LETTRE XI, ET DERNIERE
De ST. CHJRLES, sur U MISSOURI, à la J^OUyELLE-ORLEJA'‘S.
De la Nûuvellc-Orléan», le J3 Décembre 18^.
Le jour de mon arrivée à la Nouvelle-Orléans fut pour moi un jour de consolation ; j’étais privé depuis longtems de toute correspondance, avec les personnes, qui me sont les plus chères, et que j’estime le plus. Jugez de ma joie en trouvant dans cette ville deux le;ttres de vous, Comtesse, et d’autres de mes parenset amis.
C’est de St. Charles sur le Missouri, que je vous ai écrit ma dernière. La promenade, que nous allons faire maintenant de là jusqu’aux embouchures du Mississippi, vous la connaissez en partie, c’est à dire de St. Louis, jusqu’à l’embouchure de l’Ohio. 11 ne nous reste donc à voir, que le pays, que l’on parcourt depuis l’Ohio jusqu’au Golfe du Mexique, qui a été déjà décrit par des géographes, et même chanté par des poëtes. Ne vous attendez pas. Comtesse, que, marchant sur les pas de ces derniers, je vous endorme en promenant, pour vous faire rêver comme eux, aux dépens du vrai, et du sens commun, que j’embellisse de fictions agréables, et sème de fleurs les bords tristes, et monotones de cette partie du Mississippi. Je vous ai parlé avec enchantement des scènes admirables, que j’ai rencontrées, depuis sa naissance jusqu’à l’Ohio ; je me bornerai maintenant à vous arrêter sur quelques pofnts, que je croirai dignes d’être remarqués, pour mieux achever de vous peindre le cours entier de ce Grand Fleuve, et pour indiquer quelques contradictions des Géographes.
St; Charles est une jolie petite ville, quoique
aussi jeune que l’Etat du Missouri, dont elle est' la capitale. Elle est située sur la rive gauche de cette Grande Rivière, à 22 milles de St. Louis. Vis-à-vis, sur la rive droite, se trouve un petit bourg, formant un charmant épisode ou paysage, qui se présente devant elle, au Sud. Des lisières d’arbres .touffhs, qui bordent les rives du Missouri, la parent à l’Ouest, et à l’Est ; et au Nord, de riantes prairies lui offrent un coupd’œil, qui se perd dans les nuances des bois, qui cotoyent le Mississippi.
Par sa situation, elle serait destinée à devenir un point très important, et ses progrès seraient encore plus rapides, si l’égoisme des spéculateurs ne conspirait pour lui enlever le siège du gouvernement, afin de l’établir à l’embouchure de la Rivière des Osages, environ à 300 milles au-dessus, dans la vue de faire valoir des cpneessions, ou des acquisitions considérables de terres, qu’ils ont dans ces pays Sauvages.
On trouve après quatre milles, au Sud de St.
Charles, un petit village qui répond très bien au nom, qu’il porte, de Florissant. 11 est situé au milieu de superbes campagnes, entremêlées de prairies, et de forêts, où la charrue donne déjà des produits considérables. Monseigneur l’Evèque Dubourg y a fait un établissement de Religieuses, très utile pour l’éducation des filles de ses habitans; et un autre de Jésuites, au moyen desquels il se propose de répandre le Catholicisme parmi les Sauvages,qui soutdispersés dans les pays limitrophes. Puissent-ils répondre aux vues évangéliques, et philantropiques de ce respectable Prélat
De St Charles je suis retourné à St Louis, à travers une immense prairie, qui conduit, vers l’Est N.-E., au portage des Sioux ; elle est entrecoupée de petites monticules, appelées les Mamelles, à cause de leur forme.
Du sommet de ces Mamelles, l’œil découvre le
plus beau et le plus imposant spectacle, la rencontre des deux fleuves rivaux, qui confondent leur eaux, et coulent majestueusement dans le lointain. Partis à une distance considérable l’un de l’autre, quoique presqu’à la même latitude, ils ont parcouru une immense étendue de pays, toujours en se rapprochant, jusqu’au moment, où le Missouri, plus fongueux, s’élance sur le Mississippi, et trouble son onde, en y mêlant ses eaux, moins pures, quoique plus salubres.
La plus hante des piramides d’Egypte, serait obligée, je pense, de baisser pavillon devant les' petites Mamelles de la Prairie de St. Charles, car, à coupsur, elle ne domine pas deux fleuves aussi imposons, des champs aussi rians, des bosquets aussi agréables, que ceux qui varient ée ravissant tableau. Delà, Comtesse, je revoyais cette chaîne de rochers perpendiculaires, ressemblant aux iubstructions des palais de Pompée, et de Domitien, dont je vous ai parlé dans notre troisième promenade. L’illusion est parfaite.; et comme ces rochers s’élèvent sur le village,, tout couvert de chaume, du Portage des Sjout, je croyais voir les palais d’Arraide dominer orgueilleusement l’humble cabane de Baücis, et de Philémon. i
Le Portage des Sioux est ainsi appelé, parce qu’autrefois ces Sauvages étendaient leurs prétentions territoriales jusque là, et y faisaient un portage pour passer plus vite du Mississippi au Missouri. C’est un assemblage d’une trentaine de hottes, habitées par un peuple issu de Sauvages, ou à demi Sauvages. >
Ces pauvres habitans, en apprenant que j’étais Italien, sont accourus en foule autour de moi,hommes, femmes, et enfans, et tous, avec un empressement vraiment filial, me demandaient des nouvelles de leur père commun. “ Le connais- “ sez-vous, me disaient-ils, oh ! qu’il nous a fait “ do bien ! qu’il nous aimait ! combien il a
“ souffert pour nous! Nous tné ’ trouvferons “ plus un père comme lui! Nous l’avoiiB' peut-»
“ être perdu pour toujours!” Touché de ce spectacle vraiment attendrissant, je leur deman-* dai quel était i'objet de leurs regrets. Ils me nommèrent Mr. Âcquaroni, prêtre, Italiep. Cel Ecclésiastique, pendant un séjour de trois ou quatre ans parmi ces bonnes gen.s, était devenu leur idûle par sa piété, et la charité qui distinguaient son ministère. Donner tout ce qu'il' avait aux pauvres; quêter pour eux ; travailler la terre de ses mains, pour sâ subsistance et la leur; ne se reposer des travaux corporels, que pour s’occuper des spirituels; telle était U vie constante de ce bon Missionnaire. J’ai eu le plaisir de faire sa connaissance dans cette vtlle^ je l’ni embrassé avec les sentimenst'quünspire la véritable vertu. “ Il est vicaire dé cette cathédrale, co^adjutëur de l’abbé Moni, qui s’y 'fait .aussi chérir par sa douceur, et ses vertus chrétiennes. ; . 1 • -1
. Je partis le 9 du mois passé de St. Louis, armes et bagages, c’est à dire avec mes curiosités Sauvages, et mon fidèle compagnon, le fameux canot dé la Rivière Rouge, dont j’avais aussi arrêté le passage sur le steam-boat le Doiphiti. ' ^ La Faiblesse Humaine se montre toujours par quelqu’endroit. Vous l’avouerai-je. Comtesse,' que je suis encore inconsolable de la perte, que j’ai faite de mon canot. Le Capitaine, homme dur, et sans complaisance, sourd à mes remontrances, voulut le placer négligemment, et à son caprice ; et, le steam-boat ayant échoué à 7 ou 8 milles au-dessous de St. Louis, In violence du choc fut telle, qu’il se brisa en éclats. Comment ne pas gémir sur le sort de ma chère nacelle 1 Elle avait parcouru avec moi, à travers mille écueils, plu.s de 2000 milles..... Nous avioee souffert ensemble tant de vicissitudes..... Nous nous ..
étions portés tour à tour. .'Nous espérions
Digiti.'r'cl hy (jO
nous rappeler mutuellement, dans notre vieillesse, les régions difficiles, que nous avions parcouroes, les dangers, que nous avions bravés, et
tant de travaux Et un seul instant détruit
toutes nos illusions et l'a jetée dans le néant.,..
Mon esprit, nourri depuis îongtems de pensées lugubres, habitué à méditer sur les moindres incidens de la vie, voit partout le destin, qui m'accable, et l'image delà fragilité humaine l’état
de celui qui a le malheur de survivre à ce qui lui est cher.... Je lui devais un tribut de reconnaissance, et je lui ai fait son épitaphe, que j’ajouterai à la fin de cette lettre.
Vous rappéleVez, Comtesse, cette maison de bois, qui. dans ma' deuxième promenade, semblait sortir des eaux, au confluent de l’Ohio et du Mississippi. En y repassant cette fois-ci, je ne. la trouvai plus. Je la cherchais des jeux, elle avait di.sparu; Je crus qu’elle avait été epgloutie ; mais on me la montra fort loin du rivage, à l’E.-N.-E. du confluent. Ce phénomène, qui serait très curieux sur nos petites rivières, ne l’est point ici, où il se renouvelle tous les ans.
— L’inondation périodique, et quelquefois extraordinaire,, de ces deux grands fleuves, l’avait mise au milieu des eaux, et celles-ci, en se retirant dans leur lit, l’avaient laissée à sec dans la campagne. Le steam-boat s’étant arrêté pour faire du bois, j’eus la curiosité de la voir de plus près; c’était réellement la même. Elle était perchée sur des pilotis de 15 pieds de haut, que l'eau couvrait -entièrement la première fois. Les Naïades avaient déserté, pour éviter l’insalubrité de l’Eté.
Le lit du fleuve, au-dessous de l’embouchure de FOhio, est très large, et embrasse de grandes îles; celle qu’on appèle Wolf-Isùmd, ou du Loup, est la plus grande, qu’il rencontre dans son cours; elle a cinq milles de long, et deux de large. C’est l’endroit, où le fleuve est aussi dans sa plus
t rande largeur ; on la calcule à plus de 6 milles.
ïlle est à environ 18 milles de l'Ohio. Le Mississippi, depuis l'Ohio jusqu'à ses embouchures, à'quelqu’exception prèSjn’ofTre partout, que pays plat. . ’ .
;New-Màdrid, à 44 milles de l’Ilc du Loup, n'est ni vieux ni nouveau ; il n’est plus rien. Un tremblement de terre en 1812, et qui s’est renouvellé le 19, a détruit, ou englouti le peu de maisons, qu’il y avait, et qui n’était pas grande chose '; mais par sa situation, pouvant être l’entrepôt des établissemens civilisés, et du commerce avec les Sauvages, qui sont sur le derrière, il aurait pu devenir un point important. Le terrain a baissé considérablement, et il n’est plus susceptible de rien. Le Mississippi, ayant, comme tous les grands fleuves, ses alluvions périodiques, ordinairement dans les mois de Mai et de Juin, déborde presque toutes les années, et inonde ses deux rives jusqu’à 100 milles. 11 forme alors une vaste mer.
A 43 milles plus bas, le fleuve s’est ouvert un nouveau passage, à l’Ouest, à travers une presqu’île, qui est devenue maintenant une île. Ce passa'ge ne date 'que de deux ans ; il est encore inconnu aux Géographes. Cette nouvelle route épargne plus de 12 milles à la navigation. On prétend, que cette rupture est dû à la force, ou au poids de cet énorme volume d’eau ; mais la profondeur du canal, et sa forme inégale, me porte à croire, que c’ést l’effet d’un» tremblement de terre. Ce passage est d’environ trois quarts de mille en longueur. On l’appèle le JYew Cut-off, la Nouvelle Pointe-Coupée.
A environ 40 milles de là, on trouve un coteau élevé, qu’on appèle Chikasaw Bluff, et successivement trois autres sous la- même dénomination, dans l’intervalle de 50 à 60 milles ; ils sont tous sur le bord oriental, dans l’Etat du Tennessee, qui confine au Nord avec celui du Kentucky, et, au Sud, avec celui du Mississippi ;nls apparte-
naieiit, ainsi que toutes les contrées' environnantes, aux Sauvages du même nom ; mais les Américains craignent toujours, que la terre ne leur manque, quoique, comme je vous ai déjà dit, ils ne cultivent pas la 18e. partie de celle qu’ils ont déjà. Ils les ont aussi chassés à l’Ouest du Mississippi, vers les Arkansaws, le White- River, &c. Je crois que les Américains, à force de chasser les Sauvages,. finiront parle devenir eux-mêmes; j’en ai rencontré dans les forêts, dans les déserts, qui ne se distinguaient des Sauvages, que par la langue, et par cette propreté, qui règne chez toute la nation.
Entre l’embouchure de la Wolf-River, et le dernier de ces BlutTs, on vous fait voir l’endroit, où est bâtie la ville de Memphis ; mais je n’y ai vu ni les ruines de l’Ancienne, ni les progrès de la Moderne. C’est un petit village, que les inondations menacent tous les ans de renverser. Cependant c’est autant de plus qu’il n’y avait, avant que ces paysappartinsent aux Etats-Unis.
Environ 56 milles plus bas, on trouve l’embouchure de. la rivière St. François, à l’Ouest. On m’a dit qu’elle est navigable pour l’espace de plus de 300 milles, et qu’elle remonte presque parallèle au Mississippi, vers le N. N.-O., et que ses sources sont près de celles du Merrimac, qui afflue, comme nous avons vu dans notre 2e. promenade, près de St. Louis. On vient de découvrir une mine de fer entre les sources de ces deux rivières, dont le minérais est si abondant, et d’une qualité si bonne, qu’il est malléable à la première fonte. Cette mine serait la merveille des ijiines de fer. v
Vous vous rappellerez. Comtesse, que nous avons vu une autre rivière St. François au dessüs des chûtes de St. Anthony. Je pense que Mr. la Salle, descendant le Mississippi, au moment que le père Hanepin le remontait, a découvert celle-ci le même jour, que ce dernier découvrait
celle de là hant, et qu'en conséquence elles ont reçu toutes les deux le même nom. L'einbou* cbure de cette :ivière et la partie inférieure de eon cours se trouvent dans le territoire des Arkansaws, qui est borné au Nord par l'Etat du Missouri, au S. par celui de Louisiana, à l’O.
{ >ar les montagnes du Nouveau Mexique, et par e Mississippi à l’Est. - n v -it év»
A plus de 00 milles du St. François, la White River, ou Rivière Blanche, se jette aussi, du même côté, dans le Mississippi. Cette rivière est une pomme de discorde parmi les géographes américains. Il y en a qui lui accordent gènéreu* sement 1200 milles de navigation ; tandis que d’autres ne veulent pas seulement qu'elle ait un cours de 300 milles. Il est des cartes qui placent ses sources principales au N. N.-O., vers son tributaire Black River; d'autres à l’O. S.-O. vers son propre cours ; il y en a enfin, qui en parlent avec un ton d'assurance, quoiqu’ils en sachent encore moins que moi, qui n'en sais rien dutout; cependant j’ai vu son embouchure. Ce qui parait certain, c’est qu'à 25 ou 30 milles au dessus de son confluent avec Je Mississippi, elle communique avec celle des Arkansaws, par le moyen d’un Bayou, mot technique approprié à tous les canaux naturels, qui servent de communication ou d’écoulement dans le bas Mississippi.
A 20 milles de la Rivière Blanche, la rivière des Arkansaws porte également le tribut de ses eaux au Grand Fleuve. u,' jwçid
Il parait que cette Rivière, après le Missouri, l’Ohio, et la Rivière Rouge, que nous verrons plus bas, est le plus grand tributaire du Missi|^ippi. Les opinions sont aussi partagées sur ses sources, et sur la longueur de son course de là vous concluerez facilement, Comtesse, qu'on n'en sait rien de positif. Cependant toutes ces régions ont été parcourues par de grandes E^ditions.
Mais, qu'elle descende ou des Bhck Æounlains,
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ou des Rocky Moiintains, ou des Montagnes Cypowaiscs ; qu’elle soit navigable l’espace ou de 1980 milles, ou de 2000, ou qu’elle n’eu ait que 1500 de cours, néanmoins il parait incontestable, que la direction de ses sources est vers le Nouveau Mexique, et que c’est une grande rivière. Certes,Comtesse,ceu’estpaslà la manière la plus exacte de s’expliquer en géographie ; mais n’ayant vu que son embouchure, je ne puis vou.s en dire d’avantage, à moins, que je ne m’érige aussi en créateur, pour vous tromper.
A 20 ou 40 milles plus bas, nous nous arrêtâmes le soir à une petite cabane, elle était habitée par une famille heureuse; mari et femme, et deux enfans. Ils cultivent un peu de maïs, ils ont du bétail, et le père calcule, qu’avant que ses deux enfans soyent majeurs, et qu’ils puissent abandonner la maison paternelle, ils doivent lui avoir rendu au moins 1500 piastres chaque, et ce, en coupant du bois pour les Steam-Boats, en en transportant à la Nouvelle-Orléans sur des Flat-Boats, (espèce de radeaux couverte,) et par d’autres spéculations, que ce grand débouché a ouvert à toutes ces contrées, il ajouta, qu’alors, d’après ses calculs, il n’aura plus- besoin d’eux, et qu’ils pourront s’en aller en paix, fonder ailleurs leur colonie, comme les Castors. Ce sont des Yankees, peuples, qui émigrent les pays occidentaux des Etats de New-York, et de Connecticut, et qui passent pour les Gascons, et les Piémontais des Etats-Unis. Ce qui veut dire, qu’ils ne sont pas des sots.
Ou m’a dit, que les Yankees, quand ils se séparent de leur maison paternelle, n’obtiennent, qu’une bride, un joug, une haclie, et une pioche. C’est un patrimoine symbolique, avec lequel ils parcourent quelquefois trois ou quatre mille milles, jusqu'à ce qu’ils trouvent à l’employer utilement ; et les parens ne savent plus rien de leurs fils, ni les fils de leurs parens.
Le jour suivant, nous nous arrêtâmes à une autre petite hutte, également de Yankees. Un Monsieur Américain, qui les avait connus autrefois ailleurs, à deux ou trois mille milles de là, leur demanda, par quelle aventure ils avaient abandonné leur premier établissement. Le chef répondit, que c’avaitété pour s’éloigner des voisins, et qu’il allait aussi déserter de là, attendu qu’une famille était venue s’établir à 60 milles, dans son voisinage. Sa femme n’était pas à la maison.
Elle avait été voir un voisin, son parent, à 80 milles de là. Vous voyez. Comtesse, que le terrain, qui suffit, en Italie, pour nous donner une demi-douzaine de Souverains, 'est trop reserré dans le Nouveau Monde, pour une famille d’Américains. Il parait, que l’esprit de société ne les rapproche
S as trop, ou que l’intérét les éloigne. Le Colonel loon, qui fut un des premiers à pénétrer dans les vastes déserts du Kentucky; à combattre, et à chasser les sauvages et les bêtes féroces, qui l’infestaient, avait une telle antipathie pour le toisinage, que pendant plus de 40 ans, il n’a fait que s’éloigner pour le fuir ; de façon que, des limites orientales du Kentucky, il a été se confiner petità petit jusque vers la rivière des Osages, une distance d’environ 1300; une famille, que je connais, s’étant établie à 100 milles derrière lui, allait le faire fuir encore, quand la mort l’arrêta. Ou croit, que si le Ciel l’eût laissé vivre encore un peu< il aurait fini par fuir les voisins jusqu’à la Mer Pacifique, d’où, probablement, un nouveau voisinage, Européen, l’aurait chassé jusque dans les terres hyperboliques de la Nouvelle Hollande.
La Rivière Yazoo descend de l’E., et sépare l’Etat du Tennessee de celui du Mississippi.
Elle traverse tout le pays jusque vers les limites de l’Etat de la Géorgie. Toutes les contrées qu’il baigne, appartenaient aussi il.y a peu d’années aux Sauvages. Elle est à environ 170 milles de la Rivière des Arkansaws.
A 12 milles plus bas une jolie colline, qu’on appelle le iValnut Hill, rompt la monotonie de ces marécages éternels.
Nous arrivons à Natchoz, Comtesse ; c’est le premier endroit, qui, depuis St. Louis, offre des traces d’une civilisation avancée. Il faut nous y arrêter un instant-; d’autant plus, qu’avant de passer outre, il est nécessaire de jeter un coupd’œil sur ce que ces pays ont été, pour mieux apprécier ce qu’ils sont. -f t«.
La ville de Natchez est bâtie sur une colline, qui domine la rive orientale du Mississippi. Elle est à environ 850 milles de St. Louis ; à 671 milles de l’embouchure de l’Qhio; à 285 milles de l’embouchure des Arkansaw, et à 100 de celle du Yazoo, du côté du Nord. Du côté du Sud, elle est environ à 300 milles de la Nouvelle-Orléans; à 175 du Bâton-Rouge, et à 73 de l’embouchure de la- Rivière Rouge. * !
«Je vous ai dit dans ma 2e. promenade, que les Français ont été les premiers à faire la découverte de ces régions, qu’on appèle Haute Louisiane. 'Nous sommes maintenant dans la basse Louisiane, et dont la découverte est également due aux Français.
Mr. La Salle, homme ferme et entreprenant, ne fut point découragé par la mauvaise réussite de ses premières découvertes sur l’Illinois ;> il redoubla de constance, et 6t de nouvelles tentatives; et après avoir fixé un établissement à Kaskaskia, qu’il confia aussi à son fidèle «Achate,le G; Tonti, il descendit, environ en 1678, le, Mississippi, jusqu’à Natchez. Il retourna au Canada, sans laisser pénétrer son secret ; de là il passa en France, où, ayant appris à la Cour, et ses nouvelles découvertes et ses plans, obtint une flotte, des hommes, et les moyens nécessaires pour former des colonies. ■
11 arriva dans le Golfe du Mexique, vers l’année 1684, il passa devant les einbotfchures du
Mississippi, qu'il cherchait. Mais, soit entêtement, ou présomption, il ne voulut point écouter les avis de ceux, <jui lui indiquaient ces embouchures ; enfin, à la hauteur de la Baie St. Bernard, il s’aperçut de sa méprise. Il voulait retourner sur ses pas ; mais l’Amiral, commandant la flotte, fut sourd à sa voix, et poussa la Barbarie, jusqu’à le débarquer sur ces plages Sauvages, où cet homme, digne d’un meilleur sort, fut massacré par les aventuriers, qui l’avaient suivi. Telle est l’histoire de cette première expédition.
La manie des découvertes était alors celle des Français, comme jde tant d’autres peuples de l’Europe. Les Souverains au lieu de s’occuper du bonheur des peuples, qui leur étaient confiés, espérant de trouver de nouveaux moyens d’entretenir leur faste, et leurs vices, ruinaient le Vieux Monde, pour envoyer fouiller les terres du Nouveau. Mr. d’Ibervilie vint après La Sall^, et débarqua' en 169.9 dans la baie de la Mobile, où il bâtit un mauvais fort, qu’on nomma Dauphin^ dans l’ile du Massacre, ainsi appelée, à cause du ' grand nombre de squelettes d’hommes, qu’il y trouva.
' Il gagna, à travers les terres, le Mississippi, avec un détachement de ses gens; il remonta jusqu’à l’endroit, où est maintenant Natchez, qui peut-être avait été indiqué par Mr. La Salle, et y bâtit un fort, qu’il appela Rosalie. Natchez était le nom des peuples Sauvages, qui habitaient ces contrées, et qui accueillirent très bien les Françai*.
i Mr. d’Iberville fonda, à l’embouchure duPerdido. une autre petite colonie, qu’on appella Biloxi ; mais l’insalubrité des endroits, et l’éloignement des établissemens, les uns des autres, empêchèrent CCS colonies de prospérer ; et il s’en retourna en France l’année s'ûvante.
Mr. Cro&at lui succéda, comme fermier géné-
ral, pour 10 ans, de toute la colonie ; mais avant l’expiration de ce tems, il résigna, et réussit à se défaire d’un privilège, qui avait déjà englouti presque toute sa fortune, jadis très considérable.
Ces F rançais ne voulaient point encore s’occuper de la culture des terres, sans laquelle aucune colonie ne peut prospérer. Le petit commerce avec les Indiens ne pouvait leur donner que quelques peaux, mais point de pain ; et pendant, qu’ils couraient après les mines d’or, et d’argent, qu’ils ne trouvaient pas, ils perdaient le peu de ressources, qu’ils avaient, et gagnaient des maladies, qui les détruisaient. Telle est la cause du peu de succès, qu’ils eurent dans toutes leurs entreprises.
Dans l’anné^ 1718, la fameuse campagnie de Lmw^ ou des luaes, prit possession de la Basse Louisiane. Mais, quoique Mr.Bienvillefut un gouverneur très habile et très éclairé, les vexations de la compagnie envers ces bons Français, qui s’étaient à la fin consacrés à l’agriculture, les impositions, dont on les chargeait, le monopole, qui exerçait le despotisme sur leur industrie, la lie du peuple dont on repeuplait la colonie, et finalement la guerre des indiens, que l’injustice, l’avidité d’officiers mal choisis avaient provoquée, toutes ces circonstances contribuèrent à rendre encore plus malheureux les établissemens de la Basse Louisiane, et forcèrent le gouvernement à révoquer, en 1731, les privilèges, qu’il avait accordés à cette compagnie, qui ruinait et la F rance et ses colonies, et qui fut aussi une des causes éloignées de la révolution, que ce beau pays a éprouvé.
Cette colonie ne fut guère plus heureuse de-
f >uis 1731, jusqu’en 1763, époque à laquelle a France céda à l’Espagne la Basse Louisiane, avec tout ce qu’elle possédait à l’O. du Mississippi; en même temps, qu’elle cédait à TÂtigie* terre tout ce qui est à l’E., a^c le Canada.
tl’autres officiers, mcchans comme lui, résolurent d’en tirer une vengeance éclatante. Trop faibles pour agir ouvertement, ils complotèrent, avec d’autres natiotjs sauvages, le massacre général de leurs oppresseurs. N’ayant point d’almanach pour déterminer le jour où devait s’exécuter le complot, ils convinrent entr’eux, que chaque tribu planterait dans son camp quinze pieux le jour meme, où ils avaient pris cette résolution; que chaque jour on en ôterait un, et que le dernier, qui resterait, serait le signal du massacre : en conséquence, le même jour, et presqu’à la meme heure, un grand nombre de Français furent égorgés au fort Rosalie, sur le Yazoo, et ailleurs. Les Français qui survinrent vengèrent la mort de leurs frères par la destruction totale des Natchez; et la ville de Natchez s’élève, et lleurit maintenant à l’endroit même, où ces Sauvages avaient leur camp principal ; et les bois, où iis chassaient le Daim et le Chevreuil, sont des plaines fertiles en coton.
Cette ville est vraiment charmante, et ses environs sont couverts de jolies petites maisons de campagne, où des planteurs se sont enrichis pendant les années passées, et s’appauvrissent maintenant, avec les prix des cotons.
Cette année, elle a été cruellement ravagée par la fièvre jaune. Près de 400 personnes sont mortes, et des visages blêmes, que je rencontrais dans toutes les rues, annonçaient, que plusieurs avaient été sur le point d’aller visiter l’Achéron, et ses sombres rivages. Parmi les morts, on a compté quatre médecins.
Des gros bâtimens à trois mâts arrivent jusque là, à plus de 400 milles de la mer, et pourraient remonter encore plus loin, s’ils avaient des cargaisons à faire. Elle. est dans l’Etat du Mississippi : sa population était d’environ 5000 âmes, avant les ravages de la fièvre jaune.
A mesure qu’on descend, les habitations se
multiplient sur les bords du âeuve. On y cultive, en général, le cotou, et le maïs.
Comme je vous ai déjà dit, à 73 milles plus bas que Natchez, ou trouve l'embouchure de la Red River, ou Rivière Rouge, qui offre un charmant lointain vers l’Ouest.
£lle baigne un pays très riche en coton, qui égale presque, en finesse, et par la longueur de ses soies, celui de la Géorgie.
Le premier établissement, que les F rançais y firetit, fut sous le gouvernemeut de Mr. D’Iberville, aux Natchitoches. Cette colonie était la plus fforrissante de toutes, parcequ’elle était mieux gouvernée, par un brave et sage officier, Mr. St. Denis, qui par sa prudence avait gagné Tsiffection de ces Sauvages; au moyeu desquels xl poussait son commerce jusque dans le Nouveau Mexique, malgré la jalousie des Espagnols. Mais tous les établissemens de la Rivière Rouge, depuis, que ces pays appartiennent aux Américains, ont fait des progrès surprenons. La ville de Owaehitta a déjà une population de plus de 3000 âmes; Natchitoches, de plus de 8000; xilexandrie, ou les Rapides, d’environ 7000. Ces villes sont toutes comprises dans l’Etat de la Louisiane, dont la Nouvelle-Orléans est la capitale. Les steam-boata remontent jusqu’à tous ces établissemens, sans le moindre obstacle. Cette Rivière est très considérable, et son cours est très long, mais ses sources sont encore entièrement inconnues. Une certaine Expédition crut les avoir trouvées. En descendatrt une rivière, .elle fixait déjà les latitudes et les longitudes de la Rivière Rouge, les rurabs, et les méandres de son cours, les charmes de ses bords, elle avait déjà vu du sabk rouge au fond de son lit. A son embouchure cette expédition croyait se trouver dans le Mississippi : elle se trouva dans V^rkansaw, et c’était la Rivière Canadiame, qu’elle avait parcourue, laquelle coule du S.-0.
Di’itizedb'. V
au N.-E., tandis que la Rivière Rouge descend du N.-O. au S.-E.
La Rivière Rouge est le dernier, tributaire du Mississippi, comme là Rivière aux Hérons, est le premier; rivière que nous avons vue dans notre 8e. promenade, près des Sources Juliennes.
Au-dessous de la Rivière Rouge, le Mississippi, devient pour ainsi dire tributaire lui-même, car toutes les issues, qu'on trouve sur ses bords, et qu’on appèle Bayoux, ne sont à proprement parler, que des débouchés, que le Mississippi s’est formés lui-même, au moyen desquels, quand il est enflé, il verse ses eaux dans la mer; savoir: à sa droite à travers ces terres basses, qui étaient habitées autrefois par des Nations Sauvages, et qu’on appelle encore Opeloussas, A ttakapas, Atchafalaya, où il se décharge dans une chaîne de lacs, qui communiquent à la mer, du côté de la Baie St. Bernard, et des embouchures de la Sabine. Sur sa gauche, il coule à travers les lacs Pontebartrain, Maurepas, et Borgne, vers le Beloxi, et la Mobile. La rivière de la Sabine sépare la Louisiane du Texas, à l’Ouest, cette région que le Mexique et les Etats- Unis se disputent, et où la Colonie, ou l’Expédition, sous la conduite du Général Lallemand, a eu un si mauvais succès. Cette province devrait appartenir aux Etats-Unis, et la France ellemême se l’était appropriée, car le Rio del Norte, qui la borne à l’Ouest, semble avoir été fixé par la Nature comme la limite du Nouveau Mexique, de ce côté là. Revenons aux bayoux.
Les Louisianais doivent y admirer l’ouvrage de la Providence, car sans cela, toutes ces riches plantations, qui bordent les deux rives du fleuve, depuis la Rivière Rouge jusque bien audessous de la Nouvelle-Orléans, seraient toujours inondées, ou pour mieux dire, elles n’existeraient pas, non plus que la Nouvelle-Orléans elle-même. Toutes ces vastes contrées, depuis
Natcbez jusqu’au dessus de la Nouvelle-Madrid, sont inondées, presque tous les ans, par le Mississippi, qui s’élève quelquefois jusqu’à 40 pieds au-dessus de son niveau ordinaire ; tandis qu’à la Nouvelle-Orléans il s’élève rarement au-dessus de 13 pieds, et la ville n’est jamais submergée.
Les denrées, que l’on cultive dans ces plantations, sont le Sucre, le Colon, le Maïs, et le Riz. L’Indigo y a dégénéré tout à fait, et on en a entièrement abandonné la culture. Le pays est trop bumide, et trop chaud pour le froment.
Après ces petites notions générales, continuons notre promenade.
Le Bâton Rouge est une petite ville riante, située sur une petite hauteur, la dernière qu’on trouve sur le Mississippi, qui domine le fleuve, et d’où l’œil, embrasse une grande étendue du fleuve, et offre au spectateur, qui approche des deux côtés, un très joli lointain.
Le gouvernement des Etats-Unis y a fait bâtir
de grandes casernes, qui ne sont pas encore achevées ; peut-être pour y former un dépôt de troupe destinées à repousser les attaques, qui pourraient menacer une place aussi importante, que la Nouvelle-Orléans.
A 14 milles plus bas, le Bayou Manchac offrirait une situation intéressante pour ouvrir, au moyen d’un canal de peu de longueur, une navigation commode, et utile, du Mississippi au lac Pontchartrain, et conséquemment avec la Mobile, Pensacola, &c.
Je vous ai fait remarquer la première île du Mississippi, qui se trouve au milieu des petites chûtes au-dessus du Lac des Sables. Je dois aussi vous parler, en passant, de la dernière. Elle est à 30 milles au-dessous du Bayou Manchac, on devrait lui donner un nom distingué, celui d’Iberville, le premier Européen, qui remonta cette partie du Mississippi. Ail milles de cet
île on trouve la petite ville Donaldson, située sur le Bayou Lafourcbe, qui conduit aux Attakapas, OpelouBsas, &c. Elle est à 73 milles de la Nou- » velle-Orléans. L’espace qui sépare ces deux villes est, pour ainsi dire, une ville continuelle, formée par les habitations des planteurs. Ce passage me rappèla ce Prince Persan, qui, accompagnant à Rome l’Empereur Constance, crut en voir l’entrée à 50 milles de son enceinte, au pont d’Auguste, près de Fescennia. J’y vis aussi en quelque sorte, l’image des délices, dont les richesses, et le bon goût des Vénitiens avaient fait un Paradis Terrestre de la Brenla, de Padoue à Venise.
Quand la Compagnie de Lato ou des Indes, prit possession de la Louisiane, le chef-lieu du gouvernement était encore au Fort Dauphin; mais une tempête affreuse ayant encombré de sables toute la Baie de la Mobile, il fut transporté, par le Gouverneur Bienville, à l’endroit où est maintenant la Nouvelle-Orléans, nom qui lui fut donné, pour mieux rappeler à la Postérité la régence et la sagesse de Philippe d’Orléans. Je crois, donc, que cette ville ne date que de 1718 ou 19. ©n y transplanta ensuite l’établissement du Biloxi, endroit stérile^t très insalubre ; mais cet accroissement ne la rendit pas plus florissante. Elle ne fit que languir sous le régime Espagnol, et ce n’est aussi, que depuis qu’elle ap-
f iartient a une nation, où les gouverneurs, au ieu d’être les tyrans des peuplés, ne sont que, le dépositaires de leur volonté, et quelquefois même leur très humbles serviteurs ; ce n’est, que depuis que l’industrie, le commerce, et la propriété n’y sont aucunement vexés, ni par l’abus de pouvoir, ni par le monopole, ni par les régies, que cette ville est parvenue à l’état de prospérité étonnante, où elle se trouve actuellement.
Elle est bâtie sur la rive gauche du Fleuve,
qui en fait une demî-lune, et dans une île d’en> viron 150 milles de tour, formée par le Missis» sippi, le Bajou Mancbac et les Lacs Maurepas, et Ponchartrain. *,
De nouveaux batimens, presque tous en brique, font un grand contraste avec les vieux, presque tous en bois. Elle est en grande partie peuplée d'étrangers, et de créoles, descendans de Français, ainsi que d’Américains, que cette situation favorable au commerce, j attire de toute part Elle est plus brillante, qu’aucune des autres villes de l’Amérique, que j’aie vues.
Sa population est d’environ 45 mille âmes, population prodigieuse, pour une ville qui vient, pour ainsi dire, de sortir d’un marais, et où la âévre jaune et l’insalubrité naturelle du climat, font plus ou moins toutes les années, des ravages épouvantables.
Un étranger, qui y entrerait la nuit, croirait y voir une grande capitale. On y trouve des rues très bien illuminées, avec des réverbères, un mouvement bruyant, et des fiacres qui la parcourent.
Il est étonnant, qu’une ville, à peine sortie de l’enfance, offre déjà une partie des agrénens des capitales de l’Europe, e?ri fait d’amusemens ; des courses de chevaux, des salles de spectacles, de concert, de bal, &c. ; des academies de jeux detoute espèce. On compte dans l’étroite enceinte de cette ville, jusqu’à six maisons de jeu publiques, c’est-à-dire, quatre de plus qu’à Paris.
Je ne m’attendais pas, je l’avoue, à trouver cette passions! répandue chez un peuple commerçant, actif, et républicain. Je ne la croyais, que le partage des Cours, de la Dissipation, et de l’Oisivité.
Les Lacédémoniens l’avaient tellement en horreur, que Chilon, ayant été envoyé pour conclure un traité d’alliance avec les Corinthiens, fut si indigné de les trouver plongés dans la
vice dn jeu, qn’H s’en retourna prorufitemeDt, en lenr disant, que ce serait ternir la gloire de Lacédémone, que de s’allier avec un peuple de joueurs.
On a tant écrit sur les suites funestes du jeu, qu’il n’^ a presque plus rien à dire, et qu’on est réduit à répéter ce que de grands hommes en ont écrit. Tacite nous dit, que tel est l’empire de cette passion sur l’homme, qui s’^ livre, que les GermaiiiS, finirent par se jouer eui-mêmes, c’est-è-dire, par jouer leur personne, et leur liberté. On ne sait trop comment expliquer cet amour pour un si dangereux divertissement dans une ville, qui oSre tant d’autres moyens de distraction.
Outre l’agrément des sociétés privées, Igg amusemens publics sont très fréquens.
Deux théâtres ofirenl de très belles assemblées.
On y voit des acteurs, qui seraient estimés même en Europe; et, pendant que je les fréquente, je n’y*ai point entendu de oes grossières équivoques, qui sur les théâtres des Nations, qui prétendent être les plus policées, blessent à chaque instant, la tiécence et la pudeur. .
Le théâtre Américain, quoique plus petit, est d’une forme plus régulière, que le théâtre Français, et tous les deux sont assez commodes, et assez bien distribués, quoique les architectes n’ayent pas étudié les Vitruvcs, ni les Bramantes.
Le tb^tre français a des accessoires qu’on ne trouve peut-être pas dans aucune ville de province eu Europe; une grande salle surtout, où l’on donne, par souscription, des bals, parés et masqués, qui ‘pourraient rivaliser avec ceux de quelques unes de nos capitales, t)ù les belles ^
Créoles brillent sous les formes des grâces, où l’on voit régner le luxe et la décence. La Louisiane doitce bel établissement, et ses plaisirs, à Mr. Davis, qui y a sacrifié une grande partie de sa fortune. Il y a aussi un théâtre espagnol.
<tq
Le théâtre français, à l’exactitude et à l’enchantement des machines, qui jouent sur la scène, ajoute des décorations superbes, et d’un effet merveilleux. Mr. Fogliardi, qui en est le peintre, s’est acquis une réputation méritée, et counait parfaitement toutes les règles et les théories de l’optique. 11 n’a manqué à cet estimable artiste, 'que d’être l’élève des Gonzaga, et des Cagliari, pour obtenir de la célébrité même en Europe, il distribue les objets avec tant d’intelligence, et . en fait sentir si bien la saillie, la rondéur. les nuances, et le clair-obscur, que la scène, naturellement petite, devient comme par magie, grande et spacieuse, et les yeux et l’imagination du spectateur y voyedt les lieux, où l’action est supposée se passer. >
Quoique grand admirateur des anciens, c’est avec joie, que je vante les modernes, lorsqu’ils m’en offrent l’occasioti. Les anciens, nos maitres dans presque tous les arts, ne pourraient disputer aux modernes la gloire d’avoir perfectionné la science, et les effets de l’optique. Albert Dorer, et Pietro del Boi^o, en furent pour ainsi dire, les créateurs; Tiziano, Dominichino, Baldassar Peruzzi, furent des grands maitres, qui eurent des imitateurs encore plus grands qu’eux, surtout dans l’Ecole française, et ffamande ; maintenant Grenet, Basai, Werstapen, &.C., font honneur à notre siècle dans cet art magique; et, sur la scène, on l’a presque poussé à la, perfection. Mais il faut se garder d’adopter les opinions.de Pérault, en ravalant le mérite des Peintres anciens, jusqu’à leur refuser toute connaissance de la perspective. La découverte des ruines de* Pomp<;anuOT, et d'Herèulanum doi- . vent avoir contribué, je pense, à rendre sa présomption encore plus ridicule.
Auxtalens scénogrcphiqtus, Mr. Fogliardi réunit ceux du dessin, de cet art, dont on ne saurait assez vanter les avantages, et les prodiges, et
<)vi devrait être, en quelque sorte, l’idole de la Jeunesse.
L’homme n’est que l’interprète de la Nature ; mais la main nue de la Nature, quelque robuste, infatigable et souple qu’elle soit, ne peut suffire qu’à un petit nombre d’effets; une imitation servile des objets extérieurs de la Nature, n’achève point les grandes images : c’est à l’aide du génie, qu’elle a inspiré à l’homme, et des règles, qu’elle lui a permis de se créer, qu’elle se reproduit, pour ainsi dire, sous l’aspect d’une Nature plus belle, et plus sublime; et l’exercice de ce génie, et de ces règles, est fils du grand art du dessin.
La Nature donne les formes, le dessin les perfectionne, et les anime, comme un Prometbée d’une vie presque sensible aux yeux du mortel, même le plus ignorant, et le plus stupide. Il était impossible que la Nature pût peindre la divinité des Vierges de Raphaël et de Sassoferrato, des Anges de Coreggio, et de Guido Reni, les attraits des amours de l’Âlbano, et l’expression parlante des figures de Giotto, et de Cimabue, sans l’aide du génie du dessin.
C’est par le dessin, qu’on commence à s’initier dans les mystères delU ire Jirti Sorelle, de ces trois sœurs, l’architecture, la sculpture et la peinture, et c’est par ces trois arts, en quelque sorte, que l’homme civilisé se distingue de l’homme sauvage. Elles sont le dépôt le plus durable des vertus des hommes, et de leurs faiblesses. L’Histoire elle même y puise ses plus hautes connaissances. Je l’ai vue moi-même dans le Latium, dans la Magna Gracia, et ailleurs, avoir recours à ces monumens de l’antiquité, pour connaître ce qui s’était toujours dérobé à ses recherches, ou pour corriger des erreurs, où les comectures des sçavans l’avaient entrainée.
Enfin les trois régnes de la Nature, doivent leurs plus grands progrêts à l’art du dessin.
Ml*. Fofi[liftrdi, qui» le premier, en a onyert une accadémie dans cette ville, mérite des é'IfO' ges, et d’être encouragé : et il le sera sans doute ; car, quel est l'homine, parmi un peuple éelairé, qui ne désire coopérer aux moyens de voir revivre l’image d’une personne chérie, et de transmettre à la postérité la mémoire des hommes ■ illustres, et des citoyens bienfaisans ? <
Le gouvernement lui-même, auquel la Nation confie le soin de veiller aux progrès de sa civilisation, et qui sait apprécier les eiforts vertueux de l’homme, ne pourra s’empêcher défavoriser, autant que possible, cette institution.
J’ai visité avec beaucoup de plaisir l’établissement de cet artiste .distingué, et de cet homme de bien ; mais j’ai vu, Comtesse, ce qu’on Voit aussi dans plusieurs des nôtres ; les jeunes gens vouloir s’écarter des règles fondées sur l’expévience, et des théories reçues. Une maison ne commence jamais par le comble, mais toujours par la base. On ne peut jamais peindre, ni sCidpter l’ensemble d’un corps humain, d’une figure quelconque, avant d’en bien connaître les parties. Il est impossible de rendre l’optique lointaine, d’un paysage, si l’on ne connaît pas les formes, qu’on doit donner aux arbres, et la place qui leur convient dans le tableau ; si l’on ne connaît pas le mouvement, la grâce, le caractère, qui sont propres à chaque animal, qui doit y filtre épisode ; si l’on néglige les principes, qui enseignent la distribution, qu’on doit en faire sur la scène. Un peintre ni un sculpteur ne pourront jamais draper une figure avant qu’ils li’en aient étudié le nu ; comaie un architecte Dé saura jamais'faire un’ beau corinthien, s’il ne possède toutes les règles du dorique, et do Ionique, autrement il en naîtra des monstres^' tels que les édifices, qui sont sortis du crayon ‘extravagant de notre BOrromini, qui pour avoir voulu innover en architecture, en étafit devenu FAttfla.
•y Coogl/L:
• Mais laissons ponr mt instant cette Tille inté- Tessante, et suivons le âeuve jusqu'à ses embouchures.
Cinq à six milles plus bas, il faut que je m’arrête, pour vous faire voir l’eiKlroit, où les Américains triomphèrent des Anglais, dans cette fameuse bataille, qu’on appèle la Bataille de la JVouvetle-Orléans. Ce fut sur la rive gauche do Mississippi, et entre les plantations Rodriguez et Bienvenu.
Les Américains en ont beaucoup parlé ; mais vraiment ils n’ont pas tort, car, quoique presque ^ tous militiens, et forts seulement de 4 ou 5000 .hommes, et ramassés à la hâte, ils ont, pendant une quinzaine de jours constamment repoussé, et, le 8 Janvier 181.5, complètement battu, et chassé une troupe d’environ 12000 hommes, commandés par un Général renommé de l’armée de Wellington, qui semblait mépriser l’ennemi qu’il venait attaquer, le Général Packenham, qui paya son audace avec la mort.
Cette Bataille mérite une juste célébrité au Général Jackson.
11 a déployé dans celte conjecture difficile du courage, de l’habileté, et une fermeté, qui contribua à combattre, d’abord, des otxstacles, dont on semblait vouloir entraver, ou gêner ses dispositions; il rallia les esprits, et sauva la Louisiane du joug des Anglais. Là reconnaissance de ses concitoyens éclata de mille manières. Il fut porté en triomphe dans -les rues. Couronné au théâtre, au milieu des applaudissemens d’une foule ivre de joie, et de victoire. Ce . qu’il y a de remarqiiablè. Comtesse, c’est, qu’au moment, que le peuple le recevait comme son libérateur, un juge le condamnait à 1000 piastres d’amende, comme violateur des lois : et ce qui ajoute à sa gloire, c’est qu’il les paya, comme un citoyen soumis aux tribunaux ordinaires, quand le Salut de la Patrie n’était plus en danger, et
faisait Cesser le besoin de la loi martiale, qu’il avait cru nécessaire de mettre en vigiÆur dans telles circonstancescritiques.oùlesdemi-mesures ne font que reprendre plus d’anarchie.
La fermeté du zélé magistrat, qui condamna ce Général victorieux, aurait peut-être été plus admirée, s’il n’eût pas eu à venger une insulte faite à sa personne, et à son autorité. C’est une grande faute, surtout dans une législation libérale, d’ériger en juge et partie un magistrat, et encore plus, lorsqu’il s’agit de venger avec les armes de la loi impassible, une offense personnelle, qui affecte nos passions, souvent plus que l’intérêt, qui a tant d’empire sur notre âme. C’est, un de ces cas, que les Anciens plaçaient dans la sentence: ^^Judicis incompetentis factum, pro ini- “ quo, et nuUo habendum est^ Le Général Jackson dans le cours de ses opérations, qui précédèrent la bataille, et qui demandaient de i’énèrgie, l’a- . vait fait emprisonner pour avoir accordé un Habeas-Corpus à un membre de la Législature, qui s’était élevé contre quelques unes de ses mesures, qu’il croyait arbitraires.
La valeur de ce Général fut admirablement secondée ^ar celle de ses troupes, composées, en grande partie, de Tennessiens, et d’habitans de Ta Louisiane.
Les Dames de la Nouvelle-Orléans, dans ces circonstances, se distinguèrent par leur humanité, autant que -leurs frères, et leurs époux, par leur vaillance. Suivant moi, il est permis de croire, que ces Aimables Créoles furent pour quelque chose dans cette victoire ; car,v l’idée de pouvoir être l’objet des soins, de la compassion d’une charmante Angélique, peut avoir beaucoup ajouté au patriotisme, et à la bravoure des combattans. , . . ‘-f** .
On a beau dire, mais le Beau Sexe est le premier mobile des ressorts de notre âme, et de nos plus beaux sentimens. ■ Ce fut pour les Sabines,
que les Romains signalèrent pour la première fois et leur courage, et leur constance. Ce fut par Lucrèce, et par Virginie, que Rome acquit deux fois la liberté. Ce furent les beaux yeux de riiifortunée Genève, qui, en exprimant et son amour et son innocence, enflammaient le courage, et dirigeaient le bras de son champion Arriodante. Ce fut une Dulcinée, qui fit un héros, même, de Don Quichotte. O femmes !.... qui peut assez louer vos vertus ! la douce in-
fluence, que vous avez sur les nôtres !.... Quant à moi. Comtesse, je suis obligé de me faire violence, pour ne pas consacrer un chapitre tout entier à célébrer ces célestes créatures, qui font tous les charmes de l'existence ! Mais il en est des femmes, comme de la Rose, leur image, le parfum, la forme, et la couleur ont été si souvent chantées et en prose et en vers, qu’il n’y a plus rien à dire ! Je ne puis qu’ajouter, que les Femmes, sont aussi la source de la véritable amitié héroïque. L’Histoire est pour vous; et les Anciens et les Modernes ont dû avoir recours à la Fable pour en trouver parmi les hommes. Ami et chimère sont deux- synonymes ; et, malheureusement, je puis hautement l’attester. Continuons notre promenade.
Avant même cette bataillé, il y avait plus d’an an, que le Général Jackson marchait de victoire en victoire. Il avait complètement défait les Creeks, que les Anglais, aidés par les Espagnols des Florides, avaient ecités contre les Américains, dès le commencement de la guerre. C’est une Nation Sauvage très féroce, et qui était alors très nombreuse, 'demeurant dans ces régions, qui séparaient des Florides les Etats de Tennessee de la Georgia, et du Mississippi. Ils ont été presqu’entièrement détruits. C’est ce qui arrive à tous ceux, qui se laissent entraîner par l’or et les intrigues du cabinet de St. James. Les Espagnols çux-mémes, ne tardèrent pas à se repen-
tir d’avoir servi les projets des /Anglais, -car ils donnèrent par là aux Américains un prétexte plausible, pour s'emparer des Florides, dont ils sont devenus possesseurs depuis, par un traité couclu entre les Etats-Unis et les Cortès.
Un peu plus bas, que le champ de bataille, commence le Lazaret, qui n’a de commun, que le nom mvec les établissemens sanitaires d’Earope.
Le but principal de. ce. prétendu Lazaret, est d’empêcherriutroductionde la fièvre jaune.qu’on supposait portée à la Nouvelle-Orléans de l’Iie de Cube. Les Espagnols de cette île ont usé de représailles, et font faire quarantaine aux ba> timens, qui leur arrivent de la Nouvelle-Orléans. Je conclurai de cette double mesure, que la fièvre jaune prend également naissance dans les deux pays.
Douze milles plus bas, là, où le Mississippi fait un grand coude, est l’endroit, qu’on appèle English Tum; nom qui lui vint de ce que les Anglais, étant arrivés dans le commencement du dernier siècle jusqu'à cet endroit, pour remonter, et reconnaître le Mississippi, et ayant appris que les F rançais les avaient prévenus, s’en retournèrent.
Au bayou Plaquemine,sur la gauche, on trouve le fort St. Philip, qui sert pour garder ce passage, qui va à la mer, mais où ne peuvent passer que des petits batiméns. Il est à 70 milles, de la Nouvelle-Orléans.
•A 80 milles, on trouve sur.la droite, un autre grand passage à la mer, qu’on appelle S.-O.pass, un autre trois milles après, appellé cinq
milles plus Icfin, le grand passage, aussi sur la droite, appellé S.-E. pass, et Main pasif, et presqu’aussitût après, deux autres passages,’ dont' on est appellé Pojj à la Lmttre, vers le N.-E. ; l’ao* tre, vers le N.-O., n’a point de nom. " '
Ce sont tous ces diderens passages, qui titoent les embouchures de ce grand -Fleuve, le
Nlisûssippi, dont vous avez vu les Sources Juliennes, près du lac Julie, et dont vous avez parcouru le cours entier, avec moi, d'environ 3200 railles. ' '
Je vous ai dit, comtesse, que le Missisippi était peut-être le premier Fleuve do monde ; maintenant il n’y a point de peut être; je déclare et je soutiens, que c’est, sans contredit, le premier Fleuve du monde.
Pour vous en convaincre il faut que nous remontions jusqu'à ses sources ; mais ne vous épouvantez pas. Comtesse; vous verrez que nous irons beaucoup plus vite, que nous n’avotis fait pour le descendre.
Vous avez vu. que le Mississippi, par ses différens bayoux des deux côtés, communique avec toutes les terres de la Basse Louisiane, une infinité de lacs, et avec la mer.
Par la Rivière Rouge, il communique avec le Nouveau Mexique.
Par le Yazoo il traverse toutes ces régions, qui se trouvent sur les limites des Etats du Tennessee et du Mississippi, et étant navigable jusque vers ses sources, près de la Géorgie, il peut communiquer au moyen de quelque portage, avec de» rivières, qui descendent dans l'Océan Atlantique. Les sources du Tombecbee sont aussi pi^ de celles du Yazoo, et conséquemment on peut se ménager une communication facile avec l’Alabama, et les terres qui environnent la baie de la Mobilç, où le Tombecbee se jette, t
Par le moyen de l'Ârkansaw il sert de débouché aux établissemens formés dans le vaste territoire de ce nom ; et comme on présume que les sources de TArkansaw touchent presqu’à celles du Colorado, il s’en suit, qu’au moyen de quelque portage le Mississippi pourrait communiquer avec le Golfe de California.
'ar les Rivières White, et St. Francis, ii pé- R r
Qétre bien loin dans des r^ons très fertiles, et riches en mines.
Vous avez vu, Comtesse, avec quelles, immenses contrées, avec combien d’Etats il communique par le moyen de l’Obio. C’est l’âme des Etats de l’tilinois, d’Indiana, de l’Obio, du Keotucky, .du Tenessee, de la Pennsylvanie, et de la Virginie occidentales. Mais, si les canaux projétés s’exécutaient, il aurait d’autres commuiqcations beaucoup plus importantes. La Monon-
Î ;ahela se joindrait au Potomac, qui se jette dans a Baie de Chesapeake, sur l’Atlantique. L’Allegheny avec le Lac Erie, et conséquemment, par le nouveau canal du Budalo, il communiquerait avec New-York, et par le St. Laurent avec tout le Canada, et l’Atlantique septentrionale avec > tous les Lacs, ou la Mer Canadienne, forinée, par les Lacs St. Clair, Huron, Michigan, Supérieur» &c- Ces projets tehdraient aussi à .joindre le Muskingum, le Miami, et le Wabasb^ au Lac Erie. Revenons à son cours. > , ‘
Par le moyen de la rivière Ktukfukia, nètre fort loin dansjes terres, appelées botlom, qui sont considérées comme les plus fertiles de l’Amériaue, et à travers lesquelles on prétend que le Mississippi coulait autrefois.... ,, .
Le Marimak lui apporte le plomb et le fer»
dont ses mines abondent. , , ,, ..h, 4 », .
Le Missouri, par. ses sources méridionales, et occidentales, établirait . la . communication du Mississippi avec les revières Lewis et Çhrk, qui se jettent dans la Colombia, et par consétpient avec la mer Pacifique. ...... . .ù-.,,,.».
.. L’Illinois le. ferait ctmimuniquer, par lentôyen d’un petit canal projeté, avec la «rivière Cikago» qui se jette dans le lac Michigan.* ,,.i i {Vous avez vu les Rivières le Moine', Yawoba, Rocky, Fjèvre, Turkey, &c. porter bateau bien avant dans les terres. ' , x v . i’"
L’Owisconsing, autre tributaire du Misslsippi, communique aussi avec le lac Michigan. „
La Rivière Cypowais, près du lac Pépin, com> muiiique au moyen d’un portage à la Rivière Menomepi, et conséquemment avec le lac Supérieur.
' La Rivière Ste. Croix, y communique également, au moyen d’un petit portage, de ses sources à la Rivière Bumt Wood.
Vous avez vu jusqu’où conduit la Rivière St.
Peter.
La Rivière de l’Eîau-de-vie, et de St. François communiquent par le moyen des Milles Lacs, d’où elles sortent, à d’autres rivière», qui se jettent aussi dans le Lac Supérieur.
La Rivière aux Plumes de Corbeau, par le moyen de la Rivière La Feuille, qui s’y jette près de ses sources, communique avec le Lac Otter Tel, d’qù sort la rivière du même nom; -cette ririère, que les Anglaisent aussi baptisée de Red River, et dont les eaux se déchargent dans la Baie d’Hudson.
Vous vous rappelez. Comtesse, que la Rivière f
des Sables, qui tombe dans le Mississippi, communique aussi, par un petit portage, et par les rivières Sawana et St. Louis, avec le fond du Lac Supérieur, et que par le moyen des rivières des , * .
Pins, des Saules, de la Sangsue, &c., le Mississippi communique avec des régions immenses de peuples Sauvages.
Au bout du Lac Winepec, au Nord, il communique, au moyen d’un petit portage avec la Rivière du Chêne, qui tombe dans celle de la Pluie, par où l’on peut descendre, sur ces terres hautes, et à la Baie d’Hudson, par le Lac Wood, ou des Bois, et au Lac Supérieur, par le Lac de la Pluie.
Vous avez vu, que du Lac Red Cedar on parcourt ces pays Indiens, à l’Ouest, jusqu’au Lac de la Biche.
Que les Sources Juliennes sont tout près des sources de la Rivière Sanglante; et que par conséquent le Golfe du ■ Mexique -ee joint par trois
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mers, et. sur diffèrene points, et qui réunisse tant de merveilleux et tant de phénomènes à tant d’utilité; qui voie naviguer sur ses eaux, plus de cent steum-boats, un nombre infini d’autres batixnens, chargés des denrées du monde, et auquel l’avenir promette des destinées si brillantes, comme au Mississippi. Jugez si le Mississippi, n’est pas le premier Fleuve du monde.
L’Amazone et la Plata peuvent l’emporter sur le Mississippi, par la longueur de leurs cours, et par le volume de leurs eaux, mais sous tous les autres rapports, bien plus importans, on ne saurait les comparer au Mississippi; et ce qui donne encore une supériorité bien décidée au Mississippi, c’e.st que sur tous ses bords, on respire l’air de la liberté, et que l’industrie ii’j 'trouve aucune entrave. '
Je ne puis, et ne dois quitter la Nouvelle-Orléans, Comtesse, sans vous parler du Pere Antoine. C’c3t un vénérable Capucin Espagnol, qui depuis 48 ans consacre sa vie à oHrir, sans ianatisme, à cette population les secours de la foi. Quoiqu'il ne soit pas Evêque, il est considéré comme le Patriarche, le Père de la Religion Catholique dans cette ville, comme le fondateur de toutes les Eglises, qui y existent, de ce culte. 11 y est aimé, ét estimé, généralement Vous vou.s - attendiez, Comtesse, à avoir aussi qmlqu’ aperçu sur les in^^titutions des Etats Unis, sur les mœurs et les habitudes de ces peu-
Î le, sur la liberté, et l’esclavage, qui y régnent e n’aurais pu vous offrir, qu’un croquis très incorrecte. Il faut examiner beaucoup plus, que je n’ai pu le faire jusqu’à présent Ce ne sera que quand j’aurai mieux observé, et que je pourrai jouir de quelque repos, de quelque tranquillité dans ma chaumière, que je réussirai, peutêtre, à vous en tracer un petit tableau. • *
Vous avez vu avec moi. Comtesse, le befceaii, où oait le Mississippi, et le tombeau proibnd, où
il vient s’engloutir, après sa longue et brillante carrière. Madame Deshoulière, dans une charmante idyle, compare la vie de l’homme au cours agité d’un ruisseau. Cette image naïve est celle des hommes ordinaires ; mais rien, suivant moi, ne ressemble autant à la course de ce grand Fleuve, que la carrière de cet Homme extraordinaire, gui, sorti de l’obscurité, parvint aU faîte de la gloire, et s’engloutit tout d’un coup au milieu de ses triomphes.
La main de la Providence m’a conduit au terme d’une entreprise, dont, seul et contrarié de toute manière, j’osais à peine concevoir moimême la possibilité. Je ne puis m’empêcher de jeter sur ce Fleuve un œil de satisfaction et d’orgueil ; quoique dans toute sa majesté, il semble être moins fier devant moi. J’j ai acquis une sorte d’empire. Moi seul j’ai pénétré jusque dans la retraite, où le Dieu se cachait aux yeux des mortels. Je l’ai vu naissant, timide courbant son onde sous un faible canot ; et, tout en lui donnant une souveraineté suprême, je loi ai fait perdre, en quelque sorte, sa divinité, en dévoilant au monde tous les secrêts de ses prodiges, et les incidens de sa carrière toute entière.
J’ai découvert l’endroit de son originedans l’espace de la terre, mais qui nous dira son origine dans celui du tems.^ Les premiers feux du Soleil ont-ils éclairé son premier jour. ^ appartient-il à l’antiquité, ou aux siècles modernes ?. Voila des grandes questions à examiner, et dont je laisse la solution à ceux, q ui aiment à se perdre dans l’Immensité. Pour moi je sens le besoin de reprendre haleine, pour me préparer à de nouveaux^vaux.
Avant de quitter l’Amérique, si le brouillard de l’horilzon politique ne vient pas entraver ma marche,- j’espère vous conduire aux chûtes de Niagara, au Canada, au Mexique, et peut-être
dans des contrées plus lointaines. Vous voyez, Comtesse, que je me ménage bien des distractions... Mais, il est des vides, que rien ne peut femplir... Il est des impressions étemelles, que le tems. ni les soins, ne sauraient efTacer... Il ne me reste désormais, d’autres consolations, que dans le souvenir, et la vénération de ces rares vertus, que nous chérissions en commun, et dans l’amitié des personnes, que j’estime. Veuillez, Comtesse, me conseirer constamment la votre.
njr SX SA ovEixvx mr sxsinxsB i.xttrx*
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CjîJVOT SAUVJÎGE
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QpoD p«tis infandam, DUerta Libamica, £itam!... VeauTioque procnl Stabia (*) dira tibi est.
’ Vidisti jam tanta abicnmque pericula victrix ; Teqne triamphantem cœdit iniqua manos.
Indomitas «prevûti mecum, sœvasqne caterras ;
Sed soins repetam, te perennte, Lares.
Nnnc eris in Supens index Mortalibns aher.
Exaltant fletn Sidéra cuncta meo.
(*) Ce fat dane ta Libumiqve, ou petit bateau, et près de l’aBoieaue Slabia, dans le GoUé, ou Cratbéta de Naples, que Pline fut bruld par les cendres embrasées du Fenaie, lors de la temUe éruption du 79, sous le régné de Titus.
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