La nuit je fis la chasse au chevreuil, avec l’autre Sauvage, d’une manière nouvelle.
Le chasseur couvre toute sa poitrine d’une écorce de chêne, et sur une tablette, qui jy* est attachée, brûle un flambeau de bois de sapin. Le chevreuil ébloui s’arrête, eti le> chasseur- le tire; Mais nous ne fumes pas heureux. > ■ )-;
A tou milles environ ■< du Lac des Sables 'on
rencootre la seconde île, qui pare le Miàsissippi les Sauvages rappellent Minitik, ou Grand Ile. Entre celle-ci, et la Rivière de la Foüe^^voine, oa> iMouomeHÿ-Siby ; la Frappée, ou Sossab^oma- Siby } la Rivière Âvx Vasest ou Piskociskoago^ Siby ; celle du Cèdre Rouge, ou Kamoskoaka-St^, qui vient d'un second Lac de ce nom, se jettent dans le âeuve du côté de l’Est ; et du côté de HOuest, la Rivière des petits Saules, ou Sissimonageo~Siby. -î. u -j ^ ► -a
■I AjaRrvière des Pins, qui entre
aussi sur ;la droite, leciiet'fut inquiet de ne point y. trouver son fils, et deux de ses braves, à qui il avait donné rendez-vous à cet endroit, où ils devaient arriver par un chemin de portage-, pour descendre tous ensemble au Fort St. Antony; mais moi j'en, fus bien aise. < J’avais trais bêtes féroces de moins à craindre. Ces trois Sauvages s'étaient signalés par leur férocité lors de cette ;:aène affreuse, dont je vous ai dépeint les bor- Deurs.dans ma précédente. r > •(t,
-ti Jusq^-u'à la Rivière aux Pins, le cours du Fleuve est. assez uni, si l'on excepte trois petits -rapides piaoés au-dessus de cette rivière, et. qui Se succèdent à de petit intervalles ; son lit est tou* jours très profond. Ses bords ont un sombl'ei, un lugubre continuels, où les pins, les cèdnes.iet les /cypr^ dominent partout. Après, la scènjé change.jriiUne îlei charmante reçoit lés eaux d<» la Rivière, aux Pins, «t lesdivise en deux branobesc Le Fleuve devient plus riant, et pins majestueux ; le paysage plus varié par des collines, des praitHe , des forêts et des bosquets. !
Aisixi-milles delà dite rivière, cinq îles forment comtae, une couronne àune sixième, qui, s'é- Jève/et.brille au milieUv .U n'y manquerait qu’un temi^esi pour offrir l’imagé. d^ne autre CyÀère; et-.cora'me'eiie n’avàit pas de, notD* je lüi donnai celui de Cythè'e.".''it'4'i .'o<, ■ :i -it ,•
fioDaos la soiréo: du 26,<nnu8 fûmea rejoints par
une petite bandede Sauvngef; du Lac des Sables. Ils dédiraient aussi descendre avec moi pour voir leimpère. Me. Tagliaferro ; ils étaient quinze dans cinq canots. A leur arrivée j’étais occupé à manger ma portion de riz sauvage. Je continuai, sans même lever les yeux sur eux ; je ne dis pas un mot. Je 6s comprendre à mon chef, que je voulais être seul à mon feu, et à nia marmite. Après mon souper, je les âs appel- 1er, je 6s distribuer un peu de tabac, et je mmai avec eux la pipe de formalité. Le lendemain, je leur donnai un verre de rhum, à chacun, et toujours sans leur parler, ni leur faire un geste» C’est la manière, Comtesse, de prévenir leur insolence, et de s’attirer leur respect, ils se comportèrent comme des anges pendant tout le voyage. A peine se permettaient-ils de rire quelqiiefois, lorsqu’ils me voyaient me laver le visage; et c’est peut-être parceque je ne pouvais m’en empêcher souvent moi-même, quand je les voyais se, laver le leur avec du charbon, ou avec le noirde la marmitte, ou avec de la terre rouge, jaune, ou blanche. Cette toilette les occupe devant le miroir, beaucoup plus de tems, que nos coquettes ne s’y arrêtent pour la leur. La pluie la dérangeait souvent, et il était plaisant de voir comme elle marbrait leurs visages. i,,
La Rivière des plumes de Corbeau, est un grand débouché de plusieurs Lacs, qui de l’Ouest déchargent leurs eaux dans le Mississippi. C’est une superbe Rivière, qui, au confluent, est aussi large, je, crois, que le , Fleuve lui-même. Sa source principale est le Lac de l’Ours Blanc, où VÂmerican Gazetteer,àe Mr. Morse, a placé les sources du Mississippi, Deux îles charmantes la partagent en trois branrbesà son embouchures. ce qui la, rend majestueuse, et pittoresque.
La Rivière Wbkcosiby, qui descend de l'Est à 20 milles de cette dernière, est remarquable pour les Sauvages, car elle fut la demeure d’un
Vypotcuut, qui passait pour un prophète, et elle a hérité de son nom.
A six milles au dessous, le Fleuve fiirme un petit Lac. Quelle délice ! Comlese, la Na-
ture y a semé douze îles, que Lendtre ii’aorait sa mieux distribuer, elle a répandu sur ses bords des scènes délicieuses, qui manquent au tableau, que Catulle nous a laissé de son charmant séjour du Lac de Garda. J’ai appelé ces îles les Iles des Sirènes.
Après la ^Wxhre la Biche. Moxkosibi. qui afl9ue aussi de rOuest. à 1.5, ou 16 milles, on descend toujours de rapide en rapide jusqu'à celui delà Grande Roche, Kekebtcau^é, qui est une petite chute. Ici l'on fait communément un portage, mais nous l’évitâmes en passant par un petit chenal à l’Est, derrière une île. Cette chûte est formée par un petit détroit. Le Fleuve resserré entre deux roches, forme on gouffre, d’où il s’élence en mugissant.
La soirée du 28, nous campâmes ù environ 20 milles de cette chûte, à un endroit, où le Fleuve environnant, comme une naumachie, une île superbe d’une forthe exactement ronde, rappelle la forme des temples, que les Anciens consacraient au Soleil, et les Druides à leurs Dieux. La forêt touffue et vénérable, <jui embrasse ce bassin, répond à cette image. Je l’ai donc appellée l’Ile du Soleil.
Entre cet endroit, et la Grande Roche, le Fleuve reçoit les Rivières. Wabiziosiby. oü aux Cygnes, la seconde de ce nom. et K<mizotygO(ra^ ou les Deux Rivières, qui descendent de l’Ouest
A peu de distance au-dessous, on trouve, aussi à l’Ouest, l’embouchure de la Rivière ZakatagamSiby, An nom d’une certaine es| èce de bois, qui est le seul amadou, dont tous les Sauvages se servent. Il est difficile de trouver une meilleure mèche. Il fait au«si partie de ma petite collection de Curiosités Indieniies. Le con-
fliienl avpc celle de la Queue des Pins, Bekozino- Sibu. suit de près du côté de l'Est.
Ici commencent de grandes prairies, qui s'étendent à l’Est, et à l'Ouest, mais qui sont entrecoupées par des bois, et des bosquets. En hiver on y trouve souvent des Butfaloes.
Entre la Rivière Bikabikaosiby, ou au Galet, qui descend de l’Est, et celle des Renards, Oxaguio-Siby, à l'Ouest, on trouve une autre belle Rivière, au-si du côté de l'Ouest; elle est absolument inconnue, même aux Sauvages. Je lui aurais donné un nom, mais, comme elle n'est, qu'à peu de journées du Fort St. Anton^, je ne voulus pas toucher à un droit, qui appartient en quelque sorte aux officiers de celte garnison. Il y a parmi eux des hommes de mérite, qui pourraient servir utilement le gouvernement dans les vues, qu'il semble avoir d'explorer et connaître ce Grand Fleuve, et ces régions intéressantes. Un homme doué d'une saine philosophie, et d'une vraie philantropie, avec quelques connaissances en géographie, et en astronomie, ferait beaucoup plus, qu’une Expédition entreprise à grand-, frais, dans un pa^^s hérissédedifficultés, et parmi des peuples soupçonneux; car, plus l'Expédition est nombreuse, plus elle inspire d'alarmes aux Sauvages, plus elle court de dangers, et éprouve de besoins, qui souvent l'arrêtent là. où il est le plus essentiel de continuer, où des excursions dans l'intérieur des terres seraient les plus nécessaires pour remplir le but de leur mission. Puisque j'ai entamé ce sujet, je dois vous faire part de toutes les réflexions, qu’il m’a inspirées.
Les avantages qu’on a recueillis, jusqu'ici, de ces Expéditions, n’ont guères répondu, je crois, aux vuesdu gouvernement, niàl’attentedu Public.
Des plantes, qui souvent ne sont inconnues qu’i» l’Expédition, et qui ajoutent à cet amas d'hiéroglyphes ininteUisrihles. é cette scientifique et repoussante nomenclature, malheureusement, consacrée par unGrand
JVom, mû n» tervtnt qu'à dessécher là mémoire., qt^à effacer le riant tableau de la JVature ; des insectes, des papillons, dont on n'abonde que trop; des oiseau», qui ne servent, qu’à contenter la curiosité et le luxe ; des pierres eonjeciuraUs, dont le siliceim, ou le caleareum, ajoutent aux discussions oiseuses des Savons, et importent fort peu au bien public ; tel a été jusqu’à présent le principal résultat de ces pompeuses entreprises.
L’étude de Pbistoire naturelle est, sans doute, une étude, qui ne doit pas être négligée, sur tout en ce qu’elle peut être utile; mais elle ne saurait être le principal objet d’on Gouvernemeid éclairé, et libéral. Il doit avant tout s’occuper de rbomme, et de ses vrais be.^ioins ; et rhomme sauvage vaut aussi la peine, qu’on s’occupe de lui. C’est en agissant d’après ces principes, que lesChefe, qui les président, peuvetit sè faire un nom cberide l’Humanité, et de ses administrés. »
QaHm officier, donc, homme de 'confiance, accompagné seulenaeot de bons interprètes, et de deux bons rameurs. Canadiens, parcoure >les pays sauvages; qu’il observe judicieusemeel lleurs moeurs, leurs habitudes, leurs inclination» physiques et morales, et leurs moyens ' d’exiatence; qu’il médité, sur les lieux même», > ce que ce peuple pourrait devenir, dans le cas, où leurs chasses viendraient à manquer, époque» qui n'est pas bien éloignée ; quels effiits peuvent en résulter pour les Nations civilisées, qui le» avoisinent, en supposant, que ces chasseurs barbares viennent à émigrer, ou à périr; en suppo-, sont, qu’ils se plient a embrasser FagricnUnre,' et à s'adonner à l’industrie ; qu’à mesure,- que ses vues s’étendent, en examinant de près-toutes les circonstances locales, il vise aux moyens de faciliter, et de rendre utile une révolalion de cette nature dans les mœurs de ces tcifau» vagabondesi Mais, qu’il coiiHHerice par le tempoEéL car le spirituel vient après, et spontanément'^ 'Dans ee
eas« le pain est le plu'i puissant appât pour les at> tirer à l'Evangile. La charité, mise en action, la première vertu, qu’il commande, vaut beau* coup mieux, que celle, qu’on preche simplement. Il iaut leur montrer comment ils peuvent vivre, et jouir, honnêtement, sur la terre, avant de leur annoncer les béatitudes du Ciel. Le premier pas conduit naturellement au second ; car, dans cette Providence, qui les nourrira tous Jes jours en paix, sous un nouveau système de vie, ils ne tarderont pas à reconnaitre une Divinité réelle, qui les secourt, et ils se porteront d’eux* mêmes à la mieux connaitre, à ta remercier, et à l'adorer. « ,
L'ouvrage de Monsieur Morse, brille d'une piété, d'une philantropie vraiment exemplaires, mais il manque de cette philosophie, directrice, sans laquelle tout édifice physique, et moral porte à mux, ou sur une faible base. ^ i'-.
.Nous parlons souvent du Ciel, mais nos regards retombent toujours sur la terre. C’est, que nous éprouvons, à chaque instant, des besoins, qui pèsent sur notre existence : et un homme aussi matériel, que le Sauvage, doit naturellement s’occuper encore plus, que nous, de ces besoins. Ce sujet me rappèle. Comtesse, un Chef Sauvage, qui, un jour que l’interprète lui rendait les sermons de Monsieur Morse, en répétant souvent le mot Biôle, se tourna vers lui, et lui demanda, en l’interrompant : est-ce que cela est une chose m'on mange. •
Les Missionnaires Français, dans le Canada, se conduisaient, en général, par ces principes : et aussi sont-ils ceux, qui ont fiiit le plus de prosélites parmi les Sauvages, et les seuls, qui sont encore en vénération dans leur mémoire.
Après la rivière aux Renards, des rapides se poussent l'un l’autre, jusqu’à l’endroit, où un archipel les arrête. Le fleuve offre ici l’image, en petit, de cette mer, qui fut un théâtre si glorieux
Mm
aux an^ns peuples di^’la Gr^e, danë 'leo¥s lutte» devant Salamiite, «t Arthémise, contre les Darius, et les Xerxès ? et qur l’est encore ‘eux Grecs iQodernes coiitre'ledespoUsineet'iatj* raiinie du cruel Ottoman. ■ ‘
' Il est étoiuiaiit comme ce fleuve réunit tou» les traits du Grand, du ‘Beau, du Touchant et do Merveilleux. 11 embrasse ici. dans une enceinte spacieuse et riante, qui use fies, qui rivalisent de bciiuté entr’elles. Lu Nature' semble se complaire au milieu d’etles, comme Michel* Ange devant son Jus^nteni Universel, dans la Chapelle Sixiine, lorsqu’il s’écria, en contemplant son ouvrage : “ Il est beau quoique terrible."
Les Sauvages, eux-mémes. s’y sont arrêtés avec quelque signe d'émotion, ou du moins, ils semblaient étreeensiblesà Inmienne. •
J’aurais eu ici une belle occasion de perpétuer aussi mon nom dans ces contréeé Sauvages, en le donnant à ce lieu enchanteur, et vous Mrex peut-être surprise, que je me sois' entièriement négligé. Les hommes, Comtesse, disposeront de mon nom. après ma mort, comme Dieu de mon âme, suivant que j’aurai bien ou mal mérité, pendant ma vie ; et je laisse à mes amis, et à ceux, qui ont pu ‘ connaître mon cœur, le soin de défendre ma mémoire, si jamais des hommes injustes, ou aveuglés par les préjugés, osaient l’attaquer. D’ailleurs un promeneur sans prétentions,' comme moi. et qui écrit ces lettres sur ses genoux, etau milieu des déserts, comme César écrivait ses commentaires sur le pommeau de^ sa selle, et au milieu du tumulte du camp, ne doit pas s’élever à la hauteur de voyageurs célèbres, et d’écrivains de profession. Ne petisoa! pas iiOn plu». Comtesse, qu’en < rappelant César,' pàr un à-propos, je me croye son rival de gloire. î'>'
On trouve encore des rapides vkdetis à sept Ou huit milles de cet arrhipei. {.«s Sauvages les bravent avec une hardiesse, une dextérité sur-
ptrenantes. Ife font ce qu’ils veulent de leurà canots. Je trouvais souvent ;de .Mouveuux. sujets d'admiration dans notre petite flottille, de bar timens. de Carton, qui, éparpillés ça et là sur là surt'aoe des flots agités, me rappelaient sans cesse, par leur tbrme,'et leurs diverslmouveoieus^ quelque souvenir de l'Antiquité. I ■
T >.;Le soir du 27, nous nous arrêtâmes à un endroit, où uu chevreuil, que mon chef tira du canot, était allé mourir; endroit également délicieux. où nous conduisit encore le hasard. , ■
.11 Partout il est des momens, où l’homme a besoin de s'abapdontier entièrement à ses pensées, mais encore plus, lorsqu’il a été pendant quelque tems parmi des peuples barbares, et âu milieu des forets, et de lieux déserté. Je montai sutune petite hauteur, qui domine le fleuve, et le pajrs, et j'jr établis tout seul mon camp. Le matin assis sur mon lit, fait par les mains de la Nature, la tête appuj'éet contre un arbre, qui était mon pavillon, je voyais renaître cet astre bienfaisant,' ; qui revient . tous l ies jours ranimer la Terre, lOt les hommes de ses rayons vivifians, Ofa ! qu'il était beau après tant d'orage! Je, ▼oyais les vapeurs de. l’aube se dissiper, en fuyant devant lui, et je contemplais dans un nouveau bassin, formé par le fleuve, un> nouvel ou- ' vrage de la Nature, i aussi ravissant, que stogolier. . . \ ' ,{j
nUoe île, qui au milieu du fleuve, d’une figutie pentagone, présente le modèle du plus bel onvrage, qui soit sorti du géitie et du crayon de notre edèbre Vanvitelli, le Lazaret d’Ancone.
Je dis le plus bel ouvrage, car par l’art magique avec lequel il a sa distribuer si admirablement et si commodément le service et sanitaire, et commercial, et par lesdiflîciihés, qu'il a vaincues pour y parvenir, je le préfère aux édifices étoiinaus.du palais de Caserta, et du pont de Matalone. Que mon lit était beau ! Et la nuit même
ofTrait sovent à mes Teilles des objets intêreS' sans, et toujours des pensées, qui ne naissent
£ >int'dans les alcôves du Luxe, et de la Molesse.
a lune et les étoiles répandaient des nuances magiques sur des tableaux enchanteurs ; et lors même, que le Ciel orageux rendait ma situation gênante, je sentais dans mes souffrances, quelque chose, qui m’élevait au-dessus de moi-même. Celui, qui croupit sous la pourpre et l’hermine, m’aurait peut-être envié. *
Les Sauvages appèlent cet endroit ^nikitoucùm, ou le Grand Echo, qui toutefois est beaucoup inférieur à celui du lac du Cèdre Rouge. Il est environ à 25 milles au-dessous de l’arcnipel.
Près de là une autre rivière considérable, également sans nom, descend de l’Ouest ; on trouve ensuite du même côté celle de l’Eau Claire. Aawanibio-sibi ; et son nom répond à sa limpidité.
La rivière KapUoligoya-nbi, ou la Rivière Double, qui a son embouchure à l’Est, et qui vient des imlles lacs est le terme du voyage sur le Mississippi du Père Hennepin, le premier qui le remonta jusqu’à cette rivière, et qu’il nomma St François, du jour, peut-être, qu’il la découvrit. Elle est environ à 65 milles du fort St Anthony. Une île bouche presqu’entièrement son embouchure. C’est une rivière considérable, ainsi que celle des Corneilles, qu’on trouve à cinq milles
Ç lus bas, à l’Ouest Les Cypowais l’appèlent *oanagoan-sibi, ou la Rivière des iStoux, .car ils s’y rencontrent souvent, et elle a été plus d’une fois teinte du sang des batailles, comme la Rivière sanglante. Ici je vis un ours sur un arbfe. Mon fusn et celui du Chef, mouillés comme à l’ordinaire par la pluie, ne firent pas feu, et il se sauva. Dans cette saison, w il n’y a plus de fruits, l'ours revient aux glands, et il grimpe sur les chênes pour choisir les plus tendres. J’aurab été bien aise de tuer un ours perché comme ub petit oiseau. j ^ , -«J
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^ Dans la nuit du 29, tout était glacé autour de nous; il faisait déjà des froids terribles, mais je croyais avoir chaud, en voyant ces corps nus, enveloppés la nuit, comme le jour, dans une seule couverture, ou dans une peau, qui malgré leur dextérité à s’en servir, leur échappe souvent d’un côté, tandis qu’ils cherchent à s’en couvrir de l’autre ; et il est rare même, que cette couverture soit entière, car lorsqu’ils ont besoin d’un morceau de chitTon pour nettoyer leur fusil, iis le prennent dans cette seule garde-robe.
■tv Le matin je tuai une Bête-Puante, que les Naturalistes appèlent, je crois. Mouflette. C’est un animal, qui mérite que je vous en dise deux mots.
' Il est de la grosseur d’une petite loutre, ayant presque sa longueur, mais le museau beaucoup plus long, et pointu, et les jambes encore plus courtes. C’est ce qui l’empêche de courir assez vite pour fuir le chasseur, qui le surprend, d’autant plus facilement, que n’étant pas amphibie, l’eau ne peut lui oflrir un refuge. Mais la Nature lui a donné une arme puissante pour repousser son agresseur, la puanteur insupporta- Me d’une humeur, qu’il cache sous sa queue, comme le serpent cache son venin sous son palais, et qu’il lance sur l’ennemi qui le poursuit, avec une telle force, qu’il l’en atteint quelquefois à 60 pas de distance. Lies Naturalistes prétendent, que c’est son urine, mais ils sont dans l’erreur sur ce point, comme sur bien d’autres ; ce qui arrive lorsqu’on étudié la Nature du fond de son cabinet.
J’ai fait la dissection de cet animal, et j’ai trouvé cette humeur dans une vessie, tout à fait séparée. J’ai failli être suffoqué par l’horrible odeur, qui s’exhalait, et qui infectait l’air pendant l’oj^ration. Elle saisit les sens, et le cœur. Si un habit en est atteint, toutes les essences, et les lessives do monde, ne suffiraient pas pour le
Dir'tizod by Gopgle
desinfecter; et ce qu’il jr a de remarquable eu- Corc, c’est que cette odeur ne s’alfaiWit jamaie, avec le temps. Les Sauvages n’ont trouvé d’an» très moyens d’enlever cette puanteur, <}o’eti enf* terrant, pendant quelques jours, leurs harde» Ce qui est encore plus digne d’observatiotH > cWt, que cette bête plus elle est en colère, ou en danger, plus elle pue; comme lesNegrés. quf jamais n’eihalent si fortement la puanteur, qui leur est propre,' que quand on les bat. ou on les irrite: c’est l’efifervescence. ou l’ébullition, qu^* éprouve aussi l’hutneur bilieuse dans un homme mélancolique, ou atrabilaire, lorsque les |»as- Sions, ou le chagrin, le rongent. '
Après avoir passé le confluent de la Rivière Mhsayauanisiliÿ, ou de l’Eau de Vie, à l’Est, et d’une antre, qui est inconnue, à‘ l’Ouest, je me rapprochais de ce grand spectacle de la Na* ture, dont je vous ai parlé dans ma quatrième' promenade, des Chûtes de St. Anthony. On en* tendait le bruit de cette masse énorme d’eau; qui se précipite avec tant de force, que les ro* chers, ne pouvant résister à son impétuosité; cédetd. et se brisent. Déjà je voyais s’élever des flots écumans ce brouillard épais, qui dérobe l’horizon à la Vue; La force du courant eiitrab
nait déjà nos canots avec une vitesse alarmante; et je discernais enfitn à travers les arbres, et dans un lointain agréable, le toît d’une maison, qui indiquait un lieu habité. C’était le moulin de la garnison du Fort. Mon âme, encore rem« plie de tout ce qu’elle avait vu de grand et de terrible, pendant l’espace de trois mois, à travers de déserts éternels, parmi des peuples barbares, «t dans des régions inconnues, était agitée d’é» motions, dont je pourrais, à peine, me rendre compte. • ■ > - i'-
La vue de cet objet, qui m’annonçait* l’approche de l’homme civilisé, me faisait épr<^et des sentimCiis opposés. Je regrettais i’indepen-
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deitc«'de la vie sauvage.' et je tréssainalB en même tempe, de joie< en ni’apprecbaiit de, l'em> pire de la civilisation. > ■; ' > >■
Â'près avoir frai»cbi le portage, je fie ma dernière toilette sauvage ; c’est à dire je me rasai ffiiiis savon, et sans miroir, et avec des rasoirày ^ui sciaient, aulieu de couper le poil, Je. pria non bain dans le fleuve, et m’habillai comme je pus, pour raparaître au fort |e. plus décem*' ment,' qu’il m'était possible.- Mais la malpropreté m’environnait de ttiut côté • EMIe a'rtéi,i peut^tre. la plus grande de mes souffrauçes,- Ma tête «tait couverte d’r ne écore.ê d’àrbre. cou“ sue avec de l'écorce, en forme de 'chapeau. > Pe» souliers, une Veste, et des penlalaiis de peaw d’Origtial, cousus avec des muscles du mèfné animai, achevaient le portrait grotesque dé tua personne. - ‘ > > :- • . . .. v
< Mes sauvages -annoncèrent leur approché' de la maniéré aceontiimée, c'est à dire, à coups de fusils chargée à balle ; avec des huées et des Conttl^ne»,' accompagnées de leurs tambours bar-^' monieux. i '
De funestes rumeurs sur ma personne s’étaient répandues au fort, et le jeune Snellitig. en maiii- - Testant, à son retour, les memes crainte^.,, qui l’agitaient sur mon sort, lorsque nous nous séparâmes à Pembenar, avait contribué à les accré-diter. Ces Messieurs me croyaient perdu.
A l’arrivée de la flottille, tous les officiers descendirent du fort pour demander de mes nouvelles. Ce fut le prétendu mort, ce fut moimême, qui leur répondit, en me debarrassant dei ma peau, dont je m’étais masqué, à la Hauvage^ et toute ma figure se prêtait tort bien a ce dé-' guisement. Je vis dans l’expression de leurs physionomies, et un mouvement de surprise, etde- sentimens d’intérêt, et d’amitié. : Le bon Mr.’ Tatrliaferro m’embrassa d’une manièro 'affectueuse; et leColun^, sa respectable épouse, et
aee enfans me reçurent avec de démonstrations de la plus vive joie. J’en fus ému, et répandis des larmes d’attendrissement, et de reconnaissance. Ce fut la première fois, depuis que la destinée abreuve mon existence d’angoisses, et de douleur, que je revis une lueur de ces beaux momens, que me préparait l’Amitié, la plus rare, toutes les fois, que je retournais de mes absencest
en Italie Et pendant le peu de temps, que je
demeurai encore parmi eux, je ne trouvai rien de cette contrainte, de cette politesse froide et empruntée, que les Américains, en général, ont coutume d’atïecter, surtout envers les étrangers, et qui, comme une rouillé, ternissent leur bonté naturelle, et diminuent le prix de leur bienveillance.
Mes Sauvages arrivèrent à tems ; nous j trouvâmes des députations presque de toutes les bandes lointaines de Sioux, qui déployaient un spectacle nouveau, et même très imposant, par la pompe et les divers costumes, que ces différens députés étalaient dans l’assemblée, où ils étaient tous réunis pour représenter devant Mr. Tagliaferro leurs hommages, leurs plaintes, leurs prétentions, et leurs vœux. Ils fumèrent de nouveaux calumets de paix, et j’en fus encore témoin. Dieu sait, combien de fois elle aura déjà été violée au moment où je vous en parle.
C’est par ces mêmes députations, que je vérifiai la justesse de la pensée, qui m’avait frappé soudainement, lorsque mes deux Cypotoais furent attaqués sur la Rivière Sanglante ; mais ils voulurent ajouter, que ce fut aussi par respect pour moi, qu’ils avaient abandonné le champ de bataille. Je fis semblant de les croire, et je les remerciai très humblement, avec quelque présent de tabac. Ils me dirent, en outre, que je n’avais pas mal fait de me faire distinguer, en descendant du Lac des Sables, par le moyen de mon parapluie en pavillon, car autrement j’aurais eu
i l^flSQyer une autre grélo de coups de fusils, et dé flèches. ■ Je n’eubflai pas mon Boiê Brulé auprès' de Mr. l’Agent Tagliaferro; sa malheu* reuse famille intéressait vivement mon cœur, t' Il m’objecta d’abord. ses mauvaises qualités, eUn aversion pour les Américains, et ses liaisons «vec les Anglais.' -Tout cela était vrai; et je n’eritrcpris nullement de le< justifier.^ ;Mais un ennemi dangereux, qu’on ne <peut pas soumettre, U faut le caresser. C’est la maxime je crois des plus grands politiques. J’ajoutai que ç?avait été aussi l’opinion de Hérennius, lorsque ses Saoi* nites lui demandèrent ce qu’ils devaient faire des Hotnains, qu’ils tenaient serrés dqns la Val* lée Caudine, et qa’ils s’étaient mal trouvés de ne l’avoir pas écouté; Je me permisde lui observer en outre, que tant qu’on ne lui ferait pas goûter du pain Américeun, il serait toujours tenté, dans l’occasion, de soulager encore sa' misère avec celui des Anglais. ' Qu’après avoir oflèrt ses ser* yices inutilement, il deviendrait un ennemi déclaré, car on pardonne la haine, mais jamais le mépris. ' Qu’il avait beaucoup d’influence sur tous ces Sauvages, au milieu desquels il dominait' seul ; et qu’enfln il était un homme d’autant plus dangereux, qu’il réunisBaif beaucou'p'de talent'à beaucoup de méchsmceté,. ;Mr. Tagliaferro dç*meura convaincu de la vérité de ceo- réflexions, et du sentiment qui les dictait) et me délivra une , commission, que je lui envoyai par le moyen du T«/tn» Couvert. Titus, se plaignait avec raison d’ayiûr perdu la journée, lorsqu’elle s’étaitécoulée, sans 'qu’il eût pu fliire du bien à quelqu’un, car les heures,* qui nous rappèlent des bienfait^ rendus à l’humenité, sont les plus douces de la vie ; elles sont uficopurce Tntarissable de consolations, qui ne nous abandonnent sur ^ terre,
3 uè pour nous conduire à d’autres ^plus grande* eus le Ciel . ' •
'Avant de quitter pour toujours mon Roi Sau-
vage', il faiit, que j’y bute ' enÈofe art mot, à tout ce que je vous en ai déjà dit, afin de fixer autant que possible vos idées sur les sentimens on l’ins» tinct de ces peuples. ‘ '• *• ‘
Vous avez vu dans ma précédente, que je 'lai ai sauvé la vie, au péril de la mienne, et que je l’ai empêché de consommer l’assassinat de son plus intime ami.' Il en a parlé souvent, et avec beaucoup de' monde, mais jamais il n’en a témoigné la moindre reconnaissance. Un'<d»ien, en pareille circonstance, n’aurait cessé pendant longtems de me marquer la sienne, par les mouvemens de sa queue. Je lui fis quelques présens pour le i^compenser d’avoir été mon pilote; mais je donnai à mon autre guide la marmite, que j’avais acheté au Lac des Sables, pour le punir, en riant, de ce qu’il avait donné la première, si à contre-tems, à son partisan. II se tourna, sans entendre badinage, et me dit avec fierté : Tu nous as reproché souvent d’être trop vindicatifs, mais nous le sommes pour quelle chose qui en vaut la peine, tandis que vous autres Blancs, vota Vêtes pour peu de chose. Ma présence les avait garantis deux fois des embûcnes'des Sioux, sur la Rivière Sanglante, et sur le Mississippi, près de celle des Plumes de Corbeau, où ils les guêtaient, et les avaient épargnés seulement par égard pour mon parapluie. Et bien, avant de partir, ils me dirent, “ Tu nous fais faire toujours la poix avec les Sioux, pour qu’ils puissent nous assassiner avec plus de sttreté.”‘ Cependant, Comtesse, je crois toujous,' que les Cypowais, en général, sont moins barbares, et Uoirts ’tnëchans que les Sioux, et peut-êtres plus braves, '«h i-»r» *,
J’aurais voulu reprendre mon projet, de passer du Fort St. Anthony, à celui de Council Bluffi sur le Missouri, à travers ‘les déserts, qui les séparent; mais, outre que la saison était déjà trop avancée, dans ces climats, excessivement froids, la guerre régnait alors ‘‘dans ces
contrées, et pouvait rendre dangereuse ma résolution. , . ; ,
Une nouvelle compagnie Américaine, sous la dénomination de Màsouri Fur Company^ vient d’imaginer un nouveau système de spéculation dans les pays Indiens, qui est un nouvel attentat à la propriété de ces peuples, et ajoute encore aux vexations, que la cupidité des nations ci vi> Usées exerce sur eux depuis la découverte de l’Amérique. Celte compagnie a soldé un ramas d’hommes .pour faire la chasse eux-mêmes dans les endroits, où elle est le plus abondandante,pour usurper conséquemment, et détruire les seuls moyens d’existence, qui restent à ces malheureux, auxquels Mr. Morse voudrait donner en échange cette Bible, qu’on profane à chaque instant à leurs, yeux. Cette légion d’élite fut attaquée en Juin dernier par, les Sauvages Rikaras. Elle eut beaucoup de morts et de blessés, ,et le temps de faire retraite. < Le Colonel Leavenswortb, commandant le fort de Council Bluff, fut appellé à son secours. Il remonta immédiate* ment la rivière avec 300 hommes, mais arrivé près du campement des Sauvages rebelles, pénétré peut-être de l’injustice de cette entreprise, au lieu de venger le sang et le npm Américain, il leur accorda la paix; et .maintenant, la guerre u’existe,.que dans les journaux, entredui et les agens de cette compagnie. ■ , ;
Je SUIS parti le 3 Octobre du fort St. Antony. Quoique j’aie la plus grande aversion pour retourner par le même chemin, néanmoins le Mississippi m’a frappé de nouveaux charmes, et je ne pouvais cesser de l’admirer encore. Quel beau Fleuve !.. quel grand Fleuve!..
Notre navigation fut très heureuse, dans un Keel-boat, ou barque pontée : et des Messieurs, qui sortent de l’Académie Militaire de Westpoint, du coté de New-York, et que j’ai trouvés à la Prairie do Chien, où ils avaient conduit des
recrues per lâ rôie des lacs, ‘et de i’Owisconsing;, ont été pour moi une très bonne compagnie. •
Iis passent avec le grade d’ofbcier au fort du Council Bluff! Ils Sont très iirstroits, comme tous ceux en généra], qui sortent de cet établissement, qui èst V Ecole Pofyteekntque des Etats- Unis. Quel dommage, comtesse, qu'ils aillent se perdre’ dans les pays sauvages! éloignés de la bonne société, environnés d'unë espèce vicieuse et dégénérée, comme tous les Sauvages qui avoisinent les étabiissemens civilisés ; livrés à eux-mêmes dans un âge encore susceptible de de toute sorte d’impressions, il est à craindre, qu'ils n’oublient bientôt les connaissances qo'ilS ont acquises, et qu’à la politesse, aux principes de moral, et aux sentimens élevée, qu’ils ap|^rtent avec eux, ne succède en peu de temps, l’avilissement, l’intempérance et le libertinage. Le gouvernement, à mon avis, a un grand reproche à se iaire, de ne pas avoir on professeur de> mathématiques à Council-Bluff! et un autre au foK St, Anthony, pour continuer d’instruire ces jeunes otEciers, qu’on y envoie. Outre, qa’oa les soustrairait, par ce moyen, aux’dangers de^ l’oisiveté, on ferait des hommes utiles aux SaUVageS, à la l’âttie, an gouvernement et à la Soeiété) oh épargnerait bien des dépenses d'EjjKdilions'
' De St, L6 u1s4 où je suis’ arrivé le 20, je me suis rendu ici, pour jouir d’un meilleur climat et dé quelque repos. • ' ‘ • • - -*-»
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